II. — VIE AFFECTIVE ET INCONSCIENT
Quelle est la part de la vie affective dans les fonctions inconscientes? Nous avons déjà remarqué, en étudiant l'inconscientdynamique, qu'il était fortement
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empreint des caractères de celte vieet que les états allectiTs jouaient un rôle considérable dans les tendances, dans le rêve et dans les facultés créatrices, dans l'invention. Nous venons de voir comment les étals afTectifs agissent, de quelle façon il pénètrent nos idées et nos actes et déterminent notre caractère. Il nous reste à examiner en quoi consiste leur genre d'inconscient.
Nous avons vu le rôle important de l'organisme dans la formation des états afTcctifs. 11 nous faut d'abord reprendre cette question et la préciser, d'autant plus que les systèmes arlificiels des intellectualistes ont tenté d'expliquer les états affectifs par des rapports entre les représentations.
11 n'est absolument pas vrai de dire qu'un sentiment de plaisir provienne de ce que le contenu de deux représentations s'harmonisent, et un sentiment de déplaisir, do ce qu'elles ne concordent pas. Ce sont là des explications purement verbales. Les états affectifs élémentaires ne résultent aucunement de jugements de valeur ni d'accord entre les représentations. Avant ce qui est représentatif, il faut envisager ce qui est actif dans les organismes. Les représentations ne se forment que par l'activité, elles suivent celle-ci. Or, à l'activité se rattache une phase de la sensibilité qui, nous l'avons remarqué, ne porte pas sur l'objet, mais est ressentie par le sujet comme inhéTente à lui.
Le rôle de l'organisme dans la genèse des états affectifs a été signalé par Descartes dans le TraHè des passions; mais sa psychologie était gênée par une métaphysique substantialiste et, par là même, faussée. 11 a fallu un long temps avant qu'on précisât les rapports entre organisme et" vie affective.
La ttiéorie de Lange ainsi que celle de James ont été trop fréquemment discutées pour que nous revenions sur une question tombéeàl'étatdelieu commun
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et de sujet de dissertation. James a, comme toujours, émis des considérations très originales sur la question des états affectifs. Il y a ajouté la note paradoxale qui nefaisait jamais défaut chez lui. A-t-il donné aux idées heureuses qui lui venaient à l'esprit l'organisation qu'elles comportaient? Il ne me semble pas. Sa théorie des états affectifs est exclusive d'un cûté et incomplète de l'autre.
Que ces états ne puissent se produire sans le corps, cela parait évident. Un pur esprit n'éprouverait ni amotirni haine. Il n'y a pas d'émotion, de sentiment ni de passion sans les réactions individuelles ; nous pouvons dire que les états affectifs sont la conscience de ces réactions et se rapportent à l'activité subjective; les sensations, par contre, sont rapportées à l'excitation des organes des sens par des objets extérieurs et à la relation entre l'objet et la représentation que nous nous en faisons.
La réaction individuelle comprend, outre la sensibilité spéciale que nous avons de ce que notre organisme a été provoqué à agir, la sensibilité qui provient de cette action même, le sentiment général d'activité. Notre organisme ne se contente pas d'enregistrer la sensation, puis de constater que cette sensation à un ton agréable ou désagréable. Avant de former des représentations, il est moteur: il répond à l'appel du dehors par des réflexes localisés et par des réflexes étendus, ainsi que par des mouvements d'adaptation. Chez les animaux, une fois qu'ils sont adaptés aux choses qui les entourent, celles-ci ne provoquent aucune réaction fâcheuse, piais un ensemble de réactions bien équilibrées, et c'est cette réponse satisfaisante aux actions du dehors qui est éprouvée subjectivement comme un état affectif do plaisir. Par contre, une excitation à laquelle ils ne sont pas adaptés provoque des mouvements de défense. Ces mouvements de défense précèdent l'état affectif. L'être vivant n'a
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pas à attendre, avant d'aclionoer ses appareils de défense contre le danger, qu'il ait d'abord la représentation, puis le seotiment de celui-ci; il suftlt d'un besoin d'adaptation pour que les appareils de défense fonctionnent. L'état affectif se forme de ce i^ue l'être prend conscience de l'ensemble du processus : adaptation imparfaite, mouvements de défense. Si un animal hérisse les poils, souffie ou crie pour effrayer sdn ennemi, la colère ne précède pas ces mouvements qui se produisent pour la défense de l'organisme et relèvent de ce que nous avons appelé Vinconsdenl psijcho-phyiiologique, avant le sentiment; les mouvements d'abord, la colère ensuite. Tout sentiment est un ressentiment.
Voilà ce qui nous sembl'e ressortir de l'examen des faits. L'état affectif, une fois qu'il se produit, s'associe immédiatement à la sensation ou représentation de la chose extérieure qui a provoqué les mouvements de défense. Il ne reste pas isolé. 11 fait partie d'un tout vécu. Aussi, dans la suite, il arrive que si la même chose se présente, même sans menacer, la réaction de défense et l'état affectif se produisent à nouveau; le souvenir ou le rêve de cette chose peut, avec un minimum de mouvements de défense, rappeler très vivement les étals affectifs qui leur sont associés. On constate nettement le processus en étudiant les animaux domestiques. Un chien a été effrayé une première fois par quelqu'un ; il a grondé et aboyé pour sa défense. Il reverra la même personne, parfaitement tranquille et sans mauvaise intention envers lui. Il aboiera de nouveau et avec des mouvements de défense moindres, l'état affectif de ressentiment se perpétuera en lui.
Que, dès l'abord, les mouvements de défense précèdent l'état affectif, c'est ce que nous constatons si nous nous garons d'un danger, par exemple d'une automobile qui vient sur nous sans que nous l'ayons
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aperçue dès l'abord. C'est avec nos mouvements de défense que les phénoiAènes qui constituent la base physiologique de la peur (transformation des rythmes respiratoire, circulatoire et du tonus musculaire) se produisent. La peur ne se produirait pas sans l'enre- ' gistrement conscient de l'ensemble de ces mouvements. Mais dans la suite, sans que la réaction motrice se renouvelle aussi nettement, une auto peut rester, pour certains d'entre nous, un objet de frayeur.
Les états affectifs s'associent donc rapidement avec les représentations, bien plus, ils débordent les représentations, car ils appartiennent à l'action et cherchent en quelque sorte des représentations pour se fixer à elles et se perpétuer plus sûrement dans notre vie mentale, lis sont plus essentiels à celle-ci que les représentations, parce qu'ils lui tiennent de plus près et qu'ils naissent de l'action même, font partie de ce qui appartient proprement au sujet. Les représentations provoquent d'imperceptibles rappels dans l'organisme, par l'intermédiaire des mouvements qui les conditionnent (inconscient psycho-physiologique) ; ces rappels suffisent pour que l'état affectif associé réapparaisse.
Les transformations corporelles qu'entraîne la croissance et le développement naturel de l'individu se répercutent dans la conscience par des états affectifs très importants. La puberté provoque la naissance de sentiments nouveaux, d'une intensité et d'une portée considérables. Personne ne niera ici l'influence des transformations corporelles sur les états affectifs. Au surplus, tout ce qui a trait aux organes de la génération exerce sur la vie affective et par association, sur l'idéation, una influence directe et décisive. Que ce soit leur entrée en activité, leur excitation occasionnelle, leur maladie ou leur décadence, dans un sexe comme dans l'autre, ils créent des tendances prédominantes pour l'activité psychique, La sensua-
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lilé explique très souvent la recrudescence d'activité ou encore le besoin de parade chez les individus.
On connaît aussi les effets de la maladie sur la vie affective. L'incubation d'un mal qui ne s'est pas encore déclaré est éprouvée par t'ipdividu, avant même d'être soupçonné, sous forme d'un sentiment de lassitude, de tristesse et de découragement. Le sujet ne sait rien encore de son mal, qu'il est averti de son état pathologique par son état moral. La convalescence est accompagnée d'un sentiment paisible et doux; on reprend goût à la vie ; ce sentiment se produit sous l'influence directe du retour de la santé physique.
Le bon équilibre des fonctions organiques prédispose à la fermeté tranquille et à l'équité envers autroi; les troubles des fonctions nutritives sont souvent cause de la mauvaise humeur, de l'égoïsme mécootent. Les gens agités sont incapables de laisser s'étaler en eux un sentiment de satisfaction ; ils ne comprennent rien non plus à la rêverie ; incapables de se reposer et de jouir de la contemplation douce de la beauté des choses, il leur faut toujours régler leur activité, avoir un but; ils se font aisément des maximes et critiquent volontiers les autres; ils ne savent pas se laisser vivre ; ils se tourmentent eux-mêmes et sont insupportables à autrui. Les gens pesants, dont les fonctions corporelles sont lentes, ont une vie affective réduite et s'intéressent peu à ce qui se fait autour d'eux ; ils limitent leur horizon à leur cercle restreint d'amis et d'occupations et sont indifférents à ce qui ne touche pas leur matérialité.
11 semble aussi que la nourriture, la boisson, l'air que Ton respire, la qualité du sang influent sur les états affectifs, sans compter de nombreux facteurs qui nous échappent. Ainsi, les réactions organiques entrent en composition dans la vie affective. Souvent nous éprouvons un ton affectif sans que rien ne nou» explique nos dispositions. Des observations assez
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rares que l'on possède, on peut conclure que le magnétisme terrestre et l'état atmosphérique ne sont pas sans influencer notre organisme. Et c'est, naturellement, sur la vie sentimentale avant tout que cette influence met son empreinte. Certains psychologues ont fait à ce sujet quelques remarques sur eux-mêmes.
Parlant de Maine de Biran, Victor Delbos, dans une étude en tous points remarquable sur la personna\ilé de ce philosophe et son activité comme penseur, écrit : « La faiblesse native de son tempérament le met à la merci de toutes les influences extérieures, des variations atmosphériques, des changements de saison. Avec un soin méticuleux, il note l'humidité, le froid, la température, le niveau du baromètre. Il sait que ce sont là autant de causes dont dépendent ses dispositions intérieures : Le vent qui souffle à une influence singulière sur toute ma manière d'être... Froid sec; vent du Nord desséchant. Je suis, tous ces jours, dans un état nerveux, souffrant, ennuyé^ ayant un sentiment intime et radical de faiblesse. — Chaque saison, remarque-t-il encore, a non seulement son espèce ou son ordre de sensations extérieures appropriées, mais de plus un certain mode de sentiment fondamental de l'existence, qui lui est analogue, et qui se reproduit assez uniformément au retour de la même saison. — Mais surtoutle passage d'une saison à une autre se manifeste en lui par d«s changements de dispositions, dont les efl'ets sur son activité intellectuelle sont d'ailleurs très divers. — Temps magnifique, soleil de printemps. La végétation s'annonce, les prés reverdissent, les arbres se couvrent de fleurs. Je ne sais quoi de doux et de voluptueux semble pénétrer l'Ame ».
Je cite encore un passage relatif à. l'automne : « La température a été fraîche, un peu humide ; il a plu en petite quantité; c'est l'automne et les vendanges en plein. Je suis mélancolique, moins disposé à me
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répandre au dehors, et beaucoup plu) qnoi-méme ; aussi suis-je porté aux méditalioDs psychologiques, comme par un instinct qui se renouvelle périodiquement avec une force marquée... J'éprouve la modincation ordinaire attachée à cette saison; il y -a en général plus d'aplomb, de calme au fond de mon être, plus de force méditative w.
Est-il nécessaire de rappeler les modifications dans les états affectifs, provoquées par les effets de certaines substances qui agissent fortement sur l'organisme, par exemple, par l'alcool qui, selon la dose, la résistance de l'individu, ses dispositions générales et aussi selon la qualité des produits, agit vivement, sur les sentiments, provoque la gaieté ou la mélancolie, .l'attendrissement ou la fureurt
En résumé, il est impossible de comprendre la vie -affective par des combinaisons d'idées; elle dépend directement, immédiatement de l'organisme ; elle se développe non pas d'une maâiëre passive, mais comme prise en conscience de l'activité subjective dans son ■ensemble. L'état affectif, en tant que processus psychique, retentit au delÀ du moment où il se ressent et tend à s'associer avec des courants d'idéation. S'il reparait, il entraîne ces courants à revenir avec lui -dans la conscience.
