‹ L'Inde anglaise avant et apráes l'insurrection de 1857Chapitre 20 sur 30 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Mafthe <le l'insurrection ; progrès et échecs; sié^e de Delhi.

Cependant les chefs de l'armée, pensant que les régiments éloignés de Barrackpour ne seraient peut-être point infectés du même esprit, ordonnèrent de distribuer les malencontreuses cartouches aux troupes indigènes dans toutes les stations du Bengale et du Nord- Ouest, en commençant par Mirât, Amballa, Delhi, etc. Mais, pour aller progressivement et pour laisser aux impressions fâcheuses le temps de s'émousser, on ne devait pas demander aux cipayes d'en faire usage immédiatement, mais seulement de les recevoir dans leurs gibernes. Ce subterfuge n'eut aucun succès : les cipayes n'étaient point dupes et savaient à quoi s'en tenir; aussi manifestèrent-ils leur mécontentement en allumant cha^ que nuit des incendies qui consumaient les bâtiments publics : c'étaient un jour une caserne, le lendemain un

I/INUE ANGLAISE AVANT ET AJ>RKS L'INSURRECTION. ±X

hôpital, puis des maisons isolées. Les incendiaires n'étaient jamais découverts, et les troupes chargées d'éteindre le feu n'arrivaient jamais à temps, on manifestaient toute la mauvaise volonté possible.

Les choses étaient ainsi arrivées à une crise où il laifait absolument prendre un parti. Or le parti le plus sage était évidemment de faire changer les cartouches, et le gouverneur général, lord Canning, esprit juste et cœur honnête, penchait très-fort pour cet avis; mais il était débordé par l'entourage du commandant en chef. Déjà il avait été furieusement attaqué par les saints et par une partie de la presse coloniale, pour avoir sévi contre le colonel Wheeler en lui faisant retirer son commandement. Le Friend oflndia, entre autres journaux, avait publié un article extrêmement violent, intitulé Patria cara, carior liber tas , qui contenait ce passage : « La conduite du colonel Wheeler n'est que la conséquence logique de la liberté religieuse, et il n'y a point de milieu : si c'est un devoir de travailler à la conversion des Hindous, c'est un devoir de commencer par la conversion de ceux qui exercent le plus d'influence sur leurs coreligionnaires. — Si c'est un devoir pour chaque individu d'énoncer ouvertement son opinion religieuse, c'est également un devoir pour un militaire, quand même il se* l'ait dans la position vétilleuse d'un commandant. — De tous les arguments que l'on présente aujourd'hui, il n'en est pas un dont on ne se soit déjà servi contre les premiers missionnaires envoyés dans l'Inde. Alors, comme aujourd'hui, on disait que les Hindous étaient attachés à leur caste d'une manière inébranlable; alors, comme aujourd'hui, on. disait que les prédications des missionnaires nous attireraient la haine des Indiens; alors, ii. 13

comme aujourd'hui, ou nous prédisait une insurrection générale, si nous avions la présomption de nous heurter contre les préjugés de nos sujets. Et, nonobstant ces fâcheuses prévisions, le peuple anglais, tout en croyant à l'imminence du danger, n'hésita pas à risquer la sûreté de son empire plutôt que de souffrir la moindre entrave à la liberté des prédicateurs de l'Évangile... Punir le colonel Wheeler pour avoir prêché, c'est le punir d'avoir été chrétien. Nous ne discuterons point la question de savoir si ces prédications ont été pour quelque chose dans les révoltes qui viennent d'éclater. Quand le fait nous serait parfaitement prouvé, tout en regrettant qu'il en fût ainsi, notre opinion serait la même. Si nous ne pouvons pas conserver notre empire sans faire an crime à un soldat de se montrer chrétien, périsse plutôt notre empire, mais sachons le risquer! qu'il grandisse ou succombe avec la foi à laquelle nous avons la prétentunt d'appartenir.

Il n'y avait rien à faire en présence d'un enthousiasme aussi sublime et aussi absurde , lorsqu'il était l'expression du sentiment national britannique tant en Europe que dans la colonie. Il fut donc décidé qu'on tenterait l'expérience jusqu'au bout et n'importe à quel prix. Pour le faire avec le moins de danger possible, on choisit, bien loin de Barrackpour, la ville de Mirât, où se trouvait une division considérable de troupes européennes ; et, les régiments de cavalerie indigène n'ayant encore manifesté aucune irritation, on résolut de s'adresser de préférence m 5e régiment de cette arme, pour lui faire faire l'exercice à feu avec les nouvelles cartouches.

