‹ L'inconscientChapitre 4 sur 28 · G<HN · texte numérisé non relu

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AUTOUATIQIE Ol

purement physiologiques mm pemée, c'est ce que i-auteur juge inconcevable et inadmissible. Il conclut  la formation d'une double personnalité.

§ 3. — La double personnalité.

Nous choisirons, dans les observations des quarante dernières 'années, quelques cas bien accusés de dédoublement de la personnalité. Mais nous remarquons, au préalable, qu'il y a une série d'intermédiaires entre ce qu'on a appelé une multiplicité d'états de conscience et la constitution en quelque sorte arrêtée d'une multiple personnalité, comme dans le cas extrême de M"° Beauchamp; nous constatons eûsuite qu'il est très difQcile de découvrir jusqu'à quel point s'organise vraiment une double personnalité; on a tu, dans ce qui précède, les espériences de co,ntr6le imaginées par Morton Prince. L'on est obligé d'être très prudent. H. Bergson a étudié l'hyperesthésie de sujets hypnotisés et remarque que leurs réponses sont souvent dictées par leur perception affinée des moindres signes de l 'expérimenta leur. Mais cette perception est quasi inconsciente; les sujets en suivent, à leur insu, et de très bonne foi, les indications.

Ch. Richet signale le cas de femmes s'imaginant être tel ou tel type, un enfant, une paysanne, et s'incorporant successivement dans les types qu'elles croient être. Ces alternances s'observent chez les personnes qui, sans être à proprement parler des malades, rentrent dans la catégorie des anormales : il n'est pas rare qu'elles changent de voixot d'expression suivant le personnage qu'elles jouent dans le moment ; elles parlent parfois comme une petite fille, d'autres fois ne peuvent abandonner un ton grondeur ou encore se montent la tële pour des rêveries et se perdent daas leurs divagations.

Mais ces cas, assez fréquents, ne sont pas aussi précis que celui que rapportent Bourru et Burot sur la multiplicité des états de conscience chez un hystéro-épileptîque. Ce qui est intéressant ici, c'est la concordance entre les symptômes physiologiques et les états psychologiques et le fait que l'on peut, en créant les premiers, amener les seconds et réciproquement.

Physiologique ment, les six états se manifestent de la manière suivante : le premier, hémiplégie et hémianesthésie à droite ; le second, hémiplégie gauche (pour laface et les membresjavec hémianesthésie; le ■ troisième, hémiplégie gauche {pour les membres seuls) avec hémianesthésie générale; le quatrième, paraplégie (membres luftirieurs); le cinquième, ni paralysie, ni aneslhésie; le sixième, pas de paralysie, mais hyperesthésie à gauche.

L'on obtient le changement d'un état à l'autre soit par l'aimant, soit par un barreau d'acier; le premier état est au point de départ (paralysie à droite); en appliquant le barreau d'acier- sur le bras droit paralysé, la transformation se produit, le phénomène se porte de l'autre côté. Or, à chacune des six modifications physiques du sujet correspond une personnalité se rattachant à l'une des six époques différentes de sa vie. Ainsi, à la première, le sujet est bavard, violent, grossier, extrême dans ses opinions et fait une profes sion de foi anarchiste ; dans la deuxième, il se trouve à Bieêtre, il a vingt et un ans, est doux, réservé, correct, et ainsi de suite; dans te cinquième état, il a quatorze ans, est timide, se rappelle ses souvenirs d'enfance; dans le sixième, il est soldat d'infanterie.

Inversement, si par l'hypnotisme on fait apparaître l'une de ces personnalités psychiques en lui suggérant par exemple qu'il a quatorze ans, ou encore qu'il est à Bieêtre, ou qu'il est soldat, on provoque l'état physiologique correspondant. Cet état est ici comme un point de repère; il fait partie du système d'asso-

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ciations formé d'un mal physique et d'un état mental ; la loi de totalisation, usitée dans la psychologie normale, explique comment l'un des états rappelle nécessairement l'autre : il suffit que, d'un tout vécu, un seul des aspects soit suggéré pour que nous en retrouvions l'ensemble et le reconstituions dans notre pensée.

Il y a donc une différence entre ce cas et celui que nous avons signalé en terminant le paragraphe précédent; celui-là excluait tout point de repère physiologique, Nous allons rappeler maintenant quelques exemples de dissociation de la personnalité proprement dite. L'un des plus nets a été fourni par un sujet du D' Azam. Félida X., née à Bordeaux en 1843, de parents sains. Développement régulier jusqu'à la puberté. A treize ans l'hystérie se déclare : douleurs vagues, accidents nerveux variés. Quatorze ans six mois : accablements profonds, semblables au sommeil et durant une dizaine de minutes. Au réveil, elle se trouvait dans un état d'esprit tout différent de sa personnalité normale ; cela durait une ou deux heures; puis, de nouveau, accablement et sommeil, et retour à la personnalité normale. Cet accès alieu tous lescinq ou six jours au plus.

Bientôt l'hystérie s'aggrave : douleurs vives sur plusieurs points du corps, particulièrement dans la tète. Elle arrive peu à peu à se caractériser totalement: boule épigastrique, sensations tactiles altérées, goût détruit à l'état normal, odorat et nombreux endroits du corps anesthésiques, convulsions et perte de connaissance pour la moindre émotion. Félida est travailleuse; sa vie affective semble se développer normalement. Elle se mariera. Ses actes et ses con- Tersations n'ont rien de déraisonnable. Mais lescrises se développent et éclatent presque journellement.

Les choses se passent comme suit : Félida, assise et & l'ouvrage, ressent des douleurs aux tempes et s'endort; la tète retombe sur la poitrine; les mains

pendent, inertes, le long du corps. Rien ne l'éveille, ni bruit ni piqûres. Cet engourdissement dure de deux à trois minutes. Puis, le sujet se réveille dans un état mental très dilTérent de son état normal. Les actes habituels se continuent régulièrement dans ce second état; elle travaille ou bien sort, va en ville, fait des visites. Mais son caractère, triste d'ordinaire, estgai ; ■et, d'indifférente, elle est devenue sensible à l'excès. Ses facultés sont plus complètes. Elle n'éprouve aucune, douleur physique. Mais elle se souvient de son antre état, tandis que dans la personnalité normale, elle n'a aucun souvenir de ce qui s'est passé dans la personnalité seconde : cette particularité est générale dans les cas de double personnalité; la personnalité seconde, ^îue certains appellentsubconsciente ou co-consciente. est plus intelligente et plus étendue que l'autre, connaît l'autre personnalité, tandis que celle-ci ignore la -condition seconde. Dans le cas de M'" Beauchamp, on se rappelle les mauvais tours que cette personnalité nouvelle, appelée Sally, jouait à la première. Dans la vie normale Félida ignore la romance qu'ellechantait tantôt, elle a oublié une visite qu'elle a reçue; mais l'amnésie n'atteint aucune idée générale acquise antérieurement et aucune habileté manuelle.

Deux ou trois fois s'est présenté un troisième état : étant dans sa seconde personnalité, elle s'endort, comme il a été décrit; mais au lieu de revenir à l'état normal, elle tombe dans un état spécial caractérisé parla terreur. Elle ne reconnaît personne sauf son mari. Cet état dure peu.

La condition seconde augmente d'année en année j n'occupant d'abord qu'un dixième de la vie normale, elle l'a égalée, puis dépassée et l'envahit toujours. Dans l'état normal, Félida est triste et hautaine ; dans la condition seconde elle est gaie et aimable. EUeest mèredefamilleels'occupe de son commerce d'épicerie. Onze grossesses. Deux enfants seulement vivants.

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L'ainé a le tempérameat de sa mère ; il esl très intelligeDt et excellent musicien, mais il a des crises nerveuses et des terreurs inexplicables. En novembre et décembre 1875, Félida pe présente plus par jour qu'une période normale durant de quelques minutes à une demi-heure; en janvier 1S76, deux à. trois heures d'état normal; en septembre 1876, pas de période normale depuis deux mois; la dernière n'a duré que trois heures. Elle éprouve un grand désespoir à cause de l'amnésie qui frappe sa vie normale. Pourtant celle-ci n'est pas très agréable, car à l'état normal elle éprouve de viyes douleurs, perd des quantités notables de sang par les muqueuses del'estomac et de l'œsophage, par des saignements de nez, etc. Les accidents du cftlé gauche (surdité, gonflement de la moitié de la face, sensation de brAlure, etc.) prédominent, comme il est courant dans l'hystérie.

Le D' Pierre Janet a observé chez une de ses malades, Léonie, un cas de double personnalité. La seconde . personnalité est appelée Léontine, Le cas ayant été souvent reproduit et les ouvrages de Pierre Janet étant aisés à se procurer, il me suffira de rappeler quelques faits. Les lettres écrites par Léonie et celles de Léontine, lesdeuK personnalités logeant dans le même individu, ont un style différent, Léonie se rappelle une lettre écrite par elle et ignore une lettre signée Léontine écrite au verso du même papier. Elle ignore la seconde personnalité ou personnalité inconsciente. A l'état de veille, pendant que Léonie chante ou rêvasse, ses membres, obéissant à l'autre personnalité, vont cacher les papiers écrits par cette dernière, parce que Léonie les déchire quand elle les trouve.

On sait que Pierre Janet explique ces phénomènes de désagrégation par l'affaiblissement de la synthèse mentale et par un état de santé psychologique imparfait. Les existences psychologiques simultanées sont

dues à la persistance plus ou moins complète de l'état somnambulique pendant la veille.

