‹ L'inconscientChapitre 19 sur 28 · II. — l'activité mentale · texte numérisé non relu

II. — l'activité mentale

Il est impossible, on le voit, d'expliquer l'activité mentale par l'activité cérébrale et de réduire l'une à l'autre. L'activité cérébrale est, sans aucun doute, chez les vertébrés supérieurs et chez l'homme, la condition d'existence de l'activité mentale; activité mentale et activité cérébrale sont, jusqu'à un certain point, les deux faces d'une mêmi.' unité. Cependant, si l'on affirmait d'une manière absolue cette thèse, on ne rendrait pas compte d'un fait important : chaque fois que l'individu pensant ne se borne pas à répéter, mais qu'il acquiert quelque chose de nouveau, il dépasse les mécanismes fixés en lui, il va au delà du moment où il est.

Tout progrès consiste en un elfort pour dépasser le point de développement oii l'on est parvenu. Or, l'effort va au delà de l'acquis ; il forme la synthèse de l'acquis et d'impressions nouvelles; il exige de la part de l'individu un surcroit d'activité. Le mécanisme cérébral reste en arrière de l'intelligence. Le développement des voies suit ici l'effort. Nous ouvrons véritablement, par notre effort, de nouvelles connexions, de nouvelles associations entre nos éléments nerveux.

■aro L INCONSCIENT

Prenons l'exemple de n'importe quelle habileté technique que nous acquérons avec eiTort : un métier manuel, un art, une manière de raisonner ou de nous exprimer. Nous apprenons à associer dans le même acte diftérenles représentations qui n'étaient pas associées auparavant. Si j'apprends à ajuster des pièces de bois pour faire une boite ou un meuble, je précise les représentations visuelles des objets que je veux fabriquer, je les associe avec des mouvements : je crée une synthèse nouvelle, je vais ,au delà de ce que je savais, j'aurai un mécanisme de plus à ma disposition. Je ne me contente pas, comme dans bien des cas, de reproduire automatiquement, sous le contrôle de la conscience, ce que j'ai appris antérieurement.

Ce n'est pas dans le seul domaine de la représentation que je rencontrerai ce fait. Envisageons un sentiment nouveau qui s'éveille; quel que soit ce sentiment et d'où qu'il provienne, il influence notre pensée et notre action; il nous modifie; son travail facilitera certaines formes d'idéation et de mouvement. Sous son influence, des manières de voir seront abandonnées, d'autres se constitueront. Cette fois aussi, la vie mentale dépasse le mécanisme cérébral. Celui-ci reçoit une impulsion nouvelle qui le modilie fortement.

Enfln, les transformations de la volonté, qu'elle soit modifiée par le milieu, par la nécessité de se défendre ou de s'adapter ou par un mouvement intérieur à la vie psychique même, je veux dire par une élucidation morale de la personnalité, consistent à. réunir toutes les tendances ainsi que les moyens dont on dispose et à se surélever en quelque sorte au-dessus de ce que l'on était.

Il y a, dans cette activité qui est vérïtablenienl progressive et caractérise refl"ort humain, une synthèse qui se renouvelle et non une répétition de l'acquis. Chez les animaux aussi, l'on constate cti

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efTortqui est le propre de la vie mentale, lorsque mis dans des condilions anormales, ils modinent leurs habitudes et s'adaptent à des circonstances inaccoutumées. Mais l'homme, dans les civilisations les plus développées, présente ce phénomène à un degré beaucoup plus marqué.

Ainsi donc, le parallélisme n'est pas strict entre la série biologique et la série psychologique; celle-ci déborde la première. On a même soutenu souvent qu'avant de s'inscrire dans les mécanismes nerveux, toute action était volontaire, impliquait un effort; alors l'habitude fait passer le résultat des efforts dans certaines dispositions organiques, qui peuvent se transmettre héréditairement.

Il n'est pas indispensable pourtant de recourir à ces cas pour se convaincre que l'activité mentale a un rôle propre. Il suffit pour cela d'étudier la notion de synthèse; ou, si l'on préfère se placer sur le terrain de la physiologie, il faut chercher ce que l'activité cérébrale ne peut pas produire : l'on déterminera ainsi, par exclusion, ce qui relève de l'activité mentale.

Examinons d'abord les faits conscients. On est convenu d'appeler représentation le fait conscient en tant que nous le rapportons à un objet, soit un corps extérieur, soit un rapport entre les corps, soit un concept permettant de fixer les caractères communs à plusieurs corps, soit des idées ou rapports beaucoup plus complexes, soit enfin les termes par lesquels nous désignons nos propres actes en tant que nous en prenons conscience. La représentation qui se rapporte à un corps ou à un concept se manifeste soit par la perception sensible de ce corps, soit par la perception de son souvenir, soit par l'image schématique permettant de le fixer devant l'attention. Or, l'image ne se forme nulle part dans le cerveau. Il n'y a ni carrefour sensible où se composeraient des images

■Sio L INCONSCIENT

au moyen d'ëlémeiits empruntés k différents sens, ni centres où viennent se peindre ou se construire une représentation d'objet. L'image n'existe, ne se montre soit à mes sens, soit à ma pensée qu'au moment où je la perçois ou la pense. Après ce moment elle n'existe plus.

L'image de perceptions sensibles ne double pas le corps extérieur. Quand je regarde un objet, il n'y a pas d'un côté le corps, ensuite l'image rétinienne, enfin l'image corrigée qui se peindrait dans quelque endroit du cerveau (soit trois objets pour un!) 11 n'y a, bel et bien, qu'un seul fait psycho-physiologique, qui est l'ensemble de mon adaptation à. l'objet. Ce fait, au point de vue cérébral, comprend un très grand nombre de mouvements qui se propagent du corps extérieur vers moi et provoquent de ma part de tout aussi nombreux mouvements d'adaptation, dont les uns sont réflexes, d'autres automatiques, d'autres enlin attentifs et volontaires. A tous ces mouvements auxquels on peut assigner, dans le système nerveux, des localisations et dont chacun est attaché véritablement à des éléments histologiques, correspond, dans l'activité psychique, un acte d'unification qui est, précisément, la perception sensible de l'objet. Cette perception réunit en un seul tout l'ensemble des mouvements dont nous venons de parler et encore beaucoup d'autres que l'étude de l'inconscient nous a fait connaître et dont nous parlerons tantôt. Il est possible, ce tout, à cause du caractère synthétique de l'esprit et à cause aussi de son dynamisme. Une fois la représentation disparue de la conscience, elle n'est conservée nulle part. En tant que représentation, et ici en tant qu'image sensible, elle n'existe pas en dehors de l'acte qui la constitue.

