‹ L'Inde anglaise avant et apráes l'insurrection de 1857 (volume 2)Chapitre 32 sur 38 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Assaut de Bakh. — Appréciation des cipayes et des Européens. — Retour en arrière sur l'insurrection de l'armée de la Compagnie en 1809. — Réflexions.

Le 3 avril, à cinq heures du matin, la brigade s'avançait par une route qui semblait bien battue; cependant, au bout d'une demi-lieue, on se trouva soudainement dans le lit encaissé d'un torrent, à sec pour le moment, mais qui dans la saison des pluies devait s'élancer avec une grande violence et en formant de nombreuses cascades. Pas un sentier, pas une autre issue que le fond de ce ravin, qu'il nous fallait suivre et remonter. Deux heures d'un pénible travail de la part des pionniers et d'efforts extraordinaires de toute l'avant-garde ne nous firent gagner que fort peu de terrain; il fallait rendre la voie praticable pour les bêtes de somme.

Nous pûmes apprécier en celte occasion l'intelligence des éléphants et leur utilité dans la guerre de montagnes. Parvenus au point où le lit du torrent se précipitait en

cascades, il s'agissait de faire remonter aux canons la pente presque verticale d'une roche granitique dont les eaux avaient usé et poli la surface. Les bœufs qui traînaient les pièces, après un ou deux efforts, renoncèrent à cette entreprise et se couchèrent, comme ils font toujours dans les cas désespérés. On se décida alors à envoyer chercher quelques éléphants du convoi. Les deux plus obéissants furent débarrassés de leurs fardeaux, et amenés par leurs mahaouts auprès des canons. On leur indiqua delà voix, de l'exemple et du geste ce que l'onattendait de leur courage, et la confiance qu'on avait en eux ne fut point trompée. Effectivement, un de ces colosses, se plaçant derrière une pièce de six, y appliqua l'extrémité de sa trompe, et, la poussant devant lui tandis que les canonniers se contentaient de la guider, lui fit remonter toute la chute des rochers. Un peu plus loin, la pièce ayant roulé dans un ravin, et s'étant renversée, les deux éléphants l'enlevèrent avec leurs trompes, une de ci, une de là, la retirèrent et la replacèrent sur son affût. Vers neuf heures, abandonnant le lit du torrent, nous nous retrouvions sur un nouveau sentier, qui, après nous avoir fait franchir une première crête, descendait dans nue vallée profonde, où de nombreux champs de riz indiquaient la proximité de l'homme. Selon les guides, et leur rapport était confirmé par les espions, la redoute devait se trouver cachée quelque part dans la sublime chevelure de la crête opposée, dont nous étions séparés par des pentes rapides sur l'un et l'autre versant. Le rideau devant nous, hérissé d'une gigantesque forêt vierge, semblait plus sombre et plus impénétrable que tout ce que nous avions encore traversé. La nature, dans cette contrée, se montre dans des proportions colossales; la

grandeur imposante des arbres, la majesté de leur port, dépassent les bornes de l'imagination. Pour ne citer qu'une seule espèce, les tecks, sans paraître dominer leurs rivaux, varient de cent cinquante à deux cents pieds de hauteur, ce qui fait trois fois la taille du chêne de nos pays. Il devint bientôt évident que c'était la scie et la hache à la main qu'il faudrait tailler notre route pour arriver à l'ennemi; l'étroit sentier était partout encombré et étouffé par les corps prosternés des rois de la forêt, qu'il avait abattus et jetés en travers, pour ralentir notre marche et rendre une retraite impossible. Le général avait donc encore une fois une occasion admirable d'une halle forcée d'au moins deux heures pour étudier une position formidable qu'il savait être à une demilieue. Mais, en dépit d'une discussion des plus vives et des railleries amères du colonel Mill, qui offrait de se porter lui-même en avant pour reconnaître, il persista jusqu'au bout dans son fatal système d'avancer les yeux fermés. Notre vieux commandant, impatienté, se jeta sur le gazon, où il s'endormit profondément, tandis que les officiers profitaient du délai ainsi accordé pour déjeuner. Les tristes idées delà veille avaient entièrement disparu; jamais notre gaieté n'avait été plus franche, plus bruyante, que durant ce petit repas de chasseurs au pied d'un arbre. Comment effectivement penser à la mort quand le soleil est si beau, l'ombre si délicieuse, que le sang circule si rapidement dans les veines !

