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e,t Itti prêter mon astisunce; mais le colo&el m*ayaii retenu : € G*e8t inutile, mon enfant, m*aTaitril dit^ il n*y a rien à faire ici, vous péririez tous deux sans résultat; quand même cette échelle arriyerait jusqu'aux palissades, elle ne suffirait pas, et nous ne serions plus en nombre pour en profiter. • Toutefois, quelques instants après, lui montrant dans les broussailles plusieurs soldats de ma compagnie dont j'avais pu apprécier le courage et dont je connaissais le dévouement à ma personne, je le suppliai encore une fois de me laisser tenter un dernier effort et les appeler autour de moi, lui répétant ma conviction, que si un seul Européen parvenait à surmonter Tobsta* de, toute résistance cesserait et la place serait i nous. Après quelques moments de réflexion et d*une lutte pénible avecTémotion qu'il éprouvait» le colonel me débarrassa du pistolet que je tenais à la main et qui aurait pu gêner mes mouvements, et médit, : c C'est, après tout, notre seule chance de succès; il faut l'essayer : allez donc, mon enfant, et que Dieu vous protège. • En trois bonds j'étais au pied de la chaussée, et relevant l'échelle maintenant tout à fait abondonnée, je m'écriai d'une voix puissante : c En avant, n* 7 1 en avant, mes braves, suivez votre officier! » Les sergents Vamy et Cmwford et une quinzaine do
loldau 86 lèvent subitement eomme allé sortaient de terre : en on instant ils sont autour de moi, f hacun saisit un échelon, et avec le hourra britannique, nous nous élançons au pas de course. Mais la pente est rapide, d'énormes pierres se dérobent sous nos pas et ralentissent nos progrès, le feu de Fennemi redouble , chaque seconde nous enlève un brave; l'échelle s'arrête un instant; il fallait reprendre haleine : le major Bird vient la saisir, mais il est abattu par une balle qui lui rase le ft^nt. Nous poussons un hourra plus faible, mais nous avançons encore. Parvenu à la crête du glacis, je me retourne pour dresser l'échelle; je n'avais plus qu'un assisunt, le sergent Grawford, tout le reste était foudroyé. Nos efforts réunis la relèvent, elle va s'abattre sur la palissade, tous les yeux sont sur nous pleins d'espoir et d'intérêt. En ce moment un coup de canon part de la face latérale : je ne l'entendis pas; je ne sais ce qui arriva, mais j'étais étendu au pied de la barrière; une sensation cuisante me bràlait l'épaule, l'échelle m'écrasait le genou et un cadavre défiguré gisait sur moi; le malheureux Grawford était coupé en deux, l'échelle était brisée, et la bourre enflammée d'un canon avait mis le feu à mes vêtements.
Par les plus pénibles efforts je venais de me
dégager et fêtais encore assis quand j'entendis des voix amies à quelque distance derrière moi me crier: c A terre, à terre! ne relevez pas la téie ou vous êles mort. Traînez- vous jusqu'à nous et vous aurez une dernière chance de salut. » Cétait le jeune Daubeny du 55« et le brave des braves, le lieutenant Brett du 51* natif, qui m'avaient précédé à la barrière par un autre chemin, espérant profiter de Téchelle pour monter à Tassaut. Témoins de la catastrophe qui nous avait enlevé cette ressource, ils s'étaient couchés sur la créie du glacis, le dos aux palissades et cachés parmi les morts et les mourants, protégés aussi par la fusillade que nos troupes continuaient derrière les broussailles, ils étaient momentanément à Tabri. Suivant littéralement leurs instructions, je me traînai en rampant jusqu'auprès d'eux. Dès que je pus rassembler mes idées, je trouvai que nous étions cinq personnes (trois officiers et deux soldats) à partager ce singulier asile aux pieds mêmes de l'ennemi , dont nous n'étions séparés que par l'épaisseur de la palissade et dont nous entendions distinctement les voix. Ce fut dans cette position que nous entendîmes nous-mêmes notre sort avec une anxiété qu'il est facile de concevoir.