It y a une part considérable d'inconscient dans la genèse des états affectifs. Nous ne sommes pas maîtres de les produire ni capables de les arrêter s'ils s'imposent à nous. Si nous voulons arrêter l'invasion de la conscience par une émotion ou un sentiment, nous serons obligés, comme Descartes l'avait bien vu, de procéder indirectement : nous provoquerons, par autosuggestion, certains états corporels qui aident an rappel de certains états affectifs associés avec eux, et ceux-ci, revenus par cette voie naturelle, pourront alors influencer la conscience. Un exemple : si nens «éprouvons un sentiment de crainte dont nous vou-
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drionsnous débarrasser, nous évoquerons l'image dequelqu'un de courageux et nous nous suggérerons ainsi, par induction psychique ou imitation inconscieûle, l'état corporel correspondant à cette image ■,. notre changement d'attitude ani^nera une transformation utile dans les états affectifs et nous aurons quelque chance de chasser la crainte qui nous obsède. Pour concevoir une pensée ferme, il est souvent plusutile de nous tenir droit ou de marcher énergique— ment en plein air que de raisonner à perte de vue^ sans exercer d'action sur nos états affectifs.
Or, les états corporels, k part un cas d'association comme celui que nous citons, nous échappent ou plus exactement, nous n'agissons qu'indirectement sur eux, en suivant des préceptes d'hygiène. Ici, l'expérience quotidienne a remarqué qu'un corps sain aidait un esprit bien portant k se former. Et en parlant d'un esprit sain dans un corps sain, ce sont bien les états affectifs que l'ona en vue. Nous parlons d'une manièreindirecte d'agir sur l'organisme. Mais même dans ces condilione, nous n'échappons pas entièrement aux, influences qui atteignent nos organes ; les lois physiologiques ne se tournent pas.
Le champ sera donc très vaste encore pour les influences organiques que personne ne peut prévoir ni éviter. Or, celles-ci proviennent très souvent de facleurs dont nous n'avons et ne pouvons avoir conscience, même si nous les connaissons théoriquement. Pourquoi une impression agit-elle d'une manière sourde, souterraine, par des intermédiaires qui ne sont pas connus ? Et quels sont ces intermédiaires, sinon des tendances inconscientes ou des réaction» organiques plus inconscientes encore ? Qu'est-ce qui nous plaît chez une personne et nous porte k l'aimer?" Le plus souvent des motifs qui n'ont rien de commun avec le raisonnement ou la réflexion. La sympathie ne ae commande pas, dit-on. Ni l'antipathie, ni l'amouR
, les éléments purement émotifs prédomincntforte' înt ici. Que sont-ils? Y a-t-il lieu de parler d'accord tre des représentations ou des idées ? On n'est-il pas is conforme aux faits de reconnaître qu'il s'agit 3n de réactions individuelles et de tendances inconsîntes propres au sujet agissant ?
Les transformations des sentiments aussi ont un fonment inconscient et en partie organique. Il faut ilever aux sentiments ies plus durables, les plus mple.tes, à ceux qui s'unissent avec des systèmes dées fortement organisés, pour trouver en eux une itfilité qui les mette à toute épreuve et les fasse happer aux transformations inattendues et incons- :ntes.
Mais la majeure partie des états affectifs subissent s fluctuations. Pourrait-on, en connaissant à foad i modiflcations de l'organisme, les prévoir et si elles latent dans la conscience sans que nous ayons le ns intérieur de leur préparation, les prévenir au oins par «ne connaissance scientifique ? Je ne le ois pas. Car les états aiïectirs sont conditionnés par s actions multiples qui s'exercent du dehors sur ttre corps. Ces actions, dans la vie individuelle, sont <nsidérables. Beaucoup d'enire elles ont été reçues indant l'enfance ; puis à toutes les époques de la vie, s impressions du milieu nous travaillent lentement, aduellement, sans que nous nous en apercevions. land nous parvenons à reconstruire, en relisant anciennes lettres, des notes d'autrefois, la personilité qui était la nôtre il y a un certain nombre années, nous sommes étonnés du chemin parluru et nous nous reconnaissons à peine. Les cirinstances que nous traversons exercent sur notre iture une série d'actions; je comparerai cerlaines entre elles au frottement en mécanique : elles ralenîsent et altèrent notre élan. Des possibilités qni aient en puissance en noue, combien sont abandon-
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nées en chemin et il n'est pas rare que, malgré notre nature, nous perdions notre enthousiasme, notre générosité, notre foi en la vie, notre belle et claire confiance; et inversement, nous accentuons des tendances restées à l'état latent et qui se marquent plus fortement au cours de l'existence.
Mais nous nous en apercevons à peine; que de fois des sentiments mesquins pénètrent en nous sans que Dousies ayons remarqués! Aussi tout ce qu'on peut souhaiter de mieux à un homme, c'est de perpétuer les sentiments attachés à l'activité individuelle que j'appellerai ascendante et, après que le corps a franchi le sommet de sa courbe, decohserverau moins, attaché auï idées et aux souvenirs et de défendre jalousement ce moi intérieur contre les influences du dehors.
Malheureusement, beaucoup de choses échappent à Dotre attention dans ce domaÎDe. Même une observation exercée, dirigée sur elle-même, n'arrivera pas A l'éclairer entièrement. Cela vient de ce que noire corps, notre individu psycho-physiologique, est un fragment infmiment petit du nombre incalculable des actions qui l'atteignent. Elles viennent de loin, sous forme de mouvements de tout genre; il en existe aussi beaucoup que nous ne connaissons qu'imparfaitement qui, dans une autre forme de civilisation, pourraient se développer plus qu'aujourd'hui : par exemple, les communications qu'on réunit sous le nom de télépatbiques et dont nous avons dit quelques mots.
C'est comme si, des points les plus éloignés de l'univers, déferlaient vers chacun de nous une infinité d'ondes apportant des mouvements divers, dont les effets' sur notre organisme sont multiples; la réaction de l'individu vis-à-vis de ces mouvements donne naissance à des états affectifs; chacun de nous est livré à cet assaut d'influences inconnues.
L'inconscient dans les étals affectifs se distingue ' parfaitement de l'inconscient automatique ou subcons-
cjent. On.se rappelleque celui-ci naît de l'eicrcice, de l'habitude. L'inconscient affectif se rapproche plutôt des teodances inconscientes qui vivent en nous et constituent ce qu'on serait tenté d'appeler notre mémoire pure, c'est-A-dire le retentissement de tout ce que nous avons vécu. Cependant, il a un caractère particulier qui lui vaut une place à part : il relève exactementdu système d'actions et de réactions qui s'exerce entre l'individu et l'inlinité d'impressions qu'il reçoit à chaque instant, le plus souvent sans en avoir conscience, du monde dans lequel il vit. Il ne serait pas tout k fait juste pourtant de prétendre que l'être vivant soutienne vis-à-vis de tout ce qui l'entoure, le rapport de un à l'infini. On pourrait dire qu'il s'agit ici du rapport de la multiplicité infinie à l'organisme individuel. On objectera peut-être que cette formule n'est ' pas juste en ce sens que l'être individuel n'est pas un élément unique et infiniment petit, mais une organisation qui comprend elle-même une infinité de parties. Par conséquent, le rapport n'est pas de un à l'infini, mais d'un système déterminé qu'est l'individu à un autre système qui le dépasse d'une manière incommensurable. Quoi qu'il en soit, nos états affectifs reOëtent les impressions si diverses que l'univers exerce sur nous. Mais ils les reflètent avec la coloration qu'ils reçoivent des tendances dynamiques, si essentielles en psychologie, que nous avons étudiées précédemment. Celles-ci les influencent et sont à leur tour influencées et transformées par les impressions innombrables du milieu ambiant.
N'y-t-il pas en cela contradiction avec ce que nous disions plus haut, à savoir que l'attention exerce un choix et que l'activité mentale est une synthèse ; que l'habitude fixe les actions et que fmalement l'individu, par la force de l'habitude et la sélection de l'attention, otTre une certaine imperméabilité vis-à-vis des mouvements extérieurs?
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Ed effet; aussi se produit-il, dans la vie afl'ective, UD passage de la multiplicité qualitative et de la diversité à la stabilité et à l'unification. Des sympathies de Dsture très diverse, des émotions particulières qui nous rapprochent d'êtres différents et nombreux, donnent naissance, par transitiou, à un sentiment plus idéalisé, plus universel et peut-être plus simple de sympathie ou de bonté. Et pourtant, les impressions multiples ne cessent jamais de se produire. C'est précisément par les formes inconscientes de notre activité comme être psjcho-physiologique que la multiplicité des actions extérieures provoque une multiplicité d'états affectifs résultant des variétés de la réaction iadividuelle.
Chaque état affectif original a ceci de curieux qu'il a sa qualité, sa nuance propre, n'est pas la répétition ou le rappel d'un autre, et par conséquent qu'il apporte quelque chose d'inattendu, de nouveau. Cette nouveauté qui déconcerte, nous en avons conscience au moment où elle tranche sur l'ensemble de la vie mentale, mais ce qui est inconscient, c'est sa formation, Kos idées se vérifient et se censurent, nos états affectifs pas.
Ensuite, les impressions inconscientes ne provoquent-elles pas à entrer en action, des tendances qui ne demandent qu'à se produire et qui, inconscientes elles-mêmes, ne se manifestent à la conscience que du moment que le déclic leur est donné ? Ces tendances 8e sont formées au cours de notre expérience personnelle, mai^ elles résument aussi les penchants dont nous avons hérité, k Un trouble violent, dit Colsenet, un changement brusque dans les conditions physiologiques et psychiques font reparaître tout à coup les effets de penchants depuis longtemps oubliés ou qui même n'appartiennent pas à l'individu. De môme que certains instincts survivent parfois aux conditions qui les ont vu naitre, il arrive que d'anciens penchants sur-
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gtssent, comme des témoins du passé dans noire vie présente. "
Selon Gustave Le Bon, les sentiments se forment dans le domaine de l'inconscient.- Leur élaboration lente se termine parfois par des manifestations soudaines, comme on le voit dans les conversions religieuses et politiques. Cette remarque fort juste nous fait saisir que l'inconscient n'existe pas seulement dans l'inattendu résultant des rapports entre l'infini extérieur dont nous parlionstantôt et nous, maîsaussi dans les combinaisons latentes et fe travail dont la conscience ne se doute pas, qui relèvent des tendances psychiques. Souvent, explique encore Gustave Le Bon, des sentiments sont dans notre Ame, mais ignorés; ils n'apparaissent à la conscience qu'au jour où nous devons agir. Le cas est fréquent pour l'amour et la haine. L'action " constitue le seul critérium indiscutable des sentiments. Agir, c'est apprendre à se connaître. » L'inconscient alTectif est antérieur à l'inconscient intellectuel, qui n'apparaît que fort tard dans l'histoire du monde et ne possède pas de profondes racines ancestrales. II ne se manifeste que par des prédispositions et des tendances, quand déjà l'inconscient aiïectif, comme l'inconscient organique, ont reçu des instincts transmis par hérédité.
Les tendances affectives intimement fusionnées aui mouvements et aux réactions de l'organisme, si elles ne peuvent modifier les lois du raisonnement constituées par la collaboration des hommes et corrigées par les changements de nos connaissances,. n'en soutiennent pas moins l'idéation en tant qu'activité subjective. Sans l'intérêt que nous accordons aux idées. sans les sentiments durables qui nous secondent dans la recherche du vrai ou dans la défense d'une cause juste, nous ne prendrions pas de peine et notre effort tomberait dans l'impuissance.