A onze heures et demie, l'avant-garde put se remettre en route. L'officier supérieur qui la commandait avait pour instructions, dès qu'il serait à portée de l'obstacle, de fractionner sa troupe en deux détachements, qui se porteraient à droite et à gauche, sur les lianes ou sur les

derrières de la redoute. Il devait en même temps en donner avis au corps d'armée qui s'avancerait avec l'artillerie pour attaquer de front. Quant au moment décisif pour cette manœuvre, il devait s'en rapporter à ses guides, dont la vie répondait de leur fidélité. Ce qu'on aurait pu facilement prévoir arriva. A un mille de la barrière, d'après le rapport des prisonniers, l'avant-gardc se partagea effectivement en deux détachements de force égale qui suivirent les deux guides dans le labyrinthe de la forêt dans des directions en apparence opposées, mais qui, après de nombreux détours, les ramenèrent presque simultanément dans une espèce d'impasse découverte et à pente rapide, encombrée de fragments de rochers, conduisant à l'entrée la mieux fortifiée de la redoute, flanquée et enfilée à droite et à gauche par des ouvrages en saillie. Au moment même où les deux détachements se retrouvaient ainsi en présence, les guides plongèrent soudainement dans les broussailles et disparurent, tandis qu'une effroyable décharge de mousqueterie et de mitraille jeta la confusion dans nos rangs.

Ce premier coup nous fut doublement fatal, car, sans compter quelques braves soldats, il coûta la vie à l'officier européen qui commandait les soixante cipayes du 9e indigènes, et nous fil, par conséquent, perdre les services de cette compagnie, qui se serait peut-être bien battue sous ses yeux, mais qui, du moment de sa mort, ne reparut plus.

Les officiers commandant les deux sections de l'avantgarde se hâtèrent d'entraîner leurs hommes dans la foret, à droite et à gauche, cherchant en quelque sorte à tâtons l'extrémité de l'obstacle, et espérant toujours en trouver la fin. Mais, arrêtés de toutes parts par l'épais-

seur du fourré, il fallut bientôt revenir sur ses pas et se contenter d'engager un feu de tirailleurs avec la face principale de la redoute, tandis qu'on était soi-même pris en flanc par une face latérale invisible. Voyant que la manœuvre indiquée était impraticable par le sommet de la montagne, l'officier commandant l'avant-garde envoya demander au général la permission de battre en retraite et de chercher à tourner la montagne par sa base. Le brigadier répondit par une fanfaronnade, que rien ne devait être impossible quand on avait l'honneur de commander des troupes anglaises, et lui expédia pour renfort la compagnie de voltigeurs du 55e et les huit cents hommes du 9e indigènes qui restaient encore avec la colonne. Quant à l'artillerie, il n'y avait pas à songer à l'avancer d'un seul pas sous le feu de l'ennemi dans l'état actuel de la route, de sorte que le général la conserva près de lui et s'amusa à l'employer à tirer à mitraille sur des ennemis isolés embusqués parmi les arbres.

Pour bien faire comprendre les difficultés de l'assaut, je dirai d'abord quelques mots de la redoute. C'était une chaîne de fortifications construites dans le plus épais de la forêt et admirablement masquées dans toute leur étendue, s'élevant depuis la base jusqu'à la crête de la montagne de Bakh, parallèlement à la route qui conduisait au sommet, et là, la coupant à angle droit, de manière à la couvrir d'un feu croisé et d'enfilade dans toutes ses parties. Pour mieux nous attirer jusqu'au fond du piège, l'ennemi avait réservé le feu qu'il aurait pu ouvrir depuis longtemps à portée de pistolet sur le flanc de l'avantgarde jusqu'à ce qu'elle eût atteint la barrière supérieure. Cette barrière se composait d'une palissade dont presque tous les pieux avaient leurs racines dans le sol. C'étaient

402 L'INDE AÎS GLAISE

généralement les arbres mêmes de la forêt qu'on avait simplement dépouillés de leurs branches supérieures et enlacés avec des lianes et des écorces flexibles, de manière à faire un treillage que le canon même n'aurait pu entamer. Ce treillage était transparent pour les défenseurs et parfaitement obscur pour les assaillants; la route elle-même, qu'on avait dépouillée de toutes les broussailles à portée de la barrière, en s'élevant vers la palissade, lui formait un glacis naturel derrière lequel venaient une tranchée servant de chemin couvert, une escarpe en pierres, enfin deux maisons crénelées qui dominaient tout le reste.

A quelques pas de la colonne, le renfort du 9e indigènes et des voltigeurs du 55e fut rejoint par quatre officiers européens du ole natifs; je rapporte ce fait, parce qu'il aura des résultats importants. MM. Brett, Briggs, Gordon et Martin s'étaient dérobés du corps d'armée sans la permission du général, poussés par une bravoure chevaleresque et un esprit de corps des plus admirables, pour rejoindre le détachement de soixante cipayes de leur régiment qui faisait partie de l'avant-garde. Appréciant parfaitement la nature des indigènes, ils savaient qu'on ne peut compter sur leur bravoure qu'immédiatement sous l'œil de l'officier qui les connaît individuellement. Déterminés à sauver, avant tout, l'honneur de leur service et de leur corps, ils se proposaient d'entraîner euxmêmes leurs cipayes par leur présence et par leur exemple. Nous verrons plus tard qu'ils réussirent. Il n'en sera pas de même du 9e régiment de la même armée. Le plus ancien et le plus brave officier au corps, le capitaine Longworth, se trouvait malheureusement de service à l'arrière-garde; les autres étaient ou de jeunes

