GRADATION
DAMS LE WSCHENT.
pari
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paru
par mois.
Lieuten.-colonel , commandaut.
Lieutenant-colonel en second .
Major
Capitaine
Lieutenant
Sous-lieutenant ou enseigne. .
Adjudant .
Quartier-mattre
Sous-iieutenant trésorier . . .
Chirurgien-major
CliIrurKien-aide-major .
Sergent-raajor. .
Serg. quarl.-matt Serg. porte-drap.
Sergent ordinaire.
Tambour-major .
Caporal ....
Soldatâ3gaIon8(l) Soldat â 2 galons .
Soldat à 1 galon. .
Soldat sans galons.
Trompette, fifre,
tambour . . .
Enfant de troupe
de 15 à 18 ans. .
Femme de soldat.
Sfr.eOc
(4) Les galons se donnent en raison des années de service et de bonne conduite.
Chaque faute fait perdre nn galon pour trois mois.
Oa voit donc qoe les appointements d*un lieutenant-coiouel dans Tlode yarient dd 24 à 4(^000 francs de rente* et ceux d*nn sous-lieotenaot de 5 à 7,000 francs. Mais rappelons-nova que dans rinde comme en Angleterre la dépense obtigée du commandant est absolument la même que celle du sous*lientenant; ils mangent à la môme table d*hdte oà ils nlnyitent que le ni4me nombre d*amîs et payent absolument la même pension. Le loyer du colonel A*est pas plus coûteux et il n'a pas un cheval de plusi puisque chaque officier a le sien. Enfin ils ont précisément le même nombre de domestiques. En Angleterre cela se réduit à un soldat chacun (le commandant peut en avoir deux) qui ne leur coûte rien; dans Tlnde c'est une douzaine de natifs : moins serait audessous du confortable, plus serait nii luxe inutile. Il s*ensnit donc que si Tovi prend le traitement du sous-lieutenant pour Tunité de dépense, toute la différence en plus devra être économisée dans chaque grade, et avec le moindre esprit de prévoyance devra former un noyau de fortune qui s'accumulera rapidement.
En Angleterre, telle est la cherté de la tenue et le prix de la pension que c*est à peine si le lieutenant peut vivre sur sa solde, et s'il y réussit ce n'est qu'à force de privations et en se condam-
nant à la yie la plus austère. Pour le sous-lieutenani, c'est chose impossible ; il devra recevoir de sa famille un complément d'an moins 100 francs par mois 9 indépendamment de tout son premier équipement et de son premier versement à la masse, qu'elle devra aussi lui avancer. Dans l'Inde c'est tout différei\^ : le traitement du sous-lieutenant lui suffît pour vivre avec aisance, avec luxe , avec une élégante hospitalité. S'il a de l'intelligence, il peut économiser 1,200 francs dans Tannée. Dorant tout mon temps de service dans les deui grades subalternes, ma dépense obligée n'a presque jamais été inférieure à celle du lieutenant-colonel, et mes économies de chaque année atteignaient au moins le chiffre que je viens de nommer; celles du commandant, de son propre aveu, se montaient à 25,000 francs. Ce n'est pas que je trouve que les traitements soient trop considérables, tant s'en faut; chaque année passée dans l'Inde en enlève au moins cfeux de l'existence, tarit toutes les sources de la vie, flétrit et dessèche l'avenir. On ne saurait trop payer une vie sans cesse aventurée, dévastée par le choléra, la dyssenterîe, les mille plaies du climat. L'homme passe ici comme l'herbe des champs; il faut qu'il puisse rapidement recueillir son salaire ou bien il meurt avant d'être payé.
Armée de la compagnie. — Système d^avancement. — Démarcation infrandiissable entre FEoropéen et Tindigène. — Solde, discipline et mceors des cipayes.
L'armée de la compagnie est oi^nisée sar un système tout à fait différent de celui qui régit Farmée royale : l'ayancement pour les officiers est réglé par Fancienneté de service dans chaque régiment jusqu'au grade de major inclusivement, et. pour les officiers supérieurs par ancienneté de grade dans tout le corps d*armée de la présidence. Aucun degré de mérite ou de talent reconnu, aucun exploit fameux, aucun trait de courage ne peut faire arriver un officier à la tête de sa profession avant ceux qui le précèdent par ordre de numéro. Ce système a l'avantage d'opposer une digue au favoritisme qui est un des fléaux de l'armée royale, et de fai^^ du service une loterie dont les chances sont ouvertes à tout le monde, mais il a en même temps l'inconvénient de n'appeler le plus souvent à la tête des corps que ce que nous appellerions des ganackes, des hommes 2. l'indb anglaise. 5
également osés d^esprit et de corps par l*âge et le climat. Les officiers earopëens de chaque grade reçoivent absolument la même solde que ceux des bataillons de rarmée.toytle, mais ils ont sur les officiers royaui cet immense avantage que toutes les places d*état*migor leur sont exclusivement réservëeSy et quHls peuvent ieuls coocourir avec le service civil de la compagnie pour les emplois diplomatiques; or, ces places et ces emplois sont toujours les postes les plus fucratife dans rinde anglaise : il arrive souvent ainsi qu*il peuvent réaliser en très-peu d^àunées de superbes fortunes, tandis qile les officiers royaux né peuvent faire des économies qu*à la longue et elclusive^ ment sur les appointements de leur grade.
