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it de la représentation s qu'il importe de faire jde mentale est sousl'activité . Réaction de aaire, septiment d'acti- , et des mouvements aspects d'une seule et )sychique est une syn-
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de Copenhague et le chef de l'école de Leipzig. Plusieurs de ses œuvres les plus importantes sont coDnues du public français et son principal ouvrage, \Etquiise d'une psychologie fondée sur l'expérience, a eu de Dombreuses éditions dans les difTérentes langues.
Hoeffding a très solidement établi les rapports qui existent entre tous les aspects et toutes les fonctions de [a personnalité mentale. Rien, dans la vie psychique, n'est isolé de l'ensemble; entre tous ses aspects, il y a des relations multiples ; pas de démarcation entre sensation et mémoire, entre mémoire et pensée. Chaque fait mental participe à la fois de ces diverses fonctions que nous appelons perception, mémoire, pensée, volonté, sentiments. C'est la loi de relation qui régit la psychologie.
Entre tous les faits qui relèvent d'une même conscience il y a une connexion intime ; cette conneiion, Hoeffding la poursuit dans toute l'étendue de la vie mentale. Il la trouve dans les sensations; comme nous avons envisagé la question antérieurement, nous nous dispensons d'insister; il la recherche dans le souvenir : y aurait-il souvenir s'il ne s'établissait une relation entre les perceptions et les images, et cette relation n'est-elle pas fondée dans la loi de relation elle-même? Les sentiments donneront,à l'analyse, un résultat analogue et l'on comprendra par eux les oppositions, les contrastes et aussi l'harmonie et le bien-être moral qui ne pourraient exister s'il n'y avait dans la vie mentale une activité dé rapprochement, de comparaison, de s^ynthèse. Supprimez cette activité et les différents moments de notre vie affective n'ont plus de rapport les uns avec les autres; les sentiments de plaisir et de peine, de satisfaction et d'éloignement restent sans explication plausible.
Le ressort de l'action, ce qu'on est convenu d'appeler la volonté, ne se comprend pas sans la synthèse
des peDséeset dessenUments, concentrés vers un bot déterminé. « Toute voHtion, écrit HoefFdiag, implique une concentration, puisque toutes les pensées et les sentiments y sont orientés vers un but déterminé. Ce groupement intervient aussi bien dans l'instinct que dans la tendance et la résolution. C'est peut-être ici que le caractère cité s'applique le mieux : si par volonté nous entendons la conscience de sa faculté active, nous pouvons appeler volonté cette activité synthétique sous toutes ses formes .»
La manière dont nous envisageons les choses et percevons le réel enfin serait incompréhensible sans la synthèse, car les représentations par lesquelles nous traduisons noire expérience du monde ne nous permettent pas de concevoir an objet isolé. Rienn'est isolé, tout se tient. Nous ne nous contentons pas d'enregistrer des sensations, nous les mettons en relation avec l'ensemble de notre conception, avec notre représentation des choses. Cette thèse renouvelle, on le voit, le problème posé par Leibniz.
Nous ne prétendons aucunement donner ici un historique complet de la notion de synthèse mentale depuis Leibniz. Notre but est uniquement démontrer l'importance croissante qu'a prise ce problème en psychologie et de permettre au lecteur de préciser une notion que l'oaretrouve souvent aujourd'hui, soit sous la dénomination que nons avons choisie, soit sôusdes noms différents, aperception, unité de la vie mentale, volonté ou quelque soit le terme que l'on préfère pour désigner cette fonction active. Nous désirons indiquer aussi ta part que quelques psychologues de grand renom lui ont apportée.
Nous avons le grand tort de nous imaginer parfois , que la psychologie anglaise soit exclusivement sen>sualiste et que la pensée des Mill, des Bain, des Spencer la résume uniquement. Le livre si intéressant de Ribot nous a fait connaître tout particulièrement
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ces auteurs, mais il ne faut pas oublier qu'en même tempB l'Angleterre eut un mouvemeDt' philosophique opposé à celui-là, et qui triomphe aujourd'hui avec des idéalistes comme F. H. Bradiey et des psychologues comme James Ward, l'auteur du très important article sur 1^ psychologie dans ï'Encijclopédie britannique. Y&oi-\\ rappeler l'œuvre du psychologue américain William James, universellement connu et apprécié ?
