CHAPITRE IV
On ne fait pas la guerre tout seul, et malgré les ambitions allemandes, celle de 4870 n'aurait pas eu lieu, si les Français ne s1y étaient pas prêtés. Une des questions que pose l'étude de l'incident Hohenzollern est naturellement celle-ci : M. Ollivier s'est-il trompé en juillet 1870 quand il a cru devoir, à l'occasion de la candidature du prince Léopold, déclarer la guerre à la Prusse ?
S'il s'est trompé alors, s'est-il trompé pour la première fois ? N'a-t-il pas été, dès le début de son ministère, victime d'illusions que des succès de tribune paraissaient justifier et que des flatteries plus ou moins intéressées entretenaient chez le triomphateur du 2 janvier?
Il n'est pas possible de répondre équitablement à la première question avant d'avoir répondu à la seconde. Elles sont, elles restent inséparables l'une de l'autre. M. Ollivier a consacré le quatorzième volume de Y Empire libéral à l'étude de l'incident Hohen-
zollern, et la Philosophie d'une guerre en est une édition légèrement modifiée. Ce n'est pas sans raison que treize volumes compacts ont préparé le quatorzième; l'auteur a cru qu'en initiant le lecteur à tous les détours de sa vie politique, à l'évolution de sa pensée, à l'élaboration de son système, il emporterait sa conviction.
Il a été républicain, mais « l'amnistie de 1860 a apaisé son cœur' ». M. Ollivier s'est séparé des Cinq, il a constitué le groupe des Quarante-Quatre du Tiers parti, il a continué avec lui une revendication constitutionnelle qui aboutit au décret du 19 janvier 1867; il a cru le but atteint. Ce n'était qu'une étape. Après les élections de 1869, il s'est mis à la tête du groupe d'ailleurs très peu homogène des cent seize, ou plutôt il a recueilli pour déposer une demande d'interpellation qui fit beaucoup de bruit à l'époque (5 juillet 1869) les signatures de cent quinze collègues qui réclamaient avec lui au nom du suffrage universel l'alliance de l'Empire et de la liberté 2.
L'alliance de l'Empire et de la liberté! quelle belle phrase dans un programme et dans un récit! Aussi bien est-ce la première fois qu'on entend ce son de cloche? Est-ce M. Ollivier ou quelque autre des cent quinze cosignataires de son interpellation qui avait dit que la liberté serait le couronnement de l'édifice? Et puis, qu'y a-t-il de précis et de substantiel audessous des formules? En 1863, l'Empereur a rétabli le droit d'interpellation, comme il avait concédé en 1860 au Sénat et au Corps législatif le droit de voter une