CHAPITRE V
Florimond avançait dans la campagne au pas dansant de son barbe et se haussait de temps à autre sur ses étriers pour voir si personne ne paraissait sur le petit chemin où Mlle Marguerite de Primelles avait coutume de se promener sous ses habits de bergère. Ce chemin, bien garni d'arbres, partait de la ferme de Lunerette pour aboutir au bois des Usages, où il se bifurquait. Sa branche droite se dirigeait en ligne droite vers la paroisse, tandis que la gauche n'arrêtait pas de serpenter dans les taillis jusqu'au delà de Toux, de telle sorte que ce chemin appartenait dans toute sa longueur au domaine de Primelles. Par un accord très ancien, les gens de Bannes l'empruntaient quand ils devaient se rendre de Primelles même aux Ecobeilles, sans quoi il leur eût fallu contourner la pointe du domaine de la baronne, en prenant par Mareuil, puis tourner à gauche et passer par Maleray et l'Écoron.
i6a l'incomparable florimom»
Ce ne fut pas M11* Marguerite et son mouton familier qu'aperçut Florimond, mais Jeux cavaliers qui lui semblèrent des maîtres, car cinq ou six hommes à cheval les suivaient, ayant tout l'air de pages et de laquais. Par désir de garder l'entière liberté de ses actions, et surtout par crainte d'attirer l'attention de ses gens, Florimond chevauchait seul. A peine ami Lunerette, il avait renvoyé M. de la Butièn Clément, celui-ci sous couleur de porter un message a sa mère, celui-là avec de l'argent pour acheter une de ces fameuses bouteilles de liqueur ménagère que seule savait fabriqQif II mère Bouhant de Malcrav. M. de la Butière, enchanté de cette occasion qui s'oflrait de déguster, sans bourse délier, quelqu'un des produits distillés par la célèbre veuve, avait piqué des deux sur l'Kchalusse. laissant son jeune seigneur et ami continuer sa promenade solitaire.
Les deux cavaliers, qui venaient par un sentier de traverse du côté des Avant-Bois, furent bientôt à une assez courte distance pour que Florimond les reconnût :
— Ah çà, pensa-t-il, est-ce une gageure, et les amoureux de ma charmante bergère se sontils donné rendez-vous dans ce chemin? Voici Mauny d'Anrieux, que la renommée nous dit très épris de la demoiselle et qui ne se déclare point par la peur unique qui le tient de sa gouvernante Marion. Et, à sa droite, cette longue
l'incomparable florimond i63
figure de carême-prenant est le rigide moraliste Ludovic de Montenay, hier nommé tuteur de l'amazone Catherine. Celui-là, si l'on en croit la rumeur publique, est le type des amoureux platoniques chantés dans les pastorales. Sa réserve est telle qu'il ne se déclare qu'aux arbres des forêts et grave le nom de sa belle ainsi que le sien sur leur écorce, à l'exemple des chevaliers errants. Si la touchante Marguerite aime autant VAstrée que cet animal d'Aimeri me le voudrait laisser croire, son amour ne doit pas s'égarer ailleurs que sur ce Montenay... Mais nous sommes à deux, sinon à trois de jeu, ma divine, et, quoique je vous aie à peine entrevue jusqu'ici, le plaisir que je ressentirais en damant le pion à ces deux hobereaux me décide. J'entends gagner la partie : <( Serviteur, messieurs! »
Les trois hommes se saluèrent poliment, et, Florimond ayant cru habile de demander à MM. de Montenay et de Mauny la permission de se joindre à eux, ils la lui donnèrent et le remercièrent d'un honneur dont ils sentaient tout le prix.
— Je m'amusais, dit Florimond, qui se complaisait à accumuler les mensonges, à travailler ce cheval, quand mon laquais se laissa emmener par le sien du côté de Lunery. Alors j'ai continué de marcher seul, sans m'attendre à cette heureuse fortune de vous avoir pour compagnons.
i6£ l'incomparable florimond
M. de Montenay ne répondit rien. Mais M. de Mauny d'Anrieux, qui était d'un omettre ouvert et facile, complimenta le jeune baron sur la beauté de sa monture. Il avait trouvé a peu près la pareille, naguère, à une fonv d'Itf dun. Les trois cents écus qu'on en demandait étaient malheureusement un trop gros pril pour sa bourse :
— Tandis que pour vous... à la bonne heure! On voit bien que votre mère n"\ garde pas quand il s'agit de vous retenir auprès d'elle. Car je gage que ce cheval fut acheté pour elle à Bourges, chez Niebkl I -allemand, aussi vrai qu'il vient do Flandre et a été dressé par les Espagnols. Un peu piaffeur, peut-être, et faible des reins... Croyezmoi, il le faut seller plus en avant, car ces bêtes sont toujours portées sur leurs épaules... Belle bête, en tout cas. Votre mère y dut mettre le prix !