Même quand les sentiments sedéfmissent, se recon-
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naisseot et se réfléchissent, ils gardent leur vigueur et nous prennent tout entiers. C'est ainsi qu'on s'explique l'émotion que ceux qui s'attachent aux objets les plus élevés de la pensée éprouvent devant ce qui parait abstrait ou théorique à d'autres ; c'est ainsi que le savant et l'artiste s'attachent avec enthousiasme à tout ce qui revêt pour eux les caractères devéritéet de beauté et que lear vie afîeclive participe à ces choses.
Les sentiments les plus nobles relèvent de la conscience, par les idées qui les expriment; c'est grâce à leurassociation avec des idées qu'ils peuvent être éduqués et développés. Mais ils conservent néanmoins une vie intérieure et inconsciente, ils subissent l'influence de l'ensemble de l'activité mentale. Il faut éviter de lomberdans celte erreur qui consiste à croire que les différents processus de notre vie mentale soient séparés les uns des autres et se côtoient sans s'influencer. Un sentiment, aussi arrêté qu'il soit, se transforme et s'accroit des acquisitions de l'esprit, des svnthèses nouvelles et aussi des habitudes; il se roodiiïe en outre par son propre mouvement; il se combine enfln avec les autres manifestations de la pensée et de la vie affective. L'action ajoute à son afOrmatioo. Une représentation stable, attachée par sa nature à un objet fixe, varie elle-même, comme on peut le vérifier : la mémoire que nous gardons des choses vues se déforme ; quand nous les revoyons et leur comparons le souvenir que nous avons conservé, Qous apprécions la distance qui les sépare. A plus forte raison en est-il ainsi de la vie affective, plus subjective et plus mobile.
Aussi les sentiments ne manquent-ils jamais d'un fondement organique. Autre chose est de reconnaître l'exactitude d'un raisonnement, autre chose de s'y intéresser. Dès que l'on s'intéresse à des idées, qu'on 8'ï attache, le sentiment se renforce de transformations organiques. Et parce que celles-ci ont présidé à la
genèse de tout état affectif, ua sentiment même idéalisé nesaorailse soutenir sans elles.
Il est & rechercher pour les seatimeute proprement dits, si la suite des processus est la même que pour les états afTectifs plus originaires, comme les émotions. Un sentiment s'étaat engagé dans un système d'associations extrêmement enchevêtré, peut-Il être éveilléselon la loi de totalisation d'après laquelle un dee aspects d'un ensemble vécu par la conscience évoque les autres facteurs qui collaborent à cet ensemble ? Supposons qu'il le puisse être : il ne sa soutiendra pas en tant que sentiment, tant qu'un rappel des éléments organiques n'intervient pas. Il semble vraisemblable que l'idée rappelle d'abord les réaclions oi^aniques constituant le fondement de la vie affective, absolument comme une excitation extérieure provoque des mouvements dedéfense;laréactiOD subjective est éprouvée comme état affectif. L'idée, par association, n'évoque le sentiment qu'en tant qu'elle réveille les mouvements organiques qui le constituent, ou tout au moins un rappel atténué de ces mouvements. Ces mouvements se manifestent à la fois, dans la vie sensitive, par l'état affectif, et dans les manifestations objectives de notre activité psychique, par la flxation de l'attention et les mouvements ou arrêts de mouvements qui la caractérisent.
Il n'est pas nécessaire de recourir à des rapports de convenance ou de désharmonie entre les représentations pour expliquer ce qui n'a rien à faire avec le représentatif, mais n'existe que par l'activité propre et la motilité de l'individu.
On croit généralement que les phénomènes vascalaires et circulatoires caractéristiques de l'émotion sont produits par l'état affectif et que c'est sous son influence que se font, après coup, les transformations organiques que l'on ne manque pas de constater. On dit que la peur, par exemple, décolore le visage ou
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provoque un tremblement. Il faut s'entendre. Pour que la peurseproduise, il est nécessaire, au préalable, que certaines transformations organiques aient lieu. Si je ne suis pas saisi tout entier, si la peur n'est que Vidée de la peur, la peur ne se produit pas. II n'y a pas de peur intellectuelle. La peur ne commence que si uoe impression ou une idée ont provoqué des réactions particulières, des mouvements de défense ou des rappels, seulement esquissés, de mouvements de Mense. Si le sentiment qui en résulte colore un grand Qombre d'idées, c'est-à-dire s'il a été associé antérieurement avec beaucoup d'idées et d'actes, il s'accroitra par le fait même : car il rappellera ces idées, et celles-ci causeront des commencements d'actes ; de là, de nouvelles réactions organiques et musculaires renforceront le sentiment, par le même jeu que le premier mouvement de défense associé à l'idée au 'moment où ce mouvement a provoqué l'apparition de la peur.
L'on observe atsémentle fait suivant : nous inférons, d'an mouvement qui se fait auprès de nous, qu'il y a un danger ; nous esquissons un geste de défense, instinctivement, mais remarquant aussitôt qu'il y a erreur de notre part, nous arrêtons le mouvement commencé. Le mouvement précède l'émotion ; s'il est interrompu, celle-ci se produità peine, nous n'en avons qu'un vague rappel, parce ^ue la réaction organique n'a pas été snflisante. Si par contre notre mouvement de défense était accentué, même en reconnaissant qu'il n'était pas jastifié, neus éprouvons pendant quelques instants le sentiment de peur et nous avons besoin d'un certain temps pour nous remettre; cela prouve que notre ■réaction a eu du retentissement.
Dans la question des états affectifs, l'observation défaits quotidiens et naturels présente, selon moi, un beaucoup plus grand intérêt que les recherches de laboratoire, toujours artificielles en psychologie. Il
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faut saisir sur le vif les faits typiques et établir lenr cause ; sensation, mouvements de défense plus ou moins étendus, émotions retentissant avec plus ou moins d'intensité, inhibition de la représentation et des mouvements, effets de ceux-ci sur l'intensité de l'émotion.
La sensation peut être remplacée, en tant qu'eïçitant, par une idée. Un récit terrible évoque chez l'auditeur une image qui provoque de légers mouvemeDts, involontaires et incooscients, rappel des mouvemeotB de défense des individus présents aui événemenls racontés. Si ces éléments n'existaient pas, il n'y aurait pasd'état affectif. On sait que les gens les plus mobiles, ceux dont les mouvements organiques sont faciles à provoquer, sont aussi les plus émotifs. Plus aisément ces mouvements se produisent, plus est accentuée aussi l'instabilité dans la vie affective. (G.-L.Duprat)
L'on pourrait dire que l'éducation des mouvements a une grande influence sur les états affectifs ausei bien que sur l'attention. Des mouvements réguliers et rythmiques, faits sans exagération, prédisposent i des sentiments sthéniques et à la bonne humeur; la marche en plein air, d'un bon pas, égal mais sans hâte, constitue un traitement à la fois physique et moral. On remarque inversement que ce qui rend irrégulier et instables les rythmes organiques et ies mouvements provoque une instabilité correspociiaole d'humeur et de sensibilité que les auteurs ont suffisamment signalée. (Ch. Féré.)
Dans ces faits, on constate d'abord combien les états organiques sont indispensables à ta production des états affectifs, ensuite qu'il est impossible pour la conscience de diriger tes états affectifs ou d'agir soi eux par action volontaire directe. La conscience esl obligée d'user de détours pour atteindre les cause! réelles de la vie des sentiments ; elle ne peut q«e donner l'impulsion à certains fonctionnements qu'elle
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\ dehors et au-dessus de l'organisme ; il pénètre celui-ci; il est moins mécanique et plus vivant que les précé- : dents ; il participe plus largement à ce qui constitue '. l'activité psychologique, je veux dire la réaction pro- ' jH^dusujet, et, s'il s'agit d'une vie mentale que domine •. laréQexion, à. la personnalité, au moi.
} Nous avons constaté aussi que, pour que l'incons- . dent dynamique donne tout ce qu'il promet, la cons- '. cience doit synthétiser et utiliser les forces qu'il met ' à ea disposition; cette synthèse, éclairée par une Utention puissante et une volonté créatrice, se reneuitre dans l'œuvre de l'homme de génie. Loin d'être UQ déséquilibré, selon la thèse d'une pathologie mentale aujourd'hui périmée, il nous donne au contraire l'expression la plus complète de ce que peuvent, dans leur action combinée, la conscience et les différentes formes d'inconscient.
Nous aurons à nous demander maintenant si, dans l'activité mentale consciente et réfléchie prise en ellemême, il n'y a pas aussi de l'inconscient, quelque paradoxale que paraisse de prime abord cette proposition.
Que cette expression « l'acte de l'esprit « n'effraie pas les gens qui ne jurent que par le phénomène et dont le positivisme ombrageux se rérolte chaque fois qu'on ne réduit pas la vie mentale à un mécanisme physiologique. Que ces croyants se rassurent ! Puisqu'ils ont en horreur tout ce qui est de nature spirituelle, nous leur dirons que nous nous servons de ce terme pour faire entendre qu'il s'agit ici de faits psychiques d'abord et d'une forme d'aetivilé ensuite. El comme personne ne niera qu'il y ait des faits psychiques comme il y a des faits physiques ou des faits oi^aniques et que d'autre part le mot d'activité n'engage vraiment a rien, nous gardons notre expression, quitte à lexphquer.
Qu'entend-on par acte de l'esprit î II faut, pour bien le comprendre, se reportera ce que nous avons dit de la synthèse mentale. Dans toute l'étendue de noire activité consciente et, nous l'avons vu aussi, dans certains aspects de la vie inconsciente, l'analyse constate que la caractéristique de l'idéation (ce mot étanl pris dans son sens général), c'est l'unification; or, î'unitlcation synthétique qui déflnit la personnalité mentale n'est ni l'addition ni la juxtaposition ni I» fusion d'éléments indépendants qui auraient de lu valeur par eux-mêmes. Ces éléments ne sont que des abstractions : quand, dans plusieurs représentations,
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INCONSCIENT DANS l'aCTE DR l'eSPHIT 24^
nous rencoQtrone quelque chose de commun à elles toutes, nous considérons ce quelque chose comme un élément. Par exemple, la sensibilité au mouvement sera un élément de toute perception sensible, parce que toute perception se double d'une sensation de mouTement. Mais que signifie ici ce terme d'élément, sinon une impression, inconsciente en elle-même ou plutôt incapable d'exister seule, mais faisant partie d'un ensemble très différent d'elle? L'on pourrait, par l'analyse, décomposer nos représentations en éléments . comme ceux-là et montrer que chaque représentation les combine différemment; c'est à ce point de vue que s'est placé Paulhan dans une partie de son livre sur VActivité mentale.
Mais personne n'accorde à ces éléments une valeur individuelle ; bien plus, en supposant que l'analyse parvienne à les signaler tous dans une représentation, personne ne saurait, en les combinant, reconstituer cette représentation. Ce qui rend possible la synthèse, c'est précisément ce que nous appelons l'acte de l'esprit.
L'acte de l'esprit ne consiste pas en un échange entre des mouvements partis de différents points du cerveau pour constituer une image ou une idée. Que toute image mentale etque toute idée soient conditionnées par un mécanisme qui intéresse non seulement l'écorce cérébrale, mais aussi les centres sous-jaeents, il n'y a pas de doute à cela et personne ne le nie. Le nombre des cellules qui entrent en fonction dans notre perception sensible aussi bien que dans l'évocation d'un souvenir ou dans l'idéation est même beaucoup plus coQsidérable et les rapports entre elles plus nombreux qu'on ne le pensait il y a quelques années. Mais il ressort chaque jour plus clairement de la physiologie des mouvements que l'image, le souvenir, l'idée ne se forment nullement à l'état passif en nous ; ils ne viennent se peindre ni dans notre cerveau ni devant ûotre conscience. Pas de sensation et pas d'idée sans-
mouvement; pas d'états alTec tifs sansélémeotsmoteurs. L'élément moteur est essentiel dans toute Tëtenduede la vie mentale.
