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Les localisations cérébrales

11 serait prématuré de se prononcer sur la question des localisations cérébrales; chaque jour s'ouvrent ties voies nouvelles de recherche et il n'y a pas si longtemps que l'on a inventé des méthodes de coloration permettant de suivre avec une exactitude jusqu'alors inespérée le trajet des fibres nerveuses. Aussi la méthode analomique descriptive, dont Meynert avait été l'un des plus illustres représentants et les méthodes histotogiques qui étudient les éléments du système neneui ont-elles pris un essor nouveau avec Golgi, Ramon y Cajal, Edinger, Alfred W. Campbell, K. Brodmann et plusieurs autres savants illustres.

Ces deux méthodes semblent être toujours les plus complètes. La méthode anatomique a permis de suivre lés trajets des fibres et leurs connexions; la méthode histologique s'attache à la forme des cellules nerveuses, à leur nature et à leurs dispositions dans de nombreuses régions de l'écorce cérébrale. Ces méthodes ne sont pas cantonnées seulement dans l'examen du cerveau humain; elles ont procédé comparativement et ont étudié aussi le système nerveux des animaux.

Une autre méthode qui a puissamment contribué à la connaissauce du trajet des voies nerveuses, — voies servant au transfert des impressions de la périphérie vers les centres, voies motrices conduisant des centres à la périphérie, voies d'association reliant des groupes de cellules situées dans les centres, — a été pratiquée par Flechslg : étudiant le système nerveux d'embryons nés avant terme et d'enfanls morts en bas âge, il a suivi la myélinisation des 'différents trajets de libres, c'est-à-dire qu'il a observé quels sont les groupes de fibres qui se recouvrent ensemble de myéline, substance grasse entourant les cylindraxes ou neurites, prolongements conduisantle mouvement nerveux de chaque cellule vers une autre cellule avec laquelle ces prolongements sont en contact. Les faisceaux de fibres nerveuses ne se recouvrent pas tous à la fois de myéline, mais aucessivement, et les cylindraxes qui se myéhniseot ensemble accomplissent la même fonction. Flechsig a, par cette méthode, fait réahser un progrès considérable au système des localisations : il a corroboré la plupart des découvertes antérieures dues à d'autres méthodes; il a complété leurs résultats et ouvert la voie à des recherches nouvelles.

Sans atteindre au degré de précision de ces méthodes que nous appellerons anatomigues, les méthodes physiologiques ont rendu de leur côté quelques services. Elles consistent soit à supprimer certains éléments nerveux, à faire par exemple la section de voies nerveuses ou l'ablation d'un centre pour constater quelle est la fonction qui ne se fait plus; d'autres fois elles ont recours à un léger courant électrique induit pour exciter un groupe de cellules déterminé et constater ce qui se produit.

Comme exemple du procédé de section, l'on connaît les célèbres expériences de Magendie et de Claude Bernard: les nerfs de la moelle épiniëre ont, dansift

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début de leur trajet, au sortir de la moelle, denz racines qui se rejoignent bientôt en un seul nerf. En sectionnant chez Je chien les racines antérieures, «es physiologistes constatèrent que le mouvement ne se transmettait plus aux muscles dans lesquels se distribuaient les nerrs sectionnés. La section des racines postérieures, par contre, avait pour suite la suppression de la sensibilité dans les régions correspondant à ces nerfs.

Le procédé d'ablalion a été employé fréquemment depuis Flourens : en enlevant les hémisphères cérébraux chez le pigeon, l'intelligence est supprimée, mais les mouvements réflexes subsistent. En faisant l'ablation du centre d'association pariéto-occipal chez le chien, on constate que la coordination entre les images sensibles et les images motrices ne se fait plus; les impressions restent comme isolées les unes des autres (Demoor).

