AYANT ET APRÈS
government are in a position to deai with them in strength after thorough investigation. It raay be neccessary howerer, cvcn after a district is partially restored to order, to make examples from time to time of such persons who may be guiity of serions outrages- against pcrson or property, or who by «iopping the dawks or injuring theelectrictelegrapb, or otherwise may endeavour to promote the designs of those who are ivaging war against the state.
!!• Anotber point to l)o noticed in connexion with this subjoct is the gênerai burning of villages-, which the govemor gênerai bas reason to fear nwy bave been carried too for by some of the civil officers employed in rostoring order.
préhender, d*ajoumer autant que possible toute enquête trop minutieuse en fait de crimes politiques, jusqu'à ce que le gouvernement se trouve en position de les rechercher avec toute sa force et en pleine connaissance de cause. Il peut être cependant nécessaire, même après qu'un district a été jusqu'à un certain point ramené à Tordre, de faire de temp6 en temps des exemples de certains individus qui se rendent coupables d'offenses sérieuses contre les personnes ou contre les propriétés, ou qui, en arrêtant les courriers de la poste, ou en interceptant le télégraphe électrique, ou de toute autre manière, s'efforcent de venir en aide aux mauvais desseins de ceux qui font la guerre contre le gouvernement.
il*. Un autre point à bien observer en rapport immédiat avec ce sujet est la mesure générale d'incendier les villages, mesure qui (le gouverneur général a quelque raison de le craindre) . aurait été poussée trop loin par quelques-uns des officiers civils employés au rétablissement de Tordre,
12** A scvere measure of this sort is doubtless necessary m sorae cases, where the mass of the inhabitants of a village hâve committed grave outrages and the populations cannot be punished in their persons ; but any approach to a wholesale destruction of properly by the officers of govemment, without due regard to the guilt or in.
nocence ofthose who areaiîec.
ted by it, must be thoroughly reprehended. Apart from the effect which such a practice would bave upon the feelings and dispositions of the country people, there can be no doubt that it would prevent them from returning tho their villages and resuDiing the cultiva, tion of their fields; — a point at this season of vital importance, in as much as if the lands remain much longer unsown, famine may l)e^ added to the bther difùculties with which government will bave to contend.
12** Une mesure de cette sévérité est sans contredit nécessaire dans certains cas, lorsque la masse des habitants d'un village a commis de graves désordres et que les populations ne peuvent pas être punies individuellement ; — mais tout ce qui ressemble k une destruction en masse de la propriété par les officiers du gouvernement, sans tenir compte de la distinction k conserver entre rinnocent et le coupable parmi ceux qui doivent en ressentir les effets, doit être sévèrement réprimandé. Indépendamment de Teffet que la répétition dictes de cette nature ne saurait manquer de produire sur les sentiments et les dispositions du peuple des campagnes, il est évident que c'est le plug sur moyen de les empêcher de retourner dans leurs villages et de se remettire à la culture de leurs champs. — Or ceci est un point d'une importance vitale en cette saison; attendu que, si les terres restent beaucoup plus longtemps sans être ensemencées, Li famine pourra s'ajouter aux autres, difficultés avec lesquelles le gouvernement se trouvera obligé de lutter.
AVANT ET APRÈS l/INSURRECTION. SOC
Certainement il était impossible, en exprimant un blâme pour des violences stupides et polir des cruautés inouïes, de le faire avec plus de modération, de ménagements, de convenance et d'égards pour ceux que leur zèle patriotique ou religieux avait entraînés au delà de toutes les bornes. Amnistiant d'abord le passé, lord Canning commence par des éloges pour ses subordonnés au point de vue de leur énergie pour le rétablissement de Tordre, et il termine par un appel à leur humanité, à leur justice, à leur prudence, au point de vue des véritables intérêts de la colonie et de la métropole. On pourrait supposer que des conseils si sages, des ordres si justes, motivés avec tant de discrétion et de douceur, auraient été compris et respectés. ^ Non-seulement il n'en fut rien, non-seulement les boucheries continuèrent plus sanglantes, plus impitoyables que jamais ; mais la presse anglo-indienne, presque entièrement dévouée à la coterie des saints, répondit à la proclamation du gouverneur général avec tant de violence et de mépris, par des attaques si séditieuses, que lord Canning se vit dans la nécessité de suspendre plusieurs des principaux jouniaux de la colonie. — Et Ton colportait partout des pétitions auxquelles tout le monde, et surtout les fonctionnaires militaires, s'empressaient de souscrire, demandant au gouvernement métropolitain la destitution et le rappel de lord Canning !