Voici un autre malade sujet à des fugues et, pendant leur durée, oubliant sa vie normale ; réveillé par une circonstance inattendue (par exemple le souvenir de ses parents envahissant soudain sa mémoire, ou ailleurs un bain froid involontaire), il se demande où il est. ne comprend rien à ce qui se passe, revient à son état normal et retourne chezlui. Mais le groupe d'idées qui provoque la fugue reste latent en lui et agira de nouveau, dès qu'elles pourront envahir la personnalité. Ces idées, ce sont des désirs et des résolutions de voyage (donc, plutôt des sentiments) qui se sont emparés de la volonté du sujet et ont pris diverses formes : le désîr d'être marin, ou encore d'aller dans le Midi; sous l'influence de ces tendances, le sujet s'est engagé, il a peiné dur et a résisté aux pires travaux: il y était aidé par l'anesthésie caractéristique signalée déjà à plusieurs reprises. La fugue recommencera, par exemple, après une ivresse. C'est dans cet état d'abaissement de la conscience que l'idée de voyage prend celte force particulière et caractéristique que possède la subconscience. L'origine de ces poussées inconscientes remonte à l'&ge de douze ans ; elles ontpour point de départl'admiration exaltée pour les voyageurs et sont probablement aidées par des dispositions familiales : on signale ces dispositions chez deux oncles du malade.

Pour bien marquer la différence entre ces faits de désagrégation et d'autres Faits qui leur ressemblent par certains côtés, mais se rattachent aux idées délirantes, nous citerons un exemple dans lequel une seconde existence se manifeste chez le malade, mais sans qu'il y ait désagrégation ; il reconnaît les images illusoires comme étant bien siennes; c'est une idéation parasite, cause de profondes distractions, mais ne se rapportant pas à. l'activité subconsciente. Le cas

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aaquel nous faisons allusion est rapporté parCh. Féré. le sujet est un homme de 37 ans, commerçaot, appartenant à une famille dans laquelle on relève un certain nombre d'accidents nerveux, et ayant été luimême sujet, pendant son enfance, i des terreurs nocturnes et à des accès de tristesse.

Il cherche alors la solitude et se plait k édifier des châteaux en Esl^agne, Â vivre une existence imaginaire qui se continue même pendant les heures de classe. Après le collège, placé dqns les affaires, il ne lui reste plus de temps pour les rêveries. Le sujet se marie et a. deux enfants ne présentant aucun trouble aévropathique. 11 vit dans une situation heureuse, s'occupe activement de ses affaires.

Au moment où il vient en traitement, on s'aperçoit depuis un an qu'il a de fréquentes distractions, suspend son travail, au bureau ou dans le magasin, et reste immobile et souriant. Cela dure parfois un qnartd'heureetplus. Elles cessent à l'appel d'une exci- i tation extérieure un peu vive. Ces crises s'accentuent, le malade laisse les demandes de ses interlocuteurs sans réponse ; ses affaires se ressentent de cet état. Un jour, pendant une crise, on l'interpelle et au second appel, il répond en parlant de lui-même : Monsieur X... est à Chaville. Cette réponse involontaire, dont le son et le sens arrivent à sa conscience, lui cause une grande terreur. C'est ainsi qu'il est amené à consulter le D' Féré, qui établit ceci i dans la deuxième année de son mariage caramencèrent pour le malade des insomnies, causées par le fait qu'il était empêché de dormir par de fréquentes indispositions de sa femme pendant une grossesse; à la faveur de ces insomnies réapparaissent les châteaux en Espagne de son enfance. Alors, le sujet se construisit une vie idéale qui dura quatre ans: il vivait en imagination h Chaville, dans un château que dans son rêve il y avait fait construire ; il s'occupait de l'agrandir, surveillait les installations et

y apportait des perfectionnements. 11 avait là, en imagination toujours, une femme et deux enfants. Sa famille et son commerce avaient perdu tout intérêt pour lui ; la plupartdes actes quotidiens, il les accomplissait machinalement. Son rêve l'enTahit à tel point que le souvenir de sa vie norraale^offre des lacunes ; Jes souvenirs récents se rattachent tous k son existence imaginaire. Le jour 06 il s'aperçut de sa folie, il surireillait un tapissier à Chavîlle et c'est à ce moment qu'il répondit, i. quelqu'un qui venait le trouver à son bureau pour lui parler d'affaires: Monsieur X... est à Chaville. Il s'agit, non d'une double personnalité, mais d'un individu, ayant conscience nette de son identité personnelle, mais subissant son rêve.

Après avoir marqué ainsi la dissemblance entre ce cas et le travail du subconscient, nous terminerons la série de nos exemples en rappelant deux cas donton a beaucoup parlé dans ces derniers temps : le premier a été étudié par Flournoy, le second par Morton Prince. Le sujet de Flournoy, M'" Hélène Smith, présente quatre personnalités sub conscientes qui ont évolué parallèlement pendant plusieurs années en alternant au cours des séances; (différemment des autres exemples rappelés dans ce paragraphe, on a procédé ici par séances et enregistré les actes et les réponses, comme pour un médium). M"" Smith a incarné successivement une princesse hindoue, la reine Marie-Antoinette, puis se crut être en communication avec la planète Mars et inventa la langue inédite sur laquelle s'exerça l'habileté de certains philologues ; enlin elle se manifesta «omme Léopold (pseudonyme qu'elle donnait à Caglîostro, qui avait aimé Marie-Antoinette). Nous n'entrerons pas dans le détail et renverrons au livre assez connu de Flournoy. Nous rappelons simplement la genèse de ce dédoublement: propension à la rêvasserie chez M"" Smith jeune. Elle jouait peu avec les «nfants de son fige. Elle avait de véritables halluciua-

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l'inconscient altomatique E»}

tions, voyait des individus imagiDaireg, avait aussi d«s ballucinations graphomolrices, substituant des caractères inconnus aux lettres de l'alphabet français.

Ces faits subconscients se coordonnent plus tard en personnalités secondaires, si bien que dans les états somnambuliques étudiés, ou peut retrouver le souvenir de certains étals de l'adolescence. Les hallucinations grapbo motrice s se développent considérablement et donnent naissance à une langue inventée par le sujet et composée d'emprunts inconscients à d'autres langues et de déformations. Ce sont, écrit Flour- Doy, les fragments d'une vaste création subconsciente où tout l'être de M'" Smith, comprimé et froissé par les conditions de la vie réelle, donne un libre essor aus II aspirations profondes de sa nature >• et s'épa- Douit dans « la fiction d'une existence plus brillante que la sienne » .

Enfin, rappelons en quelques mots le cas de M"* Beauchamp: hérédité chargée; enfant, elle était sombre, repliée sur elle-même, sujette à des chocs nerveux. Elle s'enfuitÀ quinze ans de la maison paternelle après jine période de genèse hystérique; avait eu, auparavant déjà, de graves crises de somnambulisme ; était d'une émoti vite excessive. Très neurasthénique. Elle était étudiante quand, à vingt-trois ans, elle fut confiée au D' Morton Prince qui constata, outre ce que nous venons de dire, de l'aboulie, la limitation du champ de la conscience, de l'incapacité à eorrigerses jugements et une tendance à s'égarer dans l'abstraction.

Plusieurs personnalités se développèrent en elle : <■ elle peut changer de personnalité de moment en moment, souvent d'heure en heure ; et avec chacune de ses personnalités, son caractère se transforme et ses souvenirs changent. Outre le moi réel, original, normal, qui était naturellement destiné k exister, il y a encore trois personnalités distinctes, que notre sujet

peut revêtir tour à tour. Je dis trois personualités distinctes, parce que, quoiqu'elles se servent du même corps, chacuDe d'entre elles est nettement caractérisée ; cette différence se manifeste par une manière de voir, des idées, des croyances, des idéaux et un tempérament distincts, et aussi par des acquisitions, goûts, habitudes, expériences et souvenirs distincts. Sur tous ces points, chacune de ces personnalités diffère des deux autres, aussi bien que de la miss Beauchamp originelle. Deux d'entre elles s'ignorent mutuellement et ignorent la troisième, è. l'exception de quelques renseignements qu'elles ont pu deviner, on obtenir d'autres personnes; de sorte qu'il y a, dans la mémoire de chacune d'elles, des vides qui correspondent aux moments où les autres étaient incarnées. Tout d'un coup l'une ou l'autre s'éveille pour se trouver elle ne sait oii, et dans l'ignorance de ce qu'elle a dit ou fait l'instant précédent. Une seule de c.es personnalités connaît la vie des autres, et celle-là a un caractère si bizarre, une individualité si différente des autres, que la transformation de l'une des autrespersonnalités en celle-ci est le trait le plus frappant et le plus dramatique de ce cas. Ces personnalités vont et viennent, se succèdent comme dans un kaléidoscope ; il se produit souvent plusieurs changements dans l'espace de vingt-quatre heures. Il arrive ainsi que miss Beauchamp, — si je puis me servir de ce nom pour désigner plusieurs personnes différentes, fait et expose des plans, arrange des projets, auxquels elle s'opposera rigoureusement l'instant d'après, se laisse entraîner par des tendances qui lui auraient fait horreur un moment plus tôt, et démolit ce qu'elle vient d'élaborer et de -combiner avec soin ».

