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IV. — DAN'S LES ASSOCIATIONS d'iDKES

Notre idéation peut être volontairement dirigée vers un but; c'est ce qui arrive chaque fois que nous concevons un raisonnement ou une action et que nous choisissons les idées et les mouvements appropriés à notre but. Nous ne discutons naturellement pas ici la question de savoir si la conscience du but est libre ou déterminée par des antécédents qui se dégagent à l'analyse. Nous laissons de cAté toute théorie relative à ce problème qui n'appartient pas à nos présentes recherches. Nous constatons simplement que, parmi les faiU enregistrés par notre conscience, nous sommes capables de distinguer et d'expliquer ce que nous éprouvons, si nous agissons ou pensons dans la direction d'un but, en appliquant notre attention et notre volonté à écarter tout ce qui nous en détourne. C'est l'attitude mentale de l'homme occupé ■à un travail qui exige quelque application.

Dans cette attitude, c'est la direction que nous imprimons 4 nos idées qui en détermine la suite. L'idéation n'a rien de capricieux, nous écartons les impressions et les mouvements qui ne collaborent pas avec elle, nous concentrons, en un mot, notre

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attention. Cela ne veut pas dire, avons-nous eu l'occasion d'expliquer, que notre attention se limite à un monoïdéisme appauvri, mais, au contraire, qu'avec une tension particulièremenÈ forte, elle t&cbe d'unifier en elle le plus d'idées qu'elle peut, afin de les projeter vers la réalisation de son but.

La liaison de nos idées suit alors les lois strictes d'un raisonnement dirigé vers le but proposé. Elle n'a rien de fantaisiste. Notre activité paycbique est à son plus baut degré de synthèse; le niveau mental et la tension de l'esprit sont au maximum. L'idéation n'est pas livrée' à l'association des idées; ce ne sont pas «les idées qui s'attirent", mais, pour parler comme Wondt, notre aperception qui choisit les idées et les dirige.

Mais nous ne sommes pas toujours absorbés par le travail à ce point et notre attention n'est aussi occupée qu'un petit nombre d'beures par jour. Le reste du temps, elle reçoit volontiers les suggestions extérieures et accepte les impressions variées qui se présentent à nous. Sans descendre jusqu'au relâchement qu'on observe dans la rêvasserie, étudiée précédemtnent, elle se laisse guider soit par les sensations, soit par tes associations d'idées, c'està-dire par des liaisons accidentelles qui se produisent entre nos représentations.

On a cberché, depuis Hume, les lois de ces associations, mais les formules des empiristes anglais restent loul à fait extérieures; elles n'ont qu'une valeur de classification. Dire que les idées se rapprochent en vertu de leur ressemblance ou de leur voisinage, c'est ne rien dire de bien nouveau. Sollier, dans son livre sur V Association en psychologie, a donné une excellente critique de l'insuffisance de l'associationnisme.

En réalité, toute perception sensible et toute idée sont comme un centre d'association. 11 peut se faire

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des associations en tous sens. Ainsi, je vois un objet, une plante dans un parterre: cette plante peut me faire penser à une classillcatiûn botanique, à un motif ornemental, à un parfum agréable, à un chapeau de femme, à un pays lointain dont elle a été apportée, à la saison, au temps qu'il fait, aux plantes de mon balcon et à bien d'autres images encore. Selon le moment, n'importe quelle représentation provoque n'importe quelle association d'idées, et il n'a 1 pas de règle logique à cela.

Peut-on dire que la représentation qui provoque une association d'idées et l'idée qui s'associe à cette représentation ont fait partie d'un même tout vécu ou d'un même courant d'idéation? C'est encore ce qu'on a dit de plus sensé à ce propos. Mais cette loi est insufllsante, puisqu'en outre, une simple ressemblance, un rapprochement dont la conscience ne saisit pas la raison d'être, provoque des associations d'idées inattendues.

Si l'on a tenté de formuler des lois en cette matière, c'était par imitation des lois mécaniques : l'aveu se trouve et, chez Hume et chez Stuart Mill. Mais personne, aujourd'hui, n'admet plus les prétendues lois d'association. Cependant, comme il faut s'y attendre, il traine encore des bribes de l'ancienne hypothèse, qui eut son heure de célébrité. Evitons les termes équivoques qui ne répondent à rien.

Nous devons donc nous borner à constater que toute idée peut en «accrocher » une infinité d'autres. Et qu'est-ce donc qui détermine telle ou telle association? Car nous ne pouvons admettre que le hasard règne en maître dans ce domaine. Ce sont les tendances et les dispositions individuelles, les affinités réelles et non purement formelles et logiques entre > mes dispositions du moment et l'ensemble des représentations qui occupeni ma conscience.

Dans un grand nombre de cas, il arrive que l'en-

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chatoement des idées soit parfaitement conscient et que leurs associations présentent une apparence logique qui imite la logique serrée d'un raisonnement volontairement orienté vers un but. L'enchaînement peut alors obéir à l'iiabitude et reproduire des formes de raisonnement fréquemment répétées et devenues presque automatiques ; il en est ainsi dans la conversation journalière relative aux objets usuels et aux faits quotidiens. Mais, d'autre part, la liaison des idées peut aussi être guidée par les circonstances, c'est-à-dire par les choses qui nous entourent et par les événements; dans ce cas, les associations empruntent à ces choses et à la suite des événements les connexions qu'ils nous imposent.