enseignes nouvellement débarqués dans le pays et ne sachant pas la langue, ou des officiers dont toute la vie s'était écoulée dans les états-majors, rendus momentanément à leur bataillon et ne connaissant pas un soldat par son nom. La conséquence était immanquable et ne se fit pas attendre. Dès les premiers coups de fusil qui accueillirent le renfort au pied même de la montagne, les cipayes commencèrent à tomber par douzaines; chaque balle qui sifflait innocemment au-dessus de leurs lètes abattait des sections entières. En vain leurs officiers s'agitaient avec désespoir, en vain les braves lieutenants du 31e leur adressaient les appels et les remontrances les plus énergiques; tout fut inutile, et il fallut les abandonner à leur lâcheté. Les voltigeurs européens leur passaient sur le corps avec un hourrah de mépris, les saluant quelquefois d'un coup de pied en passant, et, l'arme au bras, continuaient à gravir la montagne. Au moment même où ils rejoignaient l'avant-garde en face de la barrière, les fanfares du général, à une demi-lieue de distance, sonnaient l'ordre de cesser le feu et de charger. On conçoit l'indignation excitée par un pareil commandement, quand on se trouvait séparé de l'ennemi par un obstacle matériel infranchissable.

Cependant, pour obéir autant que possible avec cette discipline aveugle qui est le triomphe de l'armée anglaise et lui assure peut-être le premier rang parmi les armées du monde, les deux compagnies du 55", précédées par les pionniers et soutenus par soixante cipayes du 31°, s'élancent aux palissades dans le faible espoir de faire une trouée. Quelques pieux sont coupés à coups de hache, le treillage commence à céder, l'intrépide Heriot du 55e, l'héroïque Brett et quelques autres, saisissant de leurs

mains les tiges déjà coupées par le bas, font des efforts surnaturels pour arracher ce fatal réseau ; mais, en ce moment, l'ennemi redouble son feu : huit ou dix pionniers, une trentaine de soldats et de cipayes sont foudroyés en quelques instants; Heriot tombe frappé de deux balles au genou ; un lieutenant du 51e est tué, et les plus braves reculent sous cette grêle de balles. On ne songe plus qu'à enlever les blessés; mais cette opération double le chiffre des pertes. Officiers et soldats, tous veulent se surpasser dans cette œuvre de dévouement.

Le détachement du 31e, noblement conduit, accomplit noblement sa tâche. Sur soixante cipayes, dix trouvèrent la mort au champ d'honneur, une trentaine étaient blessés; mais ils avaient avec eux six officiers d'un mérite extraordinaire, dont un fut tué et deux grièvement blessés. On voit à quelles conditions on parvient à les mener au feu.

Un autre détachement d'indigènes, les pionniers, laissèrent six cadavres sur vingt combattants ; mais c'est une arme à part et une race d'hommes tout à fait différente du mélange qui constitue l'armée ; choisis dans la caste des pariahs et généralement parmi les domestiques des soldats européens, plus généralement encore parmi les enfants nés du commerce de ces mêmes soldats avec les femmes du pays, élevés dans les casernes, revevantla même nourriture substantielle, habitués aux mêmes exercices gymnastiques, imbus des mêmes idées d'honneur militaire et possédant une force physique à peu près égale, ils marchent en première ligne après les Européens et leur cèdent à peine en courage. Mais on conçoit qu'un choix de cette nature est extrêmement limité, à peine suffisant pour remplir les cadres du génie.

Le premier assaut ayant échoué devant la nature indestructible de l'obstacle, le major Bird, qui commandait l'avant-garde , envoya de nouveau plusieurs officiers blessés pour exposer les pertes qu'il avait déjà essuyées et renouveler la demande de se retirer. Dans le cas où cette mesure ne serait pas approuvée, il suppliait qu'on lui expédiât au moins des échelles, des pionniers et des renforts pour tenter une escalade. Ces différents messagers, à leur retour vers la colonne, avaient à passer en quelque sorte sous les verges, c'est-à-dire à subir, tout le long de la descente, un feu croisé qui enfilait toute la route, l'inondant d une pluie de mitraille, mais démasquant en même temps toute la position de l'ennemi. Ce ne fut donc point la connaissance des localités qui manqua au général, bien qu'il n'eût pas la curiosité d'y aller voir; mais la vanité d'un petit esprit était compromise : il n'en voulut point profiter, et demeura inébranlable dans son premier système. Apprenant en même temps, par le colonel Perry, du 9e indigènes, qu'il était impossible défaire avancer ce régiment, qui s'était couché comme des bêtes de somme à l'entrée du défilé, et que le commandant qualifiait lui-même ouvertement de lâches et de misérables, il se décida à n'employer cette fois que des Européens. Il commanda donc un nouveau détachement de cent hommes du 55e, sous les ordres du capitaine Warren1, pour escorter les échelles et renforcer l'avantgarde. Ces cent hommes étaient tout ce qui restait du ba-

1 Ce capitaine Warren, aujourd'hui major général, s'est distingué dans la guerre de Crimée, où il commandait le 55e. Il a été blessé à l'Aima, et plus grièvement blessé à la bataille d'Inkermann. Il est officier de la Légion d'honneur.