Nous empruntons encore au même livre auquel, pour tous détails, nous renvoyonsle lecteur, les quelques indications suivantes, qui suftiront ici à définir le cas : outre sa personnalité normale et l'état hypnotique

r AUTOUATHjlE ol

(désigné par B II), miss Beauchamp peut être trois personnalités BI, Bill, B IV. Dans l'ordre chronologique, B I fut découvert après. B III fut d'abord appelée Cbris, puis Sally. B IV n'a pas de nom, mais Sally qui connaît les autres personnalités, l'appelle l'idiote- Caractérisant ces différentes personnalités, en résumé, Morloa Prince appelle B I la Sainte, B IV la Femme (friïole, égoïste, ambitieuse), B III Sally ou le Diable ; elle ignore la fatigue, la souffrance, la maladie. Elle constitue évidemment la plus curieuse dos quatre personnalités. A certains moments, « elle constitue un groupe d'états de conscience dis.'iociés qui, existant en même temps que le mot primitif, est désigné du nom technique de subconscient, de personnalité subconsciente » .

L'on voit une fois de plus, parcetexemple, que dans certaines conditions anormales, une série de sentiments et d'idées nettement différenciés de ceux de la personnalité normale, s'organise en un second moi, inconnu du moi principal, du moins par introspection. Le moi principal ne peut que l'inférer d'après les actes dont il aperçoit les effets. C'est ainsi que, dans le cas de M"* Beauchamp, Sally ou la personnalité subcons- GÎente est souvent en guerre avec les autres personnalités, leur joue de mauvais tours, dëiruit ce qui leur appartient, leur écrit des lettres désagréables, leur envoie des suggestions, etc. Il faut lire l'histoire de Sally, depuis sa genèse jusqu'au moment où elle semble soumise et calmée, pour se rendre compte de l'étrangeté d'une pareille dissociation.

De semblables observations mettent singulièrement en lumière l'importance du subconscient dans la vie psychique, et l'on conçoit très bien que Morton Prince ail pu écrire, tirant les conséquences de ce qu'il avait observé : « La question de savoir quel rôle jouent les états subconscients dans les esprits normaux est un lies problèmes les plus poignants delà psychologie».

Oi L INCONSCIENT

Dans son curieux livre sur la psychopathologie la vie quotidieDne, Freud a si§:nalé le ràip de l'ii cient dans tin grand nombre de nos actes qui paraissent tout à fait naturels et dont, en réalité, les causes échappent à la volonté consciente. A l'analyse, ces actes révèlent des causes beaucoup plus profondes et en réalité inconscientes, ce qui corrobore les idées de Lipps, précédemment citées : dans la recherche de la causalité psychique, c'est l'inconscient qu'il faut iovestiguer.

L'on trouvera d'autres cas encore de dissociation de la personnalité, parmi lesquels ceujt de Mary Reynolds, d'Ansel Boume, du Révérend Hanna. Le cas d'Ansel Bourse rappelle, par certains cdtés, la fugue que nous avons rapportée plus haut ; mais, comnie W. James le signale, le cas est différent de beaucoup d'autres en ce que le changement de personnalité ne se produisit qu'une fois, que ta seconde personnalité était, contrairement à la plupart des cas, plus simple que la personnalité normale, et enfin que la séparation entre les deux personnalités était très nettement marquée.

. En résumé, nous trouvons un excellent jugement sur l'ensemble de ces faits, dans ces quelques lignes de J. Héricourt; « Dans l'état de santé, peu d'activité (cérébrale) inconsciente et, en tout cas, une collaboration habituelle entre le conscient et l'inconscient. Dans l'état de misère psychologique, un inconscient qui s'accroit et dont l'importance excessive se traduit d'abord par l'aptitude au somnambulisme et par la suggestibilité. Dans l'état de maladie, une activité psychique inconsciente qui s'organise aux dépens des éléments de la personnalité consciente et qui se systématise en une ou plusieurs personnalités secondaires ayant leur vie propre, individuelle, et capables d'entrer en lutte avec le moi, appauvri et amoindri ...

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L INCONSCIENT AUTOKATIOI B

g 4. — Déperioimalliatîoii et tansie

A cette question de la désagrégation mentale se rattachent deux genres de' troubles de la synthèse mentale, que nous aurons à étudier pour compléter ce chapitre : le premier a reçu le nom de dépenotinalisation, le second, celui d'illusion de fausse reconnaissance.

I. — La dépersocnalisation, signalée par Ribot, qui l'appella h folie du doute », a fait dans les derniers temps l'objet de recherches très intéressantes de la part de Dugas et Moutier. Il ne s'agit pas, selon cc^ auteurs, d'une folie à proprement parler, puisque les sujets ont leur jugement sain. En réalité, ils ont l'impression d'être dans un autre monde, de passer par un état d'hallucination où tout leur parait étrange ; mais ils le remarquent, ils conservent leur jugement. Dans cet étal, le sujet ne fait plus la synthèse du monde extérieur et de son moi, mais il sait qu'il la 'fera tantôt ; il a l'impression d'être comme un automate ou plutiït sent son moi comme détaché de l'automatisme et extérieur à lui. Cet état ne repose ni sur un trouble de la sensibilité, ni sur une perturbation de la mémoire ; les organ^ des sens sont normaux et intacts; il n'y a pas d'amnésie. La dépersonnalisation ne résulte donc pas d'autres troubles. Elle se carac- , térise par l'apathie, l'abaissement du ton émotif. Elle est « la rupture du lien qui rattache la conscience personnelle à ses états, »

Dugas et Moutier ne considèrent donc pas ici que le subconscient joue un rôle dans ce phénomène. Ces auteurs ont pu recueillir les remarques d'un malade atteint de dépersonnalisation et qui a annoté leur propre livre. Ce malade affirme que, comme le sujet se souvient de son état normal pendant la crise de dépersonnalisation, il est à même de corriger et de

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reconnaître son illusion, quoique le monde lui apparaisse comme une gigantesque hallucination. Il repousse l'hypothèse d'un dédoublement de la personnalité: mais le moi est étranger à ce qu'il éprouve. Il est indifférent à l'égard de tout : c'est la notion de valeur qui ne subsiste plus que par le souvenir; les souvenirs eux-mêmes, quoique reconnus chez certains sujets, n'intéressent pas le moi et semblent détachés de lui. Les idées prennent une coloration étrange; il compare cet état à la déformation des impressions dans une demi-ivresse. Il ne croit pas à un développement particulier de l'activité subconsciente.

Enfin, ce même sujet dit que la crise initiale a débuté soudain et ne résulte pas d'un examen de soimême, mais sans doute d'états d'âme douloureux, inquiets; il avait rêvé de grandes espérances, conçu un idéal élevé ; en voyant sa vie insigniPiante et vide, il se désintéresse de tout.

Dugas rapporte à la suite de ses observations un autre cas un peu différent, étudié par le professeur Ant. Heveroch, de Prague. Nous le résumons aussi, d'abord parce qu'il offre certaines différences par rapport au précédent et que l'automatisme semble plus développé ici que là; ensuite parce quela pathologie de l'esprit fait comprendre la valeur individuelle de chaque développement mental et montre qu'il serait contraire à la vérité de vouloir traiter les faits psychiques comme on traite les phénomènes physiques.

G, M..., le sujet étudié par le D' Heveroch, fait tout automatiquement, comme une machine, mais il prend conscience de ses impressions. Il présente certains troubles sensoriels (les lettres d'un texte vacillent devant ses yeux) et conceptuels {il ne reconnaît pas les objets). Quarante-quatre ans. Commerçant. Dégénérescence héréditaire ; hyperesthésie sexuelle. Verliges. Boulimie. Mauvaises facultés représentatives

D.„ze..,G(X>gic

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(il ne peut fixer l'image des siens). Son état empire dans la suite, et pendant un second séjour à l'asile, il écrit les lignes suivantes ; « J'ai tout perdu, la conliance dans les autres, la foi dans la vie; je suis saos amour, sans force, demi-aliéné ; J'attends avec frayeur ce qui va se passer. Tout vole devant moi. Je suis perdu, sans pensée. Cependant mon esprit tralaille toujours, se défend, tandis que le cœur, laforce d'âme dort... Diriger le cours de mes pensées m'est impossible. Je m'efforce de penser au temps heureux de ma jeunesse, à ma femme, à mes enfants ; en vain. Riea ne peut me fixer, c'est mon Paradis perdu. J'ai perdu tons mes états psychiques et c'est ce qui est le plus affreux, qui est plus affreux que la maladie même. On vit et on ne vit pas. »

Le sujet n'a donc plus ni volonté, ni, sentiment du moi. S'il écrit, son crayon va tout seul ; l'idée d'écrire lui vient en d«hors de la volonté. Ses idées vont si vile qu'il ne peut les suivre ni s'arrêter sur aucune d'elles. L'intelligence travaille sans que la volonté y sit part. Le sujet écrit ; « Ce n'est que l'esprit qui traïaille en moi, mais l'âme est morte ». 11 se fait l'eifet d'un fanl6me.

Le D' Heveroch soigne d'autres malades, atteints du même trouble, qui continuent à remplir leurs fonctions dans la société, sans qu'on s'aperçoive de leur élat, mais ils sentent qu'ils les remplissent automatiquement: un professeur, qui parle comme il doit, mais se sent parler et vivre en automate ; une direc- Irice d'école, vaquant parfaitement à ses fonctions, mais avec le sentiment d'être étrangère à ce qu'elle fïil,, d'une indifférence de machine.