Dès lors, la perception sensible est ce que Hobbes, d'une manière primitive et simpliste, la disait être; une combinaison de mouvements venus de l'extérieur et de mouvements venus de l'intérieur; nous dirons : elle nait de la réaction individuelle manifestée par des mouvements et des rappels de mouvements, en réponse à l'excitation venue soit d'un corps en dehors de nous, soit de nos propres organes.
^a plus simple des sensations ne pourraitse former sans mouvements de notre part, mouvements réllexes, automatiques et mouvements d'adaptation. Elle est la synthèse des transformations mécaniques et chimiques que produit en nos ofganes l'action des mouvements extérieurs qui viennent les frapper et des signes locaux résultant de ces mouvements. Voilà des éléments bien dilTérents dont aucun n'apparait dans le résultat final, dans la sensation perçue. Cela se comprend par l'étude que nous avons faite, au début, àes mouvements dans l'inconscient psycho-physiologiquf.
Or, toute l'idéation, depuis la plus fruste sensation jusqu'au raisonnement le plus subtil, porte la marque de notre réaction, de notre personnalité, de notre moi. Qu'on appelle cet acte réaction du sujet, effort, attention, fonction aperceptive, il importe peu ; elle est au centre de l'activité mentale. Elle constitue celle-ci- Et qu'on ne cherche là ni un renouvellement de la théorie des facultés mentales, ni un essai de rétablir des locaUsations psycho-physiologiques. Nous nous bornons à constater, en dehors de toute théorie, que la vie mentale ne s'explique pas sans une activité du sujet. Si les éléments que fusionne cette activivé paraissent être des transformations physico-chimique» et des mouvements, ce qu'elle produit est tout différent de cela : ce sont des sensations, des états affec-
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lENT DANS l'acte DE l'eSPBIT 245
tifa, des idées, des résolulions volontaires. Les actions mécaniques et biologiques ne sont plus, au point de vue proprement psychologique, que des symboles.
Ensuite, la synthèse est singulièrement complexe et les facteurs qui collaborent à l'acte de l'esprit sont très Nombreux. Aux éléments actuels de la sensation il faut ajouter le rappel d'anciennes impressions, réveillées par la propriété du cer\eau de conserver une aptitude à se replacer dans des processus d'activité fixés par l'exercice; ensuite, les tendances à l'action, qui proviennent du mouvement acquis et du fait que, dans l'être psychique, l'action retentit sur l'ensemble de l'idéation : une idée se renforce ou perd en importance par l'épreuve de l'action ; enfin, les états affectifs qui accompagnent cette activité, lui donnent le ton et se traduisent par un élèvement ou un abaissement du niveau mental, parun accroissement ou une diminution de l'énergie organique.
Ces différents facteurs sont intégrés dans la synthèse et donnent à comprendre que l'acte de l'esprit n'est pas la reproduction d'impulsions passives; au contraire il condense un ensemble de processus, actifs eux-mêmes ; la vie mentale apparaît comme une activité. L'acte de l'esprit, c'est la synthèse des tendances de tout genre qui constituent la vie psychique.
« Le caractère propre de l'activité spirituelle, écrit Léon Brunschvicg, c'est l'intériorité réciproque des parties : toutes les idées se pénétrant les unes les autres forment sans cesse des synthèses nouvelles, qui Attestent le pouvoir créateur de l'esprit. » Et plus loin : u Dans la moindreligne que j'écris, dans la plus insigniRante des phrases que je prononce, se retrouve l'influence de tous les livres que j'ai lus et dont je ne pourrais dire même le titre, de toutes les paroles que j'ai entendues, de toutes les pages que j'ai moi-même écrites : tous ces éléments, demeurés en moi inséparables les uns des autres, constituent par leur péné-
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tralion mutuelle et leur coDtiouité ce fonds permanent de l'inteUigeiice qui s'appelle le tour d'esprit... La connaissance de nous-mëme n'est un problème at un devoir qu'en raison des imperfections mêmes de notre conscience, parce que notre humeur et notre caractère, tout comme notre forme d'esprit, nous sont naturellement inconscients. »
Plus l'être dispose «le mouvements variés, plus il est mobile, mieux aussi se développent sessensatiODS^ celles-ci à leur tour augmentent encore ses possibilités d'action qui, de leur côté, enrichissent les acquisitions des sens i c'est une spirale sans fin, élevant l'individu conscient et lui ouvrant sans cesse de nouveaux borizons et une plus grande facilité à agir. Ce progrès a été considérablement secondé par la vie en société. Les hommes ont mis en commun leurs acquisitions intellectuelles; le langage ou système de signes a permis de conserver d'une manière commode et économique un très grand nombre d'impressions ; un mot — un élément moteur, disait Ribot — suffit pour évoquer une richesse considérable de souvenirs. Ici encore, on constate l'importance du mouvement. Car qu'est-ce que le langage, sinon un mécanisme moteur très complexe ? L'on constate en même temps que cet élément, au point de vue de la conscience, n'est qu'un symbole.
Les outils, que seul des êtres vivants, l'homme a su perfectionner, ont été à leur tour, dès le début, le point de départ d'acquisitions nouvelles pour l'intelligence et ils ont permis de conserver, plus encore que le langage, en les fixant par les symboles les plus variés (peinture, sculpture, musique, alphabets), les acquisitions de l'esprit. La distance est grande entre ce que les aèdes se transmettaient par le chant et tout ce qui se transmet par l'écrit. Bergson a justement insisté sur les rapports entre l'outil et le développement de l'intelligence.
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l'inconscient dans t'scTE de l'esprit 24T
Ainsi dirigé par les productions de la vie collective, l'acle de l'esprit a pu procéder à des synthèses toujours plus complètes, et — point important à signaler — dirigées avec une rapidité croissante dans le sens de l'idéation. La sensation, avec l'évolution de la vie collective, est dominée par la'rationalité. Traduire en concepts, c'est-à-dire en notions abstraites, l'expérience, c'est du coup la résumer et la mieux retenir.
L'activité mentale, dans une société très développée, semble ainsi se rattacher aux idées ; on jurait tort pourtant, comme on l'a fait, de réduire cette activité k n'être qu'une superstructure ; il ne faut pas oublier qu'en dépit de la direction intellectualiste qu'elle reçoit de l'excessif développement des moyens de communication et tout d'abord de l'emploi du langage, la majeure partie de ses actes vise le réel concret. Mais ce qui appartient k l'existence quotidienne s'automatise aisément et les psychologues préfèrent accorder le meilleur de leur attention à ce qui leur parait d'une valeur plus élevée dans les produits de l'esprit.
Cependant, si l'on regarde ce qui donne de la vie aux idées, on remarque que l'abstraction appartient plutôt aux moyens de communication entre les hommes, aux faits sociaux, tandis que dans la vie proprement psychique de l'individu, aucune idée n'est abstraite ; mais toute idée nait d'un processus actif soutenu par de puissants états affectifs. On sait que ceux-ci proviennent de la conscience que nous prenons de notre activité comme sujet intégral, à la fois comme tendances dynamiques et comme organisme vivant. Y aurait-il sans eux attention, idéation, volonté? Ancunement.
Il ne faudrait pas croire que l'action réciproque du développement intellectuel toujours croissant et des progrès sociaux ait comme résultat d'iniluencer, dans le sens de l'abstrait et de l'impersonnel, l'activité desiodividus. Il semble au contraire qu'avec la dilTéren-
dation des fonctions sociales l'individu ait plus de jeu et qu'une société plus complexe, quoiqu'elle exige de chacun un travail spécialisé, fournisse d'autre part, par ses progrès matériels, les conditions d'une plus grande liberté individuelle. 11 n'y a pas contradiction entre progrès social et accentuation de l'individualisme, au contraire.
Nous voyons les psychologues, dans ces dernières années; s'attacher, plus que le rationalisme classique ne lavait fait, à l'action, à la vie concrète; et ils ont raison; leurs explications sont de pré férencel activistes et volontaristes ; le dynamisme concret les requiert plus que les systèmes artificiels fondés surlescombi- . naisons d'éléments représentatifs et d'idées. On a vu Pierre Janet, dans sa hiérarchie des fonctions mentales, placer le raisonnement fort en arrière et mettre l'accent sur le sens du réel, l'adaptation intelligente au milieu ; le raisonnement, au point de vue psychologique, n'est pas primordial, commË l'action, le mouvement, les émotions. 11 faut laisser aux logiciens idéalistes croire que les idées existent en soi et que ces fautâmes puissent diriger nos pensées et nos sentiments. C'est un peu le résultat d'une déformation professionnelle ou d'une illusion pardonnable ; qu'y a-t-il de. plus attirant que ces culbutes dialectiques pour un philosophe ? Le psychologue doit au contraire s'appliquer à l'étude de la vie de l'esprit dans sa réalité concrète.
L'éducation reçue par la nécessité de penser en idées a modifié la direction prise par l'acte de l'esprit, et la réflexion que l'activité mentale est venue à faire sur elle-même l'a conduite à rechercher ses propres lois. Or, nous donnons aux lois en général une expression théorique qui s'est, au courant des progrès Aw sciences exactes, précisée graduellement. Cette exprès- ' sion exerça son influence sur la connaissance de l'acte de l'esprit et l'on tâcha de le définir en termes logi-
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l'i\conscient dans l'acte de l'esphit 249
ques, de montrer que, produisant mille formes d'orgatiisation rationnelle, il devait bien porter en lui la raison de cette organisation. D'où la manière dont les philosophes, aussi bien un criticisle comme Kant qu'un savant comme Wundt tentèrent de le déterminer en tant que fonctionnement logique.
Et il est parfaitement utile de le faire. Notre activité mentale exerce en effet une certaine fonction logique qui consiste à mettre de l'ordre dans les idées. Les idées sont même inconcevables en dehors d'un ordre logique, et nous ne pourrions pas les penser, si, en même temps que noua les pensons, nous ne les faisions émaner de cet ordre logique auquel elles appartiennent.
Cet ordre n'est pas dicté par les sensations. Supposez une vision du monde et un langage qui seraient réduits â la sensation. Nous aurions une série d'impressions des plus variées, sans cohésion l'une avec l'autre, comme on le constate chez les malades incapables d'arrêter leur attention sur une idée déterminée et assistant à ce que les psychiatres allemands appellent la fuite des idées (Ideenflucht). Un mot, une excitation détournent l'idéation qui change â tout moment de cours. La pathologie mentale nous fait entrevoir ce que devient le courant des pensées quand l'ordre logique s'en retire. Il reste sans doute chez ces malades un certain ordre automatique que l'emploi du langage leur impose. Mais si cet acquis disparaissait, le sujet ne donnerait plus qu'une série de sons inarticulés et de mouvements d'expression sans suite, comme dans les agitations motrices. Tel serait le portrait d'un être livré à la seule sensibilité.
Si d'autre part l'ordre logique dépendait du monde extérieur et non de l'activité mentale, il nous serait impossible d'intervenir, dans nos explications scientifiques, l'ordre apparent des faits. Or, pour comprendre teux-ci, le savant se garde bien de les accepter tels
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qu'ils se préseJQtent. Il cherche leur ordre rationnel. C'est pour lui surtout que les apparences sont trompeuses.
A étudier les produits les plus durables de l'activitâ mentale, nous remarquons que, dès l'origine, en vertu de sa propre tendance et de Bon exercice même, elle corrige et redresse les impressions en les synthétisant. La synthèse n'est pas une reproduction d'images que les choses imprimeraient en nous^ Au seul point de vue physiologique, nous savons qu'elle exige l'activité de l'être vivant. A plus forte raison, si on l'envisage dans ses résultats intelligents, on la voit nettement A.