Cependant le malheureux assaut que je venais
de tenter avait presque doublé le chiffre de nos pertes. La mort de tant de braves et surtout celle de Crawford, donnée comme en spectacle devant toutes les troupes, avait déjà produit un découragement général, quand une dernière catastrophe vint encore le compléter. Le colonel, qui avait suivi tous mes mouvements avec riniérét le plus tendre et qui, au moment où Téchelle parut se dresser, s'apprêtait à entraîner tous les siens sur mes pas, voyant que tout espoir était perdu de ce côté, venait d'ordonner la retraite lorsqu'une balle envoyée par un ennemi invisible lui traversa les deux poumons. Cet ennemi était un montagnard qui depuis le commencement de Taclion se tenait caché dans le feuillage parmi les branches de Tarbre au pied duquel nous avions été si longtemps assis. Jusqu'alors il était resté spectateur immobile du carnage, n'osant pas profiter de sa position ; mais croyant avoir trouvé un moment favorable M la fusillade plus animée couvrirait le bruit de son fusil à mèche, il ajusta enfin le malheureux colonel, qui retomba en arrière mortellement blessé et expira en quelques minutes. La mort de la victime fut immédiatement suivie de celle du meurtrier et la retraite commença aussitôt. On chercha cependant à enlever le corps du colonel, mais dès qu'un groupe se formait il de-
▼énait l6 point de mire de» feux croisés de Ten* nemi, et deux soldats ayant été mortellement blessés tandis qu'on le portait à quelque distance, on se décida à Tabandonner, préférant avec raison concentrer tous les efforts et tous les soins sur les vivants, c'est-à-dire sur les blessés. Même cette lâche demeura incomplète et une douzaine de ces derniers, tant Européens qu'indigènes, durent être laissés à la merci de l'ennemi.
Cependant les cinq individus compromis à la barrière demeuraient dans une ignorance complète du mouvement qui s'effectuait. De temps en temps, durant les deux mortelles heures de notre agonie, quelqu'un de nous élevait la voix pour demander à nos amis, au pied du glacis, ce que nous devions faire? si un nouvel assaut se préparait? si nous devions attendre la seconde échelle ou enfin prendre conseil du désespoir et faire un effort pour échapper?... Nos voix se perdaient sans doute dans le roulement de la fusillade, mais nous espérions au moins que les sons du clairon ou du tambour précéderaient une retraite et que nous serions ainsi avertis à temps. Le malheur voulut que le seul musicien et le seul tambour détachés à l'avant-garde fussent tous deux parmi les morts et que par conséquent la retraite s'affeetuât sans aucun avertissement. Il pouvait y avoir
ane demi^heiire qtie nous étions ainsi abandonnés sur la moQtagne qaand nous crûmes remarquer qae la fusillade se dirigeait sur nous. Une balle qui semblait à mon intention m*ayait presque assourdi en me rasant Toreille; et effectivement, le moment d*après, quelques coups de hache et de koukrie ébranlèrent la cloison derrière nous. Un Coorgah franchit en même temps la barrière, d*autres s'apprêtaient à le suivre, il n*y avait plus un moment à perdre. Nous nous relevâmes tous ensemble, franchîmes le glacis, puis arrivés dans les broussailles nous nous dîmes adieu d*un regard, et chacun disparut, prenant au hasard une direction différente pour diviser Tattention de Tennemi.