En résumé, il y a sans doute des états qui se détachent du moi, un automatisme plus indépendant que dans la vie normale, mais cet automatisme ne constitue pas une seconde personnalité. Son origine n'est pas non plus un processus de désagrégation comme

dans l'hystérie, mais une torpeur morale, un sentiment d'apathie,

II, — Un second phénomène qui est apparenté au précédent a reçu le nom de fausse reconnaissance. Il consiste en ce que, brusquement, l'on a l'impression d'avoir déjà passé par le moment où l'on est, vu identiquement les mêmes choses, entendu et prononcé identiquement les mêmes paroles. D'où les termes d'illusion du déjà vu, du déjà vécu.

Les descriptions du fait se ressemblent beaucoup) et bien des personnes parfaitement normales disent l'avoir déjà éprouvé. Ce ne semble donc être qu'un fait anormal momentané. « Nous connaissons tous par expérience, écrit Dickens dans David Copperfield (cité et traduit par Bernard- Leroy, p. 17 de son livre sur l'Illusion de fausse reconnaissance), ce sentiment qui nous envahit parfois, que ce que nous sommes en train de dire et de faire a été déjà dit et fait antérieuremont, il y a longtemps; que nous avons déjà été entouré par les mêmes figures et les mêmes objets, dans les mêmes circonstances»... h Nous connaissons tous rt est exagéré ; certains auteurs croient que le phénomène se produit chez 50 "/„ des gens, d'autres diminuent ce coefficient jusqu'à 30 "/„. Encore faudrait-il voir à quelle classe de la population on s'est adressé. Aucune statistique, dans cette question, n'est complète ni précise. En tout cas, le phénomène n'est pas rare, il est très curieux et difficilement explicable, si l'on considère qu'on a beaucoup écrit dans ces derniers temps à ce propos et donné les interprétations les plus diverses. L'ouvrage cité de Bernard-Leroy renseignera très complètement jusqu'en 1898. On lira ensuite avec grand profit un bel article de Henri Bergson, paru dans la Revue philosophique (1908).

Ce que je ne trouve pas chez les auteurs et ce qui me frappe en lisant les cas rapportés, c'est [que, s'ils

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L INCONSCIENT AUTOHATHÏIT, Wl

se ressemblent dans la descriptioD du fait du déjà vu, leur genèse me parait être très dilTérente. L'expression d'un fait de conscience peut revêtir la même forme chez beaucoup d'individus ; le fait lui-même n'en présente pas moins des nuances multiples selon la manière dont il s'est formé et tient à l'ensemble de la personnalité. C'est ainsi que nous avons tous, en regardant un tableau, une représentation analogue, mais l'état d'àme de chaque spectateur est bien différent. Je crains que la plupart des psychologues ne se soient attachés surtout à expliquer le fait en fonction de leur système et à en extraire une preuve nouvelle pour leurs idées. Bernard-Leroy, qui est très prudent dans son interprétation, constate l'absence totale de données étiologiques : on n'a pas d'observations précises sur la cause du phénomène. Les causes réelles sont un mystère pour tout le monde. Il y apeu de variations dans l'illusion même. Quant à sa durée, elle est généralement courte. Il ne faut pas confondre avec le phénomène, les raisonnements que le sujet y ajoute.

Les sentiment» qui l'accompagnent me semblent plus importants à étudier. C'est ce que E. Bernard- Leroy fait observer avec raison, et il essaie de classer en quatre types les variations que présentent ces sentiments. Le premier type se résume dans le sentiment que la réalité est un rêve; le second, dans un éloignement moral du monde; le monde parait étrange, déconcertant. Le troisième se caractérise par l'étrangeté, auK yeux du sujet, de ses propres actes ; le quatrième se rapproche de la dépei^onnalisation.

Bernard-Leroy a rassemblé de nombreuses observations, les unes recueillies chez divers auteurs, les autres obtenues par un questionnaire très complet qu'il a dressé. Malgré les grands mentes de ce questionnaire, j'hésite sur l'efficacité de la méthode. J'ai remarqué que les dépositions spontanées, dont le

Oo I, JNCONSCIEM

ton et la teneur sont entièrement laissés à la discrétion du sujet, sont toujours plus complètes et plus vivantes. Oo croirait que le questionnaire dût aider à mieux définir ce que l'on éprouve: il n'en est rien.

Il me semble que, dans un certain nombre de cas, les sujets parlent de fatigue et surtout d'ennui. II se peut très bien que ce sentiment de monotonie provienne d'une détente de l'attention qui laisse alors paraître dans la conscience des aspects quelconques des choses, perçus antérieurement, mais restés subconscients ; ils ont provoqué les mouvements d'adaptation quotidiens, mais n'ont laissé qu'un souvenir très elTacé; leur banalité les a fait passer inaperçus. Je trouve cette hypothèse chez Bernard-Leroy; mais l'explication ne se rapporte naturellement au phénomène que s'il est enveloppé du sentiment d'ennui, de monotonie.

Dans d'autres cas, chez les individus qui ont les rêves très vifs, je pense que le déjà vu provient de ce que le rêve a déjà fait naître une combinaison identique à tel spectacle de la réalité. Cela ne doit pas étonner quand on pense aux combinaisons multiples de l'imagination pendant le rêve ni à ce fait que certains rêves se reproduisent identiques; le rêve luimême est oublié, mais il suffit qu'à l'état de veille, un trait saillant qui en fit partie nous frappe pour qu'il se reproduise et qu'il se retrouve tout entier dans notre conscience.

II faut ajouter que l'imagination constructrice peut, à l'état de veille, créer l'illusion du déjà vu. Les auteurs n'ont pas mentionné le fait curieux que voici, recueilli par le D' E. Laurent. Un soir d'octobre, & Malaga, E. L. trouve sur un meuble un livre de Tissol, traitant de la Russie. L'ouvrant au hasard, il y Ut la description de Berditchev, ville de quatre-vingt mille habitants dont soixante-quinze mille juifs. Le livre raconte des choses surprenantes et des aventures

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L INCONSCIENT ArTOUATIQUE 69

extraordinaires qui sont arrivées à son auteur. Dans la suite, E. L. ne pense plus à cette lecture. Or, deux ans après, dans un TOyage en Russie qui le conduit de Cracovie à Kiev, puis à Odessa et en Crimée, arrivé à Smerinka, il se décide, sans absolument savoir pourquoi, à faire un long et coûteux détour pour visiter Berditchev. Il y arrive vers midi, après une nuit passée dans le train. Il se repose un peu et commence sa promenade, l'après-midi à trois heures. Il a alors l'illusion d'avoir vu tout ce qu'il voit, la malpropreté dés maisons, ta promiscuité des gens et des bêtes, ia synagogue misérable. C'est le soir seulement, en cherchant méthodiquement dans ses souvenirs, qu'il Unit par se rappeler le livre de Tissot.

Ensuite, plusieurs cas rapportés par Bernard -Leroy nous montrent une coïncidence du déjà vu avec une tendance au délire de la persécution. C'est, par exemple, le cas des -observations 16 et 36. Le malade prétend qu'on le replace toujours dans le même état, qu'on l'y maintient. L'idée de persécution systématise à ce point la fausse notion de répétition que, si l'on donne au sujet les journaux de l'année, il soutient que l'on se trouve déjà dans l'année suivante et qu'on lui impose les journaux de l'année dernière 1

Dans les cas d'excitabilité nerveuse très grande, le phénomène n'est-il pas analogue à l'hallucination de ceux qui voient leur double 7

Le cas de Kraepelin enfin (Ohs. 19 de Bernard- Leroy) me parait s'expliquer le mieux par la théorie de Bergson. Le phénomène se produit chez Kraepelin quand, se trouvant parmi des gens qui l'intéressent peu, son attention se détourne de ce qui l'entoure pour se reporter sur lui-même; à ce moment, tout ce qui l'entoure lui semble lointain et le phénomène se produit. Il est accompagné d'une impression de prévision et suivi d'un malaise. La réalité lui semble une ombre. Suivant H. Bergson, toute sensation que nous perce-

70 L'rNCONSCIENT

vons s'inscrit, en même temps qu'elle se perçoit, dans la mémoire. En effet, ce n'est ni tantût ni demaîo qu'elle s'y inscrira, si elle ne le fait pas tout de suite. Ainsi toute sensation se double donc d'un fait de mémoire. Or, les nécessités pratiques exigent que nous soyons attentifs à la réalité ; nous n'avons pas à nous préoccuper de la formation du souvenir, puisque nous avons l'objet réel devant nous. Mais s'il y a, comme dans le cas de Kraepelin,' un fléchissement de l'attention, il peut arriver qu'en se repliant sur soi, l'on aperçoive le souvenir en train de se former; l'on prend subitement conscience de ce dédoublement que l'on n'aperçoit ordinairement pas; l'on en reçoit un cboc et l'oscillation se traduit par l'illusion de fausse reconnaissance, " Elle tient à un affaiblissement temporaire de l'attention générale à la vie, à une défaillance qui fait que le regard de la conscience ne se maintient plus dans sa direction naturelle et se laisse distraire à considérer ce qu'il n'a aucun intérêt à apercevoir. »

Cette profonde et ingénieuse explication semble s'appliquer à certains cas, mais je doute qu'elle soit générale, pas plus que les autres. Et j'ai dit pourquoi. Si, au point de vue de llexpression qu'il prend dans la conscience, le phénomène se ressemble chez tous les individus, en réalité les états affectifs qui l'entourent sont très différents. Les sujets observés par A. Lalande {Obs. 22 et suivantes de Bernard-Leroy) sont pour la plupart très frappés du phénomène. Chez Tun d'eux, le contre-coup produit un tourbillon de souvenirs et d'images tel qu'il croit devenir fou. D'autres sujets, selon les questionnaires de Bernard-Leroy, semblent rester calmes ; certains admettent presque que le phénomène constitue un aide-mémoire. Les variations sont infinies. Il n'y a donc pas une cause, mais des causes multiples à ce fait.