C'est pourquoi l'on peut affirmer avec entière vérité que l'activité synthétique de l'esprit porte en elle un caractère rationnel.
Ce n'est qu'à mesure qu'elle se développe que ce caractère apparaît. L'activité synthétique, en tant que rationnelle, s'exerce avant de se reconnaître. Pour se reconnaître, il faut qu'elle se soit manifestée d'abord. Alors seulement, elle se prendra pour objet, elle se saisira dans les produits de son action. La réflexion sur l'activité mentale suit Texercice naturel de cette activité.
Il apparaît donc qu'elle agit inconsciemment; elle applique ses propres lois logiques, sans avoir connùssance de ces lois, comme Tenfant qui, en prononçant une phrase intelligible, applique les rapports syntaxiques sans avoir une idée de leur existence. Il faudra qu'on l'instruise et qu'on attire son attention sur ces rapports.
L'acte de l'esprit, si on l'envisage donc comme synthèse logique d'éléments objectifs, d'impressions multiples provoquées par les corps qui nous entourent et perçues par lesujet, cet acte est inconscient. Chez beaucoup de personnes, il reste inconscient.
Voilà un sens du terme d'inconscient qui ne rentré
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l'inconscient pans l'acte de l'ësi'rit 251
guère dans les acceptioosétudiéesjusqu'ici.ll ne s'agit pas en effet de l'inconscient psycho-physiologique qui consiste en une fusion d'états simples de sensihilité avec des sensations de mouTements ou signes locauï. Sans doute, nous rencontrons ici des particularités qui annoncent cette synthèse ou qui peut-être relèvent d'elle ; mais elles n'intéressent que des rapports, psychologiquement peu élevés, entre sensation et mouvement et se résument en une organisation exclusivement dirigée vers l'action et nullement vers les idées.
L'inconscient automatique, a-t-on dit, imite la synthèse et même en est le produit. La plupart des ensembles automatisés de mouvements, la plupart des sensations faisant, par suite de l'habitude, partie intégrante de nous-mêmes au point que, sans leur prêter grande attention, nous nous en passerions pourtant très difficilement, ont exigé, au début, effort et attention de notre part. Aussi les fonctions automatiques portent-elles le caractère de la synthèse.
Mais cela ne doit pas nous donner le change. Leur aspect inconscient ne provient pas de l'inconscient particulier attribué à l'acte de l'esprit en tant que celui-ci s'exerce sans s'être défini lui-même ; il résulte de ce que les produits de la synthèse se Oxent par l'exercice: des ensembles de mouvements et des associations d'idées suivent leur cours sans que la volonté consciente intervienne; l'effort du début n'a pas besoin d'être répété. L'exercice nous en dispense. Le rapport de l'activité mentale à l'inconscient automatique est le même que celui de l'efTort conscient et volontaire à l'habitude.
L'inconscient dans l'acte de l'esprit n'est pas non plus semblable à l'inconscient dynamique. Celui-ci est l'expression des tendances qui persistent en nous, constituant la durée dans le sens spécial que Bergson
donne à ce terme, la survivance fatenle et active de
'■^^ l'inconsciext
tout ce que nous avons vécu, et, ajoutons ceci, de ce que l'hérédité nous a transmis.
Eu comparant l'inconscient dans i'acte de l'esprit à ce qui, en règle générale, est appelé inconscient en psychologie, nous concluons que nous sommes en présence de quelque chose de nouveau. Dans la Critique de la raiion pure, Kant avait, par l'analyse réflexive, reconnu en examinant l'activité mentale au point de vue de son expression logique, la nécessité d'admettre une fonction unificatrice et synthétique dominant toute la vie spirituelle. Elle ne coustilue pas une donnée de la conscience ; l'observation de celle-ci ne nous révèle pas sa présence. Aussi Kant la considérait-ilcomme transcendante à l'expérience. 1) admettait cependant que toutes nos représentations sont accompagnées de l'idée du Je pense, c'est-à-dire que nous les rapportons consciemment à nous en tant que sujet. Et de fait, nous avons la conscience continue du moi; est-ce parce que nous rattacboos à notre moi des représentations, des idées, ou n'est-ce pas plutAt à cause du sentiment de notre activité ? Cette idée du Je pense ne supprime du reste pas l'inconscient de la synthèse qu'accomplit en chaque instant l'acte de l'esprit. Qu'est-ce qui doit nous retenir dans ce problème? C'est, reconnaissons-le, ce fait qu'en s'exerçant, l'acte de l'esprit prend conscience de lui-même. Et plus il donne, mieux il se dégage de sa gangue. L'activité mentale entraîne an passage de l'inconscient à la conscience, un courant continu allant de l'un k l'autre. Penser, c'est faire passer l'inconscient dans la conscience. Pour que cela puisse se produire ainsi, certaines conditions doivent au préalable exister, k savoir une organisation de la vie mentale qui permette la réflexion, la possibilité de prendre comme objet de. pensée sa propre activité psychique- Mais, nous l'avons vu, cette vie psychique existe avant qu'elle se réfléchisse. Elle est là, avec sa sepsi-
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L INCONSCIENT DÏNAMIQUB 239
n'est pas arrivée à connaître, notons-le bien, en s'obsenantelle-même, mais par des observations indirectes. Elle n'intervient pas, une fois cette impulsion donnée, pendant le travail; celui-ci s'opère indépendamment d'elle ; il comprend la transformation du tonus de l'activité organique eu états afTectifs élémentaires, provoqués par cette activité même ou, si l'on préfère, par la réaction individuelle; il comprend ensuite la mise en mouvement des tendances constitutives de l'inconscient dynamique ; la réaction individuelle devient ici plus intégrale ; elle est la synthèse du mouvement des tendances constitutives du sujet avec les impressions venues du monde eitérieur.
Le résultat de ce double mouvement: réaction aux impressions de l'ambiance, réaction <^es tendance» qui constituent l'inconscient dynamique, élément essentiellement vivant de notre vie psychique, ce résultat, disons-nous, apparaît dans la conscience comme état affectif. La synthèse mentale associe cet état affectif d'une part avec la représentation de la chose extérieure qui l'a provoqué à se produire, d'autre part avec notre affinité plus ou moins grande pour cette chose. Le produit de la synthèse se représente dans la conscience, par conséquent se définit, prend un nom, et nous avons ainsi un sentiment élémentaire : désir, plaisir, peine.
Le nombre de nos signes ou mots étant limité, nous sommes obligés de comprendre sous le même nom des états ajTectifs ayant chacun sa note propre, sa nuapce, si on les prend comme vécus, comme psychologiques, mais semblables physiologiquement en ce qu'ils émanent d'une même réaction organique. Les nuances multiples, la valeur qualitative des sentiments en tant que vécus et éprouvés chacun d'une manière unique, originale, proviennent des tendances auxquelles ils se rattachent, des combinaisons qui les intéressent, des associations dans lesquelles ils ren-
trent: en tant que faits concrets, dans le moment oïi ils se produisent, synthétisant l'action extérieure, la réaction du sujet, la représentation que ce dernier se fait de l'événement extérieur auquel il rapporte sa réaction, c'est bien en tant que faits concrets ^ue les états alTectifs, dans leur intégralité et pris sur le Tif, revêtent un coloris particulier : en ce sens, l'on a dit que jamais nous ne vivons deux fois le même sentiment.
En dénommant les sentiments, nous les simplifions, et cela, pour deux raisons: d'abord nous nous livrons aune analyse sur les réactions qui accompagnent les états affectifs, nous rapprochons ceux dont les manifestations extérieures se ressemblent et qui nous paraissent a\oir le môme fondement; ensuite, la nécessité de communiquer simplement et rapidement avec autrui et de classer d'une manière commode les faits psychologiques que nous n'avons pas le temps d'évoquer dans toute leur réalité, chaque fois que nous y pensons, nous engage à snbstituer, aux choses que nous ressentons, un concept, une notion abstraite et générale.
Mais interrompez les occupations qui .vous absorbent, laissez remonter en vous les souvenirs de ce que vous avez éprouvé; vous les sentirez revenir avec leurs nuances vraies ; ils retrouveront leur existence à la fois organique et psychologique; la détente de votre attention leur laissera libre cours, ils évoqueront des idées que seuls ils peuvent faire apparaître. Ce travail, qui sera chez la majorité des hommes, distraction ou rêverie, l'artiste le laissera se produire largement en lui, puis il le saisira d'un regard pénétrant et lui empruntera tout son éclat pour le prcgeter dans son œuvre ; la condensation se fera par la syethêse de la volonté attentive.
L INCONSCIENT DTNAMIOIJE
§ 4. — L'inconscient héréditaire.
La queetion de l'hérédité psychologique est beaucoup moins avancée que les autres problèmes étudiés jusqu'à présent. En réalhé, l'on n*a pu aller au delà de certaines constatations empiriques. La connaissance de l'activité inconsciente sera sans doute de quelque secours dans l'interprétation des faits. Les discussions sur le mécanisme biologique de l'hérédité sont si vives, les écoles si nettement tranchées, les arguments apportés de part et d'autre si concluants quand on accepte une théorie, et si peu dès que l'on reste impartial, que nons pouvons considérer la science des phénomènes héréditaires comme étant dans un état aussi peu développé que la météorologie.
Au point de vue psychologique proprement dit, les livres de Galton et de Ribot donnent de nombreux renseignements de faits, mais si jç prends les conclu- Bions de ce dernier, elles me semblent éviter de préciser. Dire que « les parents ont une tendance à léguer tous leurs caractères psychiques, généraux el individuels, anciens et nouvellement acquis » est une formule trop large, contredite par les deux suivantes: « L'un des parents peut avoir une influence prépondérante sur la constitution mentale de l'enfant », et : « Les descendants héritent souvent des qualités physiques et mentales de leurs ancêtres et leur ressemblent, sans ressembler à leurs parents ». L'atavisme et l'hérédité ne sont que des cadres, non des explications scientifiques.
Nous sommes donc livrés à quelques statistiques, extraites de la biographie d'hommes illustres. Pour arriver à quelque chose de précis, il faudrait suivre de près le développement physiologique et psychologique de familles, prises dans des conditions physiques et sociales différentes, à des époques diffé-
rentes. Et tant qu'on n'aura pas à ce sujet des monographies détaillées, avec la détermination exacte de toutes les particularités de chacun, obtenues par les divers moyens d'investigation dont nous disposons, depuis l'épreuve expérimentale jusqu'aux interrogatoires, ij sera impossible de rien affirmer de précis. Les faits sont ici trop complexes.
Que l'hérédité existe, que l'atavisme existe, les observations relevées jusqu'à ce jour le prouvent abondamment. Mais à quel point? On n'en sait rien. Aussi nous ne pourrons émettre que des hypothèses, suggérées par l'étude de l'inconscient. Entre l'inconscient et l'hérédité, il y a de très importants rapports.
Il nous parait que l'hérédité doive s'étudier non seulement dans les dispositions intellectuelles, mais dans les sentiments, les mouvements, l'expression, li formation d'habitudes. L'on a vraiment avancé à ce propos les thèses les plus hasardées : ainsi n'a-t-on pas cru, dans l'école ulilitariste, que des sentiments aussi complexes que les sentiments altruistes tendaient à se fixer par hérédité? Que des habitudes sociales se fixent ainsi, cela même n'est pas démontré. Mats l'altruisme ou l'égoïsme, produits d'une réflexion avancée et non de réactions naturelles, comment oserait-on affirmer que cela s'hérite? L'aptitude à marcher, à parler, à écrire doit s'apprendre pour chaque individu, au prix de mille efforts. Par quel miracle un système de morale pourrait-i) s'hériter?
