La France et la Prusse, ch. xvi, p
par les partis, abandonné par ses chefs, avait jugé à propos de publier, avec d'autres documents, l'essentiel des télégrammes et des dépêches que son ministre et lui avaient échangés en juillet 1870, et une intéressante relation de sa mission à Ems. Qu'il ait eu tort ou raison de mettre au jour ces documents diplomatiques dont il avait eu la garde c'est une question que M . de Gramont et lui on appréciée chacun à leur point de vue. M. Benedetti n'a pas pensé que « par respect pour les obligations professionnelles » on soit obligé de se taire « quand l'honneur de la vie entière se trouve à ce point engagé ». La superbe de M. de Gramont condamne par prétention un agent infidèle et indiscret. M. Ollivier s'est joint à lui pour accabler le diplomate et l'écrivain, pour blâmer en lui « une préoccupation de soi, qui allait jusqu'à la férocité ' » ; il lui en veut d'avoir su faire la dépêche, ce qui est « dire en dix pages, ce qui pourrait l'être en dix lignes ».
Que nous importe, si ce que dit le rédacteur de la dépêche est exact ? Les minutes des Affaires étrangères montrent que M. Benedetti n'a pas altéré les textes. La grande colère de MM. de Gramont et Ollivier nous porte à croire^que la
i. Emp. lib., XIV, v, 1, p. 170.
relation de sa mission à Ems est conforme à la vérité.
Nous possédons, aujourd'hui, assez d'éléments pour nous faire une idée de la négociation d'Ems et pour nous représenter les différentes phases de l'incident Hohenzollern. Ce petit livre aurait atteint son but, s'il pouvait décider les gouvernements et les particuliers à publier tous les documents qui pourraient achever de projeter la lumière sur un des événements les plus considérables du xixe siècle l.
1. Le chapitre iv de cette étude a paru dans le tome XXXII de la Revue de Synthèse historique (1921) ; la lecture de la correspondance de Metternich en a fait modifier et remanier profondément certains paragraphes.