1 aillon, déduction faite des malades et des blessés de la veille l. C'était donc véritablement tout risquer sur une seule chance ; et, bien qu'il n'eût pas expressément ordonné au colonel Mill de se porter de sa personne à Tassaut, il ne pouvait supposer de bonne foi que le vétéran serait resté avec les invalides au quartier général quand toute sa troupe était sous le feu. Ceci répond à une accusation peu loyale que le général essaya de jeter plus tard sur la mémoire de ce brave officier; il ne craignit pas de dire qu'il avait compromis le succès de l'expédition en entraînant sans son ordre tous les Européens au combat. Le fait est que le colonel Mill, voyant ses deux dernières compagnies, tout son monde à lui, s'ébranler vers la montagne, les suivit à pied, lentement, machinalement, les bras croisés derrière le dos, à la vue et à la parfaite connaissance du général comme de toute l'armée. Dès les premiers coups de fusil cependant, il doubla le pas et fut bientôt à leur tête.

Je revenais en ce moment, avec une poignée de cipayes du 51e, d'escarmoucher dans les broussailles, dont j'avais délogé quelques tirailleurs ennemis qui harcelaient la colonne. Voyant tout ce qui restait du 55e, gravissant déjà la côte, je sautai sur un cheval et rejoignis le régi, ment au galop ; puis, descendant de ma monture, je me mis à gravir avec les autres. Dès ce moment nous commençâmes à perdre du monde ; l'ennemi resl ait invisible, et pourtant son feu devenait à chaque instant plus vif; à chaque instant il fallait resserrer les rangs en passant sur un camarade.

1 On se rappellera qu'il n'y avait avec la colonne qu'un demi-bataillon du 55e, comptant trois cent cinquante combattants.

Arrivé enfin au pied du glacis, devant la principale redoute, je vis à ma gauche un espace dépouillé d'arbres conduisant, par une chaussée glissante et semée de grosses pierres, aux palissades qui en défendaient l'entrée. C'était l'impasse où s'était livré le premier assaut. Voyant le colonel Mill, accompagné d'une seule ordonnance, grimpant péniblement de rochers en rochers et s'avançant avec quelque apparence d'hésitation, j'allais réengager sur la chaussée pour lui amener ma subdivision de renfort, quand il me cria l'ordre de mettre mes gens à couvert pendant qu'il étudiait la position. Tout en me conformant à cette injonction pour ce qui regardait les soldats, je ne me crus point obligé d'y obéir moi-même, et, suivant à peu près la même ligne, et adoptant les mêmes précautions que je lui avais vu prendre, je me trouvai bientôt assis à quelques pas de la poterne, à côté du colonel, derrière un bloc de granit qui nous couvrait du feu de la barrière, et au pied d'un gros arbre très-remarquable qui nous protégeait de celui de la face latérale. A notre droite, les capitaines du 55e dirigeaient leurs hommes dans les broussailles, de manière à les rapprocher autant que possible des palissades sans trop les exposer, et engageaient un feu roulant avec l'ennemi. A notre gauche, à dix pas de la barrière, présentant à l'ennemi sa stature colossale et ses larges épaules tout à fait à découvert, on remarquait le major Bird du 51e, qui, indigné de voir ses amis constamment méprisés par Fin capacité qui nous commandait, poussait des cris de rage et cherchait à se faire tuer. Depuis une heure qu'il était là à défier la mort sous une pluie de mitraille, elle avait refusé cette victime volontaire, et il n'était pas encore touché. En ce moment, les pionniers pa-

rurent au pied de la chaussée : ils apportaient une seule échelle (la colonne n'en possédait que deux, lourdes et mal construites, fabriquées la veille des bambous de la foret); l'autre avait dû être abandonnée dans la montagne. Cependant cette vue rend au major un éclair d'espérance : il appelle les pionniers, les encourage, agite son sabre et semble par sa position exposée leur montrer que le danger a cessé. Le jeune Bayly, du 55e, qui élaità ses cotés, se précipite pour les entraîner : il saisit l'échelle et veut avancer; mais le spectacle qui se présente devant ces hommes démoraliserait le natif le plus aguerri : tous les pionniers qui les ont précédés sont morts ou blessés, ont succombé inutilement ; ils hésitent, ils semblent paralysés, ils reculent, encore un moment, et Bayly reste seul.