En excitant chez les vertébrés supérieurs certaines régions du cerveau, celles qui correspondent à la circonvolution frontale ascendante dans le cerveau de l'homme, Fritzsch et Hitzig ont obtenu des mouvements parfaitement localisés : les mouvements des membres inférieurs dans le haut de la circonvolution, les mouvements des membres supérieurs dans le bas. Ils n'ont pas obtenu de mouvements en excitant la région frontale antérieure. Cette méthode a constitué un bon moyen d'investigation pour les mouvements chez les vertébrés supérieurs, mais on aurait tort de prendre ses résultats comme absolus, car les méthodes anatomiques el histologiques ont permis de découvrir des connexions que le procédé un peu gros du physiologiste n'aurait pu faire connaître.

Les dégénérescences des centres et des voies nerveuses qui se produisent dans certaines maladies, telles que la perte de la mémoire des mots parlés ou écrits et les paralysies, ont permis de constater, à

l'autopsie, les centres et les libres dégénérés et de connaître les fonctions qui étaient supprimées par leur maladie.

Voilà donc un ensemble de méthodes qui a permis de délimiter dans l'écorce cérébrale un certain nombre de territoires, et dans les centres sous-jacents à l'écorce, un certain nombre de fonctions. Dans l'écorce cérébrale seule, on est parvenu de cette manière à reconnaître jusqu'à cinquante zones ou territoires - différents.

De plus, la surface du corps, aussi bien au point de vue sensible que moteur, est, comme le disait Flechsig, représentée deux fois dans les centres nerveux : une fois dans les centres sous-jacents à l'écorce cérébrale, une fois dans les centres de projection de cejle-ci; en outre, l'écorce cérébrale, contient chez l'homme tout un système de cellules et de centres d'associaliou qui mettent en rapport les différentes parties du cerveau proprement dit ; et les centres sous-jacents, jusqu'à la moelle épinière, contiennent des voies d'association longitudinale, reliant les différents étages de ces centres entre eux et servant à l'extension des mouvements réflexes, c'est-à-dire des mouvements innombrables qui se produisent en nous sans l'intervention des centres de l'écorce cérébrale. Nous digérons, respirons, nous nous tenons en équilibre, nous réagissons à un grand nombre d'excitations, d'une manière purement réflexe, par un mécanisme réglé par les centres inférieurs au cerveau.

Une excitation extérieure ne met en activité les centres cérébraux que si elle est assez intense pour que la transmission centripète parvienne jusque-là, ou si elle est renforcée par des dispositions particulières des centres supérieurs, préparée par leur activité Â entrer en jeu, comme c'est le cas chez tous ceux qui sont en éveil pour un genre d'impressions déterminé, ' la mère pour les moindres mouvements de son enfaut

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endormi, le pilote pour tous les signes qui importent à la direction du navire, le mécanicien pour les bruits de la machine, et comme c'est le cas encore, d'une façon générale, pour la mémoire, l'imagination, l'idéation, processus très importants ayant pour condition une intense activité cérébrale et que souvent un très léger déclic périphérique suffit à mettre en mouvement.

A ce propos, Ramon Cajal a émis une hypothèse très intéressante. Parmi les fibres qui associent les voies sensibles et les votes motrices dans le cerveau se trouvent des cellules à cyiindraxe court (cellules de Golgi), auxquelles Monakow attribue le rAle de voies courtes d'association à l'intérieur de l'écorce. Or, Cajal a remarqué que, chez les vertébrés inférieurs, l'articulation du neurone sensitif et du neurone cérébral moteur s'effectue sans l'intermédiaire des cellules de Golgi; de plus, certaines de ces cellules ont un cyiindraxe si court qu'il ne peut avoir d'importance pour l'association; il se demande si ces cellules ne serviraient pas d'accumulateurs, de condensateurs d'énergie nerveuse et expliqueraient ainsi dans quelles conditions se produisent la mémoire et l'idéation: le travail cérébral qui les rend possibles amènerait la dépense de la réserve conservée par ces neurones courts.

Dans tous les cas, une excitation qui provoque des mouvements réflexes, quand elle parvient à l'écorce cérébrale, continue à provoquer les réflexes ordinaires et se double des impressions qui résultent de ces mouvements en train de s'accomplir.