Que la condition du phénomène soit un abaissement soudain du niveau mental, une crise de psycholepsie,

„Googk

cela parait dans certains cas admissible. Il n'est pas ■impossible que l'image surgissant à ce moment provienne de l'activité inconsciente, se soit formée antérieurement dans la subconscience ^t puisse se reconstituer.

Les caractères, admis dans de nombreux témoignages, qui rapportent le déjà vu ù Vensemf/le des circonstances dans lesquelles on se trouve, le fait que le sujet reconnaît une image qui s'est formée à son insu, teodent à prouver qu'elle s'était en effet formée inconsciemment, dans le psychisme inférieur. L'explication serait valable pour le cas où l'image se serait formée en rêve, pour te cas des nombreux événements inaperçus de la vie ordinaire et pour le cas du D'E. Laurent, rapporté plus haut. Encore faudrait-il savoir pourquoi la vie subconsciente n'éclate qu'à certains moments sous cette forme bizarre au lieu de présenter ce phénomène de rappel d'une manière plus normale et plus constante.

On le voit, les difncultés sont grandes. Il semble que l'opération dans son ensemble comporte l'existence, dans la subconscience, d'une disposition représentative acquise automatiquement, à l'insu du sujet, soit dans le passé, soit dans le présent même {comme l'explique Bergson) ; si elle appartient au passé, elle peut correspondre à une réalité vue ou être un produit de l'imagination ou du rêve ; ensuite, il faut une identité entre cette représentation et la sensation actuelle (et c'est, me semble-t-il, le point le plus obscur du phénomène : si Nietzsche l'avait connu, quel argument n'en aurait-il pas tiré pour sa théorie de l'Eternel Retour!) enfin, un abaissement du niveau mental et uneinvasion de cette représentation dans la conscience. Voici, pour terminer, à titre de document, une lettre de P. Bour^et sur laquelle insiste Grasset ; elle contient une description très précise du phénomène.

" Quelqu'un prononce une phrase, etavant que cette

phrase ne soit terminée, J'ai l'impression soudaioe et irrésistible que j'ai déjà entendu les mêmes mots, dits par la même personne avec le même accent. L'illusion va plus loin. Aussitôt, ma propre réponse que je n'ai pas encore prononcée, me parait avoir été entendue par moi. Or, pour être plus précis, j'ai l'impression que j'ai déjàémis les sons que je vais émettre, et cela, à mesure que je les émets. C'est alors et pendant que je parle, que l'illusion arrive à son comble. !1 me semble tout à coup qae celte phrase et ma réponse s'accompagnaient d'émotions que je ne retrouve plus. C'est comme si tout uâ monde de sentiments parus allait reparaître, qui ne reparaît pas, et qui est là cependant. Je suis pris, malgré moi, d'une angoisse analogue à celle qui m'étreint dans mon rêve le plus fréquent, qui consiste à voir, bougeant et vivant, un ami que, même dans mon sommeil, je sais être mort. Pareillement, dans ces instants de fausse reconnaissance, je sais que les mots échangés entre la personne avec qui je cause et moi n'ont jamais été échangés auparavant. »

D.3l.iec.ïG00<îk'

Les aspects de l'incooscient sensilif el moteur et du subconscient automatique étudiés dans les deux chapitres qui précèdent se résume en un système automatique extrêmement complexe ; ce système présente des éléments si nettement psychologiques que les savanlo sont d'accord pour ne pas lui refuser les caractères que l'on reconnaît aux autres manifestations de la vie mentale. Certains d'entre eux constatent qu'il n'est pas possible, dans l'état actuel des connaissances, de découvrir les modifications du système nerveux qui lui correspondent. D'autres, plus hardis, émettent des hypothèses sur les centres qui président aux fonctions subconsci entes. Nous étudierons dans un chapitre spécial les rapports entre activité mentale et activité cérébrale et tâcherons de déterminer ce que l'étude de l'inconscient peut nous apprendre à ce sujet. ^'autres enfin affirment qu'il n'y a rien de commun entre le subconscient et le système nerveux et que le subconscient appartient à la vie psychologique, exclusivement.

Nous signalons ces questions en passant. Nous les laisserons de côté pour le moment, tout notre effort devant se porter sur les phénomènes et leur interprétation, non sur les hypothèses. Or, pour comprendre ceux-ci, il nous faut rester sur le même terrain qu'eux

et ne pas chercher des causes en dehors de l'étude des faits eux-mêmes.

Que l'automatisme — si nous désignons parce mot l'ensemble des faits inconscients et subconscients envisagés précédemment — ait un caractère psychologique, c'est ce que les auteurs ont signalé. C'est incontestable. Dès qu'une excitation extérieure provoque un mouvement approprié qui n'est pas un réflexe purement physiologique, nous sommes en présence d'un acte d'ensemble dans lequel la mémoire du mouvement,rassociation de l'impression reçue et du mouvement, l'habitude enfin sont des fonctions d'ordre psychologique que l'on rencontre, par ailleurs, dans toute l'étendue de la vie mentale. El de ce qu'un acte est simple, concret, et n'exige pas d'effort d'abstraction et de raisonnement, on n'a pas le droit de l'exclure de la vie mentale et de le reléguer à un degré inférieur. La vie mentale est beaucoup plus étendue que la conscience réfléchie. L'automatisme ^subconscient est donc bien psychique el c'est comme tel que nous devons l'analyser.

Dans les exemples que nous avons cités et les quelques indications que nous avons ajoutées pour les faire comprendre, il nous est arrivé plusieurs fois d'employer le terme de synthèse mentale, qui est très usité aujourd'hui en psychologie. Nous consacrerons ce chapitre à exposer ce qu'il faut entendre par là et à préciser les rapports entre la synthèse et l'automatisme; l'un ne s'explique pas sans l'autre.

§ 1- — Qu'est-ce qne la synthèse dans la vie mantaleT

Ce serait une erreur de croire qu'une question de psychologie générale doive nous conduire dans le monde des idées abstraites. Au contraire, rien n'est concret et ne doit rester concret comme une analyse psychologique. Le mathématicien, le physicien, le

D.3l.iec.ïG00*^k

chimiste, le biologiste ne peuvent se passer de l'abstraction ; le psychologue au contraire doit s'en passer : c'est pour lui une loi.

Dès qu'à l'étude d'un groupe de faits on applique la mesure, ces faits cessentd'intéresser le savant en tant que faits concrets ; ils n'ont plus de valeur à ses yeux que par la loi à laquelle il les rapportera. Un jourque Gauss élait loué par un contemporain pour ses applications des mathémathiques aux problèmes astronomiques, il déclara que seule la partie mathématique du travail l'intéressait et non « ces boules de boue qu'on appelle des planètes ». Dans les expériences sur l'attraction, le physicien ne considère pas la chute de tel ou tel corps, mais une chute de corps. Ce qui l'intéresse, c'est non le corps, mais la loi de la chute. De même tephysiologiste qui étudie la circulation du sang, ia contraction musculaire, la durée de la transmission nerveuse s'intéresse moins à l'être vivant chez qui ces rythmes font partie de la vie, qu'à la loi de ces mouvements' et à la formule mathématique qu'il leur donnera, formule valable pour tous les faits soumis aux mêmes conditions, abstraction faite de l'être dans lequel ils se produisent.

Le psychologue au contraire doit tâcher d'étudier la vie mentale sur le vif, avec ses caractères émotifs aussi bien que les idées au moyen desquelles elle se présente à la réflexion. Il n'a pas le droit de négliger le sujet. 11 ne peut pas non plus décomposer la conscience en éléments abstraits; car avec de l'abstrait il ne reconstruira jamais do concret et du réel.

Sa tâche sera donc de saisir les caractères de ia vie mentale et de les interpréter, en ayant bien soin de laisser à ce qui est physiologique sa nuance propre et de ne pas oublier qu'ici, ce qui importe, c'est l'activité, c'est la fonction, c'est le sujet qui est actif et s'exprime par des fonctions.

11 faut'se garder de décomposer en éléments arti-

lîcieis ce qui est éprouvé par nous et constaté, enregistré, si l'on veut, par la conscience de chacun comme comprenant à la fois un état afTectif du sujet qui perçoit, un objet perçu, des mouvements, des désirs. Or, toute représentation, tout fait de conscience apparaît à la réllexion comme complexe. Chacun peut en faire l'expérience ' et analyser avec un peu de bonne volonté, n'importe laquelle de ses représentations, une image d'objet, un souvenir, un projet, un rêve, tout en conservant bien entendu à cette représentation sa véritable nature ; il trouvera sans hésitation que sa représentation est inséparable de l'acie psychique qui lui donne naissance et que'cet acte offre les aspects ies plus variés.

Prenez une sensation, l'odeur ou la vue d'une fleur, un son que vous entendez, une parole qui attire votre aitention, le timbre qui annonce un visiteur, l'appel d'un oiseau qui passe, la vue des gens dans la rue ; vous y découvrirez aussi, sans aucune difficulté, le noint de départ de souvenirs, de méditations ou de rêveries, et enfin une attraction ou une répulsion de votre désir et de votre vouloir.