La crainte de m*égarer me fit suivre d*abord la direction par laquelle nous étions venus. Le premier objet qui arrêta mes regards fut le corps du colonel étendu sur le dos en travers <]u sentier. 11 était dépouillé de son uniforme ; une boîte avec (les instruments de chirurgie était à côté de lui , évidemment abandonnés par le docteur du régiment. La figure, au lieu d*étre bouleversée comme il arrive généralement après un coup de feu qui a décidé la mort, était parfaitement calme;. les sourcils légèrement froncés comme dans le sommeil sous rimpression d*un rêve; la mort avait dû
é(re parfaitement douce et sans agonie. Lès larmes aux yeax j'oubliais le danger de ma position et regardais encore celai dont les dernières paroles pour moi avaient été toutes d*afiPection, quand trois coups de fusil presque à bout portant me tirèrent de ma rêverie. Le sabre à la main je me fis jour à travers un premier cercle d'ennemis» puis je descendis la montagne sautant, roulant, tombant à chaque pas. Presque à l'entrée du défilé j'aperçus tout un groupe qui me barrait le passage. Vouloir le forcer une seconde fois, seul contre vingt, c'était folie; me rendre prisonnier , c'était livrer mon corps à la torture et ma tète au koukrie, la terrible serpette des Coorgahs. Heureusement j'étais presque au bas de la descente, le ravin avait quinze pieds tout au plus, je me décidai à sauter. Par bonheur la terre était molle , je tombai sur les mains et sur la tête et me trouvai dans un champ de riz. Je recommençai ma retraite sous une grêle de balles et atteignis bientôt un village abandonné, celui de Saumwarpett. Gomme je passais les dernières huttes, un pli du terrain me laissa apercevoir notre arrière-garde à un quart de lieue. Une demi-heure plus tard je la rejoignais.
C'étaient les débris de l'avant-garde du matin , c'esi-à-dire une douzaine d'Européens valides ,
amant de blessés qai ne pouvaient marcher qu*en s'appuyant sur leurs camarades et une TÎngtaine de cipayes de tous les corps. Le général , qui avait montré do courage dans la retraite , et deux jeunes sous-lieutenants du 9* étaient avec eux. Dès que le brigadier m'aperçut, il s*empressa de me remettre le commandement et s'éloigna au galop vers le corps d'armée pour m'envoyer du renfort. Un quart d'heure se passa à repousser les attaques de l'ennemi, de plus en plus vives à mesure que nous nous éloignions du champ de bataille. Tout à coup son ardeur se ralentit et une troupe régulière parut à notre droite; c'était un détachement du 31" natif, commandé par le lieutenant Briggs. Cet officier faisait faire des prodiges aux cipayes* Sous son égide je n'eus plus à m'occuper que de mes blessés. Un peu plus loin nous fûmes encore renforcés par une compagnie du 55' qui nous attendait sur un mamelon. Une fois hors du défilé , la retraite se fit avec un ordre admirable; pas un canon, pas une bête de somme ne furent perdus. Le combat avait duré quatre heures et demie; nos pertes étaient sérieuses et les chiffres suivants n'ont pas besoin de commentaires. Le <demi-bataillon du 55* n'avait envoyé au feu que deux cent soixante combattants. De ce nombre un officier et trente hommes étaient morts ou avaient été mas-
sacrés après la retraite ; qDâtre officiera et cent cinq hommes étaient blessés* Total , cent quarante tués et blessés sur deux cent soixante.