Pour qu'il y ait conscience, chez l'homme, on admet généralement que l'entrée enjeu des centres de l'écorce cérébrale est nécessaire. Si l'on admet parfois que te fonctionnement des autres centres nen'eux n'est pas privé de conscience, du moins on doit reconnaître que nous ne distinguons rien de celte conscience et

qu'elle est résorbée par la sjDthèse que présente toujours la vie consciente. Nous sommes réduits è ce sujet aux seules hypothèses. Nous manquons entièrement de faits d'observation, si nous ne consultons que la physiologie. Seule la psychologie peut nous éclairer

L'on sait ensuite que tout fait conscieut, aussi simple qu'il soit, exige l'action synergique de plusieurs groupes de cellules situés en des zones différentes du cerveau. Si je perçois par exemple un bruit ou une impression visuelle, aussi confuse et minime que soit ma perception, elle ne peut se produire que par le concours de nombreux centres ner\'euK : d'abord les centres inférieurs qui commandent les mouvements réflexes ; ensuite, non seulement les centres de réception de la sensibilité ou centres sensitifs (pour la vue. dans la partie occipitale du cerveau, pour l'ouïe dans la première circonvolution temporale), mais encore les centres d'association qui unissent aux éléments de l'image sensible les éléments moteurs (signes locaux), sans lesquels cette image ne se formerait pas et qui, en second lieu, permettent une adaptation des organes gr&ce à laquelle l'impression gagnera en clarté: ce sont les conditions du processus de l'attention.

D'après cela, peut-on dire qu'une sensation ou une image soient localisées ? Nullement. La perception consciente, aussi simple qu'elle soit, n'est pas localisée. Le fonctionnement qui y correspond intéresse plusieurs centres nerveux, agissant de concert grâce à un système très étendu et très complexe de voies d'association.

II existe toujours, dans ce mécanisme complexe, certaines directions ou, si l'on préfère, une aptitude, une préparation qui résulte de l'exercice individuel ainsi que des tendances héréditaires. Ce que l'on est convenu d'appeler une habitude, c'est-à-dire une facilité pour plusieurscentres associés quiontagi ensemble,

soit chez l'indiVidu, soit dans l'espèce, à agir ensemblf de nouveau, à former un système synergique de mouvements, se manifeste en réponse aux excitations extérieures et constitue les conditions de l'adaptation.

L'on voit, d'après cela, que les fonctions psychophysiologiques, c'est-à-dire les synergies physiologiques servant de condition à tout processus psychique, ne sont pas et ne peuvent être localisées. Il n'y a pas de localisations psycho-physiologiques. Ces localisations sont de la haute fantaisie. Et s'il est impossible de localiser la moindre des sensations, ill'est beaucoup moins encore d'assigner un endroit déterminé de l'écorce cérébrale à ce qu'on nommait jadis des facultés: abstraction, volonté, sentiment, imagination, mémoire.

Ces facultés ne sont que des aspects, dégagés par l'analyse, dans la réalité concrète et intégrale de la vie mentale. Tantôt l'une prédomine, tantôt l'autre. Mais par elles-mêmes, elles ne sont rien que des noms collectifs servant à désigner des groupes de faits. De même, au point de vue physiologique, il n'y a pas de centres présidant à ces fonctions mentales. Chacune d'elles a besoin d'une synergie de mouvements, dominés par plusieurs centres d'ordre différent, reliés par des voies d'association.

Prenons un exemple. L'on a déterminé avec précision, disions-nous tantôt, la région motrice située dans la circonvolution frontale ascendante. On s'appuie sur des expériences faites sur les vertébrés supérieurs au moyen de l'excitation électrique de cette région, sur les dégénérescences des fibres motrices et des cellules d'où elles émanent, sur les trajets relevés par l'étude anatomique descriptive et enfin sur les découvertes de Sherrington, Griinbaum, C. et 0. Vogt, Campbell et Brodmann ; celte région motrice se distingue par la présence de grandes cellules pyramidales et le manque d'une couche

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granulaire iDlérieure, tandis que la, circonvotation pariétale ascendante, située en arrière du sillon de Rolando, se distingue par la présence de cellules de ce dernier type et le manque de grandes cellules pyramidales.