Or, ce qui vous frappera, si vous réfléchissez à cela, c'est que ces différents aspects sont réunis en une seule impression, en un seul tout. Dans les exemples très simples que nous avons choisis, ce tout que l'on appellera impression, sensation, image ou représentation, est un acte qui comprend votre réaction individuelle, votre réponse propre à l'appel ou, selon la terminologie usitée, à l'excitation venue du dehors.

11 s'ensuit qu'un fait psychologique, même élémentaire, ne peut se réduire à un ou plusieurs éléments mécaniques, comme on le suppose en physique pour un ensemble de mouvements, et en chimie pour un corps; mais que ce qui constitue précisément la nature psychique de la représentation, c'est son caractère de totalité ou, plus exactement, son unification dans la

.,Googl.

AUTOIIATISME ET SYNTHÈSE 77

vie mentale, avec l'ensemble deE liens qui la rattacheotau sujet qui l'éprouve.

Ce caractère de totalisation, de complexité active que l'on rencontre dans tout fait mental, voilà ce qui , nous conduit à définir une sensation, une représentation, im acte volontaire, un sentiment par la notion de synthèse. Chaque fait mental est une synthèse.

Qu'est-ce qui différencie la synthèse mentale d'un autre genre de synthèse, par exemple de !a synthèse chimique? Cette dernière se compose d'éléments el ces éléments peuvent être retrouvés. Elle est un mélange d'éléments mécaniques. Chacun de ces é!é- . ments a sa valeur, peut être désigné et mesuré. Par contre, le psychologue se trouve en présence de synthèses dont les éléments n'existent pas en dehors de ces synthèses mêmes. Ainsi les impressions particulières, indiscernables et inconscientes qui entrent dans la composition d'une sensation de lumière, de son, d'effort musculaire ne sont rien par elles-mêmes ; elles n'existent littéralement pas à part de la sensation dont elles font partie intégrante.

Aucune analyse n'arrive à les dégager. A langueur, on peut donner le nom d'élément h des caractères qui se retrouvent dans plusieurs sensations ; ainsi l'on peut dire qu'un minimum sensible entre comme élément à la fois dans une sensation tactile et dans une sensation visuelle. Mais ce n'est là qu'une abstraction qui n'a pas de signification au point de vue psychologique, puisque la sensation tactile et la sensation visuelle présentent une différence de qualité, et qui n'en a pas non plus au point de vue physiologique, puisque les éléments du tact et les éléments de la rétine ne fonctionnent pas de la même façon.

Il est bien plus aisé encore de le prouver si, au lieu de s'en prendre à un aspect artificiellement isolé et détaché de l'ensemble, comme l'est telle ou telle sensation de son ou de couleur, on envisage la vie psy-

chique dans sa réalité mouvanle, avec ses associations d'idées, ses images, les sentiments qui animent tout cela et les volitiong que le sujet émet et qui le montrent actif dans ce mouvement. On s'aperçoit alors que n'importe quel moment de la vie consciente est comme un point de rencontre des différentes tendances qui concourent à l'activité de l'esprit et que tous ces moments font partie d'une synthèse plus vaste qui les renferme tous et qui est la personnalité de chacun de nous.

Il n'y a donc pas, à proprement parler, A'élémenU psychiques -, quand on emploie ce terme, il ne faut pas oublier qu'on ne le fait que parce que le mot est commode ; mais alors il n'est pas pris au sens strict. Si, par abstraction, on arrivait à les dégager, on constaterait alors que la synthèse mentale est plus que le nombre de' ses éléments et autre chose que la composition résultant de la fusion de ceux-ci.

Cela se conçoit dès qu'on pense que dans toute représentation entrent des sensations de mouvement, des signes locaux restant à l'état inconscient (voir Chap. II), des faits de mémoire et des tendances, que l'attention exerce un choix, une sélection parmi les représentations possibles, et que l'intérêt qui s'attache à l'objet de la représentation et guide l'attention dépend de la réaction affective du sujet qui éprouve la sensation, du moi individuel.

Parler d'éléments psychiques était possible dans une psychologie purement intellectualiste, considérant le raisonnement comme étant la faculté supérieure de l'esprit et admettant que le but de l'homme était de produire des idées abstraites. Aujourd'hui, le développement de méthodes nouvelles a ouvert un champ d'investigation beaucoup plus vaste et l'on a remarqué l'importance pour la vie mentale de tout ce qui est moteur, de ce qui appartient à l'action.

Ce ne sont plus, pour une psychologie moins arti-

Al-TOMATISJIE ET SÏMIlfiSB 79

ficielle, les éléments intellectuels qui préexistent; on n'oserait plus, comme Condillac, déduire toute l'acti- TÎté spirituelle de la faculté d'éprouver des sensatious et de les comparer. On sait aujourd'hui que la sensation n'existerait pas sans une aclivilé motrice préexistante; on sait aussi que les éléments intellectuels ne sont que la traduction consciente d'un travail beaucoup plus profond. La découverte de l'inconscient a modifié complètement la psychologie.

Le fait conscient le plus simple n'est donc pas élémentaire ; il ne l'était que pour un système posant à égalité conscience et vie psychique. Mai.'? du moment que celle-ci déborde celle-là, une psychologie intellectualiste n'est plus possible.

Une fois l'inconscient reconnu, la conscience ne risque-t-elle pasdeperdre toute importance et d'être réduite à n'être plus qu'un reflet, une résultante de l'activité inconsciente ? Certains physiologistes ont même été jusqu'à inventer pour elle le terme d'épipkénomène, c'est-à-dire de refletn'ayant aucune action, n'appartenant plus aux séries causales des phénomènes. Cette conception ne serait possible que si la conscience était une survivance; il faudrait pour cela qu'elle ne fût plus que l'écho lointain d'une activité en complète régression. De plus, les états de conscience devraient n'avoir aucune efficacité ; or les expériences sur l'hypnotisme et la suggestion montrent qu'en provoquant directement un état de conscience, on obtient des effets physiologiques; l'état de conscience éveillé par l'expérimentateur, l'image mentale, la représentation se montrent ici parfaitement actifs ; et qu'on ne dise pas que leur apparition résulte d'un état organique. Dans ce genre d'expériences, c'est le contraire qui est vrai. Et inversement, l'on peut, par des transformalions organiques, provoquer un état d'esprit. Etat d'esprit et état organique sont en cela bien distincts. Enfin, dans la vie sociale, des influences s'exercent

L IKCUNSCIENT

ictement sur les idées et sur les sentiments ; c'est [ui a lieu dans l'imitation, dans la contagion des )s, dans les influences qni agissent sur les cons- Lces : enseignement, convictions religieuses et poliles, conseils de morale.

serait donc contraire à, l'explication d'impoiitants apes de faits de reléguer ta conscience dans la se des épiphénomènes. C'est là un mot vide, qui it même pas commode. De plus, on remarque Lvec le développement d'une civilisation délermi- , c'est-à-Hjire avec un processus de différenciation

fonctions sociales et de complication dans l'orgaition de ces fonctions, la conscience individuelle a conscience collective s'épanouissent. Loin d'être uites k ne pas avoir de rôle, elles acquièrent un : de plus en plus considérable, ar conséquent, il n'est pas possible de considérer onscienqe comme un simple produit de l'activité )nsciente. Ce qu'on appelle la conscience repréte très nettement une fonction dans l'activité men-

; cette fonction, c'est la synthèse prenant gra- Ilement connaissance d'elle-mêmeà travers l'évofu-

et aboutissant dans l'humanité & ces unifications isantes que sont les systèmes d'idées. L'activité itale consiste à former des synthèses de plus en î complexes, depuis celle de l'exéitation extérieure es mouvements d'adaptation que l'on observe chez animaux inférieurs jusqu'aux systèmes d'actions, ientimenls et d'idées qui ont reçu, chez l'homme civilisations avancées, le nom de savoir, de justice, érité.

ais, nous le verrons dans la suite, la synthèse la i élevée comme la plus modeste porte en elle aussi )art d'inconscient et les deux courants actifs de la mentale s'interpénétrent et se mélangent. Il n'y a

de ligne de démarcation entre eux et leur action ombine.

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AUTOMATISME ET SÏ^THÉSE 81

C'est ce qui a été remarqué à propos de la forme d'inconscieût étudiée dans le chapitre troisième sous le nom de subconscient ou d'automatisme. Pierre Janet a fait constamment application des rapports entre synthèse et automatisme pour expliquer les différences de tension et les oscillations du niveau mental ; la synthèse domine quand le niveau de la vie psychologique est plus élevé ; s'il descend, elle cède à des fragments d'automatisme qui prennent une importance excessive et désagrègent la personnalité synthétique.

.^insi la pathologie mentale confirme ce que l'analyse des représentations avait conduit à découvrir. La synthèse élémentaire unit l'excitation et le mouvement dans un acte d'adaptation au milieu, accompagné d'un état affectif primordial. L'état mental le plus primitif sort donc de la nécessité vitale d'une synthèse ; la vie mentale constitue un avertissement pour l'être vivant et aussi une possibilité indéfinie de progrès; les synthèses supérieures, que nous appelons savoir, justice, vérité, fusionnent, elles aussi, les différents aspects de la vie mentale, chez ceux qui s'élèvent jusque-là; elles actionnent, en effet, non seulement les combinaisons multiples d'idéei qui sont réunies dans ces concepts, mais les sentiments, grâce auxquels ils ne restent pas lettre morte, et les volitions par lesquelles ils s'objectivent et prennent place parmi les forces sociales.

