‹ L'Incident HohenzollernChapitre 78 sur 159 · Empire libëraly XII, v · texte numérisé non relu

Empire libëraly XII, v

cTespérances. Nul ne songe à suspecter l'authenticité des lettres flatteuses qui armaient place Vendôme d'hommes considérables appartenant ou ayant appartenu à des opinions très différentes. Le deuxième chapitre du XIIe volume de YEmpire libéral est une véritable collection de certificats au bas desquels figurent les noms d'hommes plus habitués à se rencontrer dans des salons éclectiques et mondains que dans des groupes politiques fermés : Montalembert, Trochu, Mézières, Duruy, Chesnelong, de Lavergne, Le Play, Odilon Barrot, le cardinal Donnet, Paul de Saint-Victor, Guizot. Ils portent témoignage de la courtoisie, des tendances libérales de M. Ollivier si accommodant pour les personnes, des dons de séduction du nouveau garde des sceaux, des espérances et des illusions des correspondants. Ni les félicitations, ni les conversions n'impliquent que M. Ollivier ait la possibilité d'orienter la France vers des voies véritablement nouvelles ni qu'il y ait eu rupture définitive avec les errements du passé. L'Empereur n'a rien renié ni des origines de son pouvoir, ni de ses actes politiques, ni des instruments qu'il a employés.

On le vit bien lorsqu'il fallut passer des paroles aux actes, et d'abord constituer le ministère. Le choix des personnes se heurtait à des difficultés politiques.

M. Ollivier veut écarter Forcade, l'Empereur le défend très longtemps et non par caprice. « Le ministre de l'Intérieur doit rester, être pour ainsi dire le trait d'union entre le passé et l'avenir. » Le trait d'union, voilà bien l'idée essentielle qui marque la différence entre la volonté du prince et les aspirations du futur ministre.

Quand Napoléon III abandonnera Forcade, la même discussion recommencera à propos de Magne, et Ollivier ne résoudra la difficulté à son gré qu'au dernier moment, lorsque les négociations engagées avec lui seront trop avancées pour que l'Empereur puisse les rompre sans dérouter l'opinion. Encore le prince a-t-il exigé formellement le maintien du général Le Bœuf à la Guerre1 et de l'amiral Rigault de Genouilly à la Marine ; il a maintenu le maréchal Vaillant au Ministère de la Maison de l'Empereur.

Au moins M. Ollivier amène-t-il de son côté une équipe de ministres homogènes soutenus par un parti nombreux, unis pour appliquer le même programme ? Ce parti n'existait pas au Corps législatif.

Les bonapartistes de la stricte obédience n'étaient plus la majorité à eux seuls en 1869 ; ils étaient le noyau autour duquel pouvaient se grouper aux heures de crise beaucoup de députés que leur fortune, leur situation personnelle, leur attachement aux idées conservatrices avaient désignés à l'investiture officielle d'abord, puis au choix des électeurs, dans un temps où la liberté était mesurée à la presse et le droit de réunion aux Français. Ils acceptaient M. Ollivier comme les ultras de la Restauration avaient accepté la Charte, par déférence pour le Prince. Paul de Cassagnac vint lui faire une visite. « Tout en conservant ses opinions d'autrefois, il voulait, disait-il. faire sa paix avec moi2. » L'extrême-droite critiquait souvent

1, « J'ai subi Le Bœuf que je ne connaissais pas, » (É. Ollivier au prince Napoléon, lettre du 18 juillet 1871), Lettres de ÏExil, Paris, Hachette, 1922.

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