ET SYNTHÈSE
syolhétique. Tout sentîment profond est dans ce cas ; le sentiment détermine les actes qui ne sont pas simplement automatisés, tombés bous la loi de l'habitude et comme tels, ne reflëteat plus la véritable personnalité.
J'ai tenté à'mon tour une théorie de la S'jnlhèse Mentale dans le livre qui porte ce titre: j'ai essayé de grouper les résultats qui m'ont paru les plus sûrs et de les interpréter, afln de déPmir cette fonction de l'activité mentale.
Comme conclusion, je ne pourrais mieux faire que de citer ces lignes que j'emprunte à la Nouvelle Monadologie de Ch, Renouvier et L. Prat; leur précision et la force de leur pensée me dispensent de tout commentaire : B L'esprit est un théâtre de phénomènes. Cette expression symbolique signille que le sujet, représenté à soi comme une unité de synthèse, s'oppose et à la fois s'identifie avec la multiplicité variable des objets, qui en tant que représentés sont encore lui-même. Théâtre est le vrai mot, quoiqu'il paraisse métaphorique j car l'esprit n'est pas une matière donnée qui manifeste et développe ses qualités intrinsèques suivant une loi; il n'est pas un agrégat de phénomènes, une sorte de combinaison qui aurait la puissance de se connaître et de connaitre ses éléments ; il n'est pas une suite sans loi de phénomènes, il est la loi elle-même par laquelle sont représentés en une conscience les phénomènes que l'harmonie préétablie réunit dans l'œuvre d'une organisation individuelle, »
S 3. — Syathàse, automatisme et psychologie concrète
L'on a dit et répété que les maladies mentales ne sont que l'exagération de défauts et d'anomalies que l'on observe aisément dans la vie quotidienne; entre les formes accentuées de ces anomalies et les faiblesses que présente chacun de nous, les types de transition
L INCON'^CIEM
sont innombrables. Néannioins, si l'on choisit les formes extrêmes, d'une part la puissante synthèse du ïénie, d'autre part la misère psychologique, l'opposition se marque brutalement. Mais entre te déficit mental de celle-ci el la création de celle-là, l'observateur trouvera à se satisfMre.
Sans doute Pierre Janet a-l-il raison de dire que l'automatisme, le subconscient n'apparait à nu que dans les cas de désagrégation de la personnalité. Mais les exemples nombreux que nous observons sur non$ et autour de nous de cet automatisme, mouvements involontaires, répétition des mêmes actes et des mêmes paroles, immobilisation des idées, sécheresse de sentiment n'intéressent-ils pas le psychologue au moins autant que les exagérations, plus rares et en somme plus pauvres, de la maladie mentale ?
On a donc eu raison de diriger des investigations de ce côté et de saisir l'inconscient automatique partout où il se manifeste. Et ici, nous devons insister sur l'usage que peut faire le psychologue de ces acquisitions nouvelles, de ces données curieuses obtenues par des méthodes si diverses et de si nombreuses expé-
Cet usage est double : tout d'abord il s'agit de chercher les lois de la psychologie humaine ou, si l'on préfère, les conditions auxquelles il faut remonter
fiour expliquer ces ensembles complexes que sont les aits psychiques. On arrivera ainsi à déterminer avec précision ce qu'il faut entendre par synthèse, association, habitude, automatisme ; l'on tiendra les principes explicatifs qui permettront de se rendre compte des courants que l'on observe dans n'importe quel fait de la vie mentale.
A ce point de vue, l'on obtient une psychologie qui peut à bon droit se nommer science ; elle est même, ainsi que Wundt l'a proclamé, d'une importance ps-imordiale : car tout ce que nous connaissons, les cho-
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ses matérielles aussi bien que les idées morales, De nous sont accessibles que comme représentations, c'està-dire comme faits de contcUnce, Par conséquent, il «st essentiel, pour l'étude de la nature comme pour celle de l'humanité, de déterminer les lois des représentations ; or, la psychologie comme Bcience s'attache à les formuler.