Mais plus on s'élève dans les ensembles de produits de la vie mentale que fusionne la synthèse, moins est aisée celle-ci, même à l'état normal. Car nous sommes oi^nisés de telle sorte que les sentiments, avec leurs innombrables racines qui plongent dans l'inconscient, nons poussent à agir et que nous ne sommes pas toujours capables de contenir nos actes jusqu'à ce qu'ils soient, comme le voulait Descartes, éclairés par la raison. D'autre part, réunir en une vision spirituelle le plus d'aspects possible des choses, éviter les conceptions pauvres et bornées exigent une capacité de pen-

sée particulière et une largeur de vues peu commune. Ceux qui y atteignent sont rares.

L'on peut donc affirmer que les processus les plus élevés de la synthèse mentale se réalisent rarement, avec toute l'ampleur que l'on voudrait, dans les individualités conscientes et qu'ici encore, nous rencontrons souvent, comme dans l'étude pathologique au niveau mental, de la faiblesse, un manque de tension suffisante. Dans ses degrés élevés, le niveau psychique coïncide avec le niveau moral, l'activité psychologique se fait activité morale ; elle arrive à la puissance de concevoir un idéal, de la manière la plus compréhensive et la plus large. La synthèse supérieure rattache chaque application particulière de la synthèse, chaque moment de la vie à une unité de conduite ; elle englobe l'ensemble des sentiments, des idées et des actes d'une personnalité et apparaît d'autant plus forte que les dilTérentes actions de cette personnalité offrent plus de suite et d'équilibre.

% 2. — L'évolation de la notion de synthèse comme explication de la conscionce.

L'on peut dire que c'est à Leibniz que l'on doit les premières notions précises sur les deux grands problèmes de la synthèse mentale et de l'inconscient, qu> dominent toute la psychologie et qui se conditionnent, ne se comprennent bien qu'en fonction l'un de l'autre.

Leibniz s'était trouvé en présence de la psychologie cartésienne, qui définissait l'activité mentale par la conscience, refusait toute intelligence aux animaux, et inventait pour eux un mécanisme physiologique destiné àremplacer l'âme absente. D'autre part il avait devant lui l'école des empiristes anglais, représentée au xvii' siècle par Locke ; ce dernier prétendait expliquer la vie consciente au moyen des transformationsde la sensation aidée de la réflexion, mais au fond, la

D.3i.za..ïGoo^;;k

ALTOMATISJIE ET SYNTHÈSE 83

réQeiiou n'opérait qu'eu fonction <le la sensatiou. Leibnh mit en lumière l'activité dsB êtres individuels, ce qui vient d'eux, ce qu'ils portent en eux comme possibilités à réaliser ; il Ht participer à la vie psycbi- (jue tout ce qui vit, il étendit les limites de la psychologie bien au delà de la conscience humaine. Aussi, il se rendit parfaitement compte que la vie mentale De pouvait être restreinte aux états sur lesquels se porte l'observation de notre conscience par elle-même. Les représentations que nous observons en nous ne sont pas des combinaisons passives de sensations simples, d'élémentaires images d'objets ; elles portent en elles la marque de l'esprit qui les produit.

Ainsi il établissait l'activité propre de l'esprit. A l'adage par lequel Locke résumait sa doctrine ; « l'intelligence ne contient rien qui n'ait passé d'aburd par les sens H, Leibniz ajoutait: «Si ce u'est l'intelligence elle-même». Sans doute, la matière de nos représentations est fournie par les sensations ; mais cette matière n'est en réalité que l'occasion pour l'intelligence de former des représentations et chaque intelligence les forme non d'après ce que lui imposent tes sens, mais d'après ses dispositions à elle. Chaque être porte en soi son idée de l'univers ; les sensations sont perçues toujours par rapport à cette idée ; si je me rends compte d'une sensation, c'est que mon intelligence établit un rapport entre elle et l'ensemble de mes objets de pensée, sinon il me serait impossible de la reconnaître et de savoir ce qu'elle signifie. La sensation n'est donc jamais qu'un symbole et l'intériorité mentale des êtres est la seule réalité.

Chaque être développe donc, à propos des sensalîons, sa manière propre de se représenter l'univers, sa vision du monde. Ainsi est établie la spontanéité des individus. Dès lors, pourquoi cette vie mentale, cette vision originale serait-elle réservée à l'homme? H peut, il doit même y avoir inflnité de degrés de

84 ' L'INCO^scIE^T

conscience, les uds plus élevés que l'iatelligence humaine, les autres inférieurs à elle pour l'étendue et la clarté des connaissances. Mais pour toutes les intelligences vaut la même loi que pour la nâtre; ce n'est pas du dehors qu'elles reçoivent leur manière propre de percevoir et d'agir ; cette manière leur appartient, relève de leur activité naturelle.

L'idée d'infini, que Leibniz avait appliquée dans le calcul mathématique, il en trouvait des applications singaliërement fécondes en philosophie. Il en tirait aussi des conséquences psychologiques importantes; chacun des faits de la vie mentale, depuis la sensation, n'est pas un élément simple, mais bien la synthèse d'une infinité de moindres faits conscients qui lie sont pas aperçus par nous à part les uns des autres; ils entrent en composition dans l'acte qui les réunit.

La raème chose s'affirmera des pensées actives qui vivent en nous, c'est-à-dire, selon l'explication de Leibniz, des tendances qui constituent notre activité mentale. L'àme, dit Leibniz, renferme « une multitude de pensées présentes, dont chacune tend i un changement particulier, suivant ce qu'elle renferme. » La thèse d'une psychologie dynamique est exprimée nettement dans ce passage.

L'on s'est demandé si Leibniz avait établi la notion d'inconscient à proprement parler et si les petites perceptions n'étaient pas simplement de moindres degrés de conscience. Sans aucun doute, il ne pouvait avoir la notion précise que nous nous faisons de l'inconscient, ni connaître les multiples faits dont nous disposons avec nos méthodes d'analyse psychologique. 11 n'en est pas moins vrai qu'il a le premier vu nettement l'impossibilité d'expliquer la vie de l'esprit par des combinaisons d'éléments simples, qu'il a eu le souci de la complexité de la vie mentale et que sa psychologie dynamique réalise un progrès considé-

D.3l.za..ïG00gk

rable sur Descaries et sur Locke, Ses textes, quand on les compare, ne sont pas exempts de confusion, mais cela provient de la nouveauté do la question.

Tout approfondi Bsement de la psychologie devait apporter aux problèmes de la synthèse el de l'inconscient des ai^uments nouveaux, Kant, dans la Critique de lu raison pure, ne fait pas seulement œuvre de logicien, mais se rend compte que la logique n'a aucun sens si elle est suspendue dans le vide et manque de base réelle, d'explication fondée sur le fonctionnement de la pensée. Aussi approfondit-il les problèmes essentiels de la psychologie et celui de la synthèse occupe, peut-on affirmer sans exagération, ie centre même de son exposé.

Au surplus, Kant avait à défendre la psychologie synthétique contre de nouvelles attaques venues des empiristes. Hume, continuant aux xviu' siècle l'œuvre de Locke, avait repris la tradition sensualisle et en avait exclu le faible rôle que Locke accordait encore à la réflexion. La conscience, pour Hume, devenait synonyme de l'ensemble des états de conscience. Les étals de conscience étaient ou des sensations ou des idées qui en vérité se ramenalenl à des résidus de sensations. Les rapports entre ces idées, rapports qui s'expriment dans toute proposition, dans tout jugement, ne 'sont pas établis par l'activité de la raison, comme on le dit communément, mais par des lois d'attraction tout à fait semblables aux lois physiques: les idées se combinent en vertu, par exemple, de la ressemblance, de la contiguïté, de la succession, Kant ne pouvait se contenter d'une explication aussi superflcieiie, aussi contraire à la nature même de nos jugements. Il objecta que, de cette manière, on n'obtiendrait que des juxtapositions d'impressions et jamais un jugement. Un jugement tout simple, comme celui que j'énonce en disant ; « le soleil chauffe la pierre », serait de toute impossibilité. Tout

au pi Ds pourrai s-je éprouver que ma sensation visuelle donnée par le soleil est accompagnée d'une sensation de chaleur que reçoit ma main si je touche une pierre en particulier. Jamais je n'énoncerais une proposition comme celle-là. En comparant ces faits sensibles à. la pensée que renferme ma proposition, à savoir que les rayons du soleil élèvent la température des corps qui y sont exposés, on mesure la distance considérable entre sensation et jugement-

Ud jugement comprend donc beaucoup plus qu'un rapprochement de sensations. Ce qui le caractérise avant tout, c'est la synthèse qu'il établit entre les termes, c'est ensuite qu'il est afÛrmé par induction pour tous les cas oii les mêmes conditions seront remplies, pour demain comme pour hier. Ce que j'appelle le soleil ne se représente à moi que par la synthèse d'un grand nombre de sensations; la même vérité est applicable à ce que je reconnais être une pierre et à plus forte raison au rapport entre le soleil et la répartition de la température dans les corps qui sont exposés à ses rayons.

