L INCONSCIEM' ET LA VIE RELIGIEUSE
sable de les analyser, d'en connaître la genèse et le cours et de se rendre compte du tempérament du sujet et des actions physiques qui, en l'influençant, arrêtent l'essor de la pensée.
Certains observateurs d'eux-mêmes, comme Maine de Biran, présentent ces phénomènes très nettement et les ont étudiés par introspection; d'autres esprits religieux offrent moins de pénétration aux actions du milieu physique et social, et sont plus résistants; certains, plus ardents, sont en proie à ces écarts qu'ils considèrent comme des tentations. Quand il s'agit d'une femme, comme sainte Thérèse, d'éfnotivité plus vive par nature d'abord et par un admirable excès de vie intérieure ensuite,' et que, de pins, cette femme a passé par les désirs profanes, l'amonr du monde et des années d'imagination romanesque, faut-il s'étonner des fluctuations et des retours que ses sentiments et ses idées subissent? Le contraire, selon moi, serait pathologique, et c'est précisément dans les oscillations d'un esprit, riche de tendances variées et qui vit avec passion et intensité, que je trouve les signes d'une Ame vraiment créatrice et qui ne pourrait tomber dans l'automatisme. Ces phénomènes ressemblent d'autant moins au subconscient que loin de défller mécaniquement à la façon de celui-ci, ils retentissent fortement dans la vie consciente, ils forcent l'attention, la requièrent-toute, et la volonté du sujet lutte contre l'instabilité et tend vers une plus haute harmonie. Ces divers courants qui se croisent à travers l'activité psychique de l'individu sont sans doute inconscients à la façon des tendances et des dispositions. Mais nous savons que cet inconscient-là est productif; il s'agit de l'inconscient dynamique.
Le sentiment de laisser aller, l'impression que les idées vont toutes seules s'explique parfaitement par cette richesse intérieure. Nous n'avons pas encore à étudier pour le moment quelles hypothèses on peut'
raisonnablement émettre pour expliquer le sens de cette étonnante abondance dans l'inspiration. Poursuivons d'abord notre analyse psychologique. Nous avons rapporté plus haut l'état d'exaltation de Nietzsche «i moment oii il eut l'intuition suprême de l'affirmation • de la vie sous le symbole de l'Eternel Retour. Qu'on se remémore ce témoignage et l'on trouvera bd exemple qui peut être comparé, dans son genre, à l'illumination des mystiques. La pensée est préparée, le travail inconscient est mis en mouvement par cette préparation même. Les étatsmorbidesetles souffrances, la solitude et l'exaltation qu'on rencontre chez les mystiques ne manquent pas non plus, et la manière de vivre de Nietzsche était telleque les bonnes gens chei lesquels il passait ses hivers l'appelaient il piccolo santo. Lui aussi présente les oscillations et les retours dont on nous parle; la différence sera, pari-apport aux mystiques, dans l'organisation des conceptions, qui semble être mieux ordonnée chez ces derniers.
Examinons maintenant de plus près la psychologie des mystiques au point de vue des fonctions mentales prédominantes. Quelque précise que soit l'expression systématisée de leurs idées, il est incontestable qu'un sentiment particulièrement actif les soutient et les anime. Une modification profonde des états affectifs se produit chez eux. « L'amour attentif » de saint Jean de la Croix, •< la force de l'attouchement spirituel et de l'amour » qui, selon Ruysbroeck l'Admirable, donne la mesure de la vie et exprime l'unité de l'esprit, nous indiquent le rôle important que prennent les états affectifs. Point de conception qui ne soit colorée par eus. » Rien d'étonnant, si Pou se souvient de ce fait avéré que la vie affective constitue le fond même de notre être, cette part importante et prédominante, sur laquelle se réalisent nos désirs, nos tendances, notre caractère, sur laquelle s'édifient nos sentiments, nos iatetlections qui eti
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dépeadent, notre vie pleinement consciente qui ne DOue.la révèle qu'imparfaitement. Je parle de l'aff'ectus comprenant toute la vie appétitive, volitive, émotionnelle, consciente ou subconsciente. » (J. Pacheu.)