Au premier mouvement que j'avais vu faire à mon frère d'armes, je m'étais levé pour le suivre et lui prêter mon assistance; mais le colonel m'avait retenu : « C'est inutile, mon enfant, m'avait-il dit, il n'y a rien à faire ici, vous péririez tous deux sans résultat ; quand même cette échelle arriverait jusqu'aux palissades, elle ne suffirait pas, et nous ne serions plus en nombre pour en profiter. Toutefois, quelques instants après, lui montrant dans les brousailles plusieurs soldats de ma compagnie dont j'avais pu apprécier le courage et dont je connaissais le dévouement à ma personne, je le suppliai encore une fois de me laisser tenter un dernier effort et les appeler autour de moi, lui répétant ma conviction, que, si un seul Européen parvenait à surmonter l'obstacle, toute résistance cesserait et la place serait à nous. Après quelques moments de réflexion et d'une lutte pénible avec l'émotion qu'il éprouvait, le colonel me débarrassa du

pistolet que je tenais à la main et qui aurait pu gêner mes mouvements, et me dit : « C'est après tout notre seule chance de succès; il faut l'essayer : allez donc, mon enfant, et que Dieu vous protège. » En trois bonds j'étais au pied de la chaussée, et, relevant l'échelle maintenant tout à fait abandonnée, je m'écriai d'une voix puissante : « En avant, n° 7 ! en avant, mes braves, suivez votre officier ! » Les sergents Varny et Crawford et une quinzaine de soldats se lèvent subitement comme s'ils sortaient de terre : en un instant ils sont autour de moi, chacun saisit un échelon, et avec le hourrah britannique, nous nous élançons au pas de course. Mais la pente est rapide, d'énormes pierres se dérobent sous nos pas et ralentissent nos progrès, le feu de l'ennemi redouble, chaque seconde nous enlève un brave; l'échelle s'arrête un instant; il fallait reprendre haleine : le major Bird vient la saisir, mais il est abattu par une balle qui lui rase le front. Nous poussons un hourrah plus faible, mais nous avançons encore. Parvenu à la crête du glacis, je me retourne pour dresser l'échelle ; je n'avais plus qu'un assistant, le sergent Crawford, tout le reste était foudroyé. Nos efforts réunis la relèvent, elle va s'abattre sur la palissade, tous les yeux sont sur nous pleins d'espoir et d'intérêt. En ce moment un coup de canon part de la face latérale : je ne l'entendis pas ; je ne sais ce qui arriva, mais j'étais étendu au pied de la barrière, une sensation cuisante me brûlait l'épaule, l'échelle m'écrasait le genou, et un cadavre défiguré gisait sur moi; le malheureux Crawford était coupé en deux, l'échelle était brisée, et la bourre enflammée d'un canon avait mis le feu à mes vêtements. Par les plus pénibles efforts, je venais de me dégager,

et jetais encore assis quand j'entendis des voix amies, à quelque distance derrière moi, me crier : « À terre, à terre ! ne relevez pas la tête ou vous êtes mort. Traînezvous jusqu'à nous et vous aurez une dernière chance do salut. )) C'était le jeune Daubeny du 55e, et le brave dos braves, le lieutenant Brett, du 31e natifs, qui m'avaient précédé à la barrière par un autre chemin, espérant profiter de l'échelle pour monter à l'assaut. Témoins de la catastrophe qui nous avait enlevé cette ressource, ils s'étaient couchés sur la crête du glacis, le dos aux palissades, et, cachés parmi les morts et les mourants, protégés aussi par la fusillade que nos troupes continuaient derrière les broussailles, ils étaient momentanément à l'abri. Suivant littéralement leurs instructions, je me traînai en rampant jusqu'auprès d'eux. Dès que je pus rassembler mes idées, je trouvai que nous étions cinq personnes (trois officiers et deux soldats) à partager ce singulier asile aux pieds mêmes de l'ennemi, dont nous n'étions séparés que par l'épaisseur de la palissade et dont nous entendions distinctement les voix. Ce fut dans cette position que nous attendîmes nous-mêmes notre sort, avec une anxiété qu'il est facile de concevoir.

Cependant le malheureux assaut que je venais de tenter avait presque doublé le chiffre de nos pertes. La mort de tant de braves et surtout celle de Crawford, donnée comme en spectacle devant toutes les troupes, avait déjà produit un découragement général, quand une dernière catastrophe vint encore le compléter. Le colonel, qui avait suivi tous mes mouvements avec l'intérêt le plus tendre, et qui, au moment où l'échelle parut se dresser, s'apprêtait à entraîner tous les siens sur mes pas, voyant que tout espoir était perdu de ce côté, venait