Au milieu tle cette crise, un homme se fait surtout re: marquer par la violence de son opposition aux idées généreuses du gouverneur général : c est le colonel (brigadier général) Niell, qui se signale à AUahabad par des exécutions en masse, sans jugement, sans enquête; par la mort sans phrase (no humbtig), c'est son expression
favorite. Il y ajoute des raffinements de cruauté qui s'adressent comme un sanglant outrage au préjugé de la caste chez les Hindous, pré^gé contre lequel il s'adiarno aVec le zèle ayetigle d'un puritain arrivé, en fait de doctrine, au dernier degré de démence. — 11 devient immédiatement le cor^)hèe, le drapeau du parti des saints; et ce simple colonel engage, contre le gouverneur général de rinde, une lutte de puissance à puissance, lutte dont il sort presque toujours triomphant. Deux fois lord Canning signe la destitution et le rappel à Calcutta de ce fonctionnaire désobéissant, et deux fois il est obligé, sous la pression de Topinion publique égarée, de déchirer son décret.
Poursuivant cependant ses généreux efToils pour Li cause de Thumanité, que feit ëdorshurd Caiming? li envoie à Allahabad, comme son alter^ ego, avec le titre et les pouvoirs de lieutenant gouverneur pour les provinces centrales de VInde, un fonctionnaire arrivé aux phis hauts degrés de la hiérarchie civile, M. P.-J. Grant, qui a pour mission spéciale 4e juger les ré&a2I«$ et les in^rgés{9&xi d'arracher au moins quelques victimes au brigadier Niell en faisant un triage parmi ces milliers de .suspects), de sauver les innocents tout en punissant les coupables .
Eh bien, Texaspération est telle, que lorsque H. Grant, à son. arrivée à Allahabad, veut faire stispendre^ jmqiià plus ample informé, l'exécution en masse de cent cinq^iante Indiens, de toutes classes et de toutes religions, que Ton allait expédier le même jour d'un seul coup de filet, il est obligé de se cacher dans sa maison pour échapper à la fureur des soldats européens, qui parlent de le mettre en pièces ; et un journal bien posé n'a pas craint de publier, avec l'approbation presque générale, un ar-
licle comme^ui-ei. Nous le reproduisons textuellement, tant il nous a paru curieux :
GRANT VERSOS NIELL.
« General Niell lias already cxperienced proofs of M. J. P.
Graufs insolence and assuinption of power. I havc on previoiis occasions mentioned that tliis gentleman had been suddenly appointed lieutenant-govemor of the central provinces, vnth the avowed view pf
'jmtling a stop to the work of retaliation on miitineers, — It was pointed oui by the local press at the time, that tlie whole country being iinder martial law, the appointaient was not required.lt was made ho-
' wcvor, and although, M. Grant, on arriving at Benarcs, found himself compelled to shiit h i m se If up in his house, on account of the temper of the European troops who had heard of his mission, still hc lost no time in transmitting orders to gênerai Niell to put a stop to ail hanging, untU the sentences should be tr ansmi tted to Benarès and confirmed by himself, The gai- L«nt Niell, it is statei], replie d
« Le général Niell a déjà eu, par sa propre expérience, des preuves de Tinsolence et des empiétements de pouvoir de M. P.-J. Grant. Nous avons avons déjà plusieurs fois fait mention de cette circonstance : que ce gentilhomme a été soudainement nonuné lieutenantgouverneur des provinces centrales, dans le but avoué de mettre un terme à Vœuvre des représailles exercées contre les insurgés» La presse locale a suffisamment fait connaître à cette occasion que, toute la contrée se trouvant sous la loi martiale, une nomination de ce genre était tout à faitdéplac4Îe. Elle fut maintenue cependant — Et, bien que M. Grant»
a son îu'rivée k Benarès, se soit trouvé dans la nécessité de se renfermer dans sa mai^ son, en raison de Virritation des troupes européennes qui avaient entendu parler de r objet desamissiony cependant il s'est empressé, sans [)erte (!o tcnqis, k transmettre des
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that thc country was undcr . ordres au général Niell, pour martial iaw, and that he wottld lui signifier de mettrevn terine take his awn, course, à toute pendaison, ja^k ce
que chaque sentence eût été transmise à Benarès et revêtue de son approbation (rapprobation de M. Grant). On affirme que le brave général Niell aurait répondu que, le pays étant sous la loi martiale, il ne consultei'ait que lui-même, et qu'il agirait suivant son bon plaish*.