La fusion d'états affectifs et d'intelligence se rencontre dans tous les grands enthousiasmes. L'on a cité souvent le cas de Malebranche, que de violents battements de cœur interrompaient dans la lecture de Descartes, tant était forte en lui la réaction affective causée par cette lecture, lUud quod sentit affectus. vere tntelligil intelleclus : l'intelligence ne comprend véritablement que ce que ressent la vie aflective.
Boutrous, suivi en cela par Marcel Hébert, fait remarquer que « l'inconscient se manifeste au mystique (chrétien) sous la forme de l'amour » et que l'amour est <• le fond de nous-mêmes et de l'être ». Il insiste avec raison sur les tendances affectives et sur le fait que l'amour dont on parle ici est l'amour idéal, le principe de la vie universelle. Il parle du « plus vital qui augmente notre vie », et il a raison. Mais alors pourquoi se contenter de l'automatisme pour expliquer un sentiment aussi fort et aussi créateur?
La tension de l'intuition mystiqut n'est évidemment pas possible d'une manière continue. Quand elle existe, la connaissance acquiert un caractère particulier que ne peut posséder une idéation plus analytique ; il semble qpe la pensée oe se limite pas, comme dans l'examen analytique simple, à l'objet sur lequel elle se porte, mais que, tout en concevant clairement cet objet, elle le rattache à un ensemble vivant dont elle a une vision intérieure ou, selon un terme fort à la mode aujourd'hui, une intuition. L'exercice de l'intuition ne pourrait se faire sans cette animation earactéristique de la pensée, cette pénétration qui saisit, en son unité, une multiplicité active. 11 ne s'agit pas ici de rapports successifs entre des parties
de la réalité, considérées dans des relations fonctionnelles qu'il s'agirait de dégager graduellement, mais d'un processus à la fois émotif et intellectuel par lequel nous affirmons en même temps et notre action et l'Action, le principe universel d'activité et d'existence. Rien d'étonnant à ce qu'une pareille connaissance se manifeste en nous, puisque dans ses manifestations intégrales, notre esprit est synthèse ; et si les synthèses particulières nous présentent en un tout le rapport de certains objets à notre moi, une synthèse plus haute correspondra à la vision de la vie spirituelle elle-même, ou, si l'on préfère, de ce qu'il y a de spirituel en n'importe quel acte, en n'importe quel mouvement.
Que l'on réfléchisse en effet à ceci : apercevoir la vie spirituelle dans n'importe laquelle de ses manifestations, en avoir vraiment la vision, ou, selon le terme usité, l'intuition, c'est avoir en même temps l'intuition de son essence; car elle est tout entière présente en chacun de ses moments. Ce que nous observons sous forme d'objet spatial est limité et divisible, comme l'espace lui-même; mais l'élément spirituel n'est pas plus divisible qu'une idée ou un sentiment ne peuvent l'être. La pensée que j'exprime, en se répartissant entre un nombre déterminé de lecteurs on d'auditeurs, ne se scinde pas en morceaux ; elle reste tout entière pour chacun ce qu'elle est en ellemême; elle est saisie par l'ensemble de la personnalité de chacun, c'est-à-dire par cela même qui sait comprendre, par l'esprit. L'intuition porte sur i'acle spirituel lui-même, sur la concordance entre cet acte, quand nous le réalisons, et l'unité de la vie spirituelle
L'intuition est donc un genre de connaissance qui réunit en une affirmation de l'esprit, en tant qu'il est activité et vie, l'affirmation du sujet pensant et de sa relation avec tout ce qui est sujet pensant ; mais elle
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D'est pas uniquement peosée raisonnante, elle est autre chose : elle est sympathie et croyance. Ne sonl-ce pas les caractères que révèle l'étude de l'idéation chez le mystique ? L'intelligence comprend, parce que le cœur aime et croit. L'amour et l'affirmation active, à laquelle nous prenons pleine participation, sont les ressorts de l'idéation : l'expérience religieuse nous a permis de préciser cette notion.
L'intuition ne peut se soutenir longtemps à cause de l'état de tension qui l'accompagne ; et les mystiques ne font pas exception à la condition commune. Mais elle a éveillé des idées qu'un travail de réileiûon organise ; ce travail permet à l'esprit de se préparer à une synthèse plus complète et à de nouvelles intuitions. La systématisation philosophique ne fait pas défaut chez les mystiques et l'on est frappé de l'effort dont ils sont capables et des résultats qu'ils obtiennent. On est tenté de conclure que le rôle de l'intuition, parfaitement reconnu du reste par Delacroix, ajoute à la puissance de l'esprit. La conscience raisonneuse recule singulièrement en importance devant elle.