d'ordonner la retraite, lorsqu'une balle envoyée par un ennemi invisible, lui traversa les deux poumons. Cet ennemi était un montagnard qui, depuis le commencement de l'action, se tenait caché dans le feuillage parmi les branches de l'arbre au pied duquel nous avions été si longtemps assis. Jusqu'alors il était resté spectateur immobile du carnage, n'osant pas profiter de sa position; mais, croyant avoir trouvé un moment favorable où la fusillade plus animée couvrirait le bruit de son fusil à mèche, il ajusta enfin le malheureux colonel, qui tomba en arrière mortellement blessé et expira en quelques minutes. La mort de la victime fut immédiatement suivie de celle du meurtrier, et la retraite commença aussitôt. On chercha cependant à enlever le corps du colonel, mais, dès qu'un groupe se formait, il devenait le point de mire des feux croisés de l'ennemi, et, deux soldats ayant été mortellement blessés tandis qu'on le portait à quelque distance, on se décida à l'abandonner, préférant avec raison concentrer tous les efforts et tous les soins sur les vivants, c'est-à-dire sur les blessés. Même cette tâche demeura incomplète, et une douzaine de ces derniers, tant Européens qu'indigènes, durent être laissés à la merci de l'ennemi.

Cependant les cinq individus compromis à la barrière demeuraient dans une ignorance complète du mouvement qui s'effectuait. De temps en temps, durant les deux mortelles heures de notre agonie, quelqu'un de nous élevait la voix pour demander à nos amis, au pied du glacis, ce que nous devions faire ; si un nouvel assaut se préparait, si nous devions attendre la seconde échelle, ou enfin prendre conseil du désespoir et faire un effort pour échapper.... Nos voix se perdaient sans doute dans

le roulement de la fusillade, mais nous espérions au moins que les sons du clairon ou du tambour précéderaient une retraite et que nous serions ainsi avertis à temps. Le malheur voulut que le seul musicien et le seul tambour détachés à lavant-garde fussent tous deux parmi les morts et que par conséquent la retraite s'effectuât sans aucun avertissement. 11 pouvait y avoir une demi-heure que nous étions ainsi abandonnés sur la montagne, quand nous crûmes remarquer que la fusillade se dirigeait sur nous. Une balle qui semblait à mon intention m'avait presque assourdi en me rasant l'oreille; et effectivement, le moment d'après, quelques coups de hache et de koukrie ébranlèrent la cloison derrière nous. Un Coorgah franchit en même temps la barrière, d'autres s'apprêtaient à le suivre, il n'y avait plus un moment à perdre. Nous nous relevâmes tous ensemble, franchîmes le glacis, puis, arrivés dans les broussailles, nous nous dîmes adieu d'un regard, et chacun disparut, prenant au hasard une direction différente, pour diviser l'attention de l'ennemi.

La crainte de m'égarer me fit suivre d'abord la direction par laquelle nous étions venus. Le premier objet qui arrêta mes regards fut le corps du colonehètendu sur le dos en travers du sentier. Il é.tait dépouillé de son uniforme ; une boîte avec des instruments de chirurgie était à côté de lui, évidemment abandonnée par le docteur du régiment. La figure, au lieu d'être bouleversée, comme il arrive généralement après un coup de feu qui a décidé la mort, était parfaitement calme ; les sourcils légèrement froncés comme dans le sommeil sous l'impression d'un rêve ; la mort avait dû être parfaitement douce et sans agonie. Les larmes aux yeux, j'oubliais le danger de ma

position et regardais encore celui dont les dernières paroles pour moi avaient été toutes d'affection, quand trois coups de fusil presque à bout portant me tirèrent de ma rêverie. Le sabre à la main je me fis jour à travers un premier cercle d'ennemis, puis je descendis la montagne, sautant, roulant, tombant à chaque pas. Presque à l'entrée du défilé j'aperçus tout un groupe qui me barrait le passage. Vouloir le forcer une seconde fois, seul contre vingt, c'était folie ; me rendre prisonnier, c'était livrer mon corps à la torture et ma tête au koukrie, la terrible serpette des Coorgahs. Heureusement j'étais presque au bas de la descente, le ravin avait quinze pieds tout au plus, je me décidai à sauter. Par bonheur la terre était molle, je tombai sur les mains et sur la tête, et me trouvai dans un champ de riz. Je recommençai ma retraite sous une grêle de balles et atteignis bientôt un village abandonné. Comme je passais les dernières huttes, un pli du terrain me laissa apercevoir notre arrière-garde à un quart de lieue. Une demi-heure plus tard je la rejoignais.

