‹ L'Inde anglaise avant et apráes l'insurrection de 1857 (volume 2)Chapitre 26 sur 38 · TRADUCTION · texte numérisé non relu

TRADUCTION

Assemblons-nous, amis, sous la voûte sonore. Autour de nous nul lambris ne colore La blanche et livide muraille.

Ecoutez rebondir nos rires, nos relais.. On dirait que les morts sont là, De retour de leurs funérailles.

Qu'importe! remplissons nos verres, Buvons sous les yeux de nos frères Une coupe en leur honneur.

Buvons à ceux que recouvre la tombe.

Buvons au premier qui succombe, Hourrah pour le premier qui meurt !

Ah! ce n'est point ici que le cristal scintille Et que le jus que la grappe distille

Brille d'ambre ou de rubis.

Le vin ne répand point une douce chaleur * : Il est glacé comme le cœur, Noir comme l'éternelle nuit !

Mais, ferme! remplissons nos verres :

Nos cœurs battront mieux tout à l'heure : Buvons à la mort de nos frères, Hourrah pour le premier qui meurt!

Je vois plus d'une main qui tremble, plus d'une joue déjà creusée. Mais, bientôt quoique nos cœurs se brisent, ils brûleront de ce vin généreux. Eh bien donc, ferme ! soyons fidèles à nos verres ; c'est ici que nous retrouverons notre ardeur :

Buvons à ceux que recouvre la tombe, Buvons au premier qui succombe.

Hourrah pour le premier qui meurt!

Il fut un temps où nous dédaignions l'orgie; nous nous vantions d'être plus sages alors ! Ah ! ah ! que ceux-là pensent à leurs mères, qui ont l'espoir de les revoir jamais ! Mais nous, amis, vidons nos verres, la folie est ici la sagesse.

Buvons à ceux que recouvre la tombe, Buvons au premier qui succombe, Hourrah pour le premier qui meurt !

Ne jetons pas un soupir à la destinée qui s'avance,

1 Le vin n'est agréable à boire dans l'Inde que froid à la glace. Pour obtenir cette température on le plonge dans du salpêtre,

pas une larme à l'ami qui s'en va ! Nous nous envolerons avec les bulles d'air qui couronnent le Champagne, nous tomberons muets et froids comme le vin que nous sablons. Allons, ferme! remplissons nos verres; c'est le répit pour les maux de l'âme.

Buvons i\ ceux que recouvre la tombe, Buvons au premier qui succombe, Hourra h pour le premier qui mcurl !

Qui craint de rentrer dans la poussière ? Qui voudrait fuir le noir rivage où les brûlantes aspirations du génie et du cœur ne pourront plus nous torturer? Non, non. soyons fidèles à nos verres. Le monde n'est qu'un grand mensonge !

Buvons à ceux que recouvre la tombe, Buvons au premier qui succombe, Hourrah pour le premier qui meurt !

Retranchés du sol qui nous a enfantés, trahis par la terre d'exil, quand les plus brillants et les plus aimés sont tombés devant nous, quand ce sont les plus tristes qui restent, qui voudrait survivre? En avant nos verres!

Buvons à ceux que recouvre la tombe, Buvons au premier qui succombe, Hourrah pour le premier qui meurt!

Vers le commencement de mai, le lïéau parut se lasser, ses coups étaient moins certains ; le choléra avait dégénéré en cholérine et beaucoup de malades lui échappaient.

