‹ L'Incident HohenzollernChapitre 76 sur 159 · Id., ibid., p · texte numérisé non relu

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adresse; mais ces interpellations ne comportent aucune sanction. Le compte rendu analytique des séances sera imprimé au Moniteur, mais les lecteurs constateront que les discours de l'opposition ne sont jamais suivis d'effets. En 1867, le droit d'interpellation est étendu, l'Empereur donne la parole dans les Chambres à chacun de ses ministres, mais il a soin d'établir que les ministres ne sont responsables que devant lui. Depuis 1863, le ministre d'État était son représentant et portait la parole en son nom; en 1867, il accroît le nombre des orateurs du gouvernement qui est mieux armé pour répondre aux députés de l'opposition. L'Empereur consent à rendre la parole au Corps législatif; la presse est plus libre depuis le vote de la loi du 11 mai 1868. Il n'est pas douteux que la France respire mieux : le régime de la dictature a pris fin. Mais le pouvoir personnel subsiste.

Avant d'aller plus loin, remarquons que la dictature a pris fin avant que M. Ollivier ait eu accès auprès du souverain ; c'est M. de Morny, le ministre de l'Intérieur du 2 décembre, qui a ménagé le rapprochement entre l'Empereur et l'ancien opposant. C'est lui qui a conseillé les premières mesures destinées à rendre l'Empire moins autoritaire, qui a fait, au Corps législatif, les premières avances aux anciens partisans du régime parlementaire avec l'espoir de les rallier, par des concessions, au gouvernement impérial. Ce sont des bonapartistes d'origine, et ils n'étaient pas très nombreux, qui ont, soit comme ministres présidant

le Conseil d'État, soit comme ministres sans portefeuille, soit comme ministres d'État, contresigné ou mis en valeur devant la Chambre élective les réformes constitutionnelles et libérales consenties par Napoléon III, ou défendu les projets de loi présentés en son nom. Baroche,Rouland, Magne, Billault, Walewski sont, avec des tempéraments divers, les hommes de l'Empereur et de l'Empire. Ils n'évoquent pas des souvenirs de brutalité, ils ne font pas figure d'exécuteurs des hautes œuvres comme Saint-Arnaud ou de Maupas, agents des coups de force, comme le général Espinasse, dont les quatre mois de ministère représentent l'application d'une loi de vengeance et de haine, la loi de sûreté générale, comme Persigny, le serviteur au dévouement aveugle qui rédigea sous la présidence le décret de confiscation des biens de la famille d'Orléans pour devenir, au soir de l'Empire, l'admirateur de M. Emile Ollivier. Ils sont les légistes et les serviteurs de l'Empire dit autoritaire, ils ont desserré lentement les chaînes qui pesaient sur la France. La volonté de Napoléon III appelle au ministère de l'Instruction publique en 1863, et y maintient jusqu'en 1869 un homme qui a le tempérament d'un chef, mais qui est animé de sentiments libéraux, Victor Duruy. Enfin le personnage le plus représentatif du régime, Eugène Rouher, a été appelé au ministère de la Justice par le prince-président le 31 octobre 1849; il a tenu ce portefeuille presque sans interruption jusqu'au 22 janvier 1852. Il a renoncé aux honneurs ministériels et servi son maître au Conseil d'État lorsque ce grand corps qui préparait les lois est devenu le rouage essentiel du gouvernement autoritaire; il

en a pris la présidence le 23 juin 1863, après en être sorti en 1855 pour gérer le ministère *si important alors de l'Agriculture, du Commerce et des Travaux publics. Le 18 octobre de la même année, il a remplacé Billault au ministère d'État. Collaborateur du Président au temps de l'Assemblée législative, associé au coup de force du 2 décembre, il est à coup sûr l'homme de l'Empire autoritaire. Mais il a été associé à toutes les transformations, il a toléré, provoqué ou approuvé toutes les concessions, non en mystique comme Persigny, mais en conseiller réfléchi; il a été l'interprète et le porte-paroles du souverain au Corps législatif; et quand, dans un débat solennel, M. Ollivier, qui ne l'aime pas, le qualifie de vice-empereur sans responsabilité, c'est Napoléon III qui réplique en offrant au confident de toutes les heures, au témoin de toutes ses irrésolutions, à l'interprète de tous ses repentirs, la croix de la Légion d'honneur en diamants.