Effectivement, la veille du jour fixé, un lieutenant iudigèttg du oc de cavalerie régulière du Bengale , acconi-

pagné de trois soldat s du même corps dont on avait sondé les bonnes dispositions, se placèrent au milieu de ce régiment formé en carré , et donnèrent une longue explication sur la nouvelle manière de charger les armes avec les nouvelles cartouches sans déchirer ces cartouches avec les dents. Joignant la pratique à la théorie, ils chargèrent et déchargèrent plusieurs fois leurs carabines. Pendant tout le temps que dura cette instruction, le régiment resta grave et silencieux, puis il se retira sans aucune manifestation.

Le lendemain, quand le 3e régiment de cavalerie fut rénn i sur le champ de manœuvre, le colonel fit avancer la 1re compagnie, et lui ordonna de charger ses armes pour un tira la cible. Mais le malheur voulut que cet officier supérieur fût encore undecesprédicants insupportables qui ont manqué leur vocation en entrant dans l'armée, tandis que tous leurs penchants les portent à faire le métier de missionnaires. Il n'en fallut pas davantage pour irriter les cipayes, et, sur 90 hommes dont se composait la compagnie, 85 refusèrent d'obéir. Ces derniers furent immédiatement arrêtés et traduits devant un conseil de guerre, qui les condamna à dix ans de fers et de travaux forcés. Cette condamnation paraît tellement sévère, que, si ce n'était l'intérêt immense que les Anglais doivent avoir au maintien de la tranquillité dans l'Inde, on serait tenté de croire qu'ils cherchaient à provoquer une insurrection.

Ce fut le 9 mai 1857 que cette sentence dut recevoir son exécution devant toutes les troupes assemblées. Pour oter aux cipayes toute tentation de résister, on eut recours à un déploiement de force extraordinaire et aux démonstrations les plus terribles. Le 3* régiment de cavalerie du P>engale, ayant été placé en ligne entre deux

régiments (les 41e et 20e) d'infanterie indigène, vit se former en face de lui une seconde ligne, composée du 00e régiment d'infanterie européenne (armé de carabines de grande précision), le 6e des dragons de la garde (européens), et enfin un bataillon d'artillerie européenne, qui arrivait avec ses pièces chargées et ses mèches allumées. L'infanterie européenne reçut en môme temps Tordre de charger ses armes.

Lecture ayant été faite de l'arrêt rendu par la cour martiale, on procéda aussitôt à la cruelle opération de la pose des fers aux pieds et aux mains des 85 cavaliers condamnés. Ces malheureux avaient espéré jusqu'au dernier moment que la sentence ne serait point confirmée par le commandant en chef. Ils poussèrent alors des cris déchirants : Aman! aman! Grâce! grâce! ce ri est pas nous qui vous avons désobéi; cest notre religion qui vous défend ce que vous exigez. Quelques officiers européens de ce régiment, en voyant des hommes (auxquels on n'avait jamais rien eu à reprocher et porteurs de médailles attestant leur courage ou leur bonne conduite) réduits à cet affreux désespoir, versèrent eux-mêmes des larmes. Plusieurs d'entre eux, notamment un capitaine, dont nous raconterons tout à l'heure les aventures et les dangers, avaient vainement intercédé auprès du colonel pour qu'il intervint en leur faveur. Mais, hélas ! aléa jacta est, on leur avait répondu que la discipline européenne serait maintenue à tout prix. Les prisonniers défilèrent enchaînés devant leurs camarades et devant les deux autres régiments indigènes. Ceux-ci, sombres, consternés, se disaient naturellement : « Voilà le sort qui nous attend demain, après -demain, dans quelques jours ou dans quelques heures ; nous passerons tous par ce laminoir,

et nous en sortirons écrasés, déshonorés, parias, — chrétiens. » Mais protester à la gueule des canons prêts à vomir la mitraille ! Us n y étaient pas encore préparés. Tout ce qui était Indien se retira donc en silence, là rage dans le cœur.