Elle est non seulement le seul fondement possible des sciences morales, mais l'astronome, le physicien, le biologiste doivent avoir recours à elle. Prenons des exemples: on a bien remarqué, en astronomie, l'importance de l'équation personnelle pour l'enregistrement du passage des astres au méridien ; le physicien prend la sensation comme indication utile et s'il s'occupe ^'optique, il ne pourrait ignorer les lois du contraste des couleurs; bien plus, il désigne en termes de sensation toutes les manifestations du mouvement; le médecin et le biologiste, en essayant de comprendre les fonctions organiques, doivent savoir à quels faits psychiques s'adresser pour obtenir des renseignements utiles. A cette même science psychologique, le moraliste, l'historien, l'artiste, le philosophe recourront bien souvent pour s'expliquer les lois des phénomènes qu'ils envisagent.
Mais ce n'est pas tout. La psychologie a une autre tiche encore : c'est de nous montrer de manière vivante, de faire mouvoir devant nos yeoï les types bumains réels, en tenant compte de tous les caractères observés. Ceux qu'on a appelés les petits moralistes français le comprenaient admirablement. Pour cette raison Nietzsche admirait hautementleurlinesse d'observation, leur hardiesse d'aaaiyse et l'habileté avec laquelle ils composaient leurs personnages. Pourquoi l'art d'un La Bruyère, d'un La Rochefoucauld, d'un Vauvenargues serait-il perdu pour le psychologue? Bien plus : ne serait-ce pas aujourd'hui une tâche essentielle pour le psychologue, après toutes
les découvertes dues aux méthodes précises, après la mise & nu des ressorts de nos actes et de nos pensées, que de passer de la connaissance des lois à la présentation de types concrets ?
NÔU& voyons la, plus ancienne et la plus fidëie' méthode de la psychologie, l'observation de soi-même, s'orienter en ce sens avec Bergson, et mainte page de cet auteur rappelle, par la finesse de l'observation et par le style l'une des qualités maîtresses que nous admirons dans la psychologie française classique, depuis le Traité des Passions de Descartes jusqu'aux psychologues de la fin du xvni" siècle. Le psychologue doit, en ces reconstitutions concrètes, rivaliser avec l'artiste. ^
Les bons romanciers et les dramaturges ne livreutils pas de précieuses contributions à la connaissance de l'&me humaine? Il gérait banal de louer la puissance d'un Balzac et le plus affîné des observateurs, Guy de Maupassant. L'exemple d'Ibsen, faisant un usage si habile et si parfait des documents pathologiques dans la construction du personnage d'Oswald des devenants ne vient-il pas de soi à la pensée du lecteur V Que dirais-je de tant de peintres exacts des passions humaines depuis Racine et des notations si vivantes de la comédie ? Nous savons que les psychologues et les moralistes n'hésitent pas à en tirer profit.
Mais le romancier et le dramaturge font mouvoir leurs personnages dans une action archileclurée selon les principes de leur art ; leur but, c'est l'œuvre, sa structure, son animation; le psychologue par contre synthétise ses observations en des types. L'automatisme par exemple fournit une ample moisson à l'observateur, et si la comédie en a profité largement, pourquoi le psychologue ne reprendrait-il pas l'excellent genre des caractères, que Théophraste inventa? Avec les moyens d'investigation dont il dispose aujour-
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d'hui, il renouvellerait singulièrement ce genre. Et il y ajouterait, selon l'exemple des classiques français, des études sur la vie des passions, sur toutes les manifestations spirituelles qui intéressent à la fois psychologie, morale et science sociale.
Il est clair que ce genre de psychologie est infiniment plus difficile que de recueillir des chiifres dans un laboratoire ou que d'accumuler sans critique et sans idée construclive des quantités de documents et de bouts de faits. Les qualités d'analyste subtil et d'écrivain doué du sens de l'artiste ne se rencontrent pas aussi aisément que l'intelligence nécessaire pour tirer la ficelle d'un appareil, un certain nombre de fois par heure, ou pour collectionner avec patience des observations sur des fiches.