Nous arrivons maintenant k nne question que certains auteurs n'osent pas aborder, en prétextant qu'elle dépasse la psychologie. Delacroix la formule très exactement. Voici les idées qui affluent chez le mystique " sans qu'il les ait voulues, sans qu'il puisse résister, sans qu'il ait conscience de les construire, sans qu'il voie leur relation avec sa conscience ordinaire » . Précisons ; « sa conscience ordinaire » signifie sans doute sa manière courante de connaître; les révélations des mystiques sont dues à l'intuition, qui est aussi une manière de connaître. « Sans qu'il puisse résister » : n'est-ce pas aussi ce que disait Nietzsche dans le document produit plus haut? ]1 ne faut donc pas accentuer ce qui semble anormal à l'homme moyen, sinon, l'état par trop somnolent de celui-ci paraîtrait aisément dégénéré et adipeux à l'esprit vraiment
éveillé. Devant ces états, continue Delacroix, le eajet admet qu'un Dieu se manifeste en lui; ce Dieu s'empare progressivement de lui, l'éclairé intérieurement, le pénètre et le transforme. L'auteur des Études ajoute: La conscience est dépassée, nous sommes en ' présence de forces subconscientes h qui peuvent prendre figure divine, au sens religieux du mot, lors- ■qu'elles unissent et la fécondité créatrice et la richesse morale et la conformité à une tradition religieuse extérieure » : définition qui semble complète et excellente. Seulement, il faut s'entendre sur les forcée subconscientes, et nous répétons encore qu'elles ne se comprennent absolument pas, si subconscient désigae ici l'automatisme. Elles relèvent de l'inconscient dynamique. Sinon, il est impossible d'établir les données du problème. Gela dit, Delacroix ne veut pas discuter rhypothèse que formulait déjà Maine de Biran : à savoir que cet inconscient servirait de véhicule à une action vraiment extérieure, k la grâce d'un Dieu trao»- <;endant. Pourquoi céder ce problème à la critique de la connaissance et à la métaphysique ? La psychologie ne peut-elle aider à l'élucider? Elle ne saurait évidemment le faire, si elle prétend expliquer les états mystiques par le subconscient ou inconscient automatique. Mais nous avons indiqué, croyons-nous, te défaut de cette interprétation.
L'inconscient dynamique apparaît ici comme le trait d'union entre l'affirmation de l'activité mentale en tant qu'activité et la vision de l'unité spirituelle qu» -anime intérieurement tous les êtres. S'il est vrai, comme le veut Bergson, que l'intuition soit, au point de vue philosophique, une sympathie intellectuelle capable de nous faire loucher l'absolu, il n'y a rien d'absurde k supposer qu'il s'établisse, par ce sentiment, une relation effective et concrète entre nous et autre chose que nous. La psychologie peut donc faire un pas de plus que ne le suppose Delacroix ; elle faci-
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iitera de cette manière l'utilisation de l'e^érience mystique. Qu'y a-t-il d'absurde en cela? On hésite dès qu'on restreint le savoir à la connaissance des phénomènes et aux seules sciendbs particulières. Mais l'hamaoité a-t-elle renoncé h une connaissance plus ample et, pour avoir progressé dans ce que j'appellerais volontiers l'ordre des objets, abandonnera-t-elle le monde des sujets, l'activité du moi et des autres personnalités, la réalité concrète et intérieure, plus directement réelle pour chacun denous que les phénomènes? Ce serait une diminution pour la pensée de réduire l'ordre des sujets au mécanisme, quelle que soit l'habileté avec laquelle on le compose.
Or,-le monde des sujets, l'intelligence seule ne le pénétrera jamais. 11 faut, pour entrer en communication avec lui, ce tact particulier au sentiment, cette divination qui lui est propre et qui nous fait découvrir, par une vision sympathique, le secret des êtres; et ceox-ci cessent de n'être pins pour nous que des apparences, des objets; ils deviennent véritablement des sujets. Nous les affirmons comme nous nous affirmons. Dans un beau drame de Paul Claudel, Violaine aveugle reconnaît sa sœur qui vient la trouver dans sa solitude ; elle la reconnaît h au-dedans par l'àme ><■ Et Ernest Hello : « Celui qui devine est celui qui aime ».