Reste tout ce qui se dit ou qui se pense « k bâtons rompus», et ici, l'association dite accidentelle règne, c'est-à-dire que les associations sont le résultat de combinaisons entre la sensation ou l'idée qui occupe la coascience et les suggestions qui lui viennent des dispositions du moment et des tendances vivantes. Sollier a eu raison d'insister sur le rôle de l'afTeclivité dans l'association et sur la constitution individuelle, pour eipllquer la prépondérance de telles ou telles associations chez les différentes personnes.

Dans les associations, il arrive couramment que des termes soient passés et restent subconscients. Voici l'exposé classique donné par Hamilton. Un jour, Hamilton pensait au mont Ben Lomond, en Ecosse, el remarqua que cette pensée était immédiatement suivie de celle du système d'éducation prussien. Entre ces deux représentations, aucune connexion rcconuaissable. Frappé de cette anomalie, Hamilton, en cherchant dans ses souvenirs, se rappela que la der- Bière fois qu'il fil l'ascension du Ben Lomond, il avait rencontré au sommet un Allemand. C'est ce terme subconscient qui avait servi de chaînon à l'association.

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Depuis, l'attention s'étant portée avec grand soin sur l'observation psychologique et celie-ci ayant été aidée par des méthodes perfectionnées, on a découvert des faits, beaucoup plus frappants que celui-là, de perceptions et d'associations inconscientes. La pei-ceplion sensible inconsciente se manifeste par l'apparition soudaine, dans la conscience, d'une représentation qui semble ne se rattacher ni auï sensations dont on a conscience dans le moment même, ni à des associations d'idées. Voici un exemple que j'ai relevé ; ma femme, M°" Stéphanie Chandler- Dwelshauvers, qui est un très bon sujet pour l'étude de ces phénomènes, passe en voiture dans une rue et se surprend à dire tout haut le mot « pharmacie <•■ Elle a l'habitude de se parler à mi-voix et souvent aussi de faire d'involontaires mouvements d'expression qui accompagnent sa pensée. Elle répète machinalement le mot " pharmacie » sans y penser et c'est cette répétition automatique qui finit par attirer son attention. Elle entend le mot qu'elle prononce. Alors seulement, elle regarde autour d'elle et aperçoit au Join, dans la rue, une enseigne portant le mot « pharmacie » en grosses lettres d'or. Nous avons, ici, un phénomène très complet : perception inconsciente, lecture et parole inconscientes.

Voici quelques exemples intéressants 'A'aisociations d'idées avec intermédiaires inconscients. W. Jérusalem rapporte le cas de Max von Baumgarten qui décrit le phénomène suivant : assis un soir au travail, il est tout à coup obsédé par l'image d'un vieillard, conduit par une jeune Olle. Il a beau chasser l'image, elle revient avec persistance. Il décrit les vêtements misérables des deux personnages qui lui apparaissent, il voit aussi la contrée où se passe la rencontre ; un chemin creux le long d'une forêt. Frappé par cette Tision, von Baumgarten retrouve dans ses souvenirsavoir vu cela il y a une trentaine d'années. D'où pro-

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vient ce souvenir? Il cherche, consulte plans et cartes ainsi que les livres autour de lui : sans succès. Il se lève de sa table et s'arrête tout à coup devant un bouquet de fleurs. Ici il a la clé de l'énigme. Cachées parmi des fleurs plus grandes, il y voit quelques petites fleurs de pyrola uniflora. Or, il avait trouvé pour la première fois cette plante précisément à la lisière de la forêt, près du chemin creux. Il n'avait plus jamais pensé à ces deus personnages qui lui réapparaissaient maintenant, éveillés par l'impression inconsciente de l'odeur de la pyrola^ et qu'il avait rencontrés dans le chemin creux.

Autre fait semblable : Fr. Thomas raconte de luimême qu'étudiant à Berlin en 1861, il passait un jour par l'Ebertsbriicke pour aller à l'Université quand, tout à coup, il eut le souvenir du Hflttenthal près de Kœnigstein (Suissesaxonne) ; ce souvenir lui apparut soudain avec la plusgrandevivacité. Il y avait séjourné pendant un temps assez long quelques années auparavant. Une se rendit pas compte de la raison du fait, continua son chemin vers l'Université et n'y pensa plus. Le lendemain au même endroit, sans qu'il y ait pensé à nouveau, il éprouve le même phénomène. Cette fois il s'arrête et examine l'endroit. II voit un batelier arrêté là avec son bateau rempli d'une cargaison de fruits de Bohême qu'il vendait sur le pont. Ce bate- 'ipr avait avec lui un charbon de bois fort employé dans le Hdttenthal C'était la sensation d'odorat, restéf inconsciente, qui avait éveillé le souvenir de la Suisse saxonne car, après avoir quitté ce pays, Fr Thomas n'avait plus senti cette odeur ni à Gotha, m à lëna, ou il a^ait demeuré.