Ainsi donc, les différentes méthodes concordent et nous avons une certitude scientifique. Les mouvements dits volontaires qui sont transmis à nos membres ont pour condition de leur activité le boa fonctionnement de la zone motrice prérolandiqne. Qu'est-ce que cela veut dire? Est-ce que les cellules de cette zone « sécrètent la volonté » ? Sont-elles les dépositaires d'une fonction psycho- physiologique à laquelle nous pourrons donner ce nom? L'idée de remuer les membres se forme-t-elle dans ces cellules? Il faut répondre nettement par la négative.

D'abord, il ne se produit pas plus ici qu'ailleurs un ftal; le mouvement qui émane de ces cellules a une cause, il est provoqué par un mouvement qui le précède dans le temps. Si les cellules motrices envoient à nos membres l'ordre de mouvement, ce n'est pas d'elles qu'est venu cet ordre; il n'est que la continuation d'un ensemble de. mouvements antécédents.

Les cellules motrices de la région prérolandique sont unies par un système complexe d'associations à tous les autres centres cérébraux. Ce' qui provoque leur entrée en jeu, c'est toujours une impression venue de la périphérie et éveillant un ensemble de mouvements ou d'échanges entre les différentes parties du cerveau : ce sont les conditions, pliysiolog^ques de la perception, du souvenir ou de l'idéatioo. Si elles manquent, perception, souvenir ou idéation ne se produisent pas, et le mouvement volontaire n'a pas lieu. Il ne naît pas par hasard.

11 en est d'une région motrice du cerveau coiiiine des cellules motrices d'un centre sous-jacent, préposé aux réflexes : le mouvement ne se produit jamais

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qu'en réponse à une excitation. De même pour les mouvements commandés par les cellules motrices de l'écorce. Elles n'entrent en jeu qu'avec des cellules sensibles et des cellules d'association. La fonction physiologique qui est ta condition d'un acte volontaire n'est donc -pas localisée; elle consiste en une action synergique englobant plusieurs centres. Il n'y a de localisé que le point de départ de mouvements musculaires bien déterminés et l'aboutissement de libres sensibles dont l'origine et le trajet sont strictement définis par l'étude anatomique.

A plus forte raison cet aspect de la vie mentale consciente que nous appelons volonté et que nous définissons par certains caractères empruntés à la description de ce que nous éprouvons en nous-mêmes, n'a rien de local, d'isolé et de délimité. Aucune fonction psychique et même aucune fonction psychophysiologique n'est localisée. Les localisations sont strictement et uniquement anatomiques. Toute fonction psycho-physiologique exige l'action coordonnée et simultanée de nombreuses zones anatomiques. Enfin, la sensibilité englobe ces actions et les fusionne, l'habitude les automatise et l'acte de l'esprit consiste à synthétiser tout cela avec l'ensemble des tendances dynamiques qui constituent notre personnalité.

L'on comprendra, d'après cette interprétation qui ne cherche à établir aucune théorie, mais à formuler l'hypothèse la plus conforme à l'ensemble des faits, que ni une volition ni une sensation ne peuvent être localisées en un fonctionnement psycho-physiologique. Le système des voies d'association qui fonctionne dans le cerveau et qui accompagne tout fait conscient, toute représentation, est extrêmement complexe, et tout essai de le réduire à des schémas simples est contraire à la réalité. Nous conseillons k ceux qui veulent s'en rendre compte de lire altentivement les descriptions des analomistes et des histologistes, par

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exemple le chapitre sur la structure de l'écorce cérébrale en général dans le grand traité déjà cité de RaiDon Cajal. On n'aura pas perdu ses peines: on se sera fait à la fois une idée précise de l'extrême complication de l'écorce cérébrale et des lacunes immenses de notre savoir s'il s'a§;it de son fonctionnement. Ce sera la meilleure leçon pour mettre fin aux hypothèses prématurées que font trop aisément les esprits dogmatiques. On jugera ainsi à leur véritable valeur les figures fantaisistes qui omeot encore trop souvent les traités élémentaires de physiologie cérébrale et les hypothèses naïves des psycho-physiologistes.