L'administration ava:t fini aussi par se décider à retirer le régiment de ce malheureux fort et à nous camper dans une plaine où l'atmosphère était plus salubre. A partir de ce changement, le mal diminua d'intensité ; je fus du nombre des derniers atteints, et, après avoir passé par tous les paroxysmes de la maladie, je me réveillai de mon délire dans une superbe villa occupée par le docteur Mac Leod, chirurgien en chef de la province. Cet excellent homme était marié à une Française de Pondichéry, mademoiselle Hall, qui avait été l'amie de ma mère. Dès qu'elle avait appris mon danger, son cœur de créole s'était vivement ému, et elle avait supplié son mari de me faire transporter dans son propre palanquin, de la tente où je gisais au milieu d'un camp infecté, dans sa propre habitation où tous deux me prodiguèrent les soins les plus tendres. Je passai tout un mois dans leur belle demeure, et là prit naissance une amitié qui dura jusqu'à la mort de cette excellente femme, que ma prière cherche encore au ciel parmi les saintes où elle a dû trouver place. Quant au digne Écossais, il poursuit encore dans l'Inde une carrière de bienfaits. Si jamais il parcourt ces lignes, puisse-t-il y trouver l'hommage d'un cœur reconnaissant î

Ce fut le 1er juin que je rejoignis les drapeaux, le régiment était rentré dans ses casernes depuis quelques jours. En voyant défiler nos compagnies pour la parade du soir, je fus douloureusement affecté de la diminution des cadres : un quart des officiers présents au commencement de février, cent trente sous-officiers ou soldats, sur un faible bataillon de sept cents hommes, vingt femmes et une cinquantaine d'enfants avaient péri. Mais telle est l'élasticité de l'esprit humain, surtout dans le militaire,

que l'impression morale fut bientôt effacée : le régiment reprit son allure ordinaire, comme une belle frégate, après un combat ou une tempête, répare ses agrès, nettoie ses ponts, consigne ses morts à l'oubli des flots et poursuit sa route, belle, joyeuse et parée, sur les cimes agitées de l'Océan.

Cependant la mort du jeune Campbell, les émotions que nous avions tous partagées, notre petit nombre sous les drapeaux, car nous étions réduits par le choléra, les congés et le départ des invalides, à une vingtaine d'officiers, et aussi la communauté fondamentale et obligée de notre existence, avaient amené un changement notable dans ma position. Au bout de dix-huit mois je pouvais compter, parmi mes camarades, quelques amis sincères et pas un ennemi. 11 ne me manquait plus que le baptême du feu pour effacer la tache originelle de l'étranger ; je ne devais pas tarder à l'obtenir, ainsi que le lecteur le verra à la suite de mon voyage à Pondichéry ; nous eûmes même à cette époque une première alerte qui fit palpiter tous nos cœurs de joie et d'impatience. L'affaire n'eut cependant aucune suite, l'éclair passa sans amener l'orage; mais, comme c'est une de ces crises périodiques qui se renouvellent à des intervalles plus ou moins longs, tantôt sur un point, tantôt sur un autre, dans le vaste empire de la Compagnie anglaise, et qui révèle le travail intérieur caché sous la surface, j'en dirai quelques mots en passant.

Au sud des Provinces cédées, s'étend le royaume actuel du Maïssore, réduit à de bien plus étroites limites qu'au temps de Hyder-Aly et de Tippoo, et replié en quelque sorte autour du siège de leur ancienne puissance. Mais le souvenir de la grandeur et de la gloire des

deux héros est encore vivace dans ces contrées ; il y règne toujours une fermentation sourde, un levain de haine toujours prêt à éclater contre les tyrans, ou, si l'on aime mieux, contre les protecteurs de l'esclave méprisé qui végète aujourd'hui sur le trône des sultans. Pour opposer une digue à cette désaffection normale et maintenir ce peuple turbulent, la Compagnie a choisi la seconde ville du royaume, Bangalore, admirablement assise, dans un excellent climat, sur le plateau qui domine et prend à revers tous les défdés du pays, pour y concentrer ses moyens d'action. C'est l'aire d'où elle plane sur les fertiles plaines, les nombreux villages et les villes populeuses de cet empire ; aussi est-ce le quartier général d'une de ses plus effectives divisions militaires, corps d'armée complet dans toutes ses parties, avec un noyau de plus de deux mille Européens, dont une troupe d'artillerie à cheval, un régiment de dragons royaux (le seul clans la présidence de Madras), une compagnie d'artillerie à pied et un régiment d'infanterie européenne. Autour de ce noyau se rangent une compagnie d'artillerie à cheval native, un régiment de cavalerie régulière noire, et quatre régiments de cipayes.