' Entre la création du génie et l'intuition religieuse, on aura remarqué une parenté qui n'étonnera personne, car toutes deux procèdent de l'inconscient dynamique et de l'intuition, c'est-à-dire des deux manifestations supérieures de notre nature mentale. C'est dans certaines œuvres d'art que nous sommes à même de saisir le mieux !a création du génie et c'est en étudiant leur caractère que nous comprendrons nettement par où se rapprochent création géniale et sentiment religieux. Dans ces moments sublimes, l'idéation proprement intellectuelle apparaît tout à fait en sous-ordre. On devra choisir pour la compa-
raison les œuvres inspirées, celles que vivifie un esprit animateur, celles que l'on peut revoir ou relire toujours sans se lasser jamais et sans pouvoir jamws épuiser tout ce qu'elle contiennent, celles dont on peut dire, avec une image devenue banale, mais cependant adéquate à l'idée, qu'elles sont traversées psr un souffle d'infini. Elles ont agi sur des milliers d'hommes et les ont rendus plus grands et meilleurs. Elles agiront demain sur les générations qui naitront. Chacun trouvera en elle un écho k ses espoirs et à ses peines, une réponse à ses inquiètes interrogations, biles sont comme la parole de Dieu, comme sa présence au milieu de nous ; leurs créateurs sont ses grands inspirés et ses prophètes. Elles traduisent la pensée éternelle et la rendent accessible aux hommes. Aussi ces œuvres-là deviennent-elles classiques dans le sens le plus élevé du mot et elles sont plus solides que l'airain.
En cherchant d'où vient à certaines œuvres ce caractère presque sacré, nous avons remarqué que le seul contenu des idées ne pouvait nous l'expliquer, car la puissance de suggestion des œuvres géniales s'exerce sur des collectivités composées d'hommes dont le degré d'intellectualité est très variable. Ce ne peut être le sujet : le même sujet, traité par des artistes différents, donne ici une œuvre vivante et là, un produit artificiel et froid. C'est quelque chose d'indéOnissable qui passe de l'œuvre à ses admirateurs, comme si l'esprit qui la créa faisait entendre à travers les images et les rythmes la voix même de la joie et de ia douleur humaines, et comme si la nature même d'un grand artiste le déterminait à prendre sur lui le poids de cette douleur et de cette joie. La création do ' génie a su sympathiser avec les êtres qu'il évoque, il a eu cette vision du dedans qui le met en communication avec l'essence spirituelle, la vie profonde de tout ce qui est. L'homme de génie a la foi, il croit
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fermement que tout ce qui est vit véritablement et qa'il y a une &me dans les choses; son àme à lui communique avec la vie intérieure de tout ce qui existe, elle en a l'intuition. C'est de ce don de vision et de foi qu'émane la force de persuasion de la parole géDiate, son enthousiasme et sa jeunesse. Nous touchons ici le point de contact entre l'intuition artistique et l'intuition religieuse.
Quelles conclusions retirer des études sur l'iBCons- «ient pour la queslion encore très obscure du mécanisme cérébral? Les questions de physiologie cérébrale ont eu beaucoup à souffrir de théories hâtives. Il a fallu graduellement les éloigner. Dans cette épuration critique, le progrès le plus certain que l'on ait fait, c'est l'exclusion des hypothèses matérialistes qui parlaient de la pensée comme sécrétion du cerveau et de centres préposés aux facultés mentales. 11 est reconnu à présent que l'activité mentale ne se réduit pas à l'activité cérébrale; elle est une activité propre, ■avec ses caractères à elle; ensuite la théorie des localisations psycho-physiologiques est réduite à néant : il n'y a pas de centres spéciaux présidant I'ud à l'abstraction, l'autre aux émotions, un troisième à la mémoire, un autre à l'imagination. Cette mythologie ■cérébrale est abandonnée; notre activité spirituelle n'obéit pas à des divinités locales, érigées par les savants crédules dans les différents coins de leurs schémas cérébraux.