Le lendemain, 10 mai, était un dimanche. Avec le dédain de l'Européen pour l'indigène, on n'avait pris aucune précaution extraordinaire. La geôle qui contenait les prisonniers n'avait que sa garde accoutumée, et la colonie, ouhlieuse, ne songeait plus qu'aux loisirs et aux offices du jour consacré à Dieu, quand tout à coup, à sept heures du soir, des hurlements affreux se font entendre, et les trois régiments indigènes, sortant à la fois de leurs cantonnements, se précipitent vers la prison en massacrant tous les Européens qu'ils rencontrent sur leur chemin. En un instant les prisonniers sont délivrés, on brise leurs fers, on les met à cheval, et des milliers de voix leur crient de toutes parts : « Delhi ! Delhi ! » C'était à la fois le mot d'ordre et de ralliement.

Tous les journaux ont donné le récit de ces nouvelles Vêpres siciliennes. Il est incontestable que pendant cette nuit la civilisation retrouva toutes ses vertus, la barbarie se rua dans tous ses excès. Jamais les Anglais ne furent plus beaux ; dans le danger ils reparurent héroïques; aucun peuple ne sait mieux mourir! Il y eut, du côté des Indiens, quelques crimes abominables, crimes qui se reproduisirent à Delhi, à Cawnpour, à Allahabad1; le

1 Disons tout de suite qu'il est aujourd'hui constaté que ces atrocités, en ce qui concerne le massacre des femmes et des enfants, tant à Mirât qu'à Delhi, n'ont point été commises par les cipayes; — mais par les forçats échappés des prisons. C'était surtout dans les prisons de Mirât, de Delhi, Agra et Allahabad que se trouvaient en-

monde entier les a maudits. Mais on n'a pas dit, on n-a pas assez dit, et il est grandement temps de le dire quand l'heure des représailles va sonner, qu'il y a eu aussi de la part de ces Indiens d'admirables dévouements; e( nous n'en voulons pas d'autre témoignage que celui d'une charmante femme, d'une noble dame anglaise, dont le mari était précisément capitaine dans le 3e régiment de cavalerie du Bengale, c'est-à-dire dans celui-là même qui a donné à l'insurrection ses premiers chefs et ses premières victimes, et qui est signalé entre tous à la vindicte européenne.

Après avoir raconté qu'au premier signal d'alarme son mari l'avait quittée pour courir aux casernes, où il n'avait plus trouvé le régiment, et de là à la prison, où il pensait bien que les insurgés avaient dû se porter pour délivrer leurs camarades, elle dit: « Les premiers insurgés qu'il rencontra étaient précisément les prisonniers de la veille qui venaient d'être mis en liberté. Ils étaient à cheval et en uniforme. Leurs camarades avaient nonseulement brisé leurs fers, mais leur avaient donné leurs propres montures, et ils s'enfuyaient du côté de Delhi. Ils étaient une trentaine, et mon mari était seul. Lorsqu'ils rencontrèrent Henri, ils s'arrêtèrent pour le saluer et pour lui envoyer leurs bénédictions. L'un d'eux s'ap-

fermés (au nombre de plus de dix mille scélérats) les principales bandes de Thugs et de Phansigars, étrangleurs, assassins et malfaiteurs de toute espèce, qui ne manquèrent pas de profiter de leur liberté pour exterminer tous les Européens qui leur tombaient sous la main, avec des raffinements de cruauté inouïe. Mais, dans les commencements de l'insurrection, les cipayes étaient complètement étrangers à ces horreurs. Plus tard, il est vrai, des représailles qui ne s'adressaient pas aux vrais coupables augmentèrent leur exaspération.

AVANT ET APRÈS 1/ INSURRECTION. m

procha vivement de mon mari, et lui dit d'une voix Jremblante d'émotion : « Je suis libre, monseigneur! a Mon bon capitaine, laissez-moi vous presser sur mon « cœur avant de nous quitter pour toujours ! » H le iil comme il l'avait dit; et, après cette accolade, toute la troupe partit au galop avec un dernier cri de : Dieu vous protège! En vérité, mon mari était leur ami; et, si. on avait voulu l'écouter, toutes ces horreurs ne seraient jamais arrivées. »