Partout où il y a fermentation continue, la moindre cause détermine une éruption. En 1853, le mécontentement normal de la population rencontra des semences de désaffection dans les régiments de cipayes, que le hasard avait réunis dans le corps d'armée de Bangalore. Ces deux principes hostiles s'attirèrent réciproquement par leur affinité, et, de leur contact, naquit un complot qui, dans tout pays homogène, aurait certainement été fatal à la petite poignée de conquérants disséminés dans ce vaste empire. Mais, ce qui fut possible à Caboul on

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1841 ne l'a jamais été et ne le sera jamais dans l'Inde, où la population est une immense mosaïque. A Caboul, tous les habitants du sol, le cultivateur comme le citadin, l'homme de guerre comme le prêtre, le prince comme le mendiant, appartenaient à une seule race, bien que divisée en clans et fractionnée sous différenls chefs, mais avec une origine, des idées, une religion et une impulsion communes. Tous obéissaient à un sentiment unique : la haine de l'envahisseur étranger et de l'infidèle. Il n'en sera jamais de même dans l'Inde, où Musulmans et Hindous, Sounnies et Schiahs, Sickhs et Rohellas, et toutes les variétés infinies de castes, échangent certainement entre elles une haine tout aussi invétérée que celle qu'elles portent individuellement aux Européens. C'est cette absence d'homogénéité qui fait la sécurité de l'empire anglo-hindou; ce fut elle qui fit avorter, en 1835, presque au moment de l'exécution, la tentative de Bangalore; c'est elle qui fera encore avorter, après des succès temporaires, l'insurrection de 1857.

Deux soubadars (officiers de cipayes du rang de capitaines) des 9e et 27e régiments, qui, par une singulière coïncidence, portaient, si ma mémoire est exacte, les noms de Hyder-Aly et de Scheik Tippoo, s'étaient mis à la tête du mouvement et avaient conçu le plan d'une insurrection qui devait commencer par une attaque de nuit sur les lignes de la cavalerie européenne. Il est nécessaire d'expliquer que les chevaux de la troupe, dans l'armée indienne, n'entrent jamais dans une écurie : ils passent l'année entière en plein air, plus ou moins chaudement vêtus, suivant la saison, qui n'est jamais assez rigoureuse pour causer parmi eux une grande mortalité, mais invariablement attachés parle cou, soit à un arbre,

soit à un poteau, et les deux pieds de derrière retenus par des cordes attachées à des piquets fichés en terre suivant une ligne droite. C'est cette dernière circonstance qui a fait appeler ces campements lignes de la cavalerie. Quelques palefreniers indigènes , du régiment de dragons royaux, devaient guider une bande de conjurés qui, au milieu de la nuit, auraient coupé simultanément toutes les cordes qui retenaient les chevaux et les auraient lancés dans toutes les directions, en les faisant partir à grands coups de lanières. Ceux-ci, qui sont invariablement des entiers, se seraient précipités dans la campagne avec toute la fougue de l'état sauvage. A mesure que les cavaliers européens seraient accourus de leurs casernes pour s'enquérir de leurs chevaux, ils auraient été successivement massacrés. Le même sort attendait la portion européenne de l'artillerie à cheval. Ceux-ci détruits, les conjurés s'attendaient à avoir bon marché du régiment d'infanterie royale, contre laquelle ils eussent réuni les quatre régiments de cipayes, la cavalerie et l'artillerie noires ; mais le côté faible de ce complot, c'est qu'il s'en fallait de beaucoup que les corps indigènes, où se retrouvaient toutes les subdivisions de castes de la population, fussent ou pussent être unanimes dans ce mouvement ; il avait fallu en faire un secret aux quatre cinquièmes, dont la moitié, à tout événement, serait restée fidèle aux Anglais, et, nonobstant ces précautions, ceux mêmes qui l'avaient ourdie ne purent se garder la foi jurée. Les haines qui les séparaient se réveillèrent avant d'avoir laissé poindre le jour de la liberté, dont le faible cri fut étouffé au milieu de ces passions antinationales : ce fut à qui trahirait le premier ses complices. Le gouvernement, averti, mit aussitôt la main sur les prin-

cipaux chefs ; on les fit attacher chacun à la houche d'un canon; leurs membres disparurent dans un tourbillon de fumée, et les nuages qui s'amoncelaient sur l'horizon politique se dissipèrent au bruit de l'explosion l.