Le professeur Otto Speyer raconta au même Fr. Thomas, en 1878, un fait intéressant d'association qui, pour être moins net, n'en est pas moins un phénomène incouscienl. Speyer, étant jeune garçon, demeurait à Bad Pyrmont, où son père était adminis-

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traleur. Il visitait souvent la salle de lecture du casino où l'on fumait beaucoup hi cigarette turque. En 1880, il y lut la nouvelle de la révolution de Juillet et des combats dans les rues de Paris. 11 court annoncer la nouvelle à son père, qui vient la vérifier dans les journaux. L'impression de l'enfant fut si forte que l'odeur du tabac turc éveilla toujours chez lui l'image de combats dans les rues.

Un cas analogue d'association par l'intermédiare d'une odeur est rapporté par Kiesow, mais sa discussion du fait et son attitude négative me semblent dictées par des raisons d'école plutôt que par l'examen approfondi de la réalité. Il répète simplement l'idée de son maître Wundt qui considère les intermédiaires comme >< non remarqués » et pas comme < non conscients » et n'a du reste apporté que des arguments très approximatifs pour soutenir cette opinion purement théorique.

Dans son Essai philosophique sur les probabilités, Laplace rapporte un fait emprunté à la traduction des «euvres de Franklin par Barbeu-Du bourg : un marchand parisien se promenait un jour dans les rues de Saint- Germain, songeant à des affaires fort sérieuses; il ne put s'empêcher de moduler tout bas, chemin faisant, l'air d'une ancienne chanson qu'il avait oubliée depuis bien des années. A deus cents pas plus loin, il commença à entendre, sur la place publique, un aveugle jouer cet air sur son violon. La perception, trop faible pour être consciente, avait été suffisante cependant pour provoquer un fait de mémoire. Voilà un phénomène très précis, qu'il serait impossible d'expliquer autrement que par le passage subconscient de l'impression à ridée provoquée, puisque les conditions de la perception consciente en sont exclues. « On pent oublier biendes choses, disait Leibniz, mais on pourrait se ressouvenir de bien loin, si l'on était ramené comme il faut, » Voici deux autres faits très curieux

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empruntés àE. Anastay. Un étudiant en botanique, en regardant distraitement les vitrines d'un restaurant, troit y lire l'inscription : Verbascum Tkapius. Frappé du fait, il regarde plus attentivement et ne voit d'inscrit que le mot bouillon, qui avait évoqué le nom scientifique ci-dessus, dénomination de la plante appelée communément bouillon blanc.

Antre exemple, très amusant du reste, cité par le même auteur : il cherchait vainement à se rappeler le nom d'une rivière dans le pays du Queyras (Hautes- Alpes). Cette rivièreétaitrUbaye(prononcez : Ubaille); le soir, ayant sommeil, il bâille et tout à coup se rappelle le nom delà rivière.

J'ajoute une observation personnelle. En août 1913, nous étions en vacances à Macolin (Jura suisse). Un matin, en s'habillant, ma femme (M"' Stéphanie Chandler-Dwelshauvers, déjà citée pour d'autres observations) me dit : On sent nue odeur de bon café. Je vérifie et ne remarque pas d'autre odeur que celle, assez forte, d'une lampe k alcool, allumée sous un réchaud par une voisine malade. Or, l'on a souvent «outume, pour obtenir une tasse de bon café, de la préparer dans une cafetière viennoise, actionnée par une lampe à alcool. Et c'est l'odeur de l'alcool qui, inconsciemment, avait éveillé celle du bon café qui s'était substituée à. elle.

On a appliqué aux associations la méthode expérimentale qui a donné, entre les mains d'Alfred Lehmann et d'E.W. Scripture d'intéressants résultats qui confirment les observations que nous venons de rapporter. Dans ce genre de faits, l'expérimentation est trop artificielle : ses apprêts, sa mise en scène et l'entraînement des sujets limite singulièrement la portée des résultats. Les faits les plus intéressants pour le psychologue échappent dans ces conditions trop aisément et l'on soumet le réel vivant à un traitement qu'il supporte très mat. -Malgré ces circons-

(défavorables, E. W. Scripture a remarqué des [l'association entre une représentation, donnée e excitation, et le souvenir provoqué dans la ence du sujet a lieu par un moyen terme qni nconscient ou subconscient. En dépit de latecbtrès précise d'expériences intelligemment coo- , je trouve les faits qu'il a obtenus beaucoup démonstratifs que les faits naturels. C'est pour- B ne les mentionne ici que pour rappel.

irmine par un cas cité par Boirac " un sujet, les Imndés, lit en touchant (avec toucher hyperes- ), mais prétend ne pas tirer du toucher sa connce du texte, consistant en titres de journaux, en nés plus petits et môme en écriture à la maiu. phénomène inconscient : c'est l'impression tacli échappe à la conscience. Le sujet prétend voir coup en lui l'image des mots et n'avoir aucune ence des sensations tactiles,

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