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paye« redescendent désormais sur réchélle militaire à la place que leur organisation asiatique leur a marquée. Appuyées sur un noyau d*Européens, ces légions suffisent sans doute pour maintenir la domination de Tétranger dans leur pairie; mais livrées à elles-mêmes, elles seraient impuissantes à lui rendre la liberté. Elles ne sont pas à la hauteur de l'œuvre. C'est une arme qui n'a qu'un tranchant pour peser sur la molle Asie, mais qui se briserait à l'instant contre l'énergie des hommes du Nord.
Fin de la guerre de Goorg. — Le rajah se confie à la générosité anglaise et se rend à discrétion. — Arrivée à Mercara ; description de cette ville; portrait dn rajah.
Le jour même où nous étions si cruellement battus au défilé de Bakh , la colonne de l'ouest, sous les ordres du colonel Jackson, éprouvait une défaite semblable, mais plus humiliante encore, car tous ses bagages, ses malades et ses blessés, tombaient au pouvoir de l'ennemi. Le demi-bataillon du 48* de l'armée royale avait dû y sup-
porter toot Teffort de rennemî et avait été décim^ comme le nôtre. Les «ipayes s'étaient montrés également faibles dans l'attaque , également pusillanimes et démoralisés après la défaite. Tout semblait donc présager Téchec le plus désastreux pour les armes de la compagnie : les deux corps d'armée du nord et de l'ouest étaient littéralement hors de combat; les montagnards qui avaient détruit ces deux colonnes n'avaient plus qu'à se porter sur les lignes 4'opération des deux autres ; il suffisait au rajah de se retirer devant elles dans une des directions qui lui restaient ouvertes et de continuer les hostilités tout en battant en retraite pendant seulement trois semaines; c'en était fait alors de toute l'armée d'invasion : la mousson seule nous aurait détruits et nos ossements blanchiraient aujourd'hui les ravins et les vallées de Coorg. Mais le bonheur qui a toujours préside aux destinées du gouvernement anglais ne l'abandonna pas dans ce moment de crise. La nouvelle de ces deux victoires, au lieu d'augmenter la confiance et le courage du rajah, comme on aurait dû s'y entendre, le frappa d'épouvante. Une panique, un abattement inexplicable s'emparèrent de lui. Il apprit en même temps qu'un de ses chefs s'était laissé corrompre par l'argent du chargé d'affaires de la compagnie et avait livré le passage d'un dé-
filé assez important à la colonne du brigadier Undsay. Ce malheur était bien facile à réparer puisque le succès qu*il avait obtenu sur deux points mettait de nouvelles troupes à sa disposition. Hais, cédant à son mauvais génie ou à sa là* cheté, il se hâta d'expédier des messagers au quartier général pour offrir à se soumettre aux conditions qu*on voudrait bien lui faire, pourvu qu*on lui laissât la vie et la couronne.
En attendant une réponse et pour mieux apaiser le ressentiment des Anglais, il enjoignit à ses sujets de cesser toute opposition et de nous ouvrir les passages; il va sans dire qu'on en profita sans rien promettre. Ainsi, quatre jours après notre désastre nous occupions sans tirer un coup de fusil cette même position de Bakh contre laquelle nous nous étions brisés, et d'où CoungolNaig» frémissant de rage, avait été contraint de se retirer par Tordre de son protecteur qu'il avait si habilement et si courageusement servi.