C'étaient les débris de l'avant-garde du matin, c'est-àdire une douzaine d'Européens valides, autant de blessés qui ne pouvaient marcher qu'en s'appuyant sur leurs camarades, et une vingtaine de cipayes de tous les corps. Le général, qui avait montré du courage dans la retraite, et deux jeunes sous-lieutenants du 9e, étaient avec eux. Dès que le brigadier m'aperçut, il s'empressa de me remettre le commandement et s'éloigna au galop vers le corps d'armée pour m'envoyer du renfort. Un quart d'heure se passa à repousser les attaques de l'ennemi de plus en plus vives à mesure que nous nous éloignions du champ de bataille. Tout à coup son ardeur se ralentit, et

une troupe régulière parut à notre droite : c'était un détachement du 51e natifs, commandé par le lieutenant Briggs. Cet officier faisait faire des prodiges aux cipayes. Sous son égide je n'eus plus à m'occuper que de mes blessés. Un peu plus loin nous fûmes encore renforcés par une compagnie du 55e, qui nous attendait sur un mamelon. Une fois hors du défilé, la retraite se fit avec un ordre admirable, pas un canon, pas unebetede somme, ne furent perdus.

Le combat avait duré quatre heures et demie ; nos pertes étaient sérieuses, et les chiffres suivants n'ont pas besoin de commentaires. Le demi-bataillon du 55e n'avait envoyé au feu que deux cent soixante combattants. De ce nombre un officier et trente hommes étaient morts ou avaient été massacrés après la retraite; quatre officiers et cent cinquante hommes étaient blessés. Total, cent quarante tués et blessés sur deux cent soixante.

Les pionniers avaient perdu huit morts et cinq blessés sur trente combattants ; mais ce nombre avait succombé dans le premier assaut.

Le 31e régiment d'indigènes avait engagé trois cents combattants ; il comptait treize morts, dont un officier européen, deux officiers et trente-sept cipayes blessés. Mais observons que non-seulement il ne reparaît plus dans le second assaut, mais que ses propres officiers, jugeant eux-mêmes qu'une pareille lutte est trop sérieuse pour des cipayes, les laissent à couvert dans les broussailles et se joignent personnellement en volontaires aux soldats du 55e. C'est ainsi que l'on a vu Brett, sans un seul cipaye à ses côtés, attendant l'échelle au pied de la palissade pour y monter avec les Européens. Mais le chiffre le plus curieux est celui de l'illustre 9e natifs :

combattants, neuf cents; tués, un officier européen, pas un cipaye; blessés, personne!

A neuf heures du soir, nous arrivions au camp, dont le général avait choisi l'emplacement près d'un filet d'eau, dans une clairière entourée de toutes parts d'une épaisse forêt. Il n'était plus question du luxe de la veille; deux ou trois tentes pour l'état-major, quelques rares pavillons de commandants et les tentes de l'ambulance pour chaque régiment étaient seuls debout. Tout le reste jonchait la terre à côté des bêtes de somme, qu'on songeait à peine à décharger. La confusion était extrême, tellement que, pour éviter l'embarras de choisir de nouvelles gardes, les derniers arrivants reçurent aussitôt l'ordre de bivaquer sur la ligne extérieure des sentinelles pour protéger le carré du camp. Cependant le détachement que nous ramenions faisait partie de l'avant ou de l'arrière-garde depuis cinq heures du matin, s'était battu tout le jour et était épuisé de fatigue. C'étaient encore eux, c'est-à-dire la poignée d'Européens que l'on chargeait de veiller à la sûreté des indigènes durant cette terrible nuit . Et ce conseil était sage, car la panique s'était communiquée aux cipayes de tous les corps. Ceux qu'il avait été indispensable d'employer pour compléter le carré étaient dans un tel état nerveux, que, prenant à chaque instant le bruissement des feuilles pour l'approche d'un ennemi, ils tiraient des coups de fusil au hasard et donnaient à chaque instant l'alarme. Il était même dangereux pour les patrouilles de les approcher, car les balles précédaient généralement les Qui vive ! Si nous avions eu affaire à un ennemi entreprenant, une attaque un peu hardie au milieu de l'obscurité sur les sentinelles cipayes eût été suffisante pour désorganiser

notre petit corps d'année. La contagion avait gagne môme les meilleurs régiments, qui se seraient dispersés en jetant leurs armes. On aurait eu ensuite bon marché des deux cents Européens encore en état de combattre, qui, fourvoyés dans un pareil pays et embarrassés de leurs camarades blessés, n'auraient pu faire aucune défense, et dont pas un n'aurait probablement survécu pour porter la nouvelle du désastre.

Il me reste un dernier trait à rapporter, caractéristique, du soldat irlandais, et je le fais avec autant de vanité que de plaisir, car il m'est personnel. Le capitaine Le Hardy, de l'intendance militaire, faisant les fonctions d'aide de camp, venait de me communiquer l'ordre de choisir vingt-cinq Européens valides du détachement que nous ramenions, et d'établir mon bivac sur un petit tertre qui s'élevait entre le camp et les bois voisins. Après nous avoir installés dans la position, il nous distribua quelques biscuits et une ration d'eau-de-vie par homme, et nous laissa à nos propres ressources jusqu'au lendemain. Jetés ainsi en enfants perdus sur la lisière du camp que nous avions mission de protéger, nous ne pouvions songer à allumer aucun feu, qui aurait fait connaître notre position à l'ennemi, et cependant le froid était excessif; nos membres s'engourdissaient sous un phénomène qui se reproduit chaque nuit dans ces hautes régions, et qu'il faut attribuer sans doute à l'attraction exercée dans l'atmosphère par leur végétation colossale ; c'est une épaisse rosée blanche comme du givre, mais plus compacte, plus humide, qui sature tous les objets en quelques minutes, qui pénètre jusqu'à la moelle des os et détermine les plus douloureuses maladies. Dépourvu de tout abri et devant être prêt à lutter avec