Le nombre de neurones intéressés en chaque moment de notre vie mentale est multiple et leurs connexions beaucoup plus considérables encore qu'on ne le soupçonne. Les localisations anatomiques et histologiques ne coïncident aucunement avec des localisations de fonctions physiologiques ou de fonctions mentales. Le fonctionnement physiologique implique toujours une synergie non seulement de zones différentes de l'écorce, mais encore de centres réflexes. H y a des centres d'une importance primordiale pour toute la voie sensible, tels que la couche optique. Les voies centrales qui unissent la couche optique et l'écorce cérébrale, malgré toule leur complexité, ne suffisent pas seules à expliquer le mécanisme de la sensibilité. Le système des fibres visuelles qui unit la couche optique au centre cortical de la vision situé dans la partie occipitale du cerveau, principalement autour de la scissure calcarine (face interne des hémisphères), est un des plus connus; pourtant, au point de vue fonctionnel, il n'est guère possible de distinguer son activité par rapport au rôle des fibres qui unissent l'œil aux tubercules quadrijumeaux antérieurs et à la couche optique. Nous appellerons primaires, pour abréger, ces dei^

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QÎers tractus, et secondaire le système qui va de la couche optique et des tubercules à Técorce cérébrale. Aux vertébrés inférieurs, le système primaire suffit; ils n'en ont pas d'autre. Mais les vertébrés, les singes exceptés, se servent si bien de ce système primaire que la destruction des centres visuels de l'écorce ne produit que passagèrement de sérieux troubles de la vue. C'est le cas du chien (Edinger).

Chei l'homme, la destruction de la sphère visuelle corticale produit la cécité. Il semble résulter de là que chez les vertébrés, la vision est en quelque sorte plus physique et chez l'homme, plus intellectuelle. Quel est exactement chez ce dernier le rôle des centres sous-jacents propres à la vision? 11 serait difficile de le déterminer. On voit par cet exemple combien le problème est complexe. Il est strictement imposé par là aux psychologues de ne consulter que les anatomistes, histologistes et physiologistes de tout premier ordre et de se méfier des esprits dogmatiques et raisonneurs ainsi que des du minores qui ont le système un peu trop facile.

Le psychologue doit suivre avec la plus grande attention les progrès de l'étude du système nerveux et bien se dire que les représentations qu'il considère comme simples et qu'il est capable de classer et de décrire nettement, de rapporter à quelques aspects essentiels de la vie mentale, de comprendre au moyen d'idées directrices et de lois en somme très clairtes et de vérification aisée, que ces représentations, dis-je, ont comme conditions physiologiques des transmissions- excessivement complexes et nombreuses. Nous ne devons pas raisonner comme Descartes, qui coQCluait de la netteté des idées que notre réfiexion parvient à fixer, à la nécessité d'un organe unique d'idéation dans le cerveau, concentrant les images à mesure que nous les pensons. Les théories artificielles sont démenties tous les jours parles faits.

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Nous avons coostaté, pour les sensations, faits conscients simples et clairs à l'attenlion, combien les conditions analomiques et physiologiques étaient enchevêtrées. Il serait faux de croire qu'une seule lone de l'écorce présidât à leur perception : car une sensalion né se perçoit jamais que par contraste avec d'autres et par conséquent, exige un système de comparaisons qui met en action les centres d'association; ensuite nous avons appris par l'étude de l'inconscient de mémoire que toute sensation exige, pour pouvoir exister, un fond de mémoire qui la soutienne ; de là, encore une fois, une synergie complexe impliquant de nombreux groupes de cellules dilTérents. Enfin, les expériences ont montré que Jamais une sensation ne se produit dans un orgauisme passif, mais a besoin, pour se produire, de mouvements d'adaptation dont les uns sont réflexes et dont les autres constituent le processus appelé attention. Que l'on se représente cet ensemble de transmissions dans les différentes parties de la substance nerveuse et l'on comprendra que si la sensation apparaît simple comme fait conscient, ses conditions anatomiques sont loin de l'être.