On voit de combien d'obscurité et d'incertitude la question de l'hérédité est entourée. A-t-on suflisamment étudié les aptitudes au mouvement? Sans doute on a constaté, chez les animaux, qu'il se forme, par hérédité, des instincts, qu'il se transmet des manières d'agir. Mais ce qui peut s'expliquer chez les animaux n'a pas son corrélatif chez l'homme : ici la richesse psychologique a pour conséquence une beaucoup plus grande instabilité, et la complexité des faits ne
L 1\C0NSC1E1\T DÏ\AUIOL'E
permet pas rétablissement de lois simpli; ' importe, dans cette question, de ne pas se p; mots. Le rôle de l'individu, l'originalité et la pu des sentiments et des tendances personnels, la toujours plus grande dans le caractère des ini variété qui s'accentue à mesure que se différ les sociétés, éloignent' les civilisations foi développées de tout ce qui s'observe chez-les a el même chez les primitifs. La conception bîo perd du terrain chaque jour et dans la psyc et dans la sociologie.
On a fait fausse route en cherchant, dans u de lois imitées des lois biologiques, des appi: simplistes à la vie mentale de l'homme. Le chement est impossible à cause même du d pement particulier de cette dernière. Elle n'i demment pas tombée du ciel, mais son dévelop l'a entraînée si loin que bien des hommes devoir élever une infranchissable barrière i psychologie humaine et celle des autres êtres, dérons ce fait comme symptomatique ; il prou' bien l'évolution de la vie psychique dans l'hi a été menée loin. Dès lors, il n'est pas possib ramener à des combinaisons d'éléments sim| si pourtant l'on doit viser à la formuler en faut que ces lois ne soient pas l'imitation ou cature d'hypothèses biologiques, mais qu'i obtienne par l'étude des faits psychologiqm mêmes.
Voici, à titre d'hypothèse, le résultat auqi
conduit l'examen des faits. Que l'on consid
" quelques idées comme un plan pour des obseï
et des vérifications expérimentales, rien de ph
Il est bon d'abord de classer les documents dispose. Pour l'hérédité des tendances affecti seules observations précises ont été faites i malades. Pour déterminer la pathologie des é)
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etdessentiments, on a cherchéTétat physique et mental des ascendants, mais, autant que nous ayons pu nous en rendre compte, soit dans les cliniques, soit dans les revues médicales, le but des psychiatres a été plutôt de déterminer les antécédente de la maladie que d'obtenir des données sur la manière dont les caractères héréditaires se transmettent. En tout cas, les matériaux assemblés ici sont très précieux. Leur utilisation exigerait une analyse détaillée.
Il y aurait ensuite h examiner l'hérédité des fonctionnements psychologiques, par exemple de l'habitude, de la mémoire, de l'imagination créatrice, du raisonnement. Naturellement il s'agirait autant de l'hérédité dite normale que de l'hérédité pathologique. Quant à l'hérédité des dispositions intellectuelles, il me semble que Ton a réuni plus de faits pour ce dernier groupe que pour le précédent. Ainsi l'on trouvera dans Ribot, d'après la statistique dressée par Gallon, un certain nombre de noms d'artistes et de savants qui ne sont pas isolés dans leurs' familles; d^autres membres delà famille ont eu une réelle valeur dans des branches d'aclivité analogues à celles qu'ontiUustrées les plus célèbres d'entre eux. On a souvent cité ta famille de Jean-Sébastien Bach. Je reproduis la notice de Ribot : « La famille des Bach est peut-être le plus beau cas d'hérédité mentale qu'on puisse citer 0. Elle commence en 1550 j le dernier musicien de la famille, d'après Spitta, est Jean-Chrétien, mort en 1846, simple paysan. « Les Bach contractèrent de nombreux mariages avec des fliles d'anciens maîtres de musique, d'organistes, de musiciens de ville, etc., comme le comportait à cette époque l'usage de la ' corporation. » On a donc ici un exemple de sélection artiâcielle. « Dans cette famille, on compte 29 musiciens éminenls et Fétis en mentionne bl dans SOB Dictionnaire biographique ». \
Comme analogue parmi tes familles d'hommes de
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science, on peut citer la famille Bernoulli dont Ribot donne en partie la généalogie. A la liste de Galton on pourrait aisément, en examinant les biographies des Contemporains, ajouter beaucoup d'exemples. Pour ma part, j'en connais plusieurs dans mes relations les plus proches.
Comment expliquer ce fait dont il existe tant d'exemples? Qu'est-ce qui paraît ici exister dans certaines familles et se transmettre ? On dira : des dispositions. Mais c'est là un terme empirique. Est-ce le sentiment artistique ? On peut en douter, les sentiments comme ceux-là étant très complexes et appartenant proprement à la vie psychologique individuelle; ils ont leur genèse, leurs associations, leur évolution. Ce sont encore moins des idées qu'on peut hériter ou desfonctionnementijpsycbo-physiologiquescomplexes; car des fonctionnements plus simples et en usage à travers des milliers de générations, comme la parole, ne s'héritent pas et doivent s'apprendre. Ici l'on dira qu'ils s'apprennent plus ou moins aisément, mais cela n'enseigne rien sur l'hérédité psychologique. 11 semble que ce soit plutôt dans le domaine des aptitudes motrïces qu'il faille chercher. Ce serait l'habileté technique qui formerait le lien entre les différentes personnes d'une même famille, manifestant des dispositions analogues, ou plus exactement la tendance psycho-physiologique à oi^aniser tels ou tels mécanismes, à établir telles ou telles synei^ies de mouvements dans le cerveau.
Cette interprétation aurait pour elle le fait que chez les enfants prodiges, le mécanisme mental devance de beaucoup les qualités qui, plus tard, doivent constituer l'activité artistique. Au Congrès de psycholc^ie de 1900, Ch. Richetfitune communication sur un enfant de 3 ans 7 mois, Pepito, jouant du pian& sans avoir eu de leçons, aussi bien qu'un adulte de 18 ans qui aurait étudié. Il exécutait par exemple
VAlla Turca, de Moïart. Pour le reste, rien d'anormal chez le sujet. Quelques antécédents du côté maternel.
L'on a tort, nous semble-t-il, de citer l'un parmi l'autre, comme on le fait dans les statistiques, tous les cas de dispositions intellectuelles ayant plusieurs représentants dans une même famille. Il faudrait distinguer avec soin et rechercher d'abord les cas se rapprochant de celui que nous venons de citer.
Mais il y eu a d'autres encore, dans lesquels les dispositions ne se développent que graduellement et sous l'inHuence du milieu. Quelle est la mesure de cette influence ? Il est nécessaire de le savoir. Un enfant élevé dans un milieu de musiciens et entendant de la bonne musique, encouragé par l'entours^e et instiuit par des gens compétents, peut devenir un exécutant estimable et même un compositeur de talent, sans rien présenter de génial. Le cas est fréquent dans tous les arts et dans toutes les professions libérales. Si l'on place dans de bonnes conditions sociales des enfants cbojsis dans les familles oii l'hérédité est nulle pour la forme d'activité que ces enfants développeront, en supposant ceuï-ci d'une intelligence moyenne, ils arriveront à des résultats, en admettanl bien entendu qu'ils n'aient ni incapacité ni répugnance spéciale pour ce qu'on exige d'eux.
Il importe donc de distinguer entre des prédispositions réelles et une éducation influencée par le milieu social, et de ne pas prendre les effets de cette dernière pour les produits d'une prétendue hérédité.
U serait intéressant aussi de relever dans combien de cas les dispositions au même genre d'occupation se retrouvent chei plusieurs membres d'une même famille et d'autre part, combien de cas où l'on relève des prédispositions pour un art ou un travail intellectuel apparenté à celui des ascendants. Par exempl* Leibniz, génie universel sans doute, mais surtout
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l'incokscient DYSAurQUB 237
mathématicien et philosophe, dont le père était professeur de jurisprudence.
Une autre question très curieuse aussi qui se pose au psychologue est celle des différences qui pourraient résulter de la prédominance de l'hérédité paternelle ou de l'hérédité maternelle. On cite souvent des hommes remarquablement doués dont la mère était particulièrement intelligente. N'y a-t-il pas des caractères psychologiques spéciaux dans les dispositions héréditaires, quand elles procèdent de celte façon? Et ce qui rend ces questions encore plus difficiles, c'est l'atavisme, les dispositions qui, cOmme certaines maladies, sautent une génération ou plusieurs.
Quelle que soit la solution ou probablement les solutions multiples et les lois aujourd'hui insoupçonnées auxquelles une étude méthodique de ces questions pourrait conduire, ce qui nous intéresse ici, c'est le râle de l'inconscient héréditaire chez l'individu. Dans les cas de vocation manifeste, se déclarant avant que la réflexion n'en puisse analyser les prodromes, un inconscient mécanique se forme, qui rappelle de très près l'inconscient dans Tes actes automatiques, appelé aussi, comme nous l'avons vu, subconscient. On dirait que, d'une génération à la suivante se produit le même processus que nous constatons chez un individu, quand une activité se facilite par l'habitude et n'a plus besoin, pour se dérouler parfaitement, que d'un très léger contrôle de la conscience. C'est pourquoi nous indiquions tantôt le côté technique de ces manifestations inteilectuelles comme devant être scrupuleusement examiné au point de vue de l'hérédité.
Mais il semble que l'hérédité ne se borne pas là. Certaines tendances, peut-on se demander avec raison, ne sont-elles pas héréditaires, ou plus exactement, certains éléments qui entrent en composition dans ces tendances ne le sont-ils pas? Nous serions disposés à admettre, d'après ce qui précède, que ce sont des élé-
ments moteurs. Ils gufGsent pour expliquer les prëdispositious. S'il en était ainsi, on comprendrait que ' les influences extérieures agissent sur les tendances exactement comme, dans la vie individuelle, les sensations, lorsqu'elles servent de déclic à des fragments entiers de mémoire ou, comme on dit, à des touts dont une sensation réveille l'ensemble : car cette sensation fait réapparaître une représentation qu'elle a produite antérieurement, et il sufQt qu'elle se manifeste pour que tout un passé remonte à la conscience. On croirait, dans les dispositions iiéritées, que parfois * une série d'impressions provoque l'éveil de tendances assoupies : mais cette fois, ces tendances sont nées non pendant la vie individuelle du sujet qui en est le porteur, mais elles ont été formées chez ses ancêtres ; on trouve ciiez les descendants une singulière facilité à certains genres d'associations cérébrales : celles-ci servent d'intermédiaires aux tendances qui vont se former.
La personne qui les sent apparaître dans sa vie mentale ne subit-elle pas, en cela, l'ascendant inconscient d'une activité qui s'impose à elle et qu'elle ne pourrait pas empêciier de se réaliser ? Ou si elle l'empêche, au prix de quels renoncements et de quelles souffrances morales ! Une nécessité d'airain est seule plus forte que cet élan qui s'est préparé à travers des générations.
Outre la catégorie d'inconscient héréditaire traitée jusqu'ici, les statistiques signalent des hommes de génie dont les antécédents échappent. On ne connaît pas assez leur famille et, extérieurement du moins, on ne découvre rien qui puisse expliquer leur apparition.
La vérité est que souvent l'on est mal documenté et qu'il faudrait avoir la preuve incontestable d'une absence totale d'influence héréditaire on de dispositions analogues dans la famille, pour exclure de l'expli- cation précédente les génies qu'aucune disposition ne rattache à leur entourage.
L INCONSCIENT DYNAMIQUE Mif
Il y a cependant un genre d'hérédité qui me semble aussi important que le précédent et, on Ta le voir, spécialement intéressant au point de vue psychologique.
Certains enfants développent des facultés intellectuelles remarquables qui ne sont que l'éclosion de désirs refrénés et de rêves plus ou moins nettement formulés par leurs parents. Le père d'Andersen, le célèbre conteur danois, était fils de fermiers qui avaient-, été dans l'aisance et qu'un incendie avait réduits à la misère. Cet homme avait dû apprendre le métier de cordonnier, malgré son désir ardent de • faire des études. Andersen raconte : » Je me souviens que, lorsqu'un jour un élève du collège vint chez nous pour commander des chaussures, et, tout en se faisant prendre mesure, parla de ses livres, mon père me serra brusquement dans ses bras : Voilà la voie que j'aurais voulu suivre, dit-il, et il ne parla plus de la journée o, (Stéphanie Chandler, H. Ck. Andersen.)