Que l'on ne dise pas que ce serait donner libre ■ cours à sa fantaisie. Un psychologue aussi attaché que Paulhan aux formes strictement scientifiques, arrivé au moment de formuler les résultats de son effort d'analyste par une reconstitution, n'a pas craint de recourir à cette méthode et pour préciser les synthèses concrètes, il a étudié l'amour et le langage, et ensuite la formation d'une personnalité, reconstruisant l'évolution intérieure de Gh. Darwin : pages particulièrement suggestives et intéressantes. Bergson, avec la profondeur et l'élégance qu'on lui connaît et qui rappellent nos grands écrivains classiques, a mis en pratique dans le Rire un procédé analogue et il y a recours dans ses œuvres en général, chaque fois qu'il s'agit de suggérer au lecteur la vie et le mouvement que nous éprouvons en nous quand nous agissons ou quand nous réfléchissons; c'est cela même que, finalement, le psychologue doit mettre en vedette, de façon à ce que nous nous voyions devant nous, expliqués à. nous-mêmes.
Vauvenargues expose, dans son Introduclion à la connaissance de l'espril humain {livre I, n° V), ce que
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c'est que la pénétration. & La pénétration est une facilité à concevoir, à remonter au principe des choses, ou à prévenir leurs effets par une suite d'inductions.
» C'est une qualité qui est attachée comme les autres à notre organisation, mais que nos habitudes et nos connaissances perfectionnent ; nos connaissances, parce qu'elles forment un amas d'idées qu'il n'y a plus qu'à réveiller ; nos habitudes, parcequ'elles ouvrent nos organes et donnent aux esprits un cours facile et prompt. »
Voilà, exprimés en des termes élégants et simples, les rapports de la pénétration avec les deux fonctions que nous avons étudiées jusqu'ici, l'activité mentale et l'automatisme. Nos connaissances qui forment un amas et qu'un appel réveille, c'est la synthèse du savoir actif ; les habitudes, constituant l'automatisme, sont reconnues avec leur caractère: rendre plus aisés et la perception et le mouvement.
Kn continuant notre citation, nous apprenons la différence entre l'esprit dont la vision est limitée et la vivacité, superficielle, et celui qui joint à la vivacité le coup d'oeil et la réflexion : « Un esprit extrêmement vif peut être faux et laisser échapper beaucoup de choses par vivacité ou par impuissance de réfléchir, et n'être pas pénétrant. Mais l'esprit pénétrant ne peut être lent ; son vrai caractère est la vivacité et la jeunesse unies à la réflexion ».
Et ailleurs, ne trouvons-nous pas de la vie mentale et de la synthèse une caractéristique des plus intéressantes ? " Un esprit étendu considère les êtres dans leurs rapports mutuels; il saisit d'un coup d'œil tous les rameaux des choses; il les réunit à leur source et dans un centre commun ; il les met sous un même point de vue. Enfm, il répand la lumière sur de grands objets et sur une vaste surface. » {Ibid, X).
Si la diffusion et la démocratisation des sciences
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ont intt^ressé aux recherches un plus grand nombre de travailleurs et donné des résultats utiles dans leurs applications, il n'en est pas moins vrai que ce mouvement s'est produit au détriment de la connaissance de l'esprit. Ici, les sabots ont piétiné les fleurs. On croit être psychologue quand on a découpé un cerveau, pris quelques mesures de sensations ou écrit une monographie dans un style lourd et prétentieux. Ce fut un service considérable que rendit Nietzsche de réagir avec force contre cette tendance qu'il rapportait, par réaction à ce qu'il voyait autour de lui, à «l'esprit germanique ». Les psychologues ont tout à apprendre chez ces charmants écrivains philosophes, ces moralistes classiques de France que Nietzsche prenait tant ; cela ne les détournera pas des acquisitions scientifiques de notre temps, mais ce sera pour euï une escellente école de style et de pensée.
Leur eiîort donnerait ainsi naissance k deux formes de psychologie : d'une part la science psychologique proprement dite que nous définissions plus haut, d'autre part la psychologie vivante et concrète dont nous venons de donner une idée.
Les acquisitions de la psychologie moderne nous permettent ainsi d'en revenir à des synthèses concrètes, comme dirait Paulhan, et de mieux voir certains détails de la vie mentale ; les variétés se marquent mieux, avec leurs nuances. L'on arrive à donner à la fois un caractère et une véritable clinique psychologique. Ainsi nous appliquerions à la connaissance des hommes et de nous-mêmes les enrichissements que nous retirons du développement considérable de la science psychologique. Celle-ci trouve à s'employer utilement pour l'individu «omme pour la société, d'une manière plus vivante et plus efficace que si elle s'écartait du réel et se figeait en abstractions plus ou moins bien systématisées.