Que diraii-on en France d'un général qui refuserait^ d'obéir au délégué du, gouvernement, et lui répondrait qu il n'entend suivre que son bon plaisir pour pendre cent cinquante individus sans jugement? Et que vous semble de cette presse qui ne peut contenir son indigna-' tion de ce que le gouverneur général se soit permis de lui désobéir à elle ; — qui traite le lieutenant-gouver' iieur AHmolent, et qui se retient pour ne pas en dire autant au gouverneur général lui-même ? C'est bien le cas de s'écrier ;
Tant de fiel enlrc-Sil dans l'àme des dévoU. ~
Et ce pauvre lord Canning! lui rend-on plus de justice, est-il mieux traité par ses concitoyens et par son gouvernement dans la métropole ? Lisez cet ai'ticle du Times, l'organe le plus énergique et l'expression la plus vraie de Topinion publique parmi les classes bourgeoises en Angleterre, c'est-à-dire précisément dans ces classes si nombreuses et si puissantes qui constituent, comme par
tout, la majorité, et où domine presque exclusivement Tinflueiice des saints. Voyez quels emportements de colère et de vengeance ! Il demande à grands cris l'extermination en niasse des insurgés de toutes les catégories, qui, selon son opinion, sont descendus au niveau des brutes et ne méritent plus que (Vêtre assommés ou écrasés soiis les pieds. Il ajoute que Fhumanité doit s'adresser à ce qui est humain, non à ce qui est bestial. Et ce n'est pas seulement contre les cipayes que le journal anglais s'abandonne à ces imprécations violentes. Il attaque ouvertement le gouverneur général de l'Inde, en lui faisant un crime des mesui'es qu'il a prises et de la proclamation absurde qu'il a publiée pour modérer et régulariser la répression contre les rebelles, suivant leurs différents degrés de culpabilité. Il professe hautement son mépris pour cette humanité timide et misérable qui se montre aux dépens des honnêtes gens poiir profiter à des traUres et à des coquins. Du reste, il est plus simple de citer textuellement, et nos lecteurs pourront juger par eux-mêmes.
« Quant à nous, dit le Times, nous sommes disposés à considérer celte révolte comme une occasion providentielle dé montrer aux Hindous que nous aussi nous avons une castCj et que cette caste est celle de la nature et de Yhumanité. Nous considérons tous ceux qui se sont rendus complices de ces crimes, ne fût-ce même que de loin^ comme tombés au-dessous du niveau de Vhumanité et comme appartenant à la classe des bêtes brutes et destinés à être assommés et foulés aux pieds. Ils sont des objets de mépris et d'abomination. Il est bon et utile, pour former à l'avenir l'esprit indien, de témoigner de toutes les manières noire dégoût pour ces actes et pour leurs auteurs.
« L'humanité ne peut exister que vis-à-vis de ce qui est humain et non vis-à-vis de ce qui est bestial. Dans cette dernière catégorie se trouvent les indigènes qui sont impliqués iVune manière quelconque dans ces crimes, et il faut leur faire comprendre que nous les considérons comme tels; il faut également se saisir de cette occasion pour faire comprendre aux musulmans^ fanatiques que, s'ils croient de leur devoir d'extirper les chrétiens, les femmes et leurs enfants, nous aussi nous croyons de notre devoir d'extirper les misérables qui professent une pareille doctrine, et nous nous mesurerons avec eux sur ce point. ,
« Nos soldats n'attendront pas nos encouragements pour recourir aux mesures les plus rigoureuses; et li n'est pas même probable que nos remarques leur parviennent avant que l'affaire soit faite en grande partie. Les employés civils, de leur côté, qui sont chargés de fonctions militaires, celle de maintenir l'ordre dans des villes pleines de conspirateurs, et qui ont des motifs de craindre une explosion à tout moment, sont généralement à la hauteur de leur situation... Cependant nous pouvons dire que nous préférerions laisser la conduite des affaires aux officiers de l'armée qui ne reculent pas devant la responsabilité. S'ils ont des preuves certaines que quelqtœs douzai7ies de coquins forment un, complot* pour renouveler des scènes horribles, ou qu'ils pren-
* On voit que le Times en veut à tout le monde; il parlait toul à l'heure des Hindous, voici le tour des niusulmnns; il faut tout exterminer, même ceux qui n'ont été complices que de loin. Bnivo, messieurs les saints! voilà de la charité, voilà de la philanthropie !
* Toujours In loi des sutpecls! Ce n'est pas assez de ceux qui «ont coupables, il fr.ut exterminer ceux qui pourraient le devenir l
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nent des mesures qui doivent évidemment avoir un pareil résultat, nous sommes convaincus que ces officiers {on voit quHl s'agit ici du brigadiei' Niell) ne font que leur devoir en livrant le plus piymptement possible ces misérables à l'exécuteur des hautes œuvres.