Cette dernière œuvre est caractéristique pour la réaction contre les systèmes qui prétendaientconstruire la vie mentale au moyen d'éléments, n La théorie qui fait de nos idées des combinaisons d'idées élémentaires n'est pas seulement improbable, elle est logiquement inintelligible : elle ne présente aucun des cuaciéres essentiels k toute vraie combinaison ». James accompagne cette condamnation d'une quantité d'arguments très originaux : « Prenei une phrase de douze mots ; prenez douze hommes et dites à chacun d'eux un de ces mots; rangez vos hommes en ligne ou pressez les en tas : puis faites penser à chacan son mot aussi attentivement qu'il voudra : cela Défera jamais que vous réalisiez ainsi quelque part la conscience de la phrase entière. » Et plus loin : « L'associationnisme fait de l'esprit le résultat d'une multiplicité d'idées distinctes unifiées par Vassocialion ; il y a, dit-il, une idée de a et une idée de h, et par conséquent de a -|- i qui n'est que les idées de a et (te b réunies. C'est comme si l'on disait en mathématiques que le carré de a plus le carré de h est égal au carré de a -|- ô, ce qui est une erreur évidente. Idée de a 4- idée de b n'est pas identique à idée de a -|- 6 ; il y a là deux idées, et il n'y en a qu'une ici. Là, ce qui connaît a est expressément supposé ne pas connaître b ; ici ce qui connaît a connaît également b, etc. Bref, aucune logique ne fera jamais que deux idées n'en forment qu'une. ■
W. James avec de nombreux exemples et des analyses fines et spirituelles, a mis en lumière la continuité de la vie mentale, par opposition à l'atomisme psychologique des sensualistes; il a éclairé la multiplicité des courants d'idées qui constituent l'activité psychique. Il a montré que tout état tend à s'intégrer à une conscience personnelle etque celle-ci s'explique non par une identité substantielle, comme le pensent les spiritualistes classiques, mais par une identité fonclionnelle ; enfin que toute conscience personnelle choisit dans les éléments de son contenu, procède par sélection vis-à-vis des représentations possibles.
Sans qu'il ait formulé une théorie nette de la synthèse, comme nous en avons trouvé une chez d'autres psychologues, il critique la psychologie mécaniste et a le sens le plus vif du mouvement et des nuances de la vie mentale.
En 1889, dans un livre très riche en faits, très solide de structure et qui donne à la fois beaucoup à apprendre et beaucoup à penser, Fr. Paulhan, partant de l'étude des éléments de l'esprit, comme le voulait la psychologie associationniste, â ce moment fort en honneur^ s'élevait à une conception difi'éreote de l'associationnisme proprement dit ; tout en cherchant à définir le rôle des éléments psychologiques, leurs influences réciproques et en quelque sorte leurs mouvements à l'intérieur de la vie mentale, il montrait que cette étude n'épuisait pas l'activité du sujet et qu'il fallait la compléter par la synthèse. « C'est l'harmonie, en elTet, la finalité, la systématisation, que nous avons trouvée partout dans l'esprit et reconnue pour le caractère le plus important de l'activité mentale. »
llinsiste sur la réaction de l'organisme individuel; cette réaction constitue i'esprit, synthèse active des impressions reçues par l'organisme, synthèse psychophysiologique et par conséquent aussi synthèse des
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conditions physiques et des conditions sociales. Nous ne sommes pas passifs en recevant les impressions extérieures, nous suivons nos tendances intérieures et nous modifions l'ordre ptiysique des excitations, accueillant celles qui sont d'accord avec notre personnalité. M Même la phase réceptive est déterminée par la réaction de l'organisme dans le sens de la systématisation entre les tendances dominantes et les perceptions, c'est-à-dire entre l'organisme et le milieu. » Ce choix s'exerce non seulement dans le domaine des sens, mais dans celui des idées. Les idées ne s'enchaînent pas selon une logique impersonnelle, comme chez les idéalistes, ni selon le mécanisme des empiristes anglais, mais elles sont choisies suivant la tendance dominante de l'individu. H Aussil'idée, la même idée pour ainsi dire, l'idée d'une môme chose diffèret-elle toujours d'une personnalité à l'autre, parce que les perceptions et surtout les tendances ne sont pas les mêmes. »
Paulhan pourrait ajouter qu'elle varie chez le même individu selon la période de l'existence dans laquelle il se trouve, le ton affectif, le niveau de la vie mentale, et que seules ces idées-là persistent qui sont attachées en quelque sorte à toutes les fibres de l'individu, par les sentiments et par les habitudes, et qui ont jeté dans l'inconscient des racines profondes. Mais il est tout à fait vrai d'affirmer que « toujours nous retrouvons dans l'intelligence le facteur individuel ».