Le cas <st typique et je le crois fréquent : le fils réahse certaines possibilités ou tendances qui n'ont pas pu, à cause des circonstances, se faire jour chez le père. Malgré son instruction rudimentaire, Andersen, poussé par une force inconsciente, devint écrivain et réalisa sous cette forme le désir immodéré de savoir et d'activité intellectuelle resté inassouvi chez son père.
Un semblable désir ne peut naturellement pas être comparé à des lubies ou des cas d'imitation sociale, comme on en observe chez les personnes qui, parce qu'une lecture leur plaît ou qu'un virtuose les charme quelques heures, déclarent qu'elles auraient voulu être artistes Ou écrivains. Non ! il s'agit de désirs profonds, ancrés dans la personnalité et continuant à vivre à l'état latent dans le cœur de l'homme, même aux jours où ils laissent la conscience en repos. En interrogeant les biographies, on trouvera d'autres exemples proches de celui que nous avons rapporté.
Ici, nous sommes en présence d'un fait qui, d'une génération i la suivante, rappelle ce qui se passe dans la vie individuelle lorsque nous refrénons une idée et la chassons, notre attention étant occupée ailleurs et n'ayant pas de temps à perdre. Si l'attention se détend, Tidée revient ; cela se passe également dans le rêve.
Cette idée, croyons-nous, se rattache à d'importantes tendances inconscientes. Et encore ici, l'enfaut chez lequel ces tendances éclateront les éprouvera en lui, dominatrices, et ne pourra s'empêcher de les traduire en actes. II se rendra compte de leur présence, mais sans les comprendre d'abord ; et quand la réûexioo les éclairera, elles se seront pleinement affirmées, jaillissant d'un inconscient qui nous conduit au delà de la vie individuelle.
En résumé, les phénomènes d'hérédité psychologique que nous venons -d'envisager nous paraissent' correspondre à deux manifestations d'activité inconsciente que nous avons étudiées dans la vie individuelle : d'une part l'inconscient automatique, d'autre part le psychisme latent qui s'exprime dans les tendances.
Nous avons terminé l'analyse de l'inconscient dynamique. Nous croyons pouvoir répéter que les processus qui le composent ne s'expliquent pas par les lois de l'habitude et ne sont pas des variétés de l'inconscient automatique. Celui-ci répète, celui-là crée.
Notre étude nous a donc conduits de l'inconscient psycho-physiologique à l'inconscient automatique et de celui-ci à l'inconscient dynamique, comme si nous avions pénétré de la périphérie à l'intérieur de la TÏe mentale. Mais qu'on n'attribue à ce terme aucun aens ■' mystérieux : l'inconscient dynamique ne règne paa &k
D.3l.za..ïG00^;ili
l'inconscient dans l'acte de l'esprit 253
bilité et son action, avec ses tendances et ses mouvements. La conscience est d'abord cette vie en tant que vécue, en tant qu'éprouvée et agie à la fois. Ce n'est pas la conscience qui la crée, elle ea fait partie tout simplement ; elle est, parce que la vie mentale tout entière est une activité synthétique.
L'inconscient dynamique est le contenu des tendances; le subconscient est l'effet de l'activité mentale dans sa totalité; l'inconscient psycho-physiologique lui-même porte la marque de la synthèse et sans doute, en remontant l'évolution, l'on pourrait reconstituer hypotbétiquement les efforts qui ont présidé à sa formation. Ainsi les manifestations de l'Inconscient, tout en désignant des aspects différents de notre activité psychique, procèdent d'un même centre de jaillissement. Elles indiquent l'effort de cette activité, son inépuisable impulsion. Partout cette force intérieure est présente. Les formes qu'elle revêt varient suivant les rapports qu'elle a à soutenir : organisation des mouvements d'adaptation, puis systématisation de processus sensitifs et moteurs, ensuite tendances affectives soutenant à la fois ta pensée et l'action, enfin réflexion de la pensée sur elle-même.
A certains moments, l'ensemble de l'inconscient s'illumine comme d'un éclair; ces moments durent peu et, dans l'état actuel de notre développement mental, ne se maintiennent que par une volonté tendue ; nous apercevons alors, comme en une vision animée, le monde innombrable qui s'agite en nous et les mille liensqui nous rattachent aux êtres et aux choses. Depuis la fin du xvm' siècle, on a commencé à s'occuper de cette étrange manière de connaître, qui se passe de l'abstraction et des idées pour plonger un regard spirituel dans l'àme. On l'appelle intuition et, parmi les philosophes contemporains, c'est Henri Bergson qui en a le mieux fait comprendre l'importance.
Mais cette connaissance intuitive, qui ressemble
étrangement à l'invention de l'artiste et du savant, ne se manifeste qu'à intervalles. Car il nous est plus ' aisé de fixer en idées le produit de l'activité psychique et de faire passer ainsi de l'inconscient à ta conscience ce qui est, en soi, essentiellement concret et vivait. Les idées immobilisent ce qui est mouvant et l'abstraction décolore la réalité. Sans doute. Pour que la conscience délimite ses objets, il faut qu'elle fixe les traits de son tableau. Mais elle n'en aide pas moins ' l'intuition : car celle-ci ne pourrait se soutenir longtemps. L'homme de génie, après avoir longuement préparé sa création, aperçoit soudain d'un coup d'œil l'ensemble vivant de l'œuvre qu'il médite ; elle est là, debout, dans son impérieuse puissance. La vision dure peu ; un instant, l'éclat du regard a vu jusque dans les profondeurs de l'inconscient et la pensée, pendant ce moment de clarté, a puisé dans les fiots qui roulent ses mouvants trésors, toutes les richesses qu'elle disposera harmonieusement, en réalisant ce qu'elle médite.
11 lui faut maintenant des lignes, des dessins précis et mesurés, des esquisses raisonnées; mais en dessous, inconsciemment, la vie est là qui la soutient ; elle seconde l'attention par l'enthousiasme ; elle envoie, quand la pensée hésite, des suggestions inattendues, mais espérées ;elle travaille en rêve, dans les promenades, dans les intervalles de repos. Elle collabore en sourdine au chant et le seconde de sa polyphonie complexe. Et à chaque instant elle féconde la conscience. Celle-ci éprouve alors la joie de connaître sa force ; elle sent qu'elle contient plus que les quelques idées qui, successivement, s'alignent dans le langage. Sans le vouloir, elle est portée par une insondable animation, et le mouvement de tout ce qui constitue , l'activité psychique se traduit dans son expression par une variété rythmique d'une incalculable richesse. Elle dispose de combinaisons infinies de sons, de timbres.
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de nuances, de lignes qui s'enchevêtrent et se croisent de mille manières. Et l'art, qui rend cet extraordinaire fourmillement, fait passer le souffle du rythme à travers les idées et rend à celles-ci la vie concrète dont la pensée consciente les avait vidées : c'est l'art, comme Richard Wagner l'avait compris, qui forme la synthèse supérieure du savoir et de la vie, de la conscience et de l'inconscient.
La psychologie religieuse est, depuis ces dernières aonées, entrée dans une voie nouvelle; si l'oa compare la manière dont un grand nombre d'auteurs, depuis les rationalistes du sviii' siècle jusqu'aux matérialistes du xix* siècle traitaient les faits de croyance, avec les écrits des psychologues de l'heure présente, on ne peut que se réjouir des progrès accomplis. De Letourneau par exempte à James ou à Delacroix, on a fait du chemin.
Personne, parmi les psychologues, n'oserait actuellement s'attirer le ridicule de parler à la légère de l'exaltation sublime du mystique, de l'élan sincère d'un cœur ardent vers son Dieu, ni rabaisser la croyance et la considérer comme une forme primitive du savoir, qu'inévitablement la raison doive supplanter un jour. L'analyse des convictions de la foi, sous leurs formes différentes, a montré que le positiviste ou le savant qui poussent des cris de réprobation quand on leur parle d'âme ou d'Être suprême, adorent des idoles d'une classe beaucoup inférieure et se font des fétiches de la Science, de l'Évolutiou et d'autres entités impersonnelles et vides. Incapables de s'élever à. des enthousiasmes plus lyriques, ils nient ce qu'ils ne peuvent concevoir; mais le besoin de croyance se venge sur eux ; ils croient, mais leur foi manque quelque peu
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d'envolée ; ils retournent à d'obBCures superstitions et nient les formes évoluées du sentiment religieux.
C'est à eux que s'adresse cette parole de W. James : n Rien n'est plus stupide que de traiter un fait psychologique comme s'il n'existait pas, simplement parce que nous sommes incapables de l'éprouver nousmêmes. Un tel préjugé nous parait surtout dangereux dans des esprits de culture classique et de tournnre académique ; pour eux, tout ce qui est en dehors de l'ornière, en dehors de la science officielle, est nul et non avenu. Gardons-nous de tomber dans ce piège».
Et Leuba, parlant des grands mystiques, dit: h Les croyants, malgré leur admiration naïve et benoite pour ces prodiges de l'amour de Dieu, se sont souvent rapprochés davantage d'une juste appréciation que les physiologistes ».
C'est encore James qui a donné le ton aux études récentes sur les faits religieux en écrivant : << Malgré l'intérêt que présentent l'origine et les premiers degrés d'un développement, il convient, quand onse préoccupe avant tout de pénétrer le sens d'une chose, de s'adresser aux formes les plus parfaites et les plus complètement épanouies ».
Le psychologue parle dans ces lignes et ce qui loi importe n'est pas l'évolution purement apparente d'une forme d'activité, mais cette activité elle-même, ses manifestations psychiques, sa vie intérieure, sa signification pour la conscience. Les travaux que nous citerons concordent en ce sens. Le point de vue historique et social ne peut être que d'un très petit secours à celui qui s'efforce de comprendre la portée d'un sentiment ou la valeur d'une idée. 11 lui faut metlre ce sentiment et cette idée à l'épreuve, les connaître dans leurs rapports avec l'esprit qui les conçoit, saisir leurs contradictions autant que leur puissance et les apprécier |d 'après ce qu'ils sont en eux-mêmes, non d'après les phénomènes accessoires qu'ils entraînent.
De même que leurs manifestations extérieures seront insuffisantes & donner la clé de leur action, l'étude de leurs concomitants physiologiques risque d'induire en erreur le psychologue et de le détourner de sa véritable ^tude. B S'il est exact que les grands mystiques n'ont pas échappé aux tares névropathiques, qui stigmatisent presque toutes les oi^nisations exceptionnelles, il y a en eux une puissance créatrice de vie, une logique constructive, une expansion réalisatrice, un génie, en un mot, qui est à vrai dire l'essentiel. >< En conséquence, on s'est adressé k quelques représentants typiques du sentiment religieux, à des mystiques, à des convaincus, à des croyants éclairés ; l'on a considéré comme tout & fait insuffîsant pour l'intelligence des faits religieuzde s'attarderaux traditions, aux manifestations matérielles du culte, à tout ce qu'il y a d'hypocrite dans le masque de religiosité dont beaucoup de gens s'afTublent soit par intérêt, soit par prétendue convenance, ainsi que des basses superstitions de l'ignorant. On s'attache, au contraire, à la foisTivaceetactive et aux faits typiques de la conscience religieuse.
