Bismarck, Pensées et Souvenirs, trad. Jaeglé
LES RESPONSABILITES ALLEMANDES 125
Ils sont trop habitués à obéir pour s'inscrire en faux contre la volonté formelle du souverain. Ils saventque seul le hasard ou la force des choses pourra le convertir, et, pour faire naître ce hasard qui ne nous apparaît pas sous les mêmes espèces et qui ne joue pas au xixe siècle dans les mêmes conditions que dans la tragédie antique, Bismarck compte avaDt tout sur les Espagnols qui, à tort ou à raison, se sont maintenant engagés sur la piste des Hohenzollern, sur les adhésions que Salazar et Prim sauront réunir, sur leur adresse etl'opportunité de leurs manœuvres. Il compte sur l'ambition et la ténacité du prince Antoine et de son fils, savamment tenus en haleine par les uns et par les autres et attirés par cette couronne lointaine comme le papillon par la lumière. S'il n'a pas joué lui-même aux cartes, Bismarck est du temps où les diplomates s'asseyaient volontiers à une table de whist, et il n'est pas de ceux à qui le partenaire pourrait reprocher d'avoir gâché son jeu. Il a des atouts, il lui en manque un, qui est le Roi — le Roi qu'il ne faut pas mécontenter, qu'il surveille et fait surveiller par Abeken, et avec succès, puisqu'Abeken le rassure tout à fait le 24 juin. « Le Roi n'en veut ni à Votre Excellence, ni à Bûcher *. » Mais, si l'on ne veut absolument rien risquer, il ne faut pas jouer, il faut renoncer à la politique, et Bismarck n'y renonce pas. Il joue en se gardant contre l'accident toujours possible et inévitable dans une partie qui dure longtemps. Il se garde en évitant d'engager le gouvernement prussien dans l'affaire dont la réussite pourrait avoir