Si nous considérons maintenant non plus une perception présente, mais une image de la mémoire, le . souvenir que nous avons d'un objet, demandons-noas

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les formons, l'activité cérébrale comprend les éléments les plus divers. Ce qui correspond physiologiquement à une idée, c'est la synergie de tous ces éléments. Il serait impossible de nous figurer les échanges multiples qui se produisent alors entre les cellules. Mais la pensée d'une idée ou d'une suite d'idées synthétise en outre une activité considérable et cette synthèse, c'est l'acte de l'esprit, qui n'est pas la combinaison statique d'éléments, mais qui est dynamique essentiellement.

Ainsi, l'idéation, depuis les sensations jusqu'aux combinaisons d'idées, a pour conditions anatomiques et physiologiques l'association de nombreux élémeuls dont aucun en soi n'est, k proprement parler, psychologique : ce sont en effet des mouvements très complexes. L'activité psychologique apparaît vis-à-vis d'eux comme, une synthèse, et cette synthèse est différente des éléments qui la composent; elle est autre chose que ces éléments.

Nous n'avons pas rappelé ici les caractères propres de la vie mentale, comme l'interpénétration de toutes ses tendances, le retentissement du vécu passé dans toutes les actions de l'individu, le dynamisme. Cela» été signalé précédemment.

On pourrait poursuivre l'analyse en cherchant les éléments des états affectifs et en montrant que dans cette question, nous ignorons tout du mécanisme cérébral. 11 est très possible qu'il se produise en nous un ordre de phénomènes qui n'a pas encore été exploré. Et puisque l'occasion s'en présente, je dirai dans quel sens il me semble qu'on devrait chercher. Comme au point de vue expérimental les questions attendent beaucoup des progrès de la technique, c'est à la construction d'appareils nouveaux qu'il faudrait s'attacher. L'on a constaté que l'activilé psychique agissait sur l'aiguille du galvanomètre. Il faudrait s'ingénier à trouver un instrument qui fdt

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sensible à l'activilé cérébrale pendant qu'elle se produit; cet instrument ne devrait incommoder en rien le sujetf ne pas même être en contact avec lui et être sensible, àdistance, aux modifications qui se produisent dans le système nerveux pendant l'activité psychique.

Un problème très intéressant des états affectifs serait de chercher les rapports entre leurs nuances si délicates et si nombreuses et la proportion dans laquelle ils sont constitués d'une part de réactions organiques et d'autre part associés à des idées ou intluencés par elles; on se demanderait s'il est possible de découvrir une correspondance entre leur coloris et les transformations organiques à l'occasion desquelles ils se sont produits: ces recherches seraient ' infiniment plus intéressantes que les classifications, divisions et subdivisions dans lesquelles s'attarde souvent la psychologie des états afTectifs.

11 est impossible de dire pour le moment de quel appoint serait pour la psychologie des sentiments la connaissance des transformations qui y correspondent dans le système nerveux ni même si |ces transformations pourraient être découvertes et mises en rapport avec les états affectifs.

Quant à la volonté, ce terme désigne le processus conscient qui consiste à diriger ses actes selon un but que l'on conçoit; la représentation de ce but, et par conséquent l'idéation en général, s'y trouvent intéressées. On a remarqué ensuite que la volonté était soutenue par les sentiments. Dès lors, ce qu'on appelle volonté est plutAt l'ensemble des conditions dans lesquelles se produisent les actes particuliers que Ton appelle voiitions. Ce que nous venons de dire en général de la volonté s'applique en particulier à chaque volition; une volition semble, au point de vue de l'observation interne, simple et précise; mais ses conditions organiques sont si complexes qu'entre la détermination des éléments nerveux qui l'accompagaent

et la caractéristique de l'acte volontaire en psychologie, il y a une telle distaDCe que l'on ne trouvQ aucune ressemblance entre cet acte et ses concomitants physiologiques. II est évidemment très intéressant de connaître ceux-ci, mais ce savoir ne pourrait remplacer en rien l'analyse psychologique de l'acte volontaire ressenti, vécu et réfléchi : on voit que le rôle de la psychologie subsiste tout entier, quels que soient les progrès de la connaissance du système nerveux.

§ 2. — L'inconscient et le système nervanx.

Reprenons en abrégé les diiTéreuts groupes de faits inconscients que l'analyse a successivement dégagés : nous avons tout d'abord reconnu l'existence, dans la perception sensible et dans les mouvements d'adaptation, d'une fusion d'éléments inconscients et d'une interprétation inconsciente des sensations (chap. 11). Les éléments moteurs sont très importants dans cette synthèse.

Il s'agit ici d'un mécanisme physiologique naturel  l'individu, faisant partie de ses réactions involontaires et se manifestant dès les premiers mouvements. Sans doute il est maladroit au début et toute l'expérience de l'enfant, dont la vie mentale commence par l'acquisition d'habitudes motrices, consiste à corriger le manque d'habileté de ce mécanisme. Cependant, dès l'origine, il se produit, et les premiers mouvements de l'enfant sous l'influence des excitations extérieures ne présentent pas la précision des réflexes qu'on remarque chei les animaux. Où la vie psychique est plus complexe, le réflexe est moins régulier.

Le système nerveux associe nécessairement, dès le début, des mouvements centripètes et centrifuges. L'enchaînement de neurones moteurs et sensitifs est préparé par les dispositions acquises non seulement dans l'espèce, mais à travers l'évolution des vertébrés.

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de vue de la physiologie cérébrale, les premières synergies nerveuses, étant plus simples et fréquemment répétées, se sont rapidement fixées, d'autant mieux que les plus élémentaires d'entre elles étaient préparées et se dirigeaient dana le même s~eâs que les dispositions héréditaires de l'espèce.

L'inconscient que nous avoiks étudié sous le titre (Vinconscienl psycho-physiologique est donc dû en partie aux propriétés naturelles de ia substance nerveuse chez les vertébrés supérieurs et en partie à des actes simples, souvent répétés, aisément automatisés aussi bien au point de vue de la synthèse mentale que des synergies cérébrales.

Nous avons constaté ensuite l'action di/namogénique des sensations; elle est généralement inconsciente. On ne l'aperçoit que si elle est très marquée; qu'un temps clair et calme agisse sur notre îdéation en la facilitant et en lui donnant un mouvement égal et ferme, c'est ce que l'on peut constater sur soi-même; les bons résultats d'une atmosphère de paix autour de soi n'échappent à personne ; mais que de simples sensations peu remarquées produisent un effet dynamogénique, c'est ce que l'expérience seule a montré.

Ces faits nous prouvent qu'il y a dans le système nerveux un mécanisme accumulateur d'énergie, et que les mouvements qui s'y produisent no sont pas seulement des mouvements de translation ; mais, en actionnant les centres nerveux, les excitations extérieures provoquent un dégagement d'énergie qui est interprété par la conscience comme un accroissement des sentiments sthéniques. Quel est le mécanisme de cette accumulation et de ce dégagement d'énergie ?