Et M. Lucien-Timoléon-IIannibal de Mauny d'Anrieux, sieur de Torchefelon, Pradeaux, Naboullet, baron de Chateau-Chevrier, prit M. de Montenay à témoin : « Ce barbe valait quatre cents écus, au bas mot, rien n'étant si rare qu'une pareille pureté de robe chez un cheval ferrant. »
M. de Montenay n'y contredit point. Et il demanda à Florimond s'il emmènerait ce cheval à Paris quand il aurait sa compagnie aux gardes.
l'incomparable florimond i65
— Oh ! la chose n'est pas encore faite ! répondit Florimond. La volonté de mon père est que j'aie une compagnie. Encore faut-il la payer, et je ne sais quand.. -
— Vous le saurez bientôt, fit en souriant M. de Montenay, car le marquis votre père a chargé... des amis à moi de suivre l'affaire. On espère que M. le cardinal consentira...
M. de Mauny l'interrompit avec un sans-gêne qui lui était habituel :
— Il y consentira, monsieur, j'en jure par mon chapeau ! Si vous n'avez pas encore vécu au service, celui des gardes vous sera un apprentissage sans douleur. Le seul ennui, c'est que l'on doit résider à Paris quand on se trouve de quartier... Ah! Montenay, vous n'êtes pas souvent à votre régiment, vous!... Votre vie coule ses jours tranquilles et exempts de soucis, soit à Bourges, soit à Lavergne, cependant que le régiment de Leuville tout entier regrette et vos lumières et vos austères principes dans ce qui regarde le commandement.
— Et vous, Mauny, répondit M. de Montenay, votre vie se passe sous la discipline de Marion, qui vous mène à la croate.
— Il est vrai que ma gouvernante s'entend à gouverner, Montenay. Mais c'est surtout la vie des champs qui plaît à mon caractère. Depuis que j'ai fait mes adieux à la guerre et à ce métier de soldat que j'exerçai sous le grand roi de Suède...
l66 LINCOMPARABLE FLORIN!
Et M. de Mauny salua. M. de Montenay leva son chapeau encore plus haut. Florimond, sans comprendre que l'usage parmi les gens de guerre était d'honorer ainsi la mémoire de celui en qui ils voyaient leur maître à tous, donna au hasard un coup de chapeau, et M. de Mauny d'Anrieux continua :
— Rien ne m'est plus doux que ces loisirs champêtres dont je goûte tout le prix dans ma petite maison de Magny. Quand y viendrezvous, Montenay, chasser la j . Pour
vous, monsieur, qui comptez parmi les rir de la terre, vous trouveriez sans doute mon hospitalité petite... Cependant, si le cœur vous en dit...
Florimond n'eut pas le temps de remercier. Sur le talus du chemin qui s'abaissait doucement sous son épais tapis de gazon, se dressa M,u Marguerite en personne, avec son mouton, sa suivante et son Astrée. Dérangée par l'arrivée des cavaliers, elle s'était levée brusquement de la souche moussue qui lui servait de siège, et le livre, ayant glissé de ses genoux sur la pente, s'étalait maintenant tout ouvert sous les sabots des chevaux. Vivement Florimond mit pied à terre, ramassa V Astrée, et, le chapeau à la main, grimpa jusqu'au sommet du talus. Là, il présenta de la meilleure grâce du monde le livre à la jeune fille, s'inclina devant elle, redescendit et fut en selle avant que ses deux compagnons, surpris de cette gracieuse viva-
cité, eussent remarqué les dangers courus par VAstrée.
MM. de Montenay et de Mauny, gênés peutêtre par la présence de Florimond, ne s'arrêtèrent pas pour causer avec Mlle de Primelles. A peine mêlèrent-ils à leur salut quelques courtoisies banales. Ils rejoignirent Florimond, qui avait pris l'avance sans se retourner, et bientôt les trois cavaliers disparurent à un tournant du chemin.
— Quel est donc, Colbert, ce jeune homme qui m'a si galamment rapporté ma pauvre Astrée, miraculeusement échappée aux fers de ces coursiers farouches ?. . . demanda la jeune fille à sa suivante que la modestie de sa condition retenait assise sur une pierre à quelques pas de sa maîtresse.
— Hélas! mademoiselle, répondit Françoise Colbert, c'est M. Florimond, le baron de Ghézal-Benoît. . . le fils de. . . le fils du. . .
— En finiras-tu ?
— Mon Dieu, mademoiselle, c'est que...
Enfin, puisque vous tenez à le savoir, c'est le fils du marquis de Bannes !
— Divine bonté, est-ce possible?... dit Mlle Marguerite avec beaucoup de sang- froid. Je croyais que ce jeune homme avait la mine des bêtes sauvages! Vois, Colbert, comme on nous en donne à garder. Il m'a semblé, au contraire, que ses manières étaient exquises et qu'il saluait avec autan t de grâce qu'il maniait bien son cheval.