11 est tout à fait impossible, dans l'état actuel de la science, de s'imaginer, même de très loin, ce qui se produit dans le système nen-euit pendant qu'un senUment s'impose à nous et retentit sur l'idéation tout entière ainsi que sur l'action ; il est plus impossible encore de trouver quel peut être le corrélatif physiologique d'une tendance. Il est même probable que la tendance, ainsi que tout le dynamisme de la vie mentale, a, comme corrélatif physiologique, des phénomènes dont nous n'avons actuellement aucune idée. Est-ce une raison pour nier l'activité mentale? N'eslil pas contraire g- tout esprit scientifique de prétendre la réduire aux notions que l'on possède sur le mécanisme nerveux? N'est-ce pas là une proposition dogmatique, ne reposant sur rien?

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Tâchons de passer en revue les quelques questions psychologiques sur lesquelles l'élude du système nerveux nous donne des renseignements ; nous nous demanderons ensuite quelles sont les fonctions mentales que le fonctionnement du système n'esplique pas et risque bien de ne jamais e

Nous avons signalé les localisations. Qu'i de l'aboutissement des fibres sensibles dan:

ou du point de départ des fibres motrices, n mes en présence de localisations anatomiq de plus; nous constatons ensuite, d'après le des quinze dernières années, des dilTérencei giques entre les cellules : les neurones sensib autre aspect que les neurones moteurs ; cela pourtant pas l'idée de Meynerl, d'après qi des cellules dépendrait de leurs connexio:

montré expérimentalement, entre autres expériences de greffe animale, qu'en modi connexions, on modifiait aussi le râle des Cela se maintient jusqu'à un certain point chez mais à un moindre degré. Plus se dévelo centres supérieurs, plus les types de cellules se fixer.

Nous ne trouvons pas ici cependant, pour tions physiologiques, une délimitation corre aux territoires anatoraiques ; par contre, ceti pondance paraît être plus exacte pour le ments réflexes. Mais personne ne considérer!

niers comme aussi importants pour les mentales ; de plus, en se rapprochant du l'anatomie des centres sous-jacents présente cultes toujours plus grandes. Qu'on étudie la de la couche optique et l'on jugera.

Ensuite, dès que des centres nerveux on rôle essentiel de conditionner l'activité ment a plus de localisation dans leur fonctionnemi à-dire que, pour chaque fait mental, plusieui

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situés en dilTérents points du cerveau foDCtionnent ensemble. Leurs connexions sont extrêmement complexes et sans doute les transmissions ne sont pas successives, mais simultanées dans plusieurs directions.

La localisation anatomique ne correspond donc pas à une localisation de fonctions. Mais c'est surtout par l'étude des éléments histologiques et de leurs connexions qu'on arrivera à connaître quelque chose. Or, il y a à peine vingt ans qu'on possède une technique suffisante pour la coloration des éléments. On ne doit donc pas demander k l'étude du cerveau plus qu'elle ne peut donner et être content des résultats obtenus. Ce n'est pas ma tâche d'exposer ici les hypothèses les plus satisfaisantes sur le plan du cerveau. En résumé, on a découvert les régions où aboutissent les fibres sensibles de la tactilité générale, de l'audition, de la vue ; mais dans ces problèmes encore, il y a de nombreuses divergences et il est excessivement difficile de constater l'endroit exact où aboutissent !ces fibres, tant les terminaisons nerveuses présentent d'enchevêtrement. On a t*ché de déterminer aussi le point de départ des fibres motrices qui descendent de l'écorce cérébrale vers les masses de substance grise sousjacentes et jusque dans la moelle. On connaît d'une manière grossière le plan de cette çonductibihté, maïs le détail n'est pas encore précis. Il n'y a pas longtemps que Campbell et Brodmann ont montré que, dans les centres dits de projection, territoires assez vastes où aboutissent les fibres sensibles et d'où partent les fibres motrices, les cellules sensibles et les cellules motrices sont parfaitement séparées, comme noua l'avons constaté tantôt pour le centre de tactilité et de motiiité générale.