l'ennemi d'une seconde à l'autre, je m'arrangeai ainsi : après avoir distribué mes sentinelles de façon à éviter toute surprise, je m'assis sur le gazon et ordonnai à tout mon monde de s'étendre autour de moi, chacun sur son mousquet et serré contre son voisin, en se couvrant avec les manteaux de manière qu'il y eût deux couvertures pour chaque homme. Cet ordre fut exécuté jusqu'à un certain point; mais je vis plusieurs soldats se dépouiller, malgré ma défense. Quand je voulus insister et me fâcher, on jeta les manteaux sur moi, et ma résistance devint inutile; j'eus beau tempêter, menacer de punir, il me fallut subir leur dévouement; j'étais presque étouffé sous les couvertures : un superbe Irlandais s'établit en travers pour que sa poitrine me servit d'oreiller; tout le reste se serra autour de moi et à mes pieds. Le cœur ému de tant de fidélité, je passai les longues heures de cette nuit si riche en souvenirs à réfléchir sur les événements d'une journée qui ressemblait à quelques pages du roman que j'avais rêvé, mais triste comme la vie réelle. Je prêtais aussi l'oreille aux qui-vive des sentinelles ou aux sons rassurants et sonores du AWs ivell (tout va bien) qui retentissaient de quart d'heure en quart d'heure. Une ou deux fois l'approche d'un maraudeur ou d'une patrouille nous fit sauter sur nos pieds comme un seul homme. Mon sabre était attaché à mon poignet, et chacun avait saisi son mousquet par un mouvement instinctif; enfin, vers le matin, je succombai à tant de fatigues et m'endormis. Le soleil était levé depuis longtemps et commençait à nous brûler, quand je fus réveillé par l'arrivée de la nouvelle garde qui venait nous relever. Tout mon monde était debout depuis longtemps, mais sans se livrer à la turbulence habituelle d'un corps

de garde, et le brave Irlandais qui me servait d'oreiller n'avait osé bouger, de peur d'interrompre mon sommeil. Pauvres gens ! que de bonhomie, de patience et d'attachement dans ces natures ignorantes et k moitié sauvages!

Je n'ai appuyé sur tous ces faits, où j'ai été entraîné à parler de moi plus que je n'aurais voulu, que pour prouver, d'une part, mon entière impartialité, pour rendre la justice qui leur est due aux grandes qualités, à l'intrépidité, au dévouement, à l'inébranlable fermeté des troupes nationales de la Grande-Bretagne, et pour en déduire, d'autre part, une réponse à cette question : Quelle est la valeur réelle des troupes indigènes dans l'armée anglo-ândienne? Cette réponse, la voici : Dans les circonstances actuelles, ces troupes remplissent parfaitement leur but, qui est d'imposer par leur nombre et par leur tenue aux peuplades de l'Inde dont elles sont sorties, également timides, plus ignorantes et moins bien armées, privées d'ailleurs des avantages de la discipline et de chefs intelligents. — Dans les petites guerres de courses et d'escarmouches, celles qui se représentent le plus souvent, contre les fugitifs guérillas des montagnes ou les bandes de Thugs et de Pindaris qui infestent les plaines, ces troupes suffisent comme simple police. Elles ont aussi cette utilité, qu'en temps de paix elles épargnent aux troupes européennes toutes les fatigues, tout le frottement du service; ce sont les manœuvres, les ilotes, les bêtes de somme de la véritable armée. Elles permettent de réserver pour les jours de bataille les soldats de la métropole, les seuls sur lesquels on puisse compter; elles fournissent toutes les corvées et tiennent garnison dans les parties malsaines du territoire; elles

transportent le matériel, le trésor, les ambulances : ce sont les jambes de l'armée, tandis que les Européens sont les bras, la tête et le cœur. Un pareil résultat est déjà quelque chose. Mais ne leur en demandez pas davantage : en face des plus mauvaises troupes européennes, les cipayes ne tiendraient pas un instant ; ils supporteraient une fusillade, un siège, un bombardement; mais la baïonnette, jamais. On a vu tout récemment, dans l'insurrection de 1857, le général Havelock, avec une troupe de treize cents hommes, réduite successivement, par le feu et les maladies, jusqu'à neuf cents combattants, gagner neuf batailles contre des corps d'armée de cipayes qui comptaient douze et quinze mille hommes !

Page 1