— Certainement, mademoiselle. Vous avez trop bon goût pour vous tromper.
— Ne trouves-tu pas, Colb< nrt, qm ous de pareils traits qu'on aime à se li-iirer l'aimable berger Céladon i
— Lui-même, mademoiselle, lui-môme I C'est tout à Tait ainsi que je pensais.
Ainsi approuvée, M1" Marguerite de Primelles rentra chez elle avec sa houlette, son mouton et sa suivante Colbert, qui portait [Astrée sous son bras. La nuit, elle rêva de Florimond et se vit devisant avec lui sur les choses de l'amour supérieur, aux bords ombragés du Lignon. Renonçant à son appareil cavalier, cet unique Florimond endossait le costume des bergers, dont il avait le cœur simple, lame généreuse, la subtilité, l'éloquence, la délicatesse et la capacité d'aimer.
Tout d'abord elle l'avait distingué entre ses deux compagnons par la noblesse et l'élégance aisée de ses manières. Son empressement à la servir était la conséquence même de toutes les vertus dont elle lui faisait crédit. Comme il se montrait supérieur, et par la douce fierté de son regard et par l'élégance de sa personne, à ces deux hommes, dont la vue ne réussissait jamais qu'à augmenter son ennui! M. de Montenay, avec sa longue figure froidement attentive, ses yeux interrogateurs, tout à la fois vifs et voilés, lui déplaisait au delà du possible. Elle se trouvait incapable de lui pardonner sa gravité un peu
morne, la mesure de son geste et son air toujours, quoi qu'il en fît, protecteur. Car Mlle Marguerite ne désirait pas qu'on la protégeât, mais bien qu'on se soumît à elle, qu'on lui confiât l'éducation de son âme, qu'on la prit pour guide et pour souveraine maîtresse de ses pensées, qu'on méritât son amour par la belle façon dont on se serait exprimé pour lui avouer qu'on se mourait de tendresse.
M,le de Primelles avait le courage et l'énergie en petite estime quand ces qualités ne s'abaissaient pas devant elle pour se muer en un renoncement complet de la personne et se convertir en une éloquente et diserte adoration. Ce qui importait en amour, c'était plus ses causes que l'amour lui-même. Capitaine de gens de pied, ricbe, indifférent quoique haut à la main, et de caractère résolument philosophique, habitué au commandement comme à l'obéissance passive qui est la marque du bon soldat, M. de Montenay n'avait rien qui pût lui plaire.
Quant à M. de Mauny d'Anrieux, son physique énergique et agréable, ses yeux noirs, sa barbe rousse, n'empêchaient pas Marguerite de l'avoir en exécration. Sans doute il était généreux et honnête, — mais qui ne l'est pas? — chevaleresque, mais chevaleresque à l'exemple de M. de Montenay et de tous ces héros, taillés sur le patron d'Hercule, qui croient ravir leur belle en pourfendant les ennemis. M,le Marguerite méprisait les combats, pour ce que la guerre
I^O L INCOMPARABLE 1LORIMOND
comporte de vulgarité brutale. M. do Mauny, à faire la guerre, en avait gardé quelque chose de hardi et de décidé. Seule son indolence aurait pu trouver grâce aux yeux prévenu de la jeune fille si cette indolence ne se fut accompagnée d'une certaine joyeuseté foncière qui lui semblait encore plus vulgaire que la brutalité du soldat et lui apparaissait d'autant plus odieuse que cette joyeuseté allait de pair avec la vivacité de l'esprit, un amour indéniable du beau et une connaissance également manifeste des hommes, des livres et des choses.
Que M. de Mauny d'Anrieux fût bien disant. cela était hors de doute. Alors pourquoi n'usait-il de cet avantage que pour se moquer des sentiments nobles et élevés, les seuls qui exaltent l'âme au-dessus des médiocres tracas de la vie ?. . . Tandis que Florimond î 11 n'avait point parlé, mais son regard mouillé disait un cour de choix, capable d'une soumission à nulle autre pareille, un cœur sensible, un vrai cœur de berger ! . . .
Aussi les jours qui suivirent cette rencontre se passèrent-ils pour Marguerite de Primelles à s'entretenir avec sa suivante Françoise Colbei t des vertus sans secondes du jeune baron de Ghézal-Benoît. Car, pour ajouter à ces vertus, Florimond était jeune, tandis que MM. de Montenay et de Mauny étaient vieux, au regard de Marguerite, dont l'âge atteignait juste dix-sept ans! Le premier en avait trente et le second
trente-trois, c'est-à-dire près du double de son âge. Et, s'amusant ainsi à supputer les années, M,le de Primelles calculait que M. de Mauny eût pu à la rigueur être son père. Et elle ne s'arrêtait pas un seul instant sur cette idée que Florimond était le fils de l'homme qui avait tué son père, à elle, le baron de Primelles, — l'amour pastoral présentant cette particularité que ses actions n'ont rien à voir avec les faits vulgaires de la vie.