« Nous ne pouvons comprendre pour quel motif, précisément dans cette circonsliance, quand tout dépend d'une prompte et rapide punition et de fonctioimaires qui jouis • sent de toute confiance, le gouverneur de l'Inde a ju^é convenable de publier une proclamation absurde, blâmant d'une manière générale les mesures vigoureu^ses piHses par ses employés civils, et eritiqu£int indirecter ment, mais d'une manière non moins marquée, la conduite de V armée en campagne, »
Enfin, le gouvernement métropolitain a-t-il appuyé son gouverneur général de l'Inde ainsi attaqué de toutes parts? — On sait qu'un différend s'était élevé entre lord Canning et sir Colin Campbell : le nouveau commandant en chef, parti avec les meilleures intentions, mais tombé, en arrivant à Calcutta, au milieu d'un état-major mihtaire presque entièrement affihé à la secte des saints, çt inévitablement influencé par eux, a pris parti pour le brigadier Niell et tutti quanti', et, afin de paralyser les mesures restrictives et bienveillantes de lord Canning, il a demandé la mise en état de siège de toutes les jjrovinces insurgées, même là où il y avait des lieutenants gouverneurs civils. Le gouvernonr général s'opposait à celle demande de toutes ses forces. L'approbation donnée par le gouvernement anglais au système du commandant en chef doit donc être considérée comme un véritable échec pour lord Canning; et nous serions bien étonné si quelques maigres paroles d'éloge , octroyées comme une
ZVl L'IiNDE ANGLAISE
consolation à son amour-propre par lord Palmerston, suffisaient pour décider ce fonctionnaire consciencieux à rester à son poste.
Rendons cependant cette justice aux Anglais : il s'est élevé parmi eux des voix honorables, des voix aimées et respectées de la Grande-Bretagne et de l'Europe, qui ont protesté contre un pareil langage, qui ont répudié une aussi détestable politique. 11 est surtout un homme d'État {qm la Providence appellera un jour, nous respérons, à diriger les destinées de V Angleterre ; nous l espérons pour la pacification de Vlnde, pour la gloire de V Angleterre, pour le repos et le bonheur du monde, et plusparticulièreinent de la France : il va sans dire que nous vou- ' Ions parler de M. d'Israèli), qui s'est exprimé d'une manière qui lui conciliera le respect et l'affection de tous les cœurs honnêtes. — On nous saura gré de reproduire ses paroles ; elles font un magnifique contraste avec le langage du Times, auquel il s'est cru obligé de répondre pour l'honneur de son pays.
(( Les horreurs de la guerre n'ont pas besoin d'être excitées, et, telles qu'elles continuent dans l'Inde, elles n'ont pas besoin de stimulant. Je ne doute pas que les soldats et les marins ne mettent assez d'énergie au châtiment, mais je me permettrai, en toute humilité, d'exprimer ma désapprobation en voyant des personnes, revêtues d'une haute autorité, s'écrier que sur l'étendard de TAngleterre est inscrit le mol de vengeance, au lieu de celui de justice. Je vois qu'en ce moment la reine a annoncé qu'il y aurait un jour solennel de jeûne et d'humiliation, et qu'elle invitait son peuple à s'unir à elle pour s'humilier devant Dieu, confesser ses fautes et celles de son peuple, et reconnaître qu'on peut trouver dans
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ces fautes une cause de ces terribles calamités. Or n'estce pas une grande inconséquence de notre part, pour nous qui sonunes un peuple grand et bon, d'obéir à une recommandation si pressante de notre souveraine, de parler de jeîine et d'humiliation, et d'annoncer en même temps que nous prendrons pour exemple de notre conduite celle de nos ennemis?
(r Je proteste contre cette prétention à prendre Nana- Sahib comme un modèle de la conduite que doit tenir un soldat anglais. Je proteste contre l'intention ôHopposeï^ des atrocités à des atrocités, Tai lu et entendu dire des choses depuis peu qui me font supposer que les opinions religieuses du peuple d'Angleterre ont (prouvé quelque changement soudain y et qu'au lieu de s incliner devant le nom de Jésus, nous nous préparons à renouveler le culte de Moloch, — Je ne pense pas que nous devions nous laisser aller à de pareilles inspirations. Je crois que ce qui est arrivé dans l'Inde est une grande leçon de la Providence dont nous devons profiter; et que, si nous la recevons comme des hommes honnêtes, nous la ferons servir à soutenir l'honneur dfe notre pays et à établir dans l'empire de l'Inde une forme de gouvernement stable et juste. »
Mais, si ces explosions de haine fanatique ont été si noblement désavouées par un compatriote, par l'un des plus grands esprits de l'Angleterre, nous n'avons pas besoin de dire avec quelle indignniion elles ont été entendues par les autres nations de l'iùirope. C'est aujourd'hui, plus que jamais, que lord Byron pourrait jeter à son pays ce cri désespéré : a Tu ne sais pas, ô Angleterre! combien ton grand nom est partout abhorré !