" Les vérités les plus abstraites, celles des mathématiques, sont celles qui diffèrent le moins d'une personne à l'autre; encore ne sont-elles identiques qu'au point de vue logique et abstrait, car quand un écolier ou un mathématicien de génie pensent une même formule, les deux états mentaux ne sont pas absolument équivalents, les formules abstraites n'existent pas isolément, elles éveillent toujours, d'une manière plus ou moins nette, quelques idées qui
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varient d'ua esprit à l'autre. » Et plus on va vers des faits coDcrets de la vie individuelle, plus la tendaDce individuelle s'accuse. Dans le domaine des sentiments, les différences sont considérables entre les hommes dans la manière dont ils les éprouvent.
Paulban ne pouvait omettre les manifestât! one motrices, dont Ribot a signalé l'importance en psychologie. Les gestes, les attitudes, la démarche, l'écriture, comme il le rappelle, caractérisent l'individu.
Les multiples états de l'esprit, correspondant à la très riche activité organique, se systématisenttoujours ; c'est pourquoi la personnalité se reflète dans chacun de ses actes. Paulhan s'est placé au point de vue de l'analyse pour les étudier ; ii a donc usé de la même méthode que les associationnistes, il est parti des mêmes faits que ceux-ci, et dans ces conditions, il est important de constater qu'il a jugé leur conception insuflisante à rendre compte des caractères synthétiques et actifs de l'esprit.
A la même époque que l'Activité mentale de Paulhan paraissait VAutomatisme psychologique de Pierre Janet ; ici une autre méthode encore, la méthode pathologique, conduisait k proclamer qu'il est impossible d'expliquer l'activité mentale par des combinaisons d'éléments, mais au contraire, que la vie psychique la plus élémentaire est déjà une synthèse. Il retrouve cette synthèse jusque dans l'automatisme. Et ici réside le grand intérêt de ses recherches. 11 provoque l'automatisme chez des sujets hystériques et il étudie cet automatisme. 11 remarque que celui-ci ne crée pas de synthèses nouvelles, mais reproduit celles qui ont été organisées par l'esprit. Il montre l'importance des mouvements et des actes, inséparables de toute sensation, et l'impossibilité d'expliquer la vie mentale par des éléments intellectuels et leurs associations. Au surplus, les lois qui président à l'association ne sont en rien semblables aux formules des logiciens.
Ce qui s'associe, ce sont les différentes parties d'un même tout vécu. Un aspect de la synthèse, s'il est rappelé, suffit à rappeler l'ensemble de l'acte dont il lit partie : cette loi de totalisation, formulée et par Hamilton et par HoefTding, trouve ici sa confirmation. Elle diffère essentiellement des lois artificielles des
11 a montré aussi l'erreur, déjà signalée, d'une unité en quelque sorte -matérielle de îa conscience. Nous avons toujours des séries très différentes d'impressions qui constituent notre activité psychique et la synthèse n'est pas une unité pauvre, mais une unification. L'appauvrissement, l'unité en quelque sorte réduite de la conscience n'existe que dans la catalepsie. Comme le disait Ochorowicz, « à l'état de veille, malgré ie niunoïdéisme apparent qui a séduit plusieurs psychologues, notre pensée est toujours très compliquée ; nous avons simultanément une foule de sensations qui luttent entre elles et une foule de souvenirs qui cherchent à se débarrasser de la pression des idées dominantes »,
Nous citerons cette page très forte de Pierre Janet dans la conclusion de son Automatisme psychologique: X Comme le disaient les anciens philosophes, être c'est agir et créer, et la conscience, qui est au suprême degré une réalité, est par là même une activité agissante. Cette activité, si nous cherchons à nous représenter sa nature, est avant tout une activité de synthèse qui réunit des phénomènes donnés plus ou moins nombreux, en un phénomène nouveau différent des éléments. C'est là une véritable création, car, à quelque point de vue que l'on se place, la multiplicité ne cmttienl pas la raison de l'unité, et l'acte par lequel des éléments hétérogènes sont réunis sous une forme nouvelle n'est pas donné dans les éléments. Au moment où, pour la première fois, un être rudimentaire réunit des phénomènes pour en faire la sensation
vague de douleur, il y eut dans le mondé une véritable création. Cette création se répète pour chaque être nouveau qui réussit à former une conscience de ce genre, car, à proprement parler, la conscience de cet être qui vient de naitre n'existait pas dans le monde et semble sortir du néant. La conscience est donc bien par elle-même, dès ées débuts, une activité de synthèse. »
La méthode pathologique a permis k Pierre Janet de déterminer les rapports entre l'automatisme et la synthèse; nous avons parlé longuement de ses applications à l'étude du subconscient. Quanta la synthèse, Pierre Janet a tenté de la définir à la suite de longues recherches sur les obsessions, les idées Uses et en généra! les névroses et les états psychasthéniques. Il a établi que c'est dans la fonction du réel que se manifeste le plus complètement la synthèse mentale. Comment reconnaître cette fonction ? Par l'action volontaire et sociale d'abord : cette action, aisée quand la synthèse s'exerce intégralement, est pénible aux psychasthéniques. Agir leur semble difficile, compliqué ; ils se préoccupent avec exagération des sentiments d'autrui; leurs actes exigent un effort anormal. Les actes qui font appel à la volonté et demandent une adaptation au milieu social engagent la personnalité; il faut que les tendances qui la constituent soient nettement coordonnées, qu'elle convergent vers l'action et que celle-ci s'accomplisse avec précision.