De plus, avec le système des sensualisteË, jamais la certitude scientifique ne sera possible. Or, elle est un fait. En analysant ma vie mentale, je distingue nettement les attitudes de l'esprit que j'appelle possibilité, probabilité et certitude. Elles ne se confondent pas. Or, comment la certitude s'établira-t-elle jamais avec les seules sensations ? Certaines habitudes sans doute lieraient mes impressions ; je n'irais pas au delà. Aussi Hume avait-il la franchise de réduire la certitude à. l'habitude. Kant ne se contentait pas de cet artifice.

Nous le voyons donc reprendre certaines thèses de Leibniz et spécialement l'activité propre, la spontanéité de l'esprit, ensuite l'unification de la multiplicité sensible dans l'unité synthétique de la pensée. Il ira plus loin que Leibniz dans cette voie et cherchera'

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quelles sont les formes que notre pensée impose aux représentations ainsi que les lois logiques qui président à DOS jugements. Mais ces formes et lois logiques li'aaraient aucune portée si on ne définissait pas le fonctionnement psychologique qui leur donne naissance. C'est ainsi que Kanl recourut à la synthèse mentale. La synthèse repose sur une fonction unificatrice de la pensée que Kant appelle aperception, reprenant le terme que Leibniz réservait à la connaissance ratîonoelle.

Toute liaison de la multiplicité sensible en une représentation d'objet provient de cette activité synthétique rationnelle. Sans elle, il n'y aurait que des sensations disparates, sans cohésion. Les sensations, différentes les unes des autres, ne sauraient par ellesmêmes nous donner l'image unifiée d'un objet. Du haut en bas de nos connaissances, la synthèse est active. Elle englobe non seulement la perception, mais ce qui nous permet de nous représenter les objets dans l'espace et dans le temps, et ce qui fait que nous les faisons entrer dans des ligures géûmétriques dont les proportions soient définissables ; activité synthétique encore, la faculté de rattacher les objets particuliers aux caractères compréhensibles qu'ils prennent dans le concept, dans la notion abstraite : nous reconnaissons les différents arbres grâce au concept d'arbre qtii les explique logiquement tous; mais ce concept, esl-ce la sensation, tout en nuance, qui le donnera jamais ?

Ainsi la synthèse est l'activité propre et unificatrice de la vie mentale. Nous en avons une notion dans le fait conscient du « Je pense » qui accompagne en sourdine toutes nos représentations. Mais Kant ne peut s'empêcher de reconnaître que l'unité de notre aperception est « transcendantale », c'est-à-dire située en dehors de l'expérience, ou, comme nous le dirions aujourd'hui, s'exerce inconsciemment à l'insu du

sujet pensant. Mais cet inconscient n'est pas irréductible : il appartient à la réflexion de le pénétrer.

Ces considérations essentielles de Leibniz et de Kant devaient avoir un retentissement considérable. Aussi le problème de la synthèse était-il placé désormais au centre de la psychologie et rien ne pouvait l'en déloger. De même que Leibniz avait réfuté Locke, que Kant avait réfuté Hume, les grands psychologues de la fin du xcx" siècle et des premières années du xx" siècle mirent à néant les derniers elTorts des empirtstes, de J. Stuart Mill, de Bain, de Spencer pour sauver le sensualisme. On peut dire ■que cette dernière tendance est morte aux yeux des psychologues.

Cherchons quelques exemples chez les psychologues contemporains. Le fondateur du premier laboratoire de psychologie expérimentale, l'illustre Wundt, professeur à l'Université de Leipzig et doyen des psychologues aliemauds, a montré, à son tour, l'insuflisance des théories associationnistes en psychologie. Voici comment on pourrait résumer son argumentation, qui s'oppose nettement aux hypothèses sensualistes et met l'accent sur l'activité mentale, la spontanéité du sujet 1 il n'y a pas, selon Wundt, d'éléments psychologiques proprement dits; la vie mentale ne part pas de prétendus étals conscients simples que seraient les sensations et ne peut se~construtre au moyen de ces états et de leurs transformations. Quand on emploie te terme d'élément psychologique, il ne faut pas oublier que c'est là un produit de l'analyse et de l'abstraction. 11 n'existe pas d'éléments psychologiques à l'état libre; ces éléments font toujours partie de touts complexes, à'acles qui sont, par certains aspects, représentation d'objet et, par d'autres, activité subjective, sentiment, volonté, attention. Ni les sensations, ni les idées que les sensualistes prétendent, depuis liume, en faire dériver.

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ne sont des éléments. Ce qu'on pourrait appeler élément dans la vie psychique sérail beaucoup plus simple, et jamais un élément psychique ne constituerait unedonnée consciente. Toute sensation, même la plus fruste, est une fusion d'éléments qui n'existent pas en dehors de l'ensemble de cette fusion même. Ainsi est contredite l'une des thèses des associationnisles.

La seconde thèse que les associationnistes anglais du XIX' siècle ont reprise de Hume et développée, réduit, nous l'avons vu, les lois de l'activité menlaie à des lois d'attraction entre idées. Cette thèse ne trouve pas grâce non plus devant Wundt. Celui-ci soutient qu'il existe une activité propre dans la vie mentale; il est arrivé à la démontrer par de nombreuses expériences, ainsi que par l'étude des fonctions cérébrales; sa théorie est psycho-physiologique. Il l'a exposée dès la première édition de sa Phijsiologische Psychologie. On sait que cet important ouvrage a eu six éditions successives, et l'auteur a considérablement augmenté et modillé son œuvre à chaque édition; il l'a accrue des données expérimentales et des découvertes physiologiques nouvelles; il l'a transformée selon les progrès des méthodes et les découvertes de sa science. Dans les lignes essentielles pourtant, les faits nouveaux ont apporté à sa théorie uneconstanteconfirmation.il a été amené à abandonner les parties caduques et les hypothèses accessoires, mais a conservé les idées directrices de sa conception.

L'activité mentale ne se compose pas d'éléments. Elle est fondée sut la réaction du sujet et cette réaction est essentiellement active et personnelle au sujet. Il y a donc une fonction en quelque sorte centrale dans la vie de l'esprit : ainsi seulement peut se comprendre l'attention, l'unification des données conscientes et en môme temps le fait que notre vie

psychique n'est pas uQe combinaison ,de notions abstraites, mais, avant tout, une activité, ou, si l'on préfère, une volonté soutenue par des étatâ afTectifs. Cette fonction unitaire, qui est psycho-physiologique, Wundt adopte, pour la désigner, le terme leibnizien et kantien d'aperception.

L'aperception est donc l'activité mentale accompagnée du sentiment d'elle-même; elle se traduit par l'attention par laquelle certains contenus psychiques sont choisis dans notre idéation et certains autres, écartés. De l'aperception relève la synthèse mentale, qui s'étend de la fusion et de l'assimilation des éléments entrant dans une sensation jusqu'à l'unification logique des concepts dans le raisonnement.

Dans la sensation, qui présente une synthèse moins intellectualisée, l'aperception intervient, mais on peut l'y appeler passive en ce sens que ce sont les excitations mêmes qui déterminent son entrée en action; par contre, dans un raisonnement ou dans une délibéraiion de la volonté avec elle-même, l'aperception est active.

Wundt a donné une classification des formes les plus simples de synthèse : combinaisons intensives entre des éléments sensibles de même nature, comme pour un son et ses harmoniques; combinaisons extensives entre les éléments de sensations différentes, comme pour les éléments moteurs et tactiles avec les impressions visuelles ou auditives (nous avons étudié ce processus au deuxième chapitre); puis assimilation et complication de sensations, de façon à former une représentation d'objet; enfm, association par similitude et par contiguïté entre des représentations qui appartiennent à un même ensemble. C'est le domaine de l'aperception passive.

L'aperception active soumet les représentations au concept; ce travail n'est pas séparé du précédent, mais se produit dès que nous connaissons et déter-

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minons une représentation. Le concept, c'est-à-dire toutleçme qui ne s'applique pas à une seule représentation (à moins de cas très spéciaux), mais en englobe plusieurs (comme arbre, lable, livre), ou désigne certains traits, certains aspects communs à plusieurs représentations (comme mouvement, couleur, forme), est produit par l'aperception active qui établit des rapports entre des représentations diverses ou encore analyse et décompose une totalité représentée pour en relier les divers éléments à des notions connues. L'aperception active s'accompagne de sentiments spéciaux, les sentim&nts d'activité, . entrant en jeu avec l'effort, la volition, l'attention active. L'existence de ces sentiments nous découvre la véritable nature de l'aperception : elle est ellemême activité, volonté. La psychologie de Wundt est an volontarisme.

Aussi, ce caractère essentiel de l'activité mentale n'est pas réservé à l'homme seul. Il s'étend aussi loin que la vie psychique elle-même. Tout être vivanH,, aussi simple que soit sa vie psychique, répond aux actions du dehors par une tendance interne, une réaction propre à l'être qui l'accomplit. Cette réaction est adéquate A l'être, elle porte en elle quelque chose d'originaire et d'instinctiT. Wundt l'appelle Trieb; nous traduirons ce mot par penchant, poussée, tendance. Certains des mouvements de réaction par lesquels l'être vivant répond au milieu se mécaniseront rapidement et donneront naissance aux rtHexes, aux réactions purement physiologiques réglées par les centres nerveux inférieurs. Mais d'autres mouvements, par lesquels l'être vivant tichera de s'adapter plus complètement au milieu et de s'approprier, dans son milieu, ce qui répond à ses besoins, se compliqueront et s'accompagneront de la représentation d'un but. Ainsi donc, le mouvement volontaire est une complication du Trieà ou

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