Le tableau que j'ai essayé de donner de Bellary, comme un chef-lieu politique important, civil et militaire de la présidence de Madras , ne serait pas complet si j'oubliais de parler de le société des Missionnaires protestants pour la propagation de la foi, qui a ici un établissement et une chapelle. Ce corps ne relève point de l'église anglicane, et professe des nuances d'opinions religieuses tout à fait distinctes. C'est un saint-simonisme religieux mitigé, une communauté prôdicante et commerçante, gouvernée par certains chefs élus dans la société mère, qui siège à Londres. Chaque individu qui y est admis renonce, en prenant les ordres, à sa liberté et à toute propriété individuelle; sa personne comme sa fortune appartiennent à la communauté : c'est la société qui lui donne une compagne choisie dans la famille d'un de ses membres, qui le remarie s'il devient veuf, qui trouve des maris pour ses filles quand il est père, ou pour sa veuve s'il vient à mourir. 11 ne peut rien posséder en propre, et il doit compte à la société de tout ce qu'il gagne comme prêtre, comme banquier, comme industriel ; mais en retour elle assure son existence ; on ne lui laissera jamais manquer du nécessaire, rarement même d'un élégant confortable. Enfin, pour exciter et

1 On voit par ce fait que depuis 1855, c'est-à-dire depuis vingtcinq ans, l'idée et le désir de l'insurrection fermentaient parmi les imputations de l'Inde et notammcnl parmi les cipayes au service de la Compagnie,

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développer ses moyens, on lui fait une existence proportionnée à son utilité. Mais que suit-il de tout cela? Ce n'est plus un prêtre. Son amour conjugal et paternel le porte naturellement à désirer d'améliorer la position matérielle qu'il doit partager avec sa famille, et, pour y parvenir, à s'efforcer avant tout de bien méfiter de la société et de ses chefs en avançant leurs intérêts. Il est peut-être venu dans l'Inde avec l'honnête intention de prêcher l'Évangile ; mais, séduit par ses affections, occupé d'études spéciales que ses chefs lui ont imposées, absorbé par ses transactions de banque ou ses spéculations commerciales, il tient des registres, dirige une correspondance, professe la chimie, fait du papier, imprime, relie, bâtit des maisons et oublie son métier de missionnaire. C'est une fourmi ouvrière, patiente et laborieuse qui augmentera le capital, étendra l'influence et les relations commerciales de la république industrielle à laquelle elle appartient, mais qui, s'il en faut juger par le passé, ajoutera peu au domaine du christianisme sur les bord du Crishnah et du Gange.

On a la bonhomie de croire chez nous, et on s'imagine faire acte d'impartialité, en répétant que la religion protestante est plus tolérante que la nôtre. Il n'en est rien: je n'ai rencontré chez les protestants anglais que la plus excessive intolérance pour toute forme de religion étrangère à la leur, surtout pour les autres sectes chrétiennes ; intolérance qui de nos jours ne va pas jusqu'à la persécution, parce que la politique et les intérêts matériels font contre-poids à la maveillance religieuse, mais qui va au moins jusqu'au mépris dans ce monde, et à la condamnation éternelle dans l'autre. C'est un fanatisme sec, sans enthousiasme et sans tendresse d'âme dans la

manifestation de sa dévotion ; une slricte observance des convenances, voilà tout ce que j'y ai trouvé.