Donc ces messieurs étaient vieux, et Florimond, Golbert le savait très bien, était dans sa vingt et unième année, et c'est là le véritable printemps des bergers. La fille de chambre était trop fine mouche pour ne pas saisir l'importance des profits que pourrait lui valoir une passion aussi violente. Le principal pour elle était que Florimond la partageât. Elle se promit d'y aider de tout son pouvoir et de pratiquer avec adresse et prudence M. Clément Malompret, qui, la veille encore, lui avait offert sa protection.
Dès lors la fille de chambre de Marguerite, à tout passage que lui lisait sa maîtresse, — car c'est avec VAstrêe que celle-ci tuait le temps, — Golbert s'écriait avec une admiration trop vive pour ne pas être sincère : « Ah! mademoiselle, quels galants propos ! Je ne suis pas sûre que M. Florimond ne parlerait pas mieux ! Mais, par exemple, je gage qu'il parlerait aussi bien ! » Ou bien elle insinuait que des cheveux de M. Florimond le lustre et le soyeux valaient
presque ceux de mademoiselle! Et souvent elle répétait à mi-voix, d'un ton pénétré : « Pensez donc, mademoiselle, il parait <jue dan réunions des grandes dames, à Paris, on ne l'appelle que l'Incomparable Florimondi »
— « Hélas! ma mie. — répondait Marguerite en levant au ciel les plus beaux yeux du monde, — plaise à Dieu que tant île succès mérités n'amènent point ce charmant jeune homme à se gâter comme le vilain II) las, dont la légèreté et la fatuité nous sont données comme le terrible exemple de ces fruits empoisonnés que produit L'égOÏsmel... Donne-moi VAstrée, Colber t oute! Je veux te lire le
portrait de cet être volage et odieux. »
Et M "• de Prunelles se mettait à lire, après avoir posé sa houlette à terre. Son mouton enrubanné tondait l'herbe fraîche à ses pieds, et la chambrière baillait discrètement en ourlant une collerette ou en tressant des couronnes de fleurs afin de ne pas s'endormir à la longue sous les flots de l'éloquence qui la submergeaient.
En vérité, la lecture des pastorales et en particulier celle de VAslrée avait tourné la tête de cette jeune fille, victime à la fois de la solitude des champs et de l'indifférence des siens. Son éducation n'avait pas été cependant négligée. Elevée d'abord par sa mère, puis mise, peu avant la mort de son père, dans un couvent de Bourges, elle y avait appris tout ce qui s'enseigne aux filles de sa condition, excepté ce
que peut seule leur enseigner une mère. Le meurtre de son mari avait à tout jamais ébranlé l'esprit de la baronne de Primelles. A dater de ce jour funeste où l'on rapporta le baron Louis tombé sous l'épée du marquis de Bannes, sa veuve se désintéressa en quelque sorte de sa fille. Les Ursulines de Bourges ne purent réussir à donner à l'enfant qu'on leur avait confiée ces bonnes notions pratiques grâce auxquelles leurs élèves entraient dans le monde maîtresses de maison accomplies. La lingerie, la couture, l'économie domestique ne l'intéressèrent point.
Par contre, elle s'abandonna délicieusement aux idées qui couraient parmi les filles de la noblesse et les trouva toutes fixées dans les pastorales et les romans d'amour qu'on se passait en cachette, quand on ne les étudiait pas ostensiblement comme le vrai code du bon ton. UAstrée, particulièrement, enchanta cette jeune fille abandonnée à qui la mort violente de son père fut une cause de haïr la force et les armes. Cette conception ingénieusement et artificiellement idéalisée de la vie suffit à fausser son esprit, qui, effrayé par la solitude que crée la dévotion, se lança dans la solitude encore plus aride des divagations chimériques. Mlle de Primelles prit pour bon argent les déclamations des bergères et des bergers contre tout ce qu'ils appelaient passion sauvage on simplement action. Quant à la religion, elle se
i~\ l'incomparable florim
persuada que ce n'était qu'une manière de se représenter agréablement les attributs, la gi et l'amour divins. Elle admira dans 1m.ui de Sales l'élégance de l'expression et i'euill» à ses heures, le Traité de VA ntrc
deux chapitres de VAstrée. tout comim graveurs en pierres fines — ainsi que le dit Tévêque do Genève lui-même — ont tu de leur tour une émeraude pour y reposer le yeux fatigués par le travail minutieux des pierres qu'ils entaillent.
