‹ L'Incident HohenzollernChapitre 71 sur 159 · Id · texte numérisé non relu

Id

devient impossible. Dites à Bûcher de revenir ici.

Bûcher, conseiller de légation, fut un des agents les plus actifs de Bismarck en cette occurrence ; le major prussien von Versen déploya aussi beaucoup de zèle. Ce n'est pas de leur faute si la candidature n'aboutit pas au printemps. Bismarck se garde bien d'écrire une ligne que son Roi pourrait lui reprocher plus tard, mais, le 22 avril, Thile, qui a beaucoup moins de chances d'être découvert, ne craint pas de dire : « Nous regrettons, on ne peut plus vivement, ce résultat dune longue délibération. »

Versen est passionné pour l'entreprise ; il attend, il espère. Le 15 mai il écrit dans son journal : « Tout dépend maintenant de la rapidité de la guérison du prince de Bismarck. » Il est allé en Espagne et au retour il a fait son rapport au prince royal de Prusse qui s'amuse de ce feuilleton écrit et envoie le personnage à Dusseldorf au prince Antoine. « Si le coup réussit, dit encore Versen, je pourrai y penser avec orgueil ma vie durant. » Et comment n'aurait-il pas réussi avec un Hohenzollern qui rêve de voir son fils à Madrid, et un Bismarck qui consent à tout, sauf à se découvrir personnellement?

Le 5 juin Bismarck donne ses instructions à Bûcher. Elles sont d'une habileté machiavélique, il a prévu toutes les campagnes de presse, toutes les campagnes diplomatiques qu'on pourra mener contre la candidature et contre ceux qui l'auront lancée, soutenue ou fait rebondir. 11 prépare les réponses, et il faut avouer

que, du point de vue allemand, peut-être même du point de vue des neutres, elles sont de nature à lui concilier l'opinion.

« Il est possible que nous assistions en France à une agitation passagère et il nous faudra éviter tout ce qui pourrait la provoquer ou l'accroître. Serait-il dans ces conditions désirable de jeter mon nom dans les négociations? Je ne le crois pas; au contraire, il faut recommander de laisser ma personne tout à fait hors de cause. En réalité, je ne suis pas officiellement engagé. Il s'agit d'une initiative qui appartient pour une part à la nation espagnole, pour l'autre au prince héritier qui est majeur, qui est maître de ses décisions et qui agit en simple particulier. A-t-il eu raison ou non de chercher l'agrément de son père et du chef de sa famille ? C'est une affaire privée, ce n'est pas une affaire d'État. C'est le devoir du Ministre de la Maison du Roi de présenter ces projets au Roi. J'ai donné mon avis, non comme ministre président ou ministre des affaires étrangères, mais comme homme de confiance au même titre que les autres serviteurs de l'État qui ont été mis dans le secret. Je crois que le gouvernement espagnol fera bien de ne publier que la lettre du général Prim au Prince héritier et sa réponse. Nous aurions ainsi en Europe une position inattaquable. » Et il esquisse déjà le thème que développerait la presse allemande, si l'on donne l'alarme en France. Voulez -vous dicter leurs résolutions à la nation espagnole et à un simple particulier? Bismarck ajoute que sa réponse n'est qu'un acte de politesse à l'endroit de Prim ; c'est de Prim et des Cortès que dépend maintenant la réalisation du projet qu'il n'a

pas pu quant à lui mener au point où il est arrivé sans avoir à surmonter de sérieuses difficultés.

La répugnance du Roi n'a pas été la moindre, si nous en croyons Versen, et Bismarck expliquait au Major qu'une fois à Madrid le Prince n'aurait rien à attendre de l'Allemagne.

A l'heure décisive, Bismarck se défend auprès du Roi d'avoir conduit la négociation derrière son dos. Il ne conduira jamais, affirme-t-il, de négociations internationales derrière le dos de S. M., et il ne ment pas formellement. Il a seulement dirigé les princes de Hohenzollern qui ont su prendre le Roi. « Quant à Bûcher, il a porté une réponse verbale à une lettre et à un télégramme que je devais au Maréchal Prim et dont S. M. connaît le contenu. Je ne voulais pas la donner par écrit, ajoute-t-il, pour éviter qu'on en communiquât le texte ou une analyse et pour éviter toute cause de mécontentement en Espagne à propos de notre attitude. Il est difficile d'écrire ce qu'on expose facilement de vive voix et Bûcher est du petit nombre de ceux qui ont des relations personnelles de l'autre côté des Pyrénées ; la réponse consistait purement et simplement en ceci que le gouvernement du Roi ne pouvait exercer aucune influence dans un sens ou dans l'au'tre sur la solution de la question posée. Il n'appartient qu'aux Espagnols de se mettre en relations avec le prince héritier. Je n'attends de réponse ni de Bûcher ni de Prim, je me suis mis tout à fait en dehors de l'affaire1. »

Voilà ce que Bismarck écrit de Varzin, le 20 juin,

Page 1