« Bien des heures se passèrent avant que Henri revînt ; et cependant nous entendions une horrible fusillade et des cris affreux, et l'on brûlait toutes les maisons au* lourde nous. Toutes celles que nous pouvions voir de nos fenêtres (il y en avait neuf ou dix) étaient en flammeSj et nous tremblions de tous nos membres, Elisa et moi, mais nous n'osions sortir sans mon mari. Enfin, quelques cavaliers indigènes entrèrent dans le jardin. Je reconnus l'uniforme du régiment. Venez, venez, leur criai-je, sauvez-moi, sauvez-nous ! Et la pauvre Élisa joignait ses cris aux miens. « Ne craignez rien, me dit celui « qui s'avançait le premier, personne ne vous fera le « moindre mal (no one shall injure you)1. » Oh ! comme

1 Ce récit est tellement touchant, qu'on nous saura sans doute gré de reproduire l'original.

Oh ! how I thanked them and in a minute they were with us in the upper room. And I tried to take their hands in mine, but they laid themselvcs at my ieet, touching them with their foreheads. They were unknown to me, — thèse four, — hut thefirst who spoko, Madho, I can nevcr forget! They implored me to keep inside, but oh! how lo do that, when I was waiting for my husband. — Alfred joined us first, safe, and reporting Henri the same. And then our eavâlry guard kept dashing throughthe compound, forcing b?.ck parties who rushed in to lire the hou se. The pislol shots rang on every side, and

je les ai remerciés ! Et une minute après ils étaient avec nous au salon du premier étage. Et j'essayai de prendre leurs mains dans les miennes ; mais ils se couchèrent à mes pieds et ne voulurent les toucher qu'avec leurs fronts. Ces quatre hommes, ils m'étaient inconnus, mais le premier qui m'a parlé, appelé Madho, je ne l'oublierai jamais.

« Ils me suppliaient de ne pas me montrer hors de la maison ; mais, oh ! ce n'était pas possible quand c'était mon époux dont je guettais le retour ! Alfred nous rejoignit d'abord, m'annonçant que Henri était sain et sauf. Et nos quatre défenseurs couraient à chaque instant dans le jardin pour repousser les groupes qui se précipitaient pour venir mettre le feu à la maison. Puis des coups de pistolet retentirent dans toutes les directions, et ce fut alors que mon mari arriva enfin, dans une agonie d'inquiétude à notre sujet. Il nous fit aussitôt quitter la maison, de peur qu'elle ne fût entourée.

now niy liusband arrived in specchlc^s agony ou our account, and

madc us lcave the house fcaring it might be surrounded.

Wrapped in the black stable blankets, to bide our light dresses in the glare of the flaming station, hc took us to bide under trees in the gardon, but movcd us afferwards in a litlle temple thai stands on our grounds. It is very thick walled, and having only onc narrow door, was a good place for sbeltcr. We sat whispcring for honrs, listening lo the noises, as crowds came near or fell away- Still no one attacked us, and more of ibe cavalry troops wcre continuais joining us, voWing to live or die for us. A band of armed thicvcs now broke in to the house, but tvvo of them were shot and the others fled. The fonrth standard was now brought in by Rliomon-

Sing, our poor old acquaintancc, and colonel 's victim. He ncvo-r

left us again. — Henri only waited till about dawn to drive us away; but the mon looked very blank at the ideao taking us to the European Unes. AU the stable servants had fled, so Henri had to find ail the harness and himself put it on the horses. Eliza and I got into

(( Enveloppées dans les housses noires de nos écuries, afin de cacher nos légers vêtements de femme, dont la couleur aurait été remarquée à la lueur des incendies, il nous conduisit d'abord dans un endroit caché par les arbres de notre jardin, puis un peu plus tard dans un petit kiosque à l'extrémité de la propriété. Les murs de ce petit édifice étaient très-épais, et, comme il n'y avait qu'une seule porte fort étroite, on y était passablement à l'abri. Nous passâmes là plusieurs heures, assis, nous parlant à voix basse, prêtant l'oreille à tous les bruits, suivant que la foule s'approchait ou s'éloignait. Cepen dant personne ne nous attaquait, et d'autres de nos cavaliers venaient à chaque instant se joindre à notre escorte, jurant de donner leurs vies pour nous. Une bande do brigands armés se précipita une fois dans la maison, mais deux d'entre eux furent immédiatement tués et le reste prit la fuite. Ce fut en ce moment que le quatrième étendard du régiment nous fut apporté par Rhomon-Sing (un djemadar), notre pauvre vieil ami, une des victimes du colonel. Il ne nous a plus quitté un seul instant.