Quand elle revint chez sa mère, Marguerite de Primelles avait tout juste quinze an- h puis quatre années qu'elle mail lépft] siens, elle l'étaifl habituée à se suflire moralement à soi-m^me, de telle sorte que sa mère et son frère lui apparaissaient comme des étrangers. Son oncle, M. Le Bouteiller, baron de Mordicourt. dont la nature rude et pourtant bienveillante ignorait toutes ces délicate qui seules étaient capables d'attacher cette fille réservée et sensible, ne réussit pas à gagner sa confiance. Indifférente à tout en apparence, Marguerite s'étudia à dissimuler la chaleur de cœur qui, dans ce milieu aussi simple que sévère et qu'elle trouvait abominablement vulgaire, ne trouvait aucun objet propre à l'entretenir. Elle se fit muette, sourde et aveugle, attendant d'événements improbables, dont son imagination exaspérée se flattait de provoquer la naissance, la réalisation de ses vœux non
l'incomparable floiumond 175
moins ardents qu'incertains. Les livres qu'elle avait rapportés du couvent de Bourges devinrent son unique société.
Pour ne point trop attirer l'attention sur ce que sa vie présentait de singulier, elle pratiqua l'humaine prudence. Elle se composa habilement une attitude suffisamment puérile et folâtre pour qu'on pût imputer à la bizarrerie de sa jeunesse les extravagances qui, autrement comprises, auraient pu devenir pour elle une source de journaliers ennuis. Ses manies, sa défroque pastorale, son agneau enrubanné, furent pris pour signes de ses goûts champêtres. Et, alors qu'elle se moquait supérieurement du gouvernement des basses-cours, des bergeries, des laiteries et des aumailles, chacun demeurait convaincu que la jeune fille avait l'œil sur tout le ménage campagnard et s'instruisait dans la vie rustique, où sa pauvreté la condamnait à se confiner, en ne s'en rapportant qu'à ses yeux.
Passant ainsi pour une fermière modèle, M1Ie de Primelles put parcourir librement, du matin au soir et dans tous les sens, le domaine et s'arrêter où bon lui semblait avec sa fille de chambre Colbert. Celle-ci, dans sa tête de rusée commère, roulait des projets non moins vagues et chimériques que ceux de sa maîtresse. Toutefois, sa nature plus grossière s'orientait vers le meilleur parti à tirer de la vie. Avec une personne aussi capricieuse et
I"6 I.'lNCOMPAKAHLi: FLOEIMOMl)
mélancolique que M1!e Marguerite, on pouvait s'attendre à tout en dehors du raisonnable. Et le hasard est si grand qu'il amène dei résultats inespérés pourvu que l'on soit capable de 1 ministrer en faisant naître des aventures. Car où les aventures manquent l'on ne saurait naturellement en profiter.
C'est pourquoi Françoise Colbert. qui n Ctait pas moins astucieuse et intrigante que jolie et parfaitement tournée, augura bien de la rencontre. Le magnifique et décrié Florimond était riche, cela ne faisait pas question. M,,e Marguerite en paraissait fortement éprise, cela était également prouvé. Donc Françoise devait tirer le plus possible de l'affaire. Elle avait remarqué que, depuis ce jour où Florimond avait salué Marguerite dans le chemin de Lunerette, la jeune fille dirigeait invariablement ses promenades de ce côté. Il fallait donc y ramener Florimond.
Mais, par une malchance déplorable, M. Clément Malompret ne se montrait plus dans le pays, son maître non plus, et une semaine venait de s'écouler. Françoise Colbert, tout en se méfiant de Marin et de tous les Labrande, grands et petits, dont elle sentait la surveillance occulte et hostile attachée à ses pas, alla aux renseignements chez M. de Montenay, en se substituant complaisamment à Margot Larçonnière chargée par le baron de Mordicourt d'une lettre à porter.
L INCOMPARABLE FLOIUMOND I77
Margot Larçonnière, native de Saint-Christophe, remplissait auprès de la baronne de Primelles les fonctions de fille de chambre. Onques créature plus effarée et plaintive ne brossa les habits, ne plia les robes et n'eut charge du linge dans une honnête maison. Sa petite taille plate s'alliait bien avec sa mine pointue, son profil en lame de couteau, son menton fuyant et son front étroit et bombé. Le ton de ses cheveux blonds était si pâle qu'ils imitaient la filasse. Ses yeux éplorés rappelaient des fleurs de mauves cuites dans du lait. C'était un abrégé de femme, ou plutôt de fille, puisqu'elle ne comptait que dix-huit ans et se pouvait comparer, pour la pureté, à sainte Agnès en personne. Margot Larçonnière avait été donnée à la baronne de Primelles, depuis tantôt sept ans, par la nourrice de Marguerite, Ursule de Segry, femme du portier- garde Roquelin Sabourcau, dont le caractère geignard sympathisait avec celui de Margot.