Ce n'est pas tout : un deuxième caractère auquel on reconnaît la synthèse est la persévérance dans l'achèvement, qui manque quand le niveau mental s'abaisse. Il n'est pas rare d'observer un individu qui prend son élan pour accomplir vaillamment une chose, mais, l'action commencée, se décourage, hésite, revient sur ses pas et ne parvient pas à coordonner avec vigueur ses moyens et à appliquer d'une manière suivie son attention au travail commencé.
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Il Taut pour réussir ici, une attention capable de saisir avec exactitude une perception sensible ou une idée et d'avoir ie sçntiment du réel. Il ne suffit pas de raisonner plus ou moins juste. Le sens du réel, l'adaptation exacte aux objets et aux circonstances sont beaucoup supérieurs aux fonctions du raisonnement.
Activité propre du sujet, réaction individuelle, synthèse différant des éléments et créant du nouveau ; multiplicité des tendances synthétisées ; erreur des intellectualistes qui donnentà des combinaisons d'idées le pas sur l'activité intégrale de la personnalité : tels sont les résultats obtenus par Pierre Janet, au moyen de la méthode pathologique. Je passe sous silence ici l'ensemble des problèmes relatifs au subconscient et à l'automatisme, les ayant traités en détail au troisième chapitre.
Nous avons vu jusqu'ici une concordance frappante entre les différentes méthodes; la définition de la synthèse mentale se complète. La psychologie objective et analytique de Paulhan a montré qu'on ne pouvait construire la vie mentale au moyen d'éléments mécaniques. Wundt, se basant sur l'expérimentation psychologique et physiologique, fonde sa théorie do l'aperception active et de la synthèse, Hoeffding vérifiant les résultats obtenus par les .autres méthodes au moyen d'une étude des conditions proprement psychologiques de la vie mentale, James les soumettant à la critique d'une observation qui se porte sur le mouvement des courants de l'esprit, aboutissent aux mêmes conclusions. Et enfin, les grands penseurs qui, comme Leibniz et Kant, ont tenté de mettre en rapport les propriétés de l'àme humaine et l'organisation rationnelle de la connaissance, en tant qu'organisation continue et méthodique, abstraction faite de la variabilité des consciences individuelles, affirment, eux aussi, la nécessité, pour comprendre le rationnel, de poser l'activité synthétique de l'esprit.
La méthode la plus ancienne de la psychologie, l'observation interne qui, en dépit des abus auxquels elle a donné lieu dans certaines écoles (le spiritualisme éclectique) est et reste indispensable et s'est transformée chez les Anglais, sous le nom d'introspection, en un excellent procédé d'inTestjgation, a reçu, grâce à Henri Bergson, un renouvellement profond. Bei^son a montré qu'au. courant des siècles, des artistes aussi bien que des psychologues avaient tenté de saisir sur le vif les manifestations de la vie mentale, en évitant d'immobiliser celle-ci en éléments et en lui conservant précisément son caractère mouvementé, nuancé ' et riche. Au lieu de transformer un état d'Ame en abstraction, en entité, de le fixer par un concept et par un mot, de le classer et de le décrire par ses aspects extérieurs, il s'agit de voir cet état se constituer, d'en retrouver les processus successifs, de les décrire avec toutes leurs nuances, de trouver des termes et des images qui suggèrent ces nuances el leur conservent leur fraîcheur.