Plechsig a montré ensuite l'existence de centres d'association ; au cours de ses recherches, il a graduellement transformé et corrigé les idées relatives k .

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ces centres ; contraire tnenl aux doctrines que l'on rencontre chez un certain nombre de physiologistes, accordant à une zone, par exemple la zone frontale antérieure, la centralisation de l'activité physiologique considérée comme servant de soutien matériel à l'unification de la vie mentale, Flechsig montre qu'il existe plusieurs centres « d'idéation «, probablement trois sur !a surface de l'écorce cérébrale et un dans l'insula de Reil ; et entre ces centres terminaux et les « centres de projection », il croit pouvoir établir l'existence de centres d'association marginaux, dont les fibres arquées sont d'une part en rapport avec les cellules des centres de projection et se développent à la suite de celles-ci et en connexion étroite avec elles, centre par centre, et d'autre part avec les centres d'association lerminaux, qui ont dans l'évolution une place tout à fait spéciale, ainsi que dans leurs connexions, qui présentent de longues voies d'association se développant en tout dernier lieu dans le système nerveux.

Au surplus, avec la prudence du véritable savant, Flechsig constate que ces recherches ont besoin d'être continuées par des recherches nouvelles, qu'il ne donne pas un plan tie vanelur, et qu'enfin ces recherches, intéressantes au point de vue anatomique, histologique et évolutif, n'apprennent pas grand'chose au physiologiste.

On a aussi tiré des conclusions de l'étude des dégénérescences; c'est ainsi que l'on a déterminé la localisation de la mémoire du langage articulé dans le centre de Broca. Les critiques auxquelles les travaux de Broca ont donné lieu récemment montrent combien on doit être circonspect dans ces matières. P'aprÈs Pierre Marie et la thèse de Moutier, la doctrine classique de la localisation du langage articulé dans le pied de la troisième frontale gauche est erronée; le centre de Wernicke, dans la première temporale, a une beaucoup plus grande imporlance dans les fonc-

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tiODS du langage et au surplus, celles-ci ne relërent pas d'une seule zone; le langage exige toujours l'aclioD synergique deplusieursceotres ; nous pourrons ajouter qu'il englobe, en outre, des faits de mémoire, des images motrices, auditives, visuelles et par conséquent n'est pas plus localisé que n'importe quelle autre fonction psycho-physiologique.

On s'est attaché, depuis peu de temps, à l'étude des couches superposées de cellules que l'on découvre en allant de la surface vers la profondeur. On trouvera dans Cajal, Campbell et Brodmann des résultats très intéressants, mais il serait impossible d'en donner en quelques mots une idée même approximative et il serait illusoire de vouloir systématiser avant longtemps. En tout cas, il semble qu'on soit là sur le bon chemin pour aboutir à des connaissances plus précises.

11 est permis de constater dès mainteuant qu'à mesure ijue la connaissance anatomiqne et hitlologiqw du cerveau progresse, tout espoir disparait rfe déterminer des localisations psifcho-physiologiques. La question des fonctions physiologiques des centres nerveui reste dans le vague et celle de l'activité psychique proprement dite prend une indépendance de plus en plus complète et se fonde sur des méthodes originales, de véritables méthodes psychologiques. La psychologie se dégage chaque jour davantage des systèmes h&tifs et arbitraires que certains physiologistes voulaient lui imposer. Le résultat est excellent.

Brodmann écrit ces lignes très judicieuses : « De prime abord, il faut écarter, ne fût-ce que pour des raisons psychologiques toutes générales, ces hypothèses d'après lesquelles des contenus psychiques déterminés, comme telles sensations et représentations, seraient localisés dans des éléments morphologiques de l'écorce cérébrale, c'est-à-dire dans les cellules ganglionnaires. » Wundt a montré p '

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rement que chai^ue représentation est, en vérité, une fonction psychique très complexe, comprenant des éléments très divers et, en outre, des qualités spatiales et temporelles. « A des éléments histologîques ne peuvent être attachés que des processus ou des mécanismes physiologiques de l'espèce la plus élémentaire, comme une transmission de mouvement ou une impression élémentaire venue des organes sensibles, mais jamais de formations psychiques complexes, comme le sont les représentations. » (Brodmann.)