Avant de terminer ce chapitre, il me reste encore à noter une autre remarque que j'eus l'occasion de faire, tant à Bellary que durant toute la période de mon service dans l'Inde : c'est le peu de fusion que le service militaire, sous un même gouvernement et sous des officiers homogènes, a amené entre les soldats européens et les cipayes. Ils vivent, s'exercent, se promènent ou s'amusent aussi séparés, aussi distincts, en échangeant aussi peu de sympathie qu'aux premiers jours de la conquête. Ce n'est point faute d'entendre le même langage ; car le soldat en quête du plaisir, acquiert bien vite une langue que dédaigne son officier qui se contente d'acheter les voluplés que dérobe son subalterne. Un grand nombre de nos sous-officiers et de nos soldats se faisaient très-bien comprendre en hindou, télougou, canari, quelque fût le dialecte de la province où nous étions cantonnés. Et cependant, de même que les eaux du Rhône traversent le lac de Genève sans se confondre, le régiment européen poursuit aussi une existence isolée dans tout un corps d'armée de cipayes ; les autorités ne cherchent même pas à produire cette fusion par le rapprochement, car le contact développerait et multiplierait les antipathies. Au contraire, dans toutes les stations militaires, les soldats natifs et européens ne peuvent sortir des limites de leurs lignes respectives sans une permission spéciale. Cette restriction est commandée par l'humeur bruyante et trop joyeuse des soldats anglais, quand ils ont bu pour une paice (i centimes) d'arack. Cette joie, parfaitement caractérisée par l'expression anglaise « Animal spirits » si nous la traduisons par la gaieté d'un animal, dégénère

malheureusement toujours en grossièreté et en brutalité. Le plaisir de la basse classe en Europe, mais principalement en Angleterre, est par-dessus tout le sentiment et l'exercice de la force physique ; il s'ensuit que les épanchements de la cordialité soldatesque des Européens ne sont pas moins redoutés des Indiens que leur humeur querelleuse, parce que cette familiarité est toujours brutale. Un soldat rencontrera près d'un puits un cipaye tirant de l'eau, « il lui donnera, comme à un camarade, une bonne claque sur l'épaule le plus amicalement du monde, par forme de salut et de plaisanterie. Cela désespère un pauvre diable d'Hindou, parce que, traduite en hindoustani, celte plaisanterie est un affront et une souillure. Il grogne un peu, mais ne se fâche pas sérieusement, parce qu'il connaît l'intention cordiale de la chose1, » peut-être et plus souvent aussi parce qu'il sait que le gigantesque Européen le briserait comme un verre.

Si quelquefois de jeunes cipayes sans expérience et tout fraîchement recrutés de la campagne se laissent entraîner par des Européens en goguette à se joindre à quelque partie de plaisir, leur histoire est invariablement celle du pot de terre et du pot de fer. Ils sont sûrs de s'en revenir froissés, meurtris, humiliés et emportant au fond du cœur les premiers germes de cette haine que la force inspire toujours à la faiblesse. Il est d'autres causes morales d'éloignement entre les deux races, plus graves et plus profondes ; ce sont l'ivrognerie, les passions terribles et la bestiale incontinence du soldat anglais, Ses excès en ce dernier genre se sont si souvent

1 Jacquemonti

renouvelés, qu'aujourd'hui une pauvre femme vieille et laide, qui ne songe pas à se couvrir quand des natifs passent devant elle, s'arrête et tourne le dos du plus loin qu'elle aperçoit un Européen. Un jeune conscrit que les veillées du corps de garde n'ont pas encore corrompu, s'il traverse, en école buissonnière, le cantonnement des cypayes, rencontrera une jeune femme : il lui sourira, ou lui dira bonjour galamment, comme il le ferait pour une jeune fille de sa classe en Angleterre, et passera outre sans plus y songer. Mais il a froissé les sentiments les plus irritables, la corde la plus sensible du peuple auquel il s'est mêlé. Soit au moral, soit au physique, le contact, la caresse même de l'Européen laisse toujours à l'indigène une flétrissure. Le cipaye admet pourtant une immense distinction entre le soldai et les olïiciers. 11 méprise le premier comme de basse classe et d'une caste impure ; il distingue les autres pai le nom collectif de sahiblog , la caste des gentilshommes.

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