« Henri attendait le premier crépuscule du jour pour nous conduire aux casernes européennes, cependant les cavaliers tremblaient à l'idée de nous suivre de ce côté. Tous nos palefreniers s'étaient sauvés, de sorte que Henri fut obligé d'aller harnacher les chevaux et de les mettre lui-même à la voiture. Élisa et moi, nous montâmes dans

the carriage, one ot' the sawars acting as driver; Henri «and Alfred mustered ail the 'troopcrs round us and \ve drovc oit We had 19 of .lie 5d régiment remaining with us, including the Djemadar of our troop. One of the prisoners] had corne to us, offering to stay and défend us; but my husband told him lie must give him up a gain, il ' he did, So the poor fellow rode rorle off qu'il e dîjected.

la calèche, un de nos cavaliers servant de cocher; Henri et Alfred rassemblèrent tons les troupiers autour de nous, et nous partîmes au galop. Dix-neuf soldats du Tf régiment de cavalerie nous accompagnaient, ayant à leur tète le djemadar (Rhomon-Singj de notre compagnie. Un des prisonniers qui était venu à nous s'offrit aussi de nous accompagner pour nous protéger; mais mon mari lui dit qu'il serait obligé de le faire remettre en prison s'il nous suivait, de sorte que le pauvre garçons'en alla tout désolé.

(( Chemin faisant, nous rencontrâmes un carabinier (du 6ft dragons de la garde), poursuivi par plusieurs cipayes ; il était à pied, sans armes et déjà couvert de sang, blessé à la tête et aux bras. Mon mari tua d'un coup de pistolet l'un des assaillants, et fit monter le carabinier dans la voiture. Pendant ce temps nos cavaliers tenaient les autres cipayes à distance, mais sans faire usage de leurs armes. Évidemment ils partageaient leur aversion pour le soldat européen. Arrivés en vue des casernes eu-v ropéennes, lorsque nous fûmes hors de tout danger, une douzaine de nos cavaliers resta avec nous, le reste alla rejoindre les insurgés. »

Pour compléter cette histoire de la conduite du 5e régiment de cavalerie indigène à l'égard de ses officiers européens, nous nous empressons d'ajouter que pas mi officier de ce corps, pas même le colonel, bien qu'il fût exécré, ne périt de la main de ses soldats. Depuis le commencement de l'insurrection, ce régiment n'a encore perdu que trois officiers, savoir : son chirurgien (aide-major), docteur Christie, son vétérinaire Philipps, et un sous-lieutenant nommé Mac-Nab, tués tous les trois dans la nuit du 10 mai, par des cipayes du 11e régiment d'infanterie indigène.

AYANT ET APKES É INSU KKECTIO N. fc23r>

Voilà les hommes sur lesquels s'est déchaînée toute la première fureur des saints, et 'sur lesquels (sur toits indistinctement) on n'a cessé d'appeler les plus terribles supplices. Certainement plusieurs d'entre eux ont commis plus tard des crimes odieux, épouvantables ; mais il est incontestable que dans cette première explosion le bon droit et même le beau rôle était de leur côté.

Nous avons dit que les troupes européennes à Mirât, au nombre de 2,000 hommes, se composaient d'artillerie, du 60e carabiniers à pied, et du 6e dragons (carabiniers) de la garde. On a beaucoup reproché au général llewit, qui commandait la division, de n'avoir point tiré parti de forces aussi considérables pour anéantir immédiatement les insurgés par une poursuite rapide. Mais nous observerons que les premiers coups de fusil n'avaient été tirés qu'après le coucher du soleil, vers sept heures et demie du soir, lorsque les officiers étaient presque tous à l'église. A huit heures, il fait nuit noire. Les cantonnements de Mirât sont tellement étendus et éparpillés, qu'il était près de dix heures avant que les troupes européennes fussent rassemblées; et, toute la population des bazars s'étant soulevée pour incendier et piller les maisons, la première préoccupation avait été naturellement de sauver les femmes et les enfants dispersés dans toutes les parties de la ville, les hôpitaux et les magasins. Enfin, on voit par le récit que nous venons de citer que le crépuscule du matin avait déjà paru avant que la fusillade eût cessé, si ce n'est contre les insurgés, au inoins contre les pillards.

l;iM)E ANGLAISE

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