Hovv lliy great name is cvery whcrc abhorrod!
ni/* L'INDE ANGLAISE
Et le Journal des Débats lui-même, dont la bienveillance pour le gouvernement modèle du régime parlementaire est bien connue, se croit obligé d*élever la voix dans cet anathème universel. Voici le jugement qu'il prononce, à la date du 24 octobre, dans un admirable article où nous reconnaissons le talent de M. Xavier Raymond : (' Ces emportements furieux, également incompatibles avec la raison calme, les sentiments élevés et la dignité d'un grand peuple, ne relèveront pas TAngleterre dans l'estime et la sympathie de l'Europe. Il y a plusieurs siècles que les guerres d'extermination sont finies et oubliées dans le monde civilisé; les peuples modernes en ont désappris les instincts, les procédés, le vocabulaire sauvage ; aucun d'eux n'a le droit ni la puissance de remettre ce langage, ces procédés, ces instincts en pratique et en honneur ; aucim ne peut en relever le drapeau sanglant et hideux sans exciter la réprobation et l'hQr- . reur universelles. Quelle opinion les esprits éclairés seront-ils amenés à concevoir de cet empire, des fondements sur lesquels il repose, de sa force et de sa consistance, de sa stabilité, de sa durée et de son avenir, si les journaux anglais continuent à proclamer que la puissance britannique ne peut se maintenir et subsister en Orient que par l'extermination de la race indigène? Quel espoir pour l'humanité, quelle œuvre de régénération que celle qui serait réduite à s'appuyer indéfiniment sur la force et la terreur, sur la loi (lu talion, sur le fer et le feu, sur le sabre, le canon et les gibets ! Plus nous y réfléchissons, plus nous sommes convaincu que le langage violent du Times n'est pas seulement un anachronisme réprouvé par la conscience publique, par les instincts les plus puissants de notre siècle et par Ips lois de la civiiisa-
lion moderne ; il a, selon nous, un tort de plus : il est une imprudence manifeste, une faute et une très-grande faute politique. »
Quant aux soldats anglais, les dernières nouvelles ont I rouvé qu'ils n'ont pas besoin de nouveau stimulant à la vengeance. « A leur arrivée à Cawnpour, dit un journal de l'Inde, les montagnards écossais virent tout d'abord le puits où, après le massacre, les rebelles avaient jeté les restes mutilés des femmes et des enfants. Les restes de la fille du général Wheeler furent reconnus au milieu de ces débris. On enleva de sa tête les longues tresses de ses cheveux. Une partie a été envoyée en Angleterre à ses amis. Le reste fut divisé par égales portions entre les soldats, et chacun d'eux, en recevant sa part, jura que pour chaque cheveu un Indien périrait de sa main. Ce serment terrible sera religieusement accompli, dût le gotivemeur général lui-même se mettre en travers pour l'empêcher, »
Ce serment a été accompli en effet, et non-seulement à Cawnpour, mais partout, et sur les Indiens à peu près indistinctement dans les localités insurgées. Ainsi nous lisons dans le rapport d'un témoin oculaire de la prise de Delhi, cité par le Globe : a Tous les habitants de la ville qui s'y sont trouvés au moment où nos troupes sont entrées ont été passés par les armes; le nombre en a été considérable. H y avait des maisons où quarante et cinquante personnes réunies se tenaient cachées. Ce n'é" taient pas des rebelles^ mais des résidents qui avaient espéré le pardon ; ils ont été désappointés,., «Ainsi des résidents inoffensifs qui, n'ayant rien à se reprocher, étaient restés pour se soumettre aux Anglais, et probablement pour les accueillir comme des libérateurs, ont
été égorgés en masse ! Quelle horreur et quelle maladresse ! quelle exécrable folie * !
• Au moment de mettre sous presse, on nous annonce que ce récit d'un témoin oculaire est considérablement exagéré, et qu'il est olîiciellement démenti par le gouvernement anglais. Les cipayes seuls auraient été exterminés. Nous Toulons croire, pour l'honneur de l'Angleterre, à l'asserlion la plus favorable. Mais nous nous demandons encore par quel singulier instinct les journalistes anglais et* leurs correspondants s'obstinent à se poser en fiinfarons de crimes?