Empire Libéral, p
l'adhésion des députés français que ce langage scandalisait. Trop sûr de lui pour changer d'avis, il fut encore plus étonné, à l'entrevue de Compiègne, d'entendre un souverain désabusé, éclairé par l'expérience, non pas désavouer mais expliquer et atténuer dans la pratique les chimères qui avaient bercé sa jeunesse et que le théoricien de l'Empire libéral avait hardiment enfourchées. « Je suis comme vous, disait Napoléon III, partisan des nationalités, mais les nationalités ne se reconnaissent pas seulement par l'identité des idiomes et la conformité des races ; elles dépendent surtout de la configuration géographique et de la conformité d'idées qui naît d'intérêts et de souvenirs communs '. »
M. Ollivier tranche d'un mot toutes les difficultés : « Il y a deux tisons de guerre allumés, il faut mettre résolument le pied dessus et les éteindre : c'est au nord la question du Sleswig, au sud celui de la ligne du Main. Quoique très sympathique aux Danois, nous n'avons pas le droit d'engager notre pays dans un conflit, pour assurer la tranquillité de quelques milliers d'entre eux injustement opprimés. Quant à la ligne du Main, elle a été franchie depuis longtemps, du
moins en ce qui nous intéresse L'unité allemande
contre nous est finie : ce qui reste encore à faire, l'union politique, n'importe qu'à la Prusse, à laquelle elle apporterait plus d'embarras que de forces2.»
Napoléon III répond : « Je suis de votre avis en ce qui concerne les Danois du Sleswig, mais en Allemagne, il serait imprudent de se prononcer ouverte-
i. Empire libéral, XII, p. 146.