‹ L'Inde anglaise en 1843-1844Chapitre 18 sur 23 · L'1!I0B AlfGUISE · texte numérisé non relu

L'1!I0B AlfGUISE

Le cœur éma de tant de fidélité, je passai les longues heures de cette nuit si riche en souvenirs à réfléchir sur les événements d*une journée qui ressemblait à quelques pages du roman que j*avais rêvé, mais triste comme la vie réelle* Je prétais aussi Foreille aux qtU vive des sentinelles et aux sons rassurants et sonores du aU's well (tout va bien) qui retentissaient de quart d'heure en quart d'heure. Une ou deux fois rapproche d*un maraudeur ou d*une patrouille nous fit sauter sur nos pieds comme un seul homme. Mon sabre était attaché à mon poignet, et chacun avait saisi son mousquet par un mouvement instinctif; enfin, vers le matin, je succombai à tant de fatigues et m'endormis. Le soleil était levé depuis longtemps et commençait à nous brûler quand je fus réveillé par Tarrivée de la nouvelle garde qui venait nous relever. Tout mon monde était debout depuis longtemps, mais sans se livrer à la turbulence habituelle d*un corps de garde, et le brave Irlandais qui me servait d'oreiller n'avait osé bouger de peur d'interrompre mon sommeil. Pauvres gens! que de bonhomie, de patience et d'atuchement dans ces natures ignorantes et à moite sauvages. Je n'ai appuyé sur tous ces faits où j'ai été entraîné à parler de moi plus que je n'aurais voulu , que pour prouver d'une part mon entière impar-

tiàlité; pojar rendre la jastiee qui leur est due aux grandes qualités, à rintréptdtté, an dëvouement, à rinébranlable fermeté des troupes nationales de la Grande-Bretagne, et pour en déduire diantre part une conclusion désormais évidente , une solution incontestable de cette grande question d*aYenir : Quelle est la valeur réelle des troupes indigènes dansFarmée anglo-indienne^ Cette solu* tion la Toici : Dans les circonstances actuelles , ces troupes remplissent parfaitement leurbut , qui est d*imposer par leur nombre et par leur tenue aux peuplades de Tlnde dont elles sont sorties , également timides, plus ignorantes et moins bien armées, privées d'ailleurs des avantages de la discipline et de chefs intelligents. — Dans les petites guerres de courses et d'escarmouches, celles qui se représentent le plus souvent , contre les fugitifs guérillas des montagnes, les bandes de thugs et de pindaris qui infestent les plaines , ou les chétifs soulèvements de la péninsule, ces troupes suffisent et suffiront toujours pour terminer toutes les questions à Tavantage de la compagnie. Elles ont aussi cette utilité qu'en temps de paix elles épargnent aux troupes européennes toutes les fatigues, tout le frottement du service; ce sont les manœuvres, les ilotes, les bêtes de somme de la véritable armée. Elles permettent

de r<fenrer pour les jours de bsuille les soldats de la métropole , les seuls sur lesquels on puisse compter ; elles fournissent toutes les corvées et tiennent garnison dans les parties malsaines du territoire; elles transportent le matériel, Iç trésor, les ambulances : ce sont les jambes de Tarmée, undis que les Européens sont les bras, la tête et le cceur. Un pareil résultat est déjà quelque chose. Mais quand les Anglaisent voulu prétendre qu'ils avaient obtenu davantage , c*est une imposture (je ne dis pas un aveuglement) que le patriotisme seul peut faire excuser. Quand ils osent les comparer aux troupes (non briUmniques) de FEurope, ils rougissent eux-mêmes an fond de leur cœur d*un outrage à la vérité, aussi palpable et aussi prémédité, et les cipayes,en somme totale, sont méprisés de leurs propres officiers. Je ne nie pas quelques traits de bravoure individuelle , il s'en trouvera partout, même chez des femmes; mais chez Tlndien, ce n'est jamais qu'une bravoure d'un jour, d'un moment. Sous l'œil de l'officier qui le connaît personnellement, le naik se battra pour devenir djemmadar, le djemmadar pour devenir soubadar, le cipaye pour devenir naik; mais que l'officier vienne à périr, ce courage calculé cesse aussitôt. Je dis qu'en face des plus mauvaises troupes du Nord , les cipayes ne

tiendraient pas on instant; ils supporteraient une fusillade, un siège, un bombardement, mais la baionnette, jamais. S*il en fallait des preuves, je les trouverais sans remonter bien loin. Voici peutêtre la plus remarquable :

Sous Tadministration de sir Geoi^e Barlow au mois d*août 1809, Tarmée entière de Madras reçut de ses. officiers anglais Tordre de s'insurger pour résister aux vexations dont ces messieurs croyaient avoir à se plaindre. Les cipayes de cette présidence, au nombre de 45,000 hommes, massés en corps d*armée à Hyderabad , à Seringapatam, à Cbitteldroug, se trouvaient commandés par leurs chefs les plus distingués dans toutes les armes, tels que le général Doveton, le colonel Bell de Tartillerie, le major de Havilland du génie et une infinité d*autres. Ils avaient conservé jusque dans cette insurrection contre le gouvernement tous les avantages de la plus parfaite discipline et de la plus admirable subordination visà-vis de leura officiers, ne faisant dans le fait que leur obéir aveuglément sans comprendre la question qui bouleversait la province ; rartillerie européenne et native se joignit presque tout entière aux insurgés. Et pourunt quels furent les résultats d*un mouvement si imposant et si unanime? Le gouverneur, qui avait apprécié les cipayes à

lear juste valeur» s*appuya sur les sept bataillons et les trois escadrons de Tarmée royale qa*il avait à sa disposition et jeta son défi aux insurgés. Ces bataillons royaux étaient cependant isolés et éparpillés sur toute la surface du Dekhan , et néanmoins le succès justifia son audace. Les quarantecinq mille cipayes réunis par masses vinrent se briser contre les cinq mille Européens dispersés. Après quelques combats qui coûtèrent la vie à un grand nombre d*indigènes et à quelques ofiBciers anglais, quand un bataillon de cipayes en carré eut été sabré par les dragons et deux ou trois autres exterminés par les détachements royaux, tout dut rentrer dans Tordre ; il fallut avant un mois se soumettre sans condition ; et le gouvernement se trouva tellement fort qu'il put amnistier les chefs de Tinsurrection qui font encore en ce moment partie des cadres de Tarmée. Selon Texpression anglaise, the^e facis are $tubbom fhing$. Ces faits sont des ai^uments entêtés, irrésistibles, qui ne se laissent pas contredire. Ils sont authentiques, leur date est récente et ceux qui y ont figuré vivent encore. Arrière donc^ous ces contes de Groqnemitaine, ces insolentes fanfaronnades que TAngleterre voudrait faire accepter au monde comme un épouvantail pour éloigner de nouveaux concurrents des bords de llndus; et que les ci-

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