I. — DANS LES ACTES SUBCONSCIENTS
Ce sont les formes inférieures de la mémoire qui présentent une part d'inconscient. La mémoire complète accompagnée, selon le terme en usage, de " reconnaissance », c'est-à-dire la mémoire qui situe exactement les faits rappelés, connaît leur ordre dans le temps et les remet en leur lieu et place, est pleinement consciente. Elle fait partie de.la synthèse mentale, elle aide l'attention et la seconde dans son application à la réalité. Pour trouver de l'inconscient dans la mémoire, il faut donc envisager des ensembles moins complets.
L'automatisme est, en somme, la forme la plus simpliliée de la vie psychique. Qu'il y ait de la mémoire aans l'automatisme, c'est ce que les expériences du D' Pierre Janet sur les hystériques me paraissent montrer clairement. Voici ce qui se passe chez ud sujet en catalepsie c Léonie, mise dans l'attitude de la prière, se lève mécaniquement du siège où elle est assise, plie les genoux (mais beaucoup plus lentement qu'à l'état normal et éveillé), s'agenouille, se penche en avant, la tète inclinée, les yeux au ciel. Elle se relève, elle mime la communion, absolument comme si elle y prenait part véritablement. La scène dure un quart d'heure et s'interrompt par la fin de l'état cataleptique. Et pourtant, il y a, selon le mot de Charcot, « inertie morale absolue ». Dans la même attitude mentale, on provoque avec une musique gaie, rire et danse chez le sujet, larmes avec une musique triste. Les gestes provoqués par l'eipérimentateur se continuent en actes adéquats. On met
l'inconscient dysamiqle 17&
dans la main de la personne en catalepsie un parapluie, e!ie l'ouvre, le met au-dessus de sa tête, se comporte comme s'il pleuvait.
Od ne peut provoquer, pendant la catalepsie, que des actes répondant à des sentiments précédemment, éprouvés par le sujet. « Un sujet qui n'est pas religieux et qui n'a pas fait autrefois cette synthèse des mouvements qui constitue l'émotion de la prière ne jouera pas, pendant la catalepsie, la scène de la prière. » Si l'expérimentateur lui joint les mains, les mains resteront jointes. «L'automatisme ne crée pas de syntlièses nouvelles », dit Pierre Janet. Dans ces cas, il y a donc une mémoire inconsciente.
Par conséquent, cette mémoire existe dans toute activité automatique à l'état normal, le caractère de l'automatisme n'étant pas différent en soi à. l'état normal de ce qu'il est à l'état patliologique. Dans les suites d'images et de mouvements appris, comme dans une pièce de vers que l'on sait par cœur, dans un morceau de musique que l'on joue sans plus devoir prêter attention au mécanisme, et, ea un mot, dans toutes les séries d'actes complexes qui constituent l'exercice d'un métier, la mémoire automatique existe au même titre que dans l'exemple précédent. Bile peut apparaître sous forme exagérée et l'on en aperçoit alors très nettement le mécanisme. «Un cas célèbre est celui de la personne mentionnée par Abercrombie, qui pouvait retenir, après l'avoir lu une seule fois, un document fort long, mais ét^t obligée de se le répéter en entier, depuis le commencement, pour trouver le renseignement dont elle avait Ijeaoin. » [Paulhan, Fonction de la mémoire.)
Mais cette mémoire, au lieu d'être totalement inconsciente, est subconsciénte, et l'ensemble des mouvements avec leur direction, leur marche générale, n'échappe pas au contrôle de la conscience. Ici ce contrôle n'exige absolument aucun effort, car les
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actes avec images et mouvemenEs qui constituent celte mémoire entrent tout naturellement et gang aucune difliculté dans la synthèse dominée par la volonté consciente et l'idée du but, ou en d'autres lei^ mes, par l'adaptation au réel.
Nous trouvons donc ici ce genre d'inconscient étudié sous le nom d'inconscient automatique et de subconscient. L'inconscient de mémoire dans l'automatisme n'est pas autre chose que celui que nous avons envisagé au troisième chapitre de ce livre. Les images et Jes mouvements qui le composent ne sont pas des éléments différents les uns des autres. Il ne serait pas juste d'admettre que les images ou, psychologiquement, les représentations et d'autre part, les mouve-, ments, constituent deux séries automatiques différentes, images et mouvements sont les deux aspecU d'un seul et même acte; l'image ne précède pas le mouvement, elle le double tout simplement.