On a signalé déjà pour les muscles un phénomène analogue. Nos muscles ont une certaine tension qui nous permet de répondre rapidement aux actions du dehors et d'exécuter nos voHtions en réduisant le

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temps qui s'écoule entre la représentation et le mouvement. Le cervelet sérail, pour les muscles, l'accumulateur d'énergie.

N'y a-t-il pas aussi dans le système nerveux central certains éléments auxquels un râle analogue serait dévolu? Nous avons rencontré déjà l'hypothèse de Raoïon Cajal, qui se demande si certains neurones d'association à fibres courtes {cellules de Golgi) ne rempliraient pas cette fonction dans les cas où une excitation extérieure provoque une idéatîon beaucoup plus intense qu'elle. Il explique de la même manière l'accumulation d'énergie dans le cervelet, par la présence des cellules de (Jolgi, En effet, la question de l'accumulation de l'énergie se pose et c'est, en somme, de ia psychologie qu'elle vient. Mais les recherches ne sont encore qu'à leur commencement.

Nous avons étudié ensuite un groupe de faits très importants, l'inconscient automatique ou subconscient. Nous les avons rapportés, au point de vue psychologique, à la loi de l'habitude. Or, à mesure que les produits de l'activité psychique s'automatisent, les mécanismes cérébraux qui y correspondent se fixent en même temps. Si parallélisme il y a entre le mental et le physique, c'est bien ici qu'on pourrait le trouver. Aussi la loi de l'habitude nous parait être non seulement une loi psychologique, mais une loi biologique : nous en avons la preuve dans les expériences de Pfeffer sur les végétaux. Le rythme organique qui constitue ici l'habitude résiste, nous l'avons vu, aux actions extérieures.

Je ne crois pas qu'il soit nécessaire de chercher des centres automatiques dans le système nerveux. Nous distinguons l'automatisme du réflexe en ce sens que le réflexe est, dès le début, approprié à son but et mécanisé, qu'il appartient strictement aux actes physiologiques proprement dits et n'a rien à apprendre de la conscience. Le mouvement automatique, au

contraire, est d'abord conscient et volontaire, en tout ou en partie; devenu automatique, il reste sous le contrôle de la* conscience. Si les mouvements automatisés restent un certain temps sans être utilisés, ils devront passer à nouveau, dès que l'individu aura recours à eux, par une période d'apprentissage, plus courte sans doute que le temps qu'il a fallu pour les organiser la première fois, mais pourtant fort appréciable.

Il parait donc que ces mouvements relèvent des mêmes centres et des- mêmes voies que les mouvements conscients eux-mêmes. Qu'est-ce qui les en distingue ? La plus grande facilité à se produire d'abord, ensuite le fait que le mouvement automatique exige, pour se produire, soit l'intervention d'un moindre nombre de centres, soit l'activité d'un moins grand nombre de cellules d^ns les centres qui fonctionnent. Un effort, un raisonnement corn- . plexe semblent en effet exiger un travail cérébral plus étendu. L'hypothèse la plus vraisemblable est que, un acte une fois automatisé, les centres qui le commandefit comme ensemble de mouvements fonctionnent au grand complet, mais que les centres qui ont au début aidé à apprendre cet acte, en établissant les connexions nécessaires à sa réussite, ne fonctionnent plus que partiellement ou plus faiblement quand il se produit; il ne faut pas oublier qu'il subsiste en général un certain contrôle conscient.

Restent les cas pathologiques oiides fonctions automatiques se continuent en dehors de la synthèse, dans des moments où elles ne devraient pas entrer en action, ainsi que les cas de distraction, d'automatisme abandonné à lui-même. Il faut supposer alors qu'il y a eu rupture dans l'association synergique entre tous les centres qui participaient à des actes mieux synthétisés, par le fait d'un affaiblissement du niveau mental ou d'une dissociation produite sous l'influence d'états affectifs. La synthèse

désintéresse : d'où son illogisme. La distraction : " Quand Archiraède sort dans la rue en costume de bain et criant Eurêka, il marche avec son polygone et pense à son problème avec son centre ».

La désagrégation peut être plus ou moins complète. On l'expliquera aisément par la systématisation susmentionnée des centres: Grasset applique son hypothèse à l'automatisme moteur, à l'hallitcination, au dédoublement de la personnalité, au rêve, aux associations inconscientes, à l'invention artistique.

Nous rapportons, pour mémoire, cette tentative de systématisation. A la comparer auK données de l'anatomie et de l'histologie cérébrales, nous sommes obligés de la considérer comme purement schématique. C'est une illustration commode de la division du psychisme en activité consciente et automatisme, mais nous pensons que rien, dans les faits, ne corrobore cette hypothèse. La manière brillante dont elle est défendue par son auteur et le plaisir qu'elle procure à ceux qui n'ont pas étudié ce genre de question, en leur présentant nue solution amusante et facile, lui ont assuré un succès passager.

Il serait superflu, après l'examen auquel nous nous sommes livrés, de la prendre en considération. Nous renvoyons aux conclusions que Brodmann retire de l'étude des éléments nerveux et de leurs connexions. Toute représentation exige la collaboration de différents centres corticaux; il n'y a pas ici, au point de vue du fonctionnement psycho-physiologique, à éloigner tel ou tel centre de la synergie indispensable. Ils y collaborent tous. Le cerveau n'est pas divisé en un centre supérieur et des centres inférieurs. Le mécanisme de la dissociation ne peut être celui qui trouve son expression dans l'hypothèse du polygone. Cette hypothèse a donné lieu à une charmante fantaisie physiologique, mais elle n'a pas d'autre portée.

L'anatomie et ta physiologie cérébrale, dans cette

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question de l'automatisme, semblent devoir apprendre bien peu au psychologue. En admettant l'hypothèse la plus vraisemblable, nous saurons qu'un acte automatisé exige les mêmes associations que l'acte conscient qui lui a donné naissance ; qu'il repose sur la loi de l'exercice; qu'il suffit qu'un élément entré dans une combinaison fixée par la répétition ou par des impressions particulièrement intenses soit rappelé, pour que les éléments associés entrent en jeu ; qu'il peut y avoir, dans les cas d'abaissement du niveau mental et du pouvoir de synthèse, des déchets dans l'ensemble de ces éléments. C'est à peu près tout. Si l'on peut un jour suivre exactement les voies et déterminer pour chaque type d'acte psychique les neurones qui s'associept, on aura fait sans doute un grand progrès, mais dans le sens de l'explication qui, aujourd'hui déjà-, paraît la plus vraisemblable. Comment arrivera-t-on à cette détermination et par quelles méthodes? Personne aujourd'hui ne peut le deviner.

Par conséquent, nous en savons beaucoup plus, au moyen de l'investigation psychologique, sur l'automatisme en tant que processus mental que sur les concomitants physiologiques de ce processus. Nous avons exposé assez longuement les résultats des recherches psychologiques pour que le lecteur apprécie combien la question est plus avancée et, en somme, humainement plus intéressante en psychologie qu'en mécanique nerveuse.