Sous cette dénomiaation générale, nous entendons toutes les formes d'activité inconsciente qui, à l'état normal, exercent une influence sur notre mentalité. On se rappelle que Lipps a insisté sur le fait que la cause de nombreux états de conscience devait être cherchée dans l'inconscient. C'est précisément ce genre d'inconscient que nous allons étudier à présent.
Il diffère du subconscient ou automatisme : il ne s'agit pas ici des mécanismes moteurs dont Thabitude facilite l'organisation et qui, pour bien faire, doivent obéir à la synthèse mentale, collaborer au but que se pose la conscience. Nous voulons parler d'éléments inconscients dont les combinaisons ne sont ni mécanisées ni soumises de la mémo manière que l'automatisme à l'activité consciente et volontaire. Elles agissent sur celles-ci tout autrement.
11 arrive que, sous l'influence d'une émotion, nous nous rappelions certains événements antérieurs de notre vie auxquels nous ne pensons ordinairement pas. Ainsi, la perte d'un ami peut nous remettre en mémoire les heures de l'enfance oii notre affection s'est formée, les joies et les peines partagées ensemble. Ces souvenirs ne reviennent pas par un jeu automatique d'associations artificielles. Le seo-
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timenl de douleur que nous éprouvona en perdant notre ami fait renaître, par son extraordinaire puissance de suggestion, l'image d'événements passés.
Riea ici d'une répétition automatique : car je puis me remémorer des détails qui semblaient effacés de mon souvenir; c'est subitement et avec la puissance d'une suggestion que surgit soudain à mes yeux la vision de choses oubliées.
Voilà donc un fait précis d'inconscient dynamique : en effet, c'est inconsciemment que le souvenir était resté en moi et c'est à l'état dynamique, c'est-à-dire comme possible qu'il y était conservé, et non comme nécessaire. Car rien, dans le développement logique de ma personnalité, n'assurait sa réapparition et j'aurais pu mourir sans qu'il revînt à ma conscience. SaDS doute persistait-il ^ englobé dans un ensemble d'impressions, de sentiments et d'idées que résumait, dans mon exemple, la pensée de l'ami. Mais il n'en est que plus vrai qu'il était dynamique et inconscient. Il agissait, il était là, sans qu'il tût nécessaire que jamais il réapparût à la conscience. Il a fallu des événements inusités pour qu'il prit corps. Il est probable, nous le verrons, qu'il persistait en nous, comme l'établit Abramowski, à l'état émotif.
Souvent, quand l'attention se détend, apparaissent à la conscience des formes, des images, des souvenirs que l'on comparerait presque à une fantasmagorie intérieure et qui soutenaient et doublaient inconsciemment la synthèse consciente et les idées que nous choisissons pour les faire entrer dans le champ de nos préoccupations bien définies. Et combien d'actions qui paraissent mécaniques et automatiques ne le sont pas, mais traduisent un désir, une pensée cachée qui ne vient pas à la surface et ne se trahit que par elles. C'est ainsi que, pour un observateur exercé, un jeu de physionomie involontaire, un mouvement esquissé et aussitôt réprimé
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chei son iûterlocuteur lui permet de-deviner le sentiment que celui-ci veut cacher.
Ces mouvements qui trahissent notre pensée intime ne sûntpas automatiques; ils sont inconscients comme l'est parfois la pensée dont ils émanent. Ils prouvât l'existence en nous d'un inconscient latent actif, tonjours prêt à éclater au dehors et réprimé parles nécessités pratiques et l'application de l'attention.
Le monde infini des rêves et des songeries nous permet de deviner quelle activité inconsciente bizarre, capricieuse, illogique et singulièrement mouvante s'agite en nous. Et cela seul suffit â. nous faire entendre que l'inconscient ne se ramène pas au subconscient pathologique ni à l'automatisme d'habitude. Nous abondons ici un groupe de faits beaucoup plus important que le précédent et qu'il serait erroné de confondre avec lui, car il n'a rien de mécanique comme lui; il est étonnamment vivant.
Aussi adopterons-nous pour l'étudier la classification suivante qui servira en même temps de division au présent chapitre. Par cette classification, on se fera d'emblée une idée de l'extrême importance de l'inconscient dynamique.
g 1. Incomcient latent actif.