Les pionniers avaient perdu huit morts et cinq blesâés sur trente combattants; mats ce nombre nv^iît succombé dans le premier afisaut>
Le 51' régiment d'indigènes avait engagé trois cents combattants; il comptait treize morts dont un officier européen, deux officiers et trente-sept ci payes blessés. Mais observons que non-sonleraeni il ne reparaît plus dans le second assaut, mais qae ses propres officiers, jugeant eux-mêmes qu'une pareille lutte est trop sérieuse pour des cî payes, les laissent à couvert dans les broussailles et se joignent personnellementenTolontairesauxsoldats du 5S\C'eslainsique Vonavu Brett, sans un seul cipaye à ses côtés, attendant récbella au pied de Ta palissade pour y monter avec les Européens. ArJaifile chiffre le plus curieuiest celui de Tillustre 9" natif : Combattants, huit cents; tués, un officier européen, pas un cïpaye ; blessés ^ personne/
A neuf heures du soir, nous arrivions au camp dont le général avait choisi remplacement prés d*un filet d'eau, dans une clairière entourée de toutes parts d'une épaisse forêt. Il n'était plus question du luxe de la veille ; deux ou trots lentes pour rétat-major, quelques rares pavillons de
commandants et les tentes de Fambulance pour chaque régiment étaient seuls debout. Tout le reste jonchait la terre à cdté des bétes de somme qu*on songeait à peine à décharger, La confusion était extrême , tellement que pour éviter Fem* barras de choisir de nouvelles gardes, les derniers arrivants reçurent aussitôt Tordre de bivaquer sur la ligne extérieure des sentinelles pour protéger le carré du camp. Cependant le détachement que nous ramenions faisait partie de Tavant ou de Tarrière-garde depuis cinq heures du matin, s'était ' battu tout le jour et était épuisé de fatigue. C'étaient encore eux , c'est-à-dire la poignée d'Européens, que l'on chargeait de veiller à la sûreté des indigènes durant cette terrible nuit. El ce conseil était sage, car la panique s'était communiquée aux cipayes de tous les corps. Ceux qu'il avait été indispensable d'employer pour compléter le carré étaient dans un tel état nerveux que , prenant à chaque instant le bruissement des feuilles pour l'approche d'un ennemi, ils tiraient des coups de fusil au hasard et donnaient à chaque instant l'alarme. Il était même dangereux pour les patrouilles de les approcher , car les balles précédaient généralement le qui vive! Si nous avions eu affaire à un ennemi entreprenant , une attaque un peu hardie au milieu de l'obscurité sur les senii-
délies cipayes eût été suffisante pour désorganiser notre petit corps d'armée. La contagion avait gagné même les meilleurs régiments qui se seraient dispersés en jetant leurs armes. On aurait eu ensuite bon marché des deux cents Européens encore en état de combattre, qui, fourvoyés dans un pareil pays et embarrassés de leurs camarades blessés , n'auraient pu faire aucune défense , et dont pas un n'aurait probablement survécu pour porter la nouvelle du désastre.
Il me reste un dernier trait à rapporter, caractéristique du soldat irlandais, et je le fais avec autant de vanité que de plaisir, car il m*est personnel. Le capitaine le Hardi de Tintendance militaire, faisant les fonctions d'aide de camp , venait de me communiquer l'ordre de choisir vingt-cinq Européens valides du détachement que nous ramenions, et d'établir mon bivac sur un petit tertre qui s'élevait entre le camp et les bois voisins. Après nous avoir installés dans la position, il nous distribua quelques biscuits et une ration d'eaude-vie par homme, et nous laissa à nos propres ressources jusqu'au lendemain. Jetés ainsi en enfants perdus sur la lisière du camp que nous avions mission de proléger , nous ne pouvions songer à allumer aucun feu qui aurait fait connaître notre position à l'ennemi , et cependant le
froid était excessif; nos membres s*engoardis*saient sous un phénomène qui se reproduit chaque nuit dans ces hautes régions et qu*il faut attribuer sans doute à Fattraction exercée dans Fatmosphère par leur végétation colossale : c*est une épaisse rosée blanche comme du givre , mais plus compacte , plus humide, qui sature tous les objets en quelques minutes, qui pénètre jusqu'à la moelle des os et détermine les plus douloureuses maladies. Dépourvu de tout abri et devant être prêt à lutter avec Fennemi d*une seconde à l'autre, je m'arrangeai ainsi : après avoir distribué mes sentinelles de façon à éviter toute surprise, je m'assis sur le gazon et ordonnai à tout mon monde de s'étendre autour de moi , chacun surson mousquet et serré contre son voisin , en se couvrant avec les manteaux de manière qu'il y eût deux couvertures pour chaque homme. Cet ordre fut exécuté jusqu'à un certain point; mais je vis plusieurs soldats se dépouiller, malgré ma défense. Quand je voulus insister et me fâcher , on jeta les manteaux sur moi et ma résistance devint inutile *, j'eus beau tempêter, menacer de punir, il me fallut subir leur dévouement; j'étais presque étouffé sous les couvertures : un superbe Irlandais s'établit en travers pour que sa poitrine me servit d'oreiller; tout le reste se serra autour de moi et à mes pied s.