Fester
salomon 8
C'est bien le même à qui l'on avait suggéré d'écrire à Napoléon III une lettre qui ne fut d'ailleurs jamais envoyée et qui disait au prince royal, en lui en soumettant le brouillon : « Je ne sais si j'ai trouvé le ton qui convient; il n'y a rien d'aussi difficile que de se montrer amical à contre-cœur (sic) à l'endroit d'un ennemi, surtout quand on se sent Prussien, uniquement Prussien, et pas Français pour un atome. »
Ce fils d'une princesse Murât éprouve le besoin de renier sa mère. Qu'il se rassure ! Il est un bon Allemand, un vrai Hohenzollern des temps héroïques, il est responsable de la guerre.
Bismarck est très capable d'altérer la vérité, de la déguiser ou de mentir tout à fait, quand un mensonge est utile. Il ne ment pas pour le plaisir, et il était peut-être sincère, lorsqu'il disait à Benedetti, au printemps de 4869, qu'il était surtout frappé par les inconvénients que présenterait pour un Hobenzollern la candidature au trône d'Espagne ? De Wertbern a-t-il essayé dès lors de le convertir à sa manière de voir ? Il est certain que ce diplomate a fait auprès de lui, dans l'automne de cette même année, les démarches que demandait Salazar, il est possible que Rascon, qui représentait l'Espagne à Berlin, ait agi sur lui ; il est vraisemblable que Wertbern lui avait transmis la correspondance de Salazar. La lettre de Prim du 17 février ne le surprend certainement pas, et il est tout prêt à se faire le conseiller et le guide du prince Antoine de Hobenzollern, qui est devant lui
très petit garçon et qui sollicite humblement son avis.
A partir du 26 février 1870, il a pris l'affaire en mains et comment ? S'il y a réfléchi déjà, il reprend ses réflexions par la base, il condamne sa porte pour méditer à loisir. Il fait l'inventaire des arguments pour et contre, il tient d'autant plus à les mettre en ordre qu'en le conviant à la discussion le Roi ne lui cache pas son peu d'inclination pour une aventure lointaine et qu'il faudra jouer serré. Le 27 il dicte un rapport au roi, et ses notes lui servent aussi pour la discussion orale. Tout au moins est-ce le même thème qu'il développera.
Il ne voit que des avantages à retirer de l'acceptation de cette couronne.
Ce serait resserrer les liens entre deux nations qui ne sont en conflit nulle part, et l'Espagne serait reconnaissante à l'Allemagne de la tirer de l'anarchie.
Du point de vue des relations de la Prusse avec la France, le chancelier croit qu'il serait utile d'avoir de l'autre côté de la frontière un pays sur les sympathies duquel l'Allemagne pourrait s'appuyer et avec les sentiments duquel la France serait obligée de compter. Voilà un argument politique qui est de premier ordre et sur lequel Bismarck a certainement insisté pour influencer le Roi. Prévoyant la possibilité d'une guerre entre la France et l'Allemagne, Bismarck compare la situation telle qu'elle se présenterait si la France et l'Espagne étaient dans les mêmes rapports qu'au temps d'Isabelle la Catholique et un régime où la France aurait à faire état de sympathies allemandes du côté espagnol. Il évalue à un ou deux corps d'armée la différence de l'effectif français que l'Aile-
magne trouverait devant elle, suivant que la question posée sera résolue dans l'un ou l'autre sens.
Il voit aussi à l'acceptation des avantages commerciaux, il insiste sur le danger d'un refus qui pourrait blesser les Espagnols, au moment où ils croient trouver dans la famille des Hohenzollern un moyen de sortir de l'anarchie.
Mais ce sont les raisons politiques qui l'ont certainement déterminé, et s'il désire vaincre les répugnances non dissimulées du Roi, c'est qu'il voit dans l'acceptation un accroissement de .considération pour la maison de Hohenzollern, c'est que ce n'est plus seulement la Prusse, mais l'Allemagne qui s'identifie à cette famille et qu'elle occupe en Europe une position analogue à celle qu'ont occupée autrefois les Habsbourg.
Il a pris des renseignements et à tort ou à raison il compte sur une majorité imposante : le prince Léopold réunirait aux Corlès les trois quarts des voix et la branche espagnole des Hohenzollern aurait dans la péninsule des racines aussi fortes que les Hanovre en Grande-Bretagne ou les Romanov en Russie.
Bismarck a lié partie avec Salazar, il lui écrit sous double enveloppe comme fait Werthern, il a tout un système de correspondance chiffrée, et il lui annonce en langage convenu le conseil de la couronne du 15 mars. « Les banquiers intéressés vont se réunir ce soir pour discuter l'emprunt en ma présence. Je vous informerai du résultat1. »
Canitz, son ambassadeur en Espagne, le seul grand