La chambrière Larçonnière ne possédait que de bonnes qualités. Dix écus par an, une robe aux étrennes et quelques vieux jupons à Pâques, cela la contentait, mais ne pouvait l'empêcher d'aller courbée sous une crainte perpétuelle et des autres et de soi. La peur de commettre une bévue, celle des araignées, des revenants et de mille autres choses de pareille importance, gâtait sa vie et la condamnait à accumuler les sottises. Bien juste, par sa douceur angélique, la
baronne de Primelles réussissait-elle à la tenir en confiance. Un jour. Margot s'abattit tout en larmes auprès de sa maîtresse. A grand' peine put-on consoler cette grande coupable qui se désespérait d'avoir cassé un moutardier de cinq sous et demandait à le payer sur ses pauvres gages.
M. Le Bouteiller, baron de Mordicourt. était pour Margot le seigneur des épouvantes. Quand il lui adressait la parole, elle s'arrêtait tremblante, joignait les mains comme qui prie; des pleurs obscurcissaient sa vue, voilaient sa voix, et ses pauvres jambes, dont la maigreur s'exagérait par la largeur de ses pieds, flageolaient, comme prêtes à jouer des cliquettes. Et pourtant M. Le Bouteiller n'était pas méchant. Mais il appartenait en tout au siècle précédent, et ses manières étaient brusques. Enfin il avait une façon à lui de regarder le monde par-dessus la tête à quoi Margot Larçonnière, fille de pauvres gens morts de la peste, ne put jamais s'habituer.
Ce fut à cette créature falotte et découragée que M. Le Bouteiller confia, de l'aveu même de Mme de Primelles, une lettre pour la porter à M. de Montenay ; il s'agissait d'une battue aux loups :
— Il est à sa maison de Lavergne, tu la lui remettras tout à l'heure. Lorquin te prendra en croupe, puisqu'il se rend à Lunery. Il te reprendra avec la réponse... Entends-tu, pé
core?... Non, je veux dire, Margot, ma bonne fille I... Surtout, ne perds pas cette lettre. Elle contient des graines dans une enveloppe de papier ficelée sous la cire... Je te la confie, coquine!... Allons, allons, ma pauvre enfant, c'est une façon de parler... A pleurer ainsi, tu vas gâter ta collerette... Si je te confie ce paquet, c'est que tu es soigneuse, tandis que Lorquin est un lourdaud qui ne manquerait pas de l'écraser dans la poche de sa botte... Allons, va!
Sans oser répondre, l'infortunée se coula le long du mur avec sa lettre à la main. On eût dit d'une musaraigne surprise au soleil levé sur le seuil d'une grange. Or, si Margot Larçonnière redoutait deux choses sur terre, c'était de voyager à cheval et le tête-à-tête avec Jacques Lorquin dit le Brave. Margot redoutait le cheval parce qu'elle avait peur de tomber. Elle redoutait Jacques Lorquin dit le Brave parce que ce garçon de charrue, homme de confiance de l'oncle Le Bouteiller, jouissait d'une réputation de jovialité qui épouvantait la chaste et timorée chambrière. Les plaisanteries de ce grand et robuste garçon, qui suffisaient à dérider les mines les plus revêches, produisaient sur Margot Larçonnière un effet tout différent. En un mot, c'était une fille de Lévi, et Lorquin un Amalécite, un Holopherne ou quelque chose d'approchant. Margot tenait Lorquin pour un réprouvé. Quant à Lorquin, il n'avait aucune
ibo COMPARABLE FLORIMOND
idée précise sur Margot. Il mangeait comme quatre, buvait comme huit, — à l'occasion, car rarement plus pauvre homme n'aiguillonna bœufs à la charrue, — possédait roc inaltérable bonne humeur et c'aurait pas levé sa forte main *,ur un enfant. Il n sur la taille dune fdle non plus, i moins que ce ne fût avec son consentement. Mais de Jacques Lorquin Margot ne voulait rien savoir, pi (juil s'était une fois moqué, et avec irrévérence manifeste, du curé de Primelles.
L'idée d'entreprendre un voyage en croupe de ce dangereux impie paralysa les faibles moyens de Margot. Dès qut M. Le Routeiller eut tourné tel talons, elle s'assit sur un banc de la cour et pleura amèrement. C'est alors que Françoise Coîbert, qui s'entendait i roder partout, l'aperçut. Margot ayant conté son chagrin. Françoise prit sur elle de la remplacer comme messagère. Justement M"e Marguerite gardait la chambre, accablée par la migraine et aussi par le chagrin de ne pas avoir revu Florimond. Donc, quand le puissant Lorquin parut, botté aussi haut qu'un pêcheur de la Hollande et sa souquenille de courrier sur le dos, ce fut Françoise Colbert qu'il trouva prête à s'asseoir sur la croupe du grand cheval à tous crins qu'on achevait de brider. Il accepta le changement avec plaisir, parce que cette compagne de route bien frisée lui agréait mieux que « la fdle Jérémie », ainsi qu'il appelait d'ordinaire Margot.
Déjà la dolente chambrière s'enfuyait en trottant menu vers la cuisine et sa planche à repasser les chemises.