En attaquant directement Rouher en 1867, M. Ollivier avait indisposé l'Empereur. En lui donnant à choisir entre deux hommes dont l'un lui était cher, parce qu'il lui savait gré d'un dévouement déjà ancien, de longs services et d'importants travaux, et dont l'autre lui était sympathique par sa spontanéité, son talent, la sincérité de son ralliement à l'Empire et une certaine communauté d'idées ou de rêves, M. Ollivier avait retardé plutôt que hâté l'avènement du régime libéral qu'il se flattait de lui faire accepter.

Après les élections de 4869, l'interpellation des cent seize entraîne un changement plus sérieux et a des résultats plus efficaces.

Encore l'Empereur a-t-il soin, dans le message qui annonce les modifications constitutionnelles et qu'il fait lire par Rouher, de les présenter comme « le développement naturel de celles qui ont été successivement apportées aux institutions de l'Empire», et il ajoute : « elles doivent d'ailleurs laisser intactes les prérogatives que le peuple m'a plus explicitement confiées et qui sont les conditions spéciales d'un pouvoir, sauvegarde de l'ordre et de la liberté ».

Toutefois les conséquences de l'interpellation des cent seize sont doubles et importantes : un changement ministériel, le 17 juillet 4869, et la promulgation d'un sénatus-consulte, le 8 septembre.

Pour la première fois les ministres formeront un conseil, mais, suivant l'idée chère à l'Empereur des transitions nécessaires et de la continuité, cinq d'entre eux, dont ceux de l'intérieur, M. de Forcade la Roquette, et des finances, M. Magne, — M. Ollivier ne les aime ni l'un ni l'autre, — conservent leur portefeuille. Le ministère d'État disparaît et son titulaire avec lui, M. Rouher; M. de La Valette, ami de Rouher, quitte aussi les Affaires étrangères. Mais Rouher recueille la succession du jurisconsulte Troplong à la présidence du Sénat.

Est-ce une disgrâce au moment où le sénatusconsulte du 8 septembre attribue en fait au Sénat une

grande part de pouvoir législatif sans lui enlever le pouvoir constituant? Lui-même aurait « engagé son maître, puisqu'il est décidé aux concessions, à les faire complètes tout de suite et à accepter sans marchander leur conséquence nécessaire, la responsabilité des ministres ».

M. de la Gorce cite (Histoire du second Empire, tome V, p. 516) ce passage d'une lettre écrite dans l'automne de 1869 par M. Ollivier à Clément Duvernois et destinée à passer sous les yeux de Napoléon III : « Je ne crois pas que je puisse être utile à l'Empereur en m'unissant à M. Rouher dans un Ministère; plus tard, ce sera peut-être désirable ; aujourd'hui, ce serait un désastre pour tous deux. » Dans le même ordre d'idées, il est remarquable qu'en 1867, M. Rouher, examinant les titres des candidats possibles à la succession de M. de La Valette au ministère de l'Intérieur, ait jeté les yeux sur M. Emile Ollivier « malgré les répugnances que lui inspire cette nature versatile { ».

Quand on pense à l'importance que les contemporains ont attachée à la retraite de Rouher et six mois plus tard à la formation du ministère qu'on appelait tantôt le ministère du 2 janvier, tantôt le ministère Ollivier, il est indispensable de constater que si les deux hommes ne s'aimaient point, si le tempérament, la manière et l'idéal de l'un ne sont pas le tempérament, la manière et l'idéal de l'autre, la volonté non dissimulée de Napoléon III les empêchait de prononcer l'un contre l'autre une exclusive sans appel.

Quel que soit le désir de M. Ollivier de faire du neuf

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