Chaque régiment d^infanterie anglo-indietioe se compose d*un seul bataillon de neuf compagnies, organisé ainsi qu'il suit :
V Un colonel général sur le même pied que dans Tarmée royale, lequel» sans atotr à s'occuper le moins du monde du corps auquel il est mtminalement attaché^ perçoit un bénéfice considé^ rable sur les fournitures.
â* Un lieutenant^coloœl dont la position est extrêmement précaire et dépend de la présence au corps ou de Fabsence du major. Gomme il n'y a que deux ottekm Mipérieurs dais chaque ba*
tailloD de bi éomptgnia (l6 Ketteoaii^-ooUmel H le major) t el que cet olBoiere* par eoîte d*aiie longue rëetdeiiee dans un dimai malaain, sont le plus touyent maladifs et en congé de aanté, bien des bauillona seraient commandés par des capitaines. Pour éviter cet inconvénient, il est convenu que toutes les fois qu'un major sera valide et présent avec son bataillon» on expédiera le lieutenant-colonel, qui devient alors superflu t à un bataillon dépourvu d*officiers supérieurs. Cette existence nomade est fort peu enviable» et le ser* vice doit s'en ressentir, car il est naturel que le lieutenant-colonel prenne peu d'intérêt au bataillon à la tète duquel il ne se trouve que momenunément.
5"* Le major : c'est en général la cbeville ou* vrière du corps comme il en est nécessairement le plus ancien officier,
4* Cinq capitaines pour les neuf compagnies : c'est une des mauvaises économies de cette administration ; et encore quelques-uns d'entre eux sont-ils la plupart du temps détachés aux étatsmajors ou en position d'être aiq>elés à dea fonctions civiles, .
5** 11 en est de même des neuf lieutenants dont quatre au moins doivent commander des compagnies ; et de même encore des sous-lieutenants
au nombre de quatre. Enfin» parmi le petit nombre d'officiers de ces deux derniers grades qui se trouvent présents sous les drapeaux, 4eux sont encore choisis pour cumukr avec leur emploi celui d*adjudant ou de quartier-mattre* Ainsi, d^une manière ou d'une autre, un nombre considérable des officiers de la compagnie se trouve pourvu de deux emplois, et par conséquent de deux traitements fort lucratifs (i).
Outre ces officiers européens il y a dix-huit officiers indigènes dont neuf reçoivent le titre de soubadar, qui est censé correspondre au rang de capitaine, et neuf celui de djemmadar, équivalent de celui de lieutenant; mais les uns et les autres sont réellement subordonnés au dernier souslieutenant européen. Aucun grade, aucun titre ne sauraient effacer cette terrible distinction de la peau. J*ai eu bien souvent Toccasion de me trouver accidentellement comme visiteur chez quelques jeunes officiers de la compagnie, an moment même où le soubadar de jour venait militairement rendre compte de sa journée de service. Il ne manquait pas de laisser Idi-méme ses babouches h la porte et de les faire laisser à son escorte.
(I) Le système semble toojours s^étadier à diminuer le nombre des employés pour augmenter leurs profits.
s'avançait à la tête de ses quatre suivants « dont deox sons-officiers portant des hallebardes, et se donnait à lui-même en même temps qu*à eux le commandement de halte! puis, faisant le salut militaire, il demeurait sous les armes, roide comme un pieu, tout le temps que durait son petit rapport. lus jeunes gens ne se levaient pas pour lui , ne le faisaient point asseoir et se contentaient de répondre à son salut par le même léger mouvement de la main avec lequel ils auraient accueilli le salam d*un domestique. Les choses ne se passaient point ainsi du temps de Clive et de Munroe : on inculquait alors aux jeunes subalternes européens une urbanité qui était de meilleure politique, mais la morgue anglaise a fini par prévaloir : aussi ne retrouve-t-on plus chez les cipayes de nos jours les admirables traits de dévouement qui ont signalé Tépoque héroïque de Tenfance de la puissance anglaise dans Tlnde. Toutefois Tarmée indigène est fort bien payée : le cipaye reçoit en garnison rhabiliement militaire et huit roupies (20 francs) par mois; en marche ou en campagne cette solde est encore augmentée; dans tous les cas possibles elle est non-seulement suffisante, mais encore le cipaye doit pouvoir économiser pour ses vieux jours, et c'est ce qui arrive constamment. Tous ceux qui
ont de Tordre et ane bonne conduite font passer annuellement la moitié de lenr paye à lenr famille. Ils ont même pour la plnpart la prudenee de se mettre dans rimpossibilité de dépenser leur argent» en chargeant la comptabilité anglaise de prélever d'avance ces économies * de son côté le gouvernement, pour encourager cet esprit d*orii>e, entretient dans chaque district un capitaine^résorier chargé de distribuer les dividendes aux familles. Les heures de service une fois passées, c'est-àdire dés sept heures du matin, Tétranger qui traverserait les lignes d*nn cantonnement ne se douterait guère qu*il est dans un quartier militaire. Les cipayes quittent aussitôt leur uniforme, vont la poitrine et les pieds nus comme les gens du peuple, en paejamas (1), et la petite calotte indienne sur la tète : point d^armei entre les maips durant tout le Jour; elles sont déposées après Pexercice dans de petits magasins où un lascar f st chargé de leur entretien. Ce n*est pas que les officiers se défient