Une fois qu'il eut garni ses fontes de deux longs pistolets à chenapan, accroché une lanterne de corne à l'arçon, — précaution utile puisqu'on ne reviendrait qu'à la nuit tombée, — bouclé sa ceinture, où pendait un bon couteau de Turquie dont la lamé plus large qu'une faucille se recourbait avec fierté, pris les commissions d'un chacun et suspendu au flanc gauche de sa bête une sacoche qui ferait contrepoids aux jambes de Françoise, Lorquin se mit en selle. Il donna l'étrier à l'agile servante, qui s'assit sur le panneau et, empoignant la ceinture de son compagnon, déclara qu'elle ne s'était jamais sentie tant à l'aise.
La bête partit à l'amble. Sur le pas de la porte du pont, le vieux concierge Roquelin Saboureau, qui tenait le guichet ouvert, souhaita bon voyage à Françoise, lui conseilla de cacher ses mollets, avec un compliment dont la nature s'excusait par cela que ledit Roquelin, ancien arquebusier au régiment de Goas, avait gardé de son métier de soldat une incoercible liberté de langage. Sa figure héronnière disparut bientôt aux yeux amusés de Françoise, et Lorquin abonda en discours hardis et plaisants.
Pour accéder à la terre de M. de Montenay, point n'était besoin de passer sur celles de Bannes. En longeant celles-ci entre les Colom-
182 l'i.n comparable klorim
biers et Germigny, on s'y rendait en li| presque droite, et c'était une affaire de deux petites lieues de pays. Devait-on tout rant que de s'engager dans cette coulée, passer par Lunerette, puis sous les murs du parc de Bannes, murs sans cesse détroitl par ta malveillance des paysans, sous prétexte de droit de fouage, de secondes herbes et autres servitudes depuis longtemps rachetées. Mail le marq qui entendait demeurer clos puiftquH avait payé pour cela, les avait toojonri relevée. Depuis son départ pour l'eiil, le* brèohea s'étaient rouvertes d'elles-mêmes, et la marquîee aimait mieux fermer les yeux, car elle déairait se rendre populaire.
Par une de ces brèches, Françoise Golbert aperçut la marquise Julie qui se promenait majestueusement dans une allée et que précédaient quelques paons avides à se disputer les morceaux de pain qu'elle leur distribuait de sa main gantée de velours sombre. Elle avait à sa droite Nicole Deleuze, avec une corbeille à pain en écharpe, et à sa gauche l'abbé Rousselin, son chapelain, qui marchait, pareil à un gros rat soyeux, bien en point dans sa courte soutane de satin noir. Derrière la dame de Bannes, un petit Maure coiffé d'un turban vermeil, vêtu d'un habit long de brocart, portait un large parasol de damas bleu turquin, dont il pouvait, grâce à la longueur du manche, abriter la tête soigneusement crêpelée de sa maîtresse. Un
l'incomparable florimond i83
page en mandille armoriée tenait, à côté de cet avorton barbaresque, la traîne de la robe à pleins bras. Venaient ensuite les filles de chambre avec leurs collerettes à mille tuyaux et leurs simples jupes de serge avec le vertugadin plissé en éventail, et leurs corps à ailerons. L'une tenait le chapeau de paille de la marquise, chapeau léger d'Italie, plus large qu'une roue de charrette et tellement chargé de plumes qu'on pensait, en le voyant, à une culière de carrousel. Une autre fille, Maroie Lenatier, célèbre autant par sa beauté que par la faveur dont l'honorait la marquise, portait la boîte a broderie; et une troisième avait un pliant passé à chacun de ses bras. Et, enfin, les feutres empanachés de MM. de Tourouvre et de la Butière balançaient leur aigrette à l'arrière-garde de cette caravane de choix. Mais en avant, marchant avec grâce et prudence à reculons, et au grand mécontentement des paons, M. Aimeri d'Olivier, semblable à un radis noir, ressemblance qu'augmentait une couronne de feuillage ceignant son front, sa calotte et ses cheveux rapportés, paraissait occupé à réciter des vers ou à prononcer une allocution dont la force poétique se devinait à l'ampleur de son geste et à la façon despotique dont il levait le menton.
Pour mieux jouir de ce merveilleux spectacle, Françoise pria son écuyer de se mettre au pas, et elle accompagna cette demande d'un
i84 l'incomparable floiumond
si vigoureux pinçon dans le dos que Lorquin, flatté dans sa chair, malgré l'épaisseur de souquenille en drap de ménage, par cette caresse cavalière, arrêta du coup son roussin; et eel heureusement que. si le pan de mur lui cachai! la vue du cortège, Françoise, en tournant la tête, pouvait par le talus de la brèche ; cette vue tout entière* Elle pot même entendre
M. Aimeri d'Olivier c< la marquise à
Phœbé, son fils à Phœbus; elle pot rotr tout M. Clément llalompret en l'honneur de
qui elle était montée à oheral, car elle le cherchait ou l'attendait eu vain depuis huit longs jours. M. Clément, qui venait tout i lut rière, en tête de six grands laquait, I» marcher et s'arrêta sur un signe de Prançoi dont la mine se montrait au-dessus du monceau de pierres. Ce signe ne fut pas saisi par le complaisant Lorquin, qui s'occupait de rajuster la mèche de son fouet. Il poussa tout aussitôt son cheval en avant, quand il entendit Françoise lui crier sur le mode aigu :
— Allons, qu'attends-tu?... En route! Il y a loin d'ici à la maison de M. de Montenay !