Nous passons à ['inconscient dynamique. Ici nous manquons totalement de données anatomiques et physiologiques. Nous disons sans aucune exagération : totalement. Dire que des dispositions organiques correspondent aux tendances, c'est affirmer une proposition vague et qui n'engage à rien; ajouter que de semblables dispositions se transmettent par hérédité, nous l'admettons, mais sans pouvoir nous représenter - aucunement la série des phénomènes.

3t0 l'inconscigst

L'analyse psychologique conduit à des résultats importants dans cette matière et c'est à elle seule que nous pouvons nous adresser. Elle nous apprend que tout ce quenous avons vécu subsiste en nousâ l'état de tendances, c'est-à-dire pénètre et oriente l'ensemble de notre activité ; que même si le souvenir des événements traversés par nous disparaît, les tendances que ces événements ont fait naître continuent à composer notre caractère; que ces tendances constituent véritablement un élément dynamique. Ce qui, dans le système nerveux, y correspondrait, ce seraient donc des dispositions, c'est-à-dire un certj.in état de tension qu'il s'agirait d'investiguer au moyen de méthodes expérimentales encore inédiles. Que cet état de tension existe dans tout l'univers vivant, c'est ce que plusieurs biologistes ont entrevu ; et parmi les travaux de psychologie, il convient de citer en premier lieu l'Evolution créatrice de Henri Bergson. Jusqu'où pourra-t-on étendre la conception d'une matière animée de forces et véritablement dynamique? Il faut reconnaître que plusieurs travaux remarquables ont été publiés dans ce sens depuis quelques années, et que l'idée d'une matière obéissant à un mécanisme exclusif est fortement battue en brèche par les savants.

On s'en convaincra aisément en lisant Rankine, Mach, Ostwald, Duhem et Gustave Le Bon. Ce dernier a exposé dans l'Evolution de la matière et dans l'Evolution des Forces ses travaux sur une question importante dans laquelle il est reconnu comme un initiateur, la radio-activité de la matière. Ill'admet comme un phénomène général de la nature. II a montré aussi que la matière s'évanouit par dissolution continue des atomes qui la composent : de ce processus se forme une substance intermédiaire entre les corps . pondérables et l'éther impondérable. La matière est le réservoir d'une énergie intra-atomique.

Hirn, dans la Constitution de l'Espace céleste, un

D.3l.zac.ïGOOgit

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mouvemeDts, et pourquoi la couche interne, formant sac, retient uatureltement les aliments et sert à leur assimilation : ce qui reste inexpliqué, c'est l'accord de ces systèmes dans une unité qui est précisément l'individu. La même question se pose pour tous les êlrea vivants; elle se pose plus fortement encore à propos des transformations qui s'accomplissent quand on sait l'évolution des êtres dans une série donnée. Ce sont li des problèmes inévitables dont le mécanisme réussira à expliquer certains aspects, mais auxquels il ne fournit que des solutions symboliques dans lesquelles l'imagination et souvent aussi l'esprit de système suppléent à l'étude exacte des faits.

Or, le dynamisme mental est un dynamisme où la tension est mieux synthétisée, plus unifiée encore que dans toute autre forme, à cause de rinterpénétration qui est, nous l'avons vu, un caractère de l'aotivité psychique. Si l'on veut découvrir ce qui lui est corré> latif dans le système nerveuxi, il faudra créer d'abord une énergétique des actions qui s'y produisent, et peut-être trouvera-t-on entre tension nerveuse et tension psychologique quelques points d'attache. C'est moins, je crois, par l'étude d'éléments et de voies de transmission que l'on arrivera, dans ce problème, i un résultat que par la recherche des différentes formes d'activité en fonction l'une de l'autre.

Mais le problème psychologique dépassera toujours le problème physiologique par les deux" extrêmes ; si, en effet, comme nous le croyons, les tendances sont avant tout des états affectifs, nous devons remarquer que le nombre d'actions qui provoquent des réactions individuelles émotives, par l'intermédiaire de modifications organiques dont les processus sont encore mal connus, est infini; ces actions dépendent dea influences qui, du milieu physique, biologique el social où nous vivons, s'exercent en nombre incalculable sur l'organisme. Nous avons signalé leur. inHiiilé

...GiM^il

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et montré combieD d'entre ces inRuences nous étaient inconnues. 11 est probable qu'il s'en découvrira toujours de nouvelles, aussi longtemps qu'existera le savoir humain. Aucune physiologie ne pourra jamais ni les prévoir, ni les expliquer toutes. Mais, d'autre part, avons-nous constaté, notre individu est lui-même un système très complexe, actif' et résistant. 11 oppose une certaine force, à son tour, au monde extérieur; plus un individu présente d'activité, plus son esprit est Synthétique, mieux il résiste ; il choisit parmi les impressions; il exerce une sélection. Il n'est pas livré à toutes les émotions, mais, en lui, les états affectifs prennent une durée, une stabilité, s'associent aux systèmes d'idées, cimentent en quelque sorte ceux-ci et leur donnent plus de solidité. Les sentiments supérieurs absorbent ainsi les forces affectives de l'être et leur accordent une imperméabilité aux influences nocives et une résistance plus triomphante.

Il en résulte que l'individu est mieux unîHé dans son activité, sans pour cela qu'il y ait chez lui stratification des tendances, immobilisation ou automatisme qui prédomine. Les sentiments restent bien vivants et ils gardent de profondes racines dans la réaction intégrale du sujet. Par cette éducation et cette transformation des sentiments, la vie psychique déborde donc les processus physiologiques. Bien plus, le dynamisme de ceux-ci reçoit une unification, une direction bien ordonnée de l'activité synthétique caractéristique de la vie mentale. La lumière qui en vient éclaire l'ensemble de la vie individuelle jusqu'en ses profondeurs et l'unité organique se complète par l'unité psychologique qui l'explique et lui donne son sens le plus complet et sa véritable portée.

Ainsi, d'un côté, par le rapport entre l'univers et l'individu et, d'autre part, dans l'unification des tendances qui constituent la personnalité et dans leur emploi par la synthèse et l'acte de l'esprit, l'incon-

scient dynamique dépasse les fonctions physiologiques. L'on peut affirmer que la vie mentale' est créatrice et que nous retrouvons, au fond de notre analyse, ce que nous avons découvert déjà en étudiant l'inconscient psycho-physiologique et le subconscient : je veux dire l'acte de l'esprit, l'activité' psychologique propre, irréductible à d'autres processus et tenant suspendus h elle tous les fils qui meuvent l'être pensant.

II noas reste, finalement, A nous demander s'il y a un corrélatif physiologique à l'acte de pensée pris en lui-même.