Ce procédé d'artiste, éloigné de toute abstraction, convient singulièrement à la vie mentale qui est concrète, éprouvée, vraiment vécue d'une manière immédiate, et sans intermédiaire. Bergson a ouvert ainsi à la psychologie des horizons inexplorés.
Il oppose à l'hypothèse mécaniste aussi bien qu'au système intellectualiste une psychologie qui, s'appliquant à retrouver les caractères originaux de l'activité mentale, s'efforce de saisir celle-ci, moins par une observation qui immobilise trop aisément les faits auxquels elle s'applique que par une intuition, c'està-dire un regard qui pénètre et éclaire les profondeurs de la vie psychique. Pour y parvenir, il faut se débarrasser des déformations occasionnées par l'habitude d'envisager les choses extérieures et de diriger l'attention sur elles. Nous sommes obligés, parles nécessités pratiques, de nous adapter constamment au milieu
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dans lequel nous vÎTOns. Aussi nos termes, les mots dont nous nous servons, nos méthodes, nos raison- Dements ont pris un tour particulier; le langage suit lesobjetsqu'ii doitdésigner; ces objets sont spatiaux, eïtérienrs les uns aux autres; pour pouvoir agir sur eus, les utiliser, nous devons bien définir leurs contours, leurs Ifeu et place ; les impressions essentielles qui viennent d'eux, il nous faut les résumer dans un concept, une notion générale, abstraite, schématique.
Cette habitude s'est ancrée en nous, et nous traitons, pour la rapidité et la facilité des communications sociales, notre vie intérieure absolument comme les objets situés hors de nous. Nous la découpons en moments, en représentations ou en idées ; nous groupons BOUS un même terme les représentations qui offrent des ressemblances extérieures et nous négligeons les nuances qu'elles revêtent toujours en nous. Nous n'accordons è. ce qui est de la nuance, de l'émotion intime, qu'un minimum d'attention, si bien que notre psychologie a fini par substituer, à la coloration de nos états intérieurs, des abstractions et que nous Snissons par parler, à propos de sensations ou de sentiments, d'uo plus ou d'un moins, d'éléments et de combinaisons, comme s'il s'agissait de corps à. peser ou à mesurer.
Ce procédé fait que nous découpons artificiellement la vie de l'esprit et que, le jour où faisant un retour sur nous-mêmes nous essayons de la comprendre, nous avons perdu le chemin qui mène vers elle et l'activité nécessaire pour la pénétrer.
Mais nous arriverons à la retrouver si nous savons nous placer directement dans son mouvement. Nous eomprendrons alors que toute explication empruntée aux conceptions mécaniques doit échouer dans l'analyse de l'activitémenlale, pour la raison très essentielle qne le caractère de cette forme d'activité est précisément d'être vécue, éprouvée par le sujet même qui la
prodoit. Contrairement atout ce qui peut se représenter dans l'espace, la psychologie porte exclusivement en elle le caractère de l'intériorité ; les faits psychologiques n'occupent aucun endroit, leur existence est tout entière dans Tactivité qui les produit, dans la direction et les tendances qui constituent en chacun de nous cette activité. La vie mentale est dynamique.
Ensuite, ces tendances n'étant pas extérieures les unes aux autres, puisqu'elles n'ont rien de spatial, s'interpénétrent ; elles collaborent l'une avec l'autre i elles se fusionnent dans le caractère individuel. Chaque tendance de l'activité mentale retentit sur toutes les autres. Et aucune d'elles n'est lixe ; elles se modifient constamment toutes par l'influence des autres et des événements extérieurs qui les provoquent & se manifester.
La vie psychique proprement dite est donc constituée des nuances qualitatives que nous recueillons de chaque perception sensible et qui reçoivent ce coloris de notre manière propre de percevoir ; les sensations qui accompagnent notre activité y sont aussi comprises. Rien de tout cela ne se perd, mais retentit en nous et donne naissance à des tendances; l'interpénétration de celles-ci ne porte pas seulement sur l'actualité, mais se prolonge. Le retentissement du passé en nous constitue la durée, qui ne ressemble en rien au temps mathématique qui nous sert à mesurer les phénomènes physiques. Durée, interpénétration des tendances, caractère, voilà ce qui anime notre vie mentale ; nous trouvons donc de nouveau ici l'idée d'activité personnelle et de synthèse. Il y a des actes dans lesquels cette synthèse se remarque dans toute sa vigueur; ce sont les actes qui émanent du caractère et qui traduisent véritablement la personnalité de celui qui les accomplit, Bergson appelle libres les actes de cette nature. Un acte libre est un acte