Elle avait prononcé ce nom d'une telle voix de trompette que MM. de Tourouvre et de la Butière s'en retournèrent au bruit. Ils ne purent rien voir, car ils étaient déjà à quelque vingt pas de la brèche, et la tête de Colbert avait disparu. Mais M. Clément avait entendu et vu, de telle sorte qu'à la hauteur des Bornes
l'incomparable florimond i85
il apparut brusquement au beau milieu du chemin, salua avec une politesse excessive Lorquin, échangea un nouveau signe avec Françoise, puis s'éloigna à la rapide allure de son courtaud dans la direction de Maleray. Lorquin déposa son précieux fardeau à la porte de la maison de Lavergne. Il apporta à ce faire un tel soin que la sage Golbert crut devoir l'en blâmer :
— Lorquin, mon ami, point n'est besoin pour me mettre à terre de m'embrasser dans le cou. Outre que cette façon n'est pas honnête, elle a l'inconvénient de chitFonner les collerettes. Fuyez-vous-en, malotru!... Vous avez failli fracasser le paquet de graines à moi confié par M. Le Bouteiller... T'en iras-tu? Je n'ai pas besoin de toi pour entrer.
Ainsi semonce, Jacques Lorquin, dit le Brave, fit claquer son fouet avec désinvolture et allégresse et, sans s'excuser autrement, partit à fond de train pour gagner Lunery. Et Françoise, tournant le dos à la porte de M. de Montenay, regagna vivement le chemin des Bornes, où M. Clément l'attendait, la bride de son cheval à la main.
Leur conversation fut brève, car ils redoutaient d'être surpris dans ce lieu découvert où les abritait à peine un buisson. Colbert apprit que Florimond était à Bourges, où il se cachait, n'ayant pour suite qu'un méchant petit valet.
— Il ne sait comment se défaire de cette
186 l'incomparable flohim
Brossin, dont la jalousie devient furieuse. Croirais-tu que, non contente de le tracasser pai lettres, la diablesse voulait le relancer j u>*ju 'au château?... Encore un peu, et elle y pénétrait sous couleur de proposer des mouchoirs!... J'ai eu toutes les peines du monda à la voyer... Si tu trouves que cela ne m< i ita Df fouet, je me demande à qui on devra le donnerl... Son enfant?... Eh bien, qu'elle l'élève, et nous laisse en paix
M. Clément, qui ne s'abaissait pas à ces vu! gaires détails, négligeait de dire que c'était <lu manque d'argent que souffraient la mère et le nouveau-né. Florimond se débattait dans une gêne cruelle, »t M Clément, qui désapprouvait ces amours roturières avec la lingère Madeleine Brossin, fermait sa bourse.
Tout en prêchant la morale, le valet de chambre prit le menton de Colbert. Puis il reconnut qu'il était urgent de rappeler Florimond, puisque M Marguerite séchait sur pied en attendant son retour :
— Je partirai demain, de grand matin, et vous le ramènerai, ma belle. Comptez toutes deux sur nous pour après-demain, à la place ordinaire, et sur le coup de trois heures après midi... Et retiens ta langue... Fais-moi le plaisir de cacher cela sous ton corset.
Françoise, qui reculait avec méfiance, risqua un pas en avant et prit les deux écus que lui tendait le généreux* Clément. Cette manière
d'accompagner les pourparlers lui parut de bon augure pour les entreprises à venir, d'autant qu'elle ne voyait quasiment jamais d'argent à Primelles, où cette marchandise était fort rare. Ses gages minimes, elle devait les attendre souvent tout un an.
Quant aux velléités amoureuses de M. Clément, elle les relégua dans le domaine sans limites des espoirs qui n'ont pas de terme précis. De même qu'avec Lorquin, elle usa de procédés dilatoires, et le valet de chambre de Florimond, qui avait d'ailleurs des préoccupations plus hautes, s'éloigna en répétant : « A mercredi, la belle enfant! A mercredi. »
Et lorsque Colbert fut de retour à Primelles elle versa sur le cœur endolori de Mlle Marguerite, qui se morfondait dans son lit, le baume des consolations en lui annonçant que, dans deux jours, M. Florimond, au retour d'un voyage, passerait par le chemin de Lunerette. De ce chemin Marguerite rêva toute la nuit.