Nous avons vu en quoi consiste cet acte de synthèse. Il se manifeste dans toute l'étendue de la vie mentale. Il s'exerce sans connaître sa propre loi qai ne lui devient manifeste que peu k peu et se traduit alors soit comme l'application d'un ordre logique, soit comme l'intuition d'un rapport entre tout ce qui a de l'existence et notre propre existence. Cette intuition est l'acte d'afilnnation en quelque sorte absolu et intégrai, le plus complet que nous puissions faire. Il nous montre la coïncidence de notre activité avec l'ensemble des sujets qui composent l'univers.

II serait impossible de déterminer aacun corrélatif physiologique à cet acte; nous pourrions dire que l'acte de l'esprit réalise k chaque instant la synthèse de l'ensemble de notre activité et de l'action qu'exerce sur nous tout ce qui nous entoure. Il domine notre réaction individuelle complète avec les états affectifs qui la soutiennent, les représentations qui la traduisent en termes intelligibles , les mouvements volontaires qui lui donnent une objectivité. L'acte de l'esprit est l'unité active qui réunit tout cela et crée, en même temps que notre action, notre conscience du moi, c'est-à-dire notre esprit de suite.

L'acte de l'esprit a donc comme corrélatif physiologique l'activité totale de tous les centres nerveux en

g I. — Le social et l'indlvldael.

Nous essaierons, dans le présent chapitre, de dégager les rapports de la vie sociale avec l'action incoDscienté de l'individu. Quels résultats et quelle utilité retirons-nous de cette étude pour mieuE déterminer les rapports entre l'individu et la collectivité? La psychologie ne peut se contenter d'étudier là personnalité dans l'individu pris abstraitement; une fois qu'elle a analysé les conditions de la pensée et de l'action, elle doit t&cher de replacer l'homme dans le milieu social où il vit et s'eiTorcer de déterminer les actions réciproques de l'individu et de la société.

Je me restreindrai ici à donner en peu de mots les résultats des recherches que j'ai poursuivies depuis plusieurs années à ce propos et exposées dans plusieurs de mes cours. Je ne pourrais, sans sortir da plan de ce livre, détailler' les faits et les motifs qui m'ont guidé.

Il me parait d'abord que Durkheim a raison d'affirmer que les manifestations de la vie sociale déterminent certaines manières de sentir, d'agir et de penser qui ne s'expliquent pas par les seuls rapports, aussi complexes qu'ils puissent être, entre les individus. Il en résulte qu'il existe chez ceux-ci des

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manières d'agir et de penser doDt certains éléments sont seuls conscients. Comment ces pensées et ces actions se sont-elles établies en nous? Par un travail lent d'infiltration sociale, en majeure partie inconscient. Ou du moins, ce que nous en dit liotre conscience est peu de chose en comparaison des tendances que le milieu social a fait naitre en nous et qui provoquent nos pensées, nos sentiments et nos actions. Il s'agit donc ici à la fois d'inconscient dynamique, si ces tendances sont vivantes, productrices et accroissent notre énergie, et d'inconscient automatique, si nous acceptons de la société certaines manières de faire conventionnelles.

La concentration de la population dans les grandes cités, par exemple, produit, par son agitation, des transformations psycho-physiologiques chez ceux qui subissent ce milieu ardent; elle accentue l'excitabilité, elle multiplie les impressions qui s'exercent sur nous; elle accroit parfois l'instabilité mentale. Selon les tempéraments, ces influences donnent des résultats divers ; en tout cas, ces résultats existent et les transformations psychologiques et morales qu'ils . comportent dépendent directement du facteur social qui est, dans mon exemple, un facteur économique. Il se marque même dans les formes supérieures de la pensée : l'art d'un Constantin Meunier ou les poèmes d'un Verhaeren sur le travail et l'activité surchauffée des grands centres révèlent des états d'àme ■ que l'on chercherait en vain chez les artistes d'une société plus uniquement agricole ou commerciale. Ainsi naissent des tendances actives. Elles peuvent, on le voit, chez les artistes cités, enrichir la création consciente et réfléchie.

Un autre exemple : la nécessité de paraître pour réussir dans certaines professions (c'est le cas des médecins et des avocats de nos grands centres), d'avoir une habitation, un train de vie et des vète-

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ments qui en imposent au client (somment au moins autant que le savoir) crée des habitudes de luxe et de dépense, et par là, certains sentiments, certaine» manières d'agir qui éloignent fortement nos personnaines de la vertu d'un Caton. Ces habitudes, accep- . tées d'abord, s'ancrent de plus en plus et finissent par limiter les idées, affaiblir les sentiments de bonté : c'est ici l'inconscient automatique qui résulte d'inlïuences sociales. On peut donc affirmer que l'influence des faits collectifs sur la psychologie individuelle ne se révèle pas seulement dans les sociétés primitives, mais aussi dans les sociétés complexes.

Pourtant, à regarder plus exactement, aucune institution sociale, prise d'une manière abstraite, n'existe en soi. Elle n'existe que parce que des individus réels et concrets y collaborent. Et si, à un stade inférieur de développement, les individus présents subissent les formes sociales créées par tes individus d'hier, dès qu'ils parviennent à se dégager des obligations qu'elles leur imposent inconsciemment, qu'ils raisonnent et s'entendent, ils sont parfaitement capables de réagir. On le voit dans les associations volontairement formées avec un but déterminé, comme les associations de petits patrons se défendant de la centralisation des grands magasins.

Inversement, et en dépit de ces influences, un mouvement opposé se produit et l'école sociologique aurait tort de ne pas en reconnaître l'importance : à mesure qu'une société se différencie, le rôle de l'individu se dégage et s'affirme de plus en plus, si bien que, dans une société arrivée à un degré élevé d'évo lution, l'individu est une unité plus libre que dans une société primitive; son cercle d'action s'étend; l'organisation sociale lui semble n'exister que pour qu'il s'en serve. Il t&cbera même d'en éloigner le plus possible ce qui le gêne. Les motifs personnels, les sentiments et les systèmes d'idées l'emportent de

l'inconscient et la vie sociale 319

plus en plus, si bien que la société paraîtn'être faite, comme on l'a dit et répété, que pour produire des individualités. En d'autres termes, il s'établit un conflit continuel entre l'individu et la société.

Ce conflit se , manifeste par les phénomènes les plus variés : le mécontentement que provoquent presque universellement les obligations collectives (impàt, service militaire), qu'en somme on n'accepte que « parce qu'il le faut o et non de gaieté de cœur; à un degré plus élevé, la conception d'un idéal, plus ou moins bien défini, mais en tout cas désiré, que l'on substitue à l'état social actuel ; cet idéal, qu'il prenne une forme égoïste et matérielle ou une forme raffinée, revient toujours à satisfaire les aspirations individuelles et à donner comme but à la société la libération des individus. L'on doit dès lors se demander : existe-t-il un sentiment social? Où encore : le sentiment religieux, pour préciser, n'est-ii autre chose que le symbole conscient d'un sentiment social qui se serait implanté inconsciemment en nous?