Brodmann considère comme tout aussi inadmissible l'hypothèse d'Ariëns Kappers, selon laquelle certaines fonctions psycho-physiologiques relèveraient, de cellules d'une certaine espèce : les fonctions réceptrices, des cellules granulées, les associations supérieures, de cellules pyramidales supragranulaires, etc. Ce sont là des généralisations sans fondement aucun et Brodmann en montre le néant. Ces questions sont aujourd'hui dans la plus complète obscurité.

Le même auteur relève l'absurdité de localisations psychologiques dans un autre passage très intéressant du même ouvrage : » L'hypothèse de centres psychiques particuliers d'un ordre supérieur est aussi insoutenable que le concept d'une cellule douée de représentation ou d'une couche préposée aux associations. Sans doute, les derniers temps ont été spécialement riches en théories qui, à la manière de la phrénologie, auraient voulu localiser dans des zones bien déterminées de l'écorce les processus complexes de l'activité mentale, tels que mémoire, volonté, imagination, intelligence ou les qualités spatiales, comme le sens de la forme, le sens de l'espace. C'est avec raison que des auteurs plus anciens déjà, entre autres Goltz, Bieger, Wundt et, plus récemment, avec une énergique décision, Semon, se sont élevés contre une manière de voir aussi naïve et ont fait directement valoir contre elle les faits psychologiques »:

Ce qu'on appelle facultés meotales, ce sont des ensembles exlraordioaireiDent complexes de fondions élémentaires. Elles ne peuvent donc pas être localisées. Elles s'accompagnent « du fonctionnement sirnulfan-^ de territoires de l'écorce très nombreux, vraisemblablement de l'ensemble de l'écorce cérébrale et sans doute aussi de centres sous-jacents >- Brodmann cite des idées analogues de von Monakow, de Wundt, de Semon et l'on se demande commenl des vérités aussi évidentes, aussi conformes à tout ce que l'on sait sur le système nerveux ne sont pas admises de tous aujourd'hui. Mais il faut compter avec l'inertie, le respect des traditions.

On ne peut assez répéter que toute fonction psycbophysiologique exige la collaboration de plusieurs centres et inversement, que chaque centre prend part vraisemblablement à plusieurs fonctions différentes. C'est ce qui permet d'expliquer, mieux qu'on ne le faisait autrefois, les fonctions vicariantes ou de remplacement, c'est-à-dire le fait que, dans le cas de lésion de certaines régions, d'autres groupes de cellules suppléent, même dans une assez forte proportion, à l'activité en défaut.

L'idée de Brodmann, que les centres qui accomplissent cette suppléance faisaient partie de la synergie à laquelle appartiennent les centres dégénérés, me paraît 1res probable. Le mécanisme du remplacement, au surplus, n'est pas connu dans ses détails.

Par conséquent, les localisations de plus en plus détaillées que les méthodes anatomiques et histologiques permettent de découvrir et l'importance des types différents de cellules situées dans ces localisations nous permettent de conclure que ce ne sont pas des fonctions psycho-physiologiques qui sont localisées, mais des fonctions beaucoup plus simples, i savoir l'aboutissement et le point de départ de mouvements.

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Chaque fonction psycho-physiologique, chaque acte du sujet, chaque représentation dont il prend conscience exige la mise en activité d'un grand nombre de ces centres, agissant d'une manière simultanée. De plus, chacun des groupes de cellules de même aspect qui constituent ces centres, zones ou sphères prend part à des fonctionnements dilîérents et entre tantôt dans une combinaison, tantôt dans l'autre. Enfm, ce ne sont pas seulement les centres de l'écorce cérébrale qu'il faut envisager, mais tout au moins des masses de substance grise aussi importantes que la couche optique.

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