Claude Bernard avait raison de nous mettre en garde contre ces constructions fantaisistes. Nous reproduisons ici, à titre de conseils et d'idées directrices, une page dont personne, je suppose, ne révo- ■quera en doute la sûreté critique et la prudence. Nons-
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livrons surtout à la réQexîOQ de certains biologistes bornés et intoléraots ces paroles du plus illustre des physiologistes contemporains. Ils y prendront aussi une leçon de style et de précision : « La science démontre, ainsi que je l'ai déjà dit, que ni la matière organisée, ni la matière brute n'engendrent les phénomènes, mais qu'elles servent uniquement à. les manifester par leurs propriétés dans des conditions déterminées. Il répugne d'admettre qu'un phénomène de mouvement quelconque, qu'il soit produit dans une machine brute ou dans une machine vivante, ne soit pas mécaniquement explicable. Mais, d'un autre côté, la matière, quelle qu'elle soit, est toujours, par elle-même, dénuée de spontanéité et n'engendre rien ; elle ne fait qu'exprimer par ses propriétés Vidée de celui qui a créé la machine qui fonctionne. De sorte que la matière organisée du cerveau qui manifeste des phénomènes de sensibilité et d'intelligence propres à l'être vivant n'a pas plus conscience de la pensée et des phénomènes qu'elle manifeste, que la matière brute, d'une machine inerte, d'une horloge, par exemple, n'a conscience des mouvements qu'elle manifesté ou de l'heure qu'elle indique; pas plus que les caractères d'imprimerie et le papier n'ont la conscience des idées qu'ils retracent, etc. Dire que le cerveau sécrète la pensée, cela équivaudrait à. dire que l'horloge sécrète l'heure ou l'idée de temps. Le cerveau et l'horloge sont deux mécanismes, l'un vivant et l'autre inerte, voilà toute la différence; ce qui n'empêche pas que l'un et l'autre ne fonctionnent toujours que dans des conditions d'un déterminisme physico- chimique absolu... »
<< En résumé, il ne faut pas confondre les causes et les conditions; tout est là. La matière n'est jamais cause de rien; elle n'est que la condition, et cela aussi bien dans les phénomènes des corps bruts que dans ceux des corps vivants. Or le savant ne peut
placer le délerminisme dos phénomènes que dans leurs conditions qui jouent le rôle de cames prochaines. Les causes premières sont hors de sa portée et Ue doivent jamais le préoccuper. C'est le déterrainisme seul des phénomènes qui constitue son domaine. C'est là que se trouve tout le problème de la science expérimentale. »
Et ailleurs : '< La sensibilité inconsciente, la sensibilité consciente et l'intelligence sont des facultés que la matière n'engendre pas, mais qu'elle ne fait que manifester. C'est pourquoi ces facultés se développent et apparaissent par une évolution- ou une sorte d'épanouissement naturel, à mesure que les propriétés histologiques nécessaires à leur manifestation appa*
Nous ne devons pas oublier ces principes et prendre comme modèle ce raisonnement précis et libre de tout dogmatisme, dans une question oii l'interprétation joue un si grand rôle; celle-ci doit s'efforcer de chercher l'hypothèse la plus probable, celle qui permet de comprendre le plus de faits. Dans les sciences biologiques et par conséquent dans les problèmes de physiologie, je doute qu'on puisse jamais atteindre à plus de certitude. Nous avons à faire ici aus faits les plus complexes de la série mécanique ; et la biologie n'a pas l'immense avantage de la psychologie, de pouvoir recourir à des données immédiates. La psychologie est beaucoup plus précise et plus sûre ; c'est à elle que recourent avec raison toutes les sciences morales ; elle leur sert de fondement. Le sentiment de la réaction individuelle, de l'activité subjective, la volition, l'idéation: autant de notions qui ont l'évidence' du vécu pour elles et sur lesquelles on s'entendra d'autant mieux qu'on peut se passer de concepts et de définitions quand on en parle; elles échappent aux artifices de l'abstraction. La physiologie ne pourra donc jamais sertir
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de base à la psychologie, car celle-ci est beaucoup plus précise et plus complète qu'elle; elle sera donc seulement une science auxiliaire, dans les problèmes qui nous occupent ici.
Nous aurons à examiner d'abord quelles sont les hypothèses les plus vraisemblables dans l'explication des processus nerveux mis en rapport avec les processus psychiques et ensuite, en quoi l'étude des faits d'inconscience peut éclairer ces hypothèses.
§ 1. ~ Le Bfstème nerveux et l'activité cérébrale.