Il est très curieux à ce sujet de suivre l'intéressante discussion entre Lachelier et Durkheim sur le phénomène religieux ; Lachelier se plaçant au point de vue de la conscience individuelle et disant que le sentiment religieux ne regarde que la conscience du croyant et n'est vrai et profond que dans cette conscience, car le croyant doit être considéré comme solitaire, ne relevant que de lui-même; Durkheim, au contraire, s'intéressant surtout dans la vie religieuse au phénomène collectif d'exaltation qu'il observe dès les religions primitives et qui se perpétue dans les actes collectifs du culte,

En somme, on peut se demander si jamais la société revêt pour ses membres le caractère sacré que lui assigne Durkheim. Les sociologues qui veulent expliquer le caractère sacré de la religion l'expliquent par une espèce de déification symbolique de la sociélé.

Mais qu'on demande i. un primitif quel est son sentiment au sujet de la collectivité : la co)l«ctivité est voulue à cause d'une nécessité élémentaire de se défendre, rien de plus, absolument comme c'est le cas 'pour les sociétés temporaires ou durables des animaux. Et si l'on demande non à un sociologue, mais à n'importe quel homme non prévenu, son avis sur la société dans laquelle il vit, on ne découvrira chez lui aucun sentiment religieux pour cette société, mais simplement des sentiments complexes d'intérêt et de défense Individuelle, et aussi l'ennui de devoir subir une certaine contrainte et remplir certaines obligations dont presque tous préféreraient être

C'est À quoi se ramène le prétendu sentiment social. On voit qu'il ne ressemble guère au sentiment religieux. Du reste ici, comme dans toutes les sciences psychologiques et morales, toute systématisation serait h&tive et nous devons d'abord nous débarrasser des habitudes du théoricien.

Ce qui paraît vrai, c'est que le fait d'accomplir en collectivité des rites ou d'avoir des idées corroborées par celles d'autrui confirme les individus dans leurs sentiments et leurs convictions. La religion, par ce fait psychologique aussi bien que par la célébration collective, est sans aucun doute sociale, mais son contenu d'idées ne l'est pas. La crainte qu'inspirent les puissances divines, le respect auquel elles forcent, l'idée que l'on s'en fait ne sont aucunement une déification de qualités sociales, mais des forces que l'on considère comme surnaturelles, extérieures aux hommes et à leur communauté. Et si on les attribue à des animaux ou à des choses, c'est qu'on leur reconnaît ces forces.

Mais la différenciation sociale et l'évolution des collectivités provoquera dans l'idée religieuse une transformation profonde qui ne se produit pas en fonction

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des transformations sociales, mais des progrès de la conscience chez les-individus qui prennent à cœur de réHéchir sur les questions religieuses.

Car, en outre de cas très directs comme ceux que nous citions tantôt, le système d'idées qui fait le patrimoine intellectuel de l'humanité progresse en dehors des formes sociales et rapproche tous les hommes qui pensent, par le dedaAs, par la conscience. et non par le dehors, par la société. La société, au lieu de déterminer le mouvement de l'idée, s'y soumet et !a seconde; eiie le fait par !a propagation de l'écrit, par les journaux, par la rapidité des communications. Sans doute, il se produit par là une influence sociale sur les modalités de l'intelligence collective, mais non sur la marche cohérente et systématique de celte dernière, qui résulte des efforts libres et' de l'échange d'idées des réflexions individuelles.

C'est à la conscience individuelle que, dans l'éducation, toute société évoluée fait appel; c'est elle qu'on élève; on tâche de lui donner le sens de la vérité, le sens de la religion, de l'art, du droit : voil bien la preuve que la société n'est pas le seul facteur créateur des forces individuelles, mais que celles-ci ont leur valeur et leur indépendance. La société est obligée de reconnaître que le but à poursuivre est précisément le développement de la conscience individuelle; ceux-là seuls se feront une idée du vrai, du droit, de la religion qui sauront y réfléchir par euxmêmes, fût-ce en opposition avec les courants sociaux du temps présent. La thèse de Durkheim est donc dif- Ocilement apphcable, sans de profondes modifications, aux sociétés différenciées.

De sorte que, plus les fonctions sociales se différencient, plus aussi l'individu acquiert de hberté dans ses manifestations intellectuelles et affectives. Ce qui se développe alors, ce sont des initiatives indivi-

ifiK L INCONSCIBKT

duelles, des caractères individuels, des eotreprises iDdividuelles et aussi des religions et des morales qui relèvent du groupement libre d'individus, sans même que ceux-ci se connaissent. Ceux qui habitent de grandes cités assistent aux cérémonies de leur culte sans avoir le moindre contact avec leur voisin. Chacun pour soi et Dieu pour tous, dit le proverbe.

Dominer, exprimer sa volonté de paissance, voilà à quoi tend l'individu. La société ne lui est bonne que pour autant qu'elle l'y aide : ubi bene, ibi patria. En employant ces termes de domination et de volonté, je m'en sers évidemment dans un sens très large ^ il s'agit de bien comprendre tout ce qu'ils embrassent. Chaque homme domine à sa manière. Un dominateur n'est pas nécessairement un tyran ou un chef politique. Mais le savant, l'artiste, ou, dans un cercle restreint, le père de famille, le patron, l'instituteur ou seulement le jeune homme qui se sent une supériorité sur ses camarades, ne t&chent-ils pas de donner in débouché à leur volonté de domination ? Se soumettre à de plus puissants que soi et les flatter, n'est- ?e pas encore une manière, plus vile incontestablement, de tirer profit de la société et de se mettre en avant comme l'on peut ?

Chacun exprime sa volonté de puissance à sa manière : celui qui affiche le dédain des hommes et se tient à l'écart n'est jamais si heureux que lorsque son attitude lui attire des hommages, des flatteries et la soumission d'autrui. Quelqu'un qui se fait doux et aimable se plait à aider, à rendre service ; qu'y a-t-îJ d'autre en cela qu'une modalité du besoin de s'afiirmer, de se créer un cercle d'action ? Et qu'est-ce que l'indiRérence chez la plupart, sinon la recherche d'une forme plus passive de satisfaction? La société, en évoluant et en se différenciant, rend inévitables ces manifestations individuelles. Elle devient un enchevêtrement de mille formes différentes d'activité, elle n'eat

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pas un être, un tout. Le tout n'est ici ( tion ; il n'esiste que par abstraction. I foule dont on endamme le sentiment p patriotique. Elle n'est d'accord que sur simple et sur un état atîecttf grossier revenu à sa vie concrète, l'idée de p dans chaque conscience à une réactio individuelle différente^ il n'y Kura plus < mais autant de sentiments patriotiques dividus. 11 ne faut pas se faire d'illusio des notions abstraites.