En nous engageant pour là seconde fois dans ce terrible défilé , les impressions les plus tristes venaient nous assaillir : c'était comme le souvenir des Fourches Caudines. N'étant plus inquiétés par le feu de l'ennemi nous pouvions étudier toute la position , et ce fut seulement alors que Ton découvrit qu'il existait au pied de la montagne un
sf'iitier qui ioumait toutes ces fedoutes 61 par lequel nous eussions pu les entêter sans combaté Cette découverte ajouuit à nos regrets, à notre amertume contre le chef qui avait si mal dirigé nos généreux efforts. L*air était chargé de miasmes pestilentiels qui s*exhalaient des cadavres gisant encore sur le sol où ils étaient tombés. Mais, hélas! nous ne pouvions plus reconnaître les victimes. La main d*un ennemi barbare et fanatique avait passé sur ces ruines; toutes les têtes avaient disparu, et la circoncision avait été imposée à ces corps dépouillés, devenus le Jouet de sa gaieté féroce. A chaque pas nous faisions fuir des nuées de vautours (rhorrible vautour du Malabar, avec son cou galeux et sa physionomie ignoble!) auxquels nous venions disputer les restes de leur festin. Presque au sommet de la montagne, à quelques pas du sentier, sous un dais de bambous, nous reconnûmes une forme athlétique : il n*j avait pas moyen de méconnaître les larges épaules, la poitrine couverte de cicatrices et la fatale blessure de notre brave colonel. Mais où étaient ces traits que nous avions tant aimés, ce front noble , ce sourire si spirituel qui illuminait quelquefois comme un rayon de lumière cette physionomie calme et mélancolique? Cette tète vénérable avait sans doute été envoyée à la
capitale par ConngoI^Naigt cpmme un trophée de aa victoire. Noua creosâmea , aa pied d'an tecl^ aécolaire. une foaae où noua déposâmea le vieui^ guerrier couvert du manteau d'un aoldat. 11 n'y a paa même une pierre pour marquer la place; maia il devait trouver une tombe dana chacun de no» cœurs, une tombe que les annéea n'ont pas détruite* Les soldata l'appelaient leur père, et les larmes sillonnaient tous ces rudes visages quand le tambour ordonna le départ»
L*obstacle devant lequel nous aviona échoué avait été construit avec tant d'art, que maintenant encore qu'il était désert il fallut à l'avant-garde un travail obstiné de plusieurs heures pour frayer une entrée praticable à l'artillerie et aux bagages. Pendant la halte forcée causée par ce retard, un épisode singulièrement dramatique vint compléter les émotions de la journée* Deux paysans se présentèrent au-devant de la colonne avec une espèce de sac suspendu à un bâton qu'ils portaient sur leurs épaules. Dans ce sac était un soldat irlandais blessé que nous avions dû abandonner. Il avait eu la cuisse cassée au commencement de l'aflOûre, et après notre départ écait resté caché parmi les broussailles. Il avait aperçu de son gtte l'ennemi rôdant tout autour de lui , coupant la tète aux morts eiaux blesséa ; mais, retenant ses gémisse*
ments, il était parvenu à échapper à leurs recher* cbes jusque vers huit heures du soir. A celte heure, au moment où Tobscurité arrivait avec sa rapidité ordinaire dans ces climats , le hasard amena un rôdeur isolé à Tendroit même où il gisait. Avec une admirable présence d'esprit, notre homme fait le mort; le montagnard s^arréte avec une exclamalion de surprise et se prépare à lui trancher la télé; pour cela faire il s*agenouille à côté de lui, se penche et lève son koukrie. L'irlandais épiait ce moment : il tenait sa baïonnette cachée tout près de son corps; sacrifiant son bras pour recevoir le coup qui le menace, il plonge en même temps sa pointe dans le cœur de l'Indien. Le Coorgah tombe sur son ennemi et expire sans pousser un cri. Avec le bras qui lui reste, TEuropéen repousse ce cadavre que les chacals viennent manger à ses côtés. Mais pendant deux jours et deux nuits il n'a pas un bandage pour ses blessures, pas un morceau pour apaiser sa faim, pas une goutte d'eau pour étancher sa soif. La vie lui devient insupportable ; il pousse des hurlements et appelle à la fois l'ennemi et la mort. Deux paysans viennent à passer : ce sont des pèlerins allant à quelque temple, ou venant se baigner dans les eaux sacrées du Gavery. Ils s'approchent, ils l'emportent dans un hameau voisin où on le nourrit jusqu'au moment de
àotre passage. Le quatrième jour les mêmes pèlerins nous l'apportent, vivant encore, mais les vers rongeant déjà ses blessures. Cet homme a survécu à toutes ses sou£Prances ; il vit en ce moment. Il a fallu lui couper la jambe, mais le bras est guéri. Il s'appelle Irwin et demeure près de Pondichéry, à Cuddalore où il y a un établissement d'invalides, et il a publié en 1837 une brochure assez intéressante sur ses aventures.
Profitant de la torpeur de Tennemi, et traversant à marches forcées les obstacles presque insurmontables que Tart et la nature avaient accumulés sur notre route, mais que personne ne défendait plus, nous atteignions le 10 avril la capitale de ce petit royaume, Hercara, où notre jonction s'e£Pectuait avec les deux autres corps d*armée du sud et de Test. La seule colonne qui manquait au rendezvous était celle de Touest, mais elle était hors de combat et avait dû rentrer dans ses cantonnements. Pourtant il était aussi un personnage que nous nous attendions également à trouver dans la capiule, et dont Tabsence nous causa un moment d'inquiétude; c'était le rajah lui-même. Il avait encore une fois changé d'avis et s'était enfui à notre approche. Notre position pouvait en ce mo^ ment devenir plus critique que jamais, car plus nous nous trouvions avancés dans le pays, plus