Or, ce qui caractérise la vie religieuse, c'est, comme le dit James, « l'existence de forcés extérieures à la conscience claire de l'individu, qui jouent dans sa vie un rôle rédempteur n. Les phénomènes religieux sont plus fréquents et beaucoup plus complets chez les individus dont la vie inconsciente est riche et dont la vie mentale ne se borne pas au raisonnement voulu, artiriciel, sans inspiration. Nous savons que l'inconscient est un réservoir' de tendances vivantes, que l'émotivité colore la plupart de ses processus et que, dans ses manifestations intégrales, ^'inconscient ne se répète pas, mais crée du nouveau. 11 est impossible d'étudier la psychologie religieuse sans tenir compte de l'inconscient. L'étude des conversions est particnliërement instructive à ce sujet. L'on en trouvera une collection remarquable d'exemples dans Starbu^
{Psyckology of Religion) ainsi que dans l'ouvrage de W. James, l'Expérience religieuse.
Il est nécessaire cependant de préciser : car le terme d'inconscient, pris en général, ne signifie pas grand'chose, tandis qu'il reçoit un contenu tout à fait déterminé, si l'on se rend compte, comme nous avons €ssayé de le faire, des différents processus qui concourent aux fonctions psychiques non conscientes.
Or, comme sous l'influence de Pierre Janet, on a surtout expliqué le conscient par le subconscient on automatisme, il en est résulté une très singulière confusion chez plusieurs auteurs ; nous allons en reparler d'une manière détaillée. Nous signalons d'abord, en général, la méprise que voici : l'on constate l'importance de l'inconscient dans la vie reli^euse, on lui attribue une force créatrice supérieure à celle de la conscience, et d'autre part on veut l'expliquer par l'automatieme qui n'a pas du tout ce caractère et ne peut, en dehors de la synthèse mentale, produire que du désordre. La contradiction est manifeste. D'où vient-elle, sinon de ce que les auteurs ne peuvent l'éviter, faute d'avoir reconnu ta différence profonde entre subconscient ou automatisme et inconscient dynamique ? Ils attribuent à l'automatisme une définition qui ne vaut que pour l'inconscient dynamique. Certains d'entre eux reconnaissent la nécessité d'établir une distinction dans les processus inconscients, mais aucun ne l'essaye et l'on se contente de répéter les théories de Pierre Janet.
Qu'allègue-t-on pour introduire la notion d'automatisme dans l'explication de la vie religieuse? Certains états d'esprit chez les mystiques, caractérisés par un certain abandon, un laisser aller, une substitution, i. l'attention volontaire du sujet, de processus d'idéation qui semblent se produire en dehors de cette attention ot qui relèvent de l'automatisme, comme on l'infère de la notation ci-dessus rappelée. La personnalité
plus ample qui se substitue à la personnalité ordinaire et que les mystiques attribuent à l'influence de Dieu, serait une manifestation de l'automatisme.
Or, à bien analyser les faits, l'état de surélévation du mystique ne ressemelé en rien à l'fiutomatisme. « Je me sens tout à coup saisie par ce recueillement et par cette élévation d'esprit, sans pouvoir y résister, dit sainte Thérèse, et je me trouve ensuite, en un instant, enrichie des trésors spirituels qui sont les efTets de ces sortes de faveurs. » Voilà bien un aveu que nous rapprocherions plus volontiers de l'invention et de l'inspiration que de l'automatisme.
Leuba, en analysant les écrits de M*"' Guyon, signale l'assimilation de plus en plus complète des tendances supérieures dans le moi et la formation d'une personnalité nouvelle ^ il a fallu pour y arriver une lutte entre les tendances opposées de sa nature. C'est finalement, dit Leuba, le moi central qui triomphe, après avoir groupé les tendances vivantes suivant leur valeur morale. Nous sommes donc bien en présence de la si féconde collaboration de l'inconscient dynamique et de la synthèse ; rien ici ne rappelle la misère psychologique de l'automatisme.
Chez Tauler aussi, l'effort du mystique consiste à subordonner les tendances inférieures' aux tendances supérieures, considérées comme se rattachant à la volonté divine. 11 serait donc erroné de comparer ces phénomènes à des idées fixes ou à des impulsions morbides.
Ce qui aprovoquéle rapprochement çntre mystiques et déséquilibrés, c'est le caractère impulsif et exalté que revêt souvent leur idéation, mais combien cette impulsion et cette exaltation sont sthéniques ici, à en juger par leurs résultats.
La soudaineté de la vision, l'enrichissement de la pensée : voilà bien deux caractères que l'automatisme ne présente pas, mais que nous reconnaissons comme
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l'inconscient et la vie BELIGIEUSE 261
appartenant à l'inconscient dynamiqu,e. De plus, quand l'automatisme triomphe, la désagrégation de la personnalité s'ensuit; la synthèse faiblit, le niveau mental descend, les états affectifs sont désordonnés, exagérés. Or, dans les stades les plus développés du mysticisme, l'individu atteint un degré d'activité admirable ; ses pensées et ses actes sont singulièrement bien organisés; ils forment un système cohérent ; ses sentiments sont solides et puissants. L'imagination subconsçiente, reconnaît Delacroix, est au service de l'activité dominante ; l'inspiration a bien la forme passive qu'elle prend toujours, mais le sujet est secondé par elle; les pensées viennent en masse, claires, abondantes. Sainte Thérèse, dans ces circonstances, croit celles-ci dictées par Dieu et elle sait prendre patience jusqu'à ce qu'elle sente que Dieu est disposé à. l'éclairer.
Delacroix ne peut s'empêcher de reconnaître le caractère dynamique de ce qu'il prend pour de l'automatisme, ainsi que la tendance à. « l'équilibre final » de la pensée du mystique, quelles que soient les oscillations que subisse sa vie mentale. Ce sont bien les caractères de l'inconscient dynamique, tel que nous l'avons établi, et du passage de l'inconscient dynamique à la conscience.
Ce caractère dynamique du sentiment religieux, Durkheim l'établit avec force dans son ouvrage sur les Formes élémentaires de la vie religieuse. A la séance de la Société française de philosophie du 4 févrieri913, il insiste sur le caractère de cette notion. II la considère comme une idée essentielle de son livre. Et en etfet, pour le psychologue, elle est d'un intérêt majeur.
« On a souvent vu dans la religion, dit Durkheim, une sorte de spéculation sur un objet déterminé ; on a cru qu'elle consiste essentiellement en un système d'idées, ejEprimant plus ou moins adéquatement un
système de choses. Mais ce caractère dé la rèligiou . n'est ni le seul ni le plus important. Avant tout, la vie l religieuse suppose la mise' en œuvre de forces sut \ generis, qui élèvent l'iodividu au-dessus de lui-même, \ qui le transportent dans un autre milieu que celui où I s'écoule son existence profane et qui le font vivre 'M'une vie très différente, plus haute et plus intense. I Le croyant n'est pas seulement un homme qui voit, Aqui sait des choses que l'incroyant ignore : c'est un I Vhomme qui- peut davantage. Les fidèles peuvent se iprésenler inexactement le pouvoirqu'ils s'attribuent, sens dans lequel il s'exerce. Mais ce pouvoir, en luimême, n'est pais illusoire. C'est lui qui a permis à l'humanité de vivre. ■> Durkbeim insiste sur ce qu'il appelle « la vertu dynamogénique <> de la religion.
ÎAëme dans les caractères qui ressemblent le plus à l'automatisme, je serais plutôt disposé à nier qu'il s'agisse de cette manifestation particulière d'activité inconsciente. Que remarquons-nous en lisant les analyses recueillies par Delacroix? Dans ces états prétendument subconscients, le mystique procède à une analyse détaillée de ce qui se passe en lui ; il s'observe, il écoute et regarde et invente une multitude d'imaget et de symboles pour décrire son état, images variées, destinées à ne rien laisser échapper des sentiments éprouvés. Or, loin d'être automatique ou subconsciente, cette manière de procéder est celle d'un esprit entraîné à s'observer et prêt à noter les moindres nuances révélées par l'introspection. Et les états alTectifs sont en majeure partie traduits par des images de lumière, de beauté, d'harmonie j à travers les oscillations dont nous parle Delacroix, c'est un progrès, une organisation plus parfaite qu'il nous signale dans ' les états mystiques. Ne sommes-nous pas à l'opposé de l'automatisme ?
Ce fut un réel progrès de ne plus considérer lea mystiques comme des malades : Delacroix le proclanae
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l VIE RELIGIEUSE
avec raison. Ce serait un nouveau progrès que de ne plus comparer leur vie mentale à des formes inférieures de synthèse et de ne pas croire que l'on a tout dit quand on a prononcé le terme de subconscient et d'automatisme. C'est là une solution simpliste qui avance très peu.
Admettons même que dans certains cas particuliers, > — une lettre de M"" Guyon révélant un état d'irrésolution chez le sujet, — on puisse parler d'aboulie. Mais jugera-t-on la vie mystique d'après certains moments de lassitude chezune femme, naturellement exaltée par ses préoccupations morales ? Les trop rares témoi^ages de saints cités par Delacroix prouvent un bon équilibre moral. L'automatisme n'est plus invoqué. Mais l'inconscient ne le sera-t-il plus? Et cette fois, ce sera l'inconscient dynamique et pas un autre-
C'est bien l'inconscient dynamique tel que nous l'avons étudié et nullement le subconscient que Delacroix décrit quand il nous dit qu'il consiste en ce que des idées préparées par la conscience réfléchie, mûrissent peu à peu avant de donner leurs résultats pleinement. Le processus décrit est exactement celui que nous fait connaître Poincaré à propos de l'invention scientifique : la volonté consciente prépare l'idée, l'inconscient l'élabore, soumis comme il l'est, à une discipline de travail par cette volonté, et finalement l'idée, mûrie, se présente à la conscience, enrichie par le travail intérieur de l'esprit. Est-ce de l'automatisme ? Nullement, mais du psychisme latent et actif, des tendances dynamiques qui se combinent et ne restent pas inertes. Le rôle important des sentiments et de i'intaition et la réduction de l'entendement ne doivent pas nous tromper ici. Un travail qui échappe à la conscience claire n'est pas nécessairement un travail automatique. 11 peut l'être; il peut être autre chose, et, une fois de plus, l'idéation des mystiques, par sa
richesse et sa puissance d'organisatiOD, s'éloigne entiëreineat de l'automatisme pour se rapprocher de l'inconscient dynamique.
R. Van der Elst a insisté avec raison sur ces deux caractères essentiels de l'idéation mystique : en premier lieu, les elTels de l'union mystique sont logiques et cohérents; un second caractère des faits de l'ordre de la gT6.ce est le caractère positif de la contribution, de l'accroissement qu'ils apportent à la vie psychique des individus qui en bénéficient, tandis que les faits pathologiques sont pour eux une diminution. « Les névropathes sontvictimesd'unégoïsme... ils remplacent le sentiment par la douleur, la pensée par l'obsession, le vouloir par l'impulsion capricieuse. » Au contraire, chez les mystiques, dominent générosité, joie, bonté, héroïsme.
Les psychologues sont d'accord pour reconnaître que l'extase la plus marquée fait partie du système synthétique de la personnalité et ne se présente nullement comme extérieure à l'ensemble derintelligeoce. Il en est tout autrement, on le sait, des états hypnotiques et des dédoublements de la personnalité. Ni l'envahissement de l'Âme par Dieu, ni les retours des mystiques ne ressemblent en rien à la désagrégation mentale. L'idée de Dieu, la présence divine ou toute autre forme d'inspiration sont aussi peu des processus étrangers à l'esprit de l'homme religieux que ne l'estpour le savant la conception soudaine d'une solution longtemps cherchée, et pour l'artiste la vision de l'œuvre qu'il médite et dont il poursuitla construction avec patience et ténacité. Les retours, d'autre part, que signalent les psychologues du mysticisme, ces hésitations, ces tourments de l'Ame parfois arrachée À son objet idéal par l'attiranced'images plus frivoles, pourquoi les jugerait-on pathologiques chez le mystique, alors que tout homme qui n'est pas momiQé éprouve ces fluctuations ? Au fond, il serait indisped-