11 y a donc dans la société un insur doxe ; à mesure que la société se comme on dit, qu'elle progresse, el malgré elle les ditTérents individus à enfants s'émancipent de sa tutelle et s< vent contre elle. Échapper à l'autori comme on peut, donner libre cours i puissance : tel est le besoin de chacui çoitsil'on réfléchit atout ce qu'un ind en lui d'énergie à dépenser et aux tei hrables qui forment l'inconscient ày ici que l'étude de l'inconscient psyd explique beaucoup de choses. Aussi qui été réprimés par une autorité plus t individus sont laissés en liberté, ils Cela s'observe chez les enfants, non heures de jeu et de récréation, mais ei dans la famille, le père est préoccupé ■ k l'école, l'instituteur se relâche un j pline, immédiatement ils sentent it échapper, et la volonté individuelle par toutes les issues.

L'énergie accumulée qui constitue dynamiques, remonte, avons-nous vu vie individuelle. L'hérédité les prépai mes, depuis qu'ils sont jeunes, ont u

dinaire pour saisir le moment d'échapper è. la contrainte. Ce vouloir, qui crée tant de luttes, de compétitions, de haines et de désordre, se traduit d'une manière heureuse dans la critique que soulève tout dogme et toute théorie. Il n'y aura jamais, ni dans les sciences, ni dans la philosophie, de système définitif, et les vérités qui paraissent le mieux assises seront constamment remises en question à cause de celte tendance. L'individualisme est dans la nature humaine. Il se poursuivra, toujours plus décisif.

Un accord ne peut se faire par la société prise comme un tout. Il ne se réalisera que par la codscience et la volonté des sujets. Les individus qui parviennent à coordonner et à dominer leur inconscient dynamique, à le plier à un but, sous la direction de sentiments durables et d'idées harmonieuses, seront mieux disposés que d'autres à la tolérance et à la bonne entente avec autrui. L'accord peut se faire encore, mais plus rarement, â l'époque actuelle du moins, par une sympathie directe entre des tendances qui s'accordent. La sympathie est plus intuitive, ejle est moins consciente et je la crois plus rare. Ici ce sera l'inconscient surtout qui agira en nous.

La volonté depuissance dont nous parlons, le dynamisme inconscient accumulé en tout individu, se retrouve même dans les actions futiles. Dans les réunions que les hommes ont inventées pour bavarder, faire du bruit en commun ou pour toute autre façon de faire dont les gens de peu de ressources arrivent à se distraire, le besoin de briller s'étale de mille manières, par le luxe, la coquetterie, par les propos volontairement aimables et parfaitement hypocrites. En étudiant ce genre de phénomène collectif, je crois que les sociologues hésiteraient un peu à sanctifier les groupements humains.

Il est incontestable qu'en réfléchissant, en prenant conscience de tout cela, on s'en détache. Mais s'en

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détacbe-t-on jamais assez t L'inconscient dynamique d'abord nous pousse à l'action, au besoin de nous objectiver, de dominer. L'automatisme ensuite nous maintient dans le genre de vie auquel nous nous sommes adaptés. Il faut, pour s'en dégager et arriver à plus de désintéressement, une orientation très particulière des sentiments, celle qui résulte de leur association avec des idées et de leur bon équilibre par l'exercice de la réflexion.

Mais alors, nous nous éloignons de la collectivité et nous nous orientons vers la vie intérieure, qui est la véritable vie religieuse telle que l'entend Lachelier. Nous souhaitons qu'elle devienne accessible au plus grand nombre d'individus et que la société accepte comme rAle non d'imposer comme sacré ce qui est collectif, mais d'aider l'individu à. formuler le sacré d'après ce qui est idéal, c'est-à-dire ce qui n'existe précisément pas au point de vue social, mais exprime ce vers quoi la société ne pourrait tendre que par l'intermédiaire des consciences individuelles.

g 2. — La psychologie des lonles.

Gustave Le Bon, dans sa Psychologie des foules, a spécialement examiné l'état mental d'une foule, non pas de la foule considérée comme agrégat disparate de gens dont les uns se promènent au hasard, avec des buts divers et dont les autres vont à leurs occupations, mais d'une véritable foule psychologique, par exemple d'une foule formée d'individus qui se trouvent tous sous l'influence d'une même émotion violente. <> A certains moments, une demi-douzaine d'hommes peuvent constituer une foule psychologique, tandis que des centaines d'hommes réunis par hasard peuvent ne pas ia constituer.

« L'individu en foule diffère de l'individu isolé » ; il app&rait en lui, quand il est entraîné par la foule, cer-

tains caractères nouveaux ; il agit autrement qu'il ne le ferait isolément. H est souvent bien surpris quand. l'effervescence calmée, il se ressaisit, des mots qu'il a prononcés, des actions qu'il a faites et de ses sentiments. La personnalité consciente a cédé la place à d'autres tendances.

Gustave Le Bon explique que la foule a une grande force de suggestibilité pour faire surgir l'inconscient chez les individus. Nous savons combien de fois il a insisté, et en termes excellents, sur les manifestations inconscientes de la vie mentale. .Cet inconscient des foules, dans le domaine intellectuel, lui parait bien inférieur à ce que les individus, pris isolément, sont capables de livrer; s'il s'agit des sentiments, la fouie peut être meilleure qu'eux ou pire : il y a des foules héroïques (les Croisés, les armées de laRépublique), comme il y a des foules criminelles. C'est avec leurs poussées inconscientes que se fait l'histoire.

Il me parait très vrai que la psychologie des foules n'est jamais formée que de sentiments élémentaires, d'un nombre restreint d'idées générales et abstraites, et n'obéit qu'à des impulsions simples. Tout ce qui s'élève au-dessus de cet état primitif est individuel. L'inconscient de la foule me semble donc plus pauvre que l'inconscient individuel. Cela provient sans doute de ce que, chez l'individu, les tendances dynamiques aussi bien que l'inconscient automatique sont intimement unies 4 l'activité synthétique d'un véritable moi, d'une personnalitéréfléchie,tandisqueriende semblable ne se montre dans une collectivité. La collectivité est intellectuellement et affectivement, aussi bien qu'au point de vue de l'action, inférieure à l'activité psychologique des individus. Il en est ainsi, aussi paradoxal que cela paraisse d'abord. En sociologie, le tout est moins que la somme des parties. L'individu tend à acquérir une importancede plus en plus grande et il n'y aura de société stable, capable de contenter

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les hommes, que le jouroii toutes les questions sociales, pratiques et autr,es, seront abordées par des cod~ coure de volontés libres et réfléchies. Alors, il n'y aura plus de foules, dans le sens défini par Gustave Le Bon, mais des discussions éclairées. Cerlaines sociétés savantes ne donnent-elles pas l'exemple ? Les discusfiions les plus utiles sont celles qui n'ont point de sanction ni de vote : elles évitent la manière brutale et sauvage d'imposer à des minorités un avis auquel celles-ci n'adhèrent ni de.cœur, ni d'idée ; elles recherohent uniquement l'accord des consciences.

L'inconscient qui se dégage des foules est donc une forme rudimentaire d'inconscient. Le phénomène fondamental me semble en être le rétrécissement de l'intelligence, la domination de sentiments élémentaires et instinctifs ramenés à leurs manifestations brutales et organiques (cris, agitation, fraternisation d'ordre inférieur par la boisson, les hurlements, les gestes), l'impressionnabilité instable et sans réflexion, avec des retours brusques, sans rien de cohérent, enfin la contagion qui prouve la réduction du contrôle des individus sur eux-mêmes. On a remarqué l'effet produit sur une foule surexcitée et prête à se déchaîner par le bruit d'une vitre qui se brise ; elle est ici dans l'état d'une personne dont l'émotivité exagérée tressaille au moindre bruit et chez qui une seule impression un peu forte suffit à déclancher une série d'idées et de sentiments qui s'imposent à la conscience malgré elle.

La foule réalise donc sur les individus qui la composent une expérience naturelle, consistant à exagérer une tendance inconsciente, comme dans la manie, l'obsession ou l'idée fixe ; l'état mental de l'individu dans une foule dilTère de l'inconscient dynamique dans ses plus hautes manifestations étudiées sous le titre d'invention, en ce que les tendances dynamiques se synthétisent et s'unifient pour créer quelque chose d'intégral, tandis que l'homme des foules voit sa

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personnalité altérée au profit d'une seule tendance, suggérée par l'ambiance ; l'harmonie et l'équilibre n'arrivent pas & s'établir.

Aussi, une foule se laisse toujours entraîner au delà de ce qui a un sens; suivez les débats d'une assemblée politique, les verdicts d'un jury, vous avez exactement l'impression que signale Gustave Le Bon : on voit les jurys rendre des verdicts que chaque juré désapprouverait individuellement, les parlements adopter des mesures que chacun des membres en particulier n'hésiterait pas à réprouver. Même les mouvements les plus généreux, comme l'abandon des privilèges dans la nuit du 4 aoAt, ne sont guère défendables au point de vue de la réllexion. Les individus sont gagnés par la contagion. et aucune considération raisonnable n'apparaît à leur esprit.

Nous avons dit que c'étaient des tendances instinctives et quasi organiques qui se manifestaient surtout dans les foules, et non les tenàances fécondes, associées à des sentiments durables, à un ensemble cohérent d'idées, c'est-à-dire à une personnalité, à. nn moi. La personnalité succombe et les plus impersonnelles, les moins hautes des tendances, ordinairement refoulées par l'équilibre mental, remontent à la surface. C'est pourquoi le raisonnement net, les sentiments élevés et délicats restent incompris des foules, tandis qu'un geste qui réveille des énergies barbares, une parole souvent banale et déclamatoire (presque toutes les paroles historiques le sont), une scène mélodramatique les émeuvent toujours. Aussi, quand la foule s'assemble dans la rue, attirée par l'une ou l'autre altercation, il est certain qu'elle jugera d'après des signes extérieurs, par sympathie ou antipathie en quelque sorte animale, et se trompera toujours dans son intervention.

Comment un orateur, un exécutant dans un concert, un acteur recueillent-ils les suffrages de la foule,

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L INCONSCIENT ET LA VIË SOCIALE iWit

sinon par les trucs, le mouvement extérieur, les gros effets, tout ce qu'il y a de moins digne dans leur attitude? Qu'est-ce qui piait aux masses? Les éclats de voix, les paroles vulgaires et excessives, le son de la trompette ou les gros effets de l'orgue. Cela porte au dédain des foules les esprits raffinés et l'on sait les termes dans lesquels en parlaient Gœthe' ou le Prospero de Renan.

Et les réjouissances qui amusent les foules, du haut en bas de l'échelle sociale, ne sont pas sans excitations factices et violentes : lumières éclatantes, bruit, musique. Un cas typique, c'est le carnaval. On sait qu'au milieu du Carême, il était une soupape de sûreté ouverte un moment aux déchaînements des instincts les plus violents.

Tout cela constitue, aux yeux du psychologue, une expérience bien intéressante sur l'inconscient. Il y constate un moyen d'évoquer certaines tendances instinctives qui persistent chez l'homme, en maintenant les caractères d'une hérédité lointaine, que le développement toujours croissant de l'individu semble recouvrir et qui disparaissent presque complètement chez les individus les plus affinés et dans les manifestations les plus idéalisées de la vie sociale.

§ 3. — Les conséfuenceB sociales de Vinconacient psychologique.

Il nous reste à dire quelques mots, dans ce chapitre qui doit nécessairement rester très bref, des conséquences sociales à tirer des formes 'd'activité inconscientes étudiées par la psychologie.

Tout d'abord, nous avons constaté la richesse de l'inconscient dynamique et sa grande fécondité. Il doit être imposé à l'éducateur de le développer. Mille raisons militent pour qu'on en tienne compte et que l'on se gardedel'annihilerpar un dogmatisme incom-

■330 l'incon-scient

préhenaif. Les maîtres de l'enseignement devront Ironver le moyen de remédier au défaut du système actiiel, consistant à traiter par masses les enfants, en les soumettant tous à une même discipline dans des classes où souvent ils s'entassent trop nombreux. Si «n pouvait leur parler individuellement, selon la manière particulière de sentir et d'associer les idées de chacun, on réaliserait un progrès réel. Mais comme cela ne paraît pas possible dans l'enseignement collectif, les instituteurs doivent s'ingénier à trouver des méthodes assez souples pour que chacun en pronte à sa manière et selon ses moyens.

En faisant pratiquer aux enfants l'observation de la nature, en les mettant en contact avec les faits, en leur apprenant à interroger ceux-ci et à raisonner par eux-mêmes, l'essentiel doit être l'éveil des tendances de chacun, par la suggestion d'idées et de sentiments que provoque la perception des choses. On ne doit pas remplacer le dogmatisme de l'appris par cœur, par celui de l'expérience et du fait pour le fait; l'expérience doit être invoquée pour suggérer chez l'enfant la réflexion personnelle et l'amener à faire un -exposé original de ce qu'il pense.

A mesure que l'on s'élève dans l'enseignement, la personnalité devra être cultivée avant toute chose. C'est ainsi que l'étude littéraire des chefs-d'œuvre ne doit pas être orientée vers la connaissance stricte de règles immuables, mais vers le développement de la sensibilité au rythme intérieur, à l'harmonie du langage, à l'émotion directe des formes de l'art. Et surtout, à propos de n'importe quel objet d'étude, les maîtres doivent s'efforcer de faire penser leurs élèves, de leur faire deviner le sens et la valeur des idées; peu à peu ils arriveront ainsi à la réflexion philosophique et morale, qui leur permettra d'éviter les méprises et les exagérations dans leurs jugements. .Sans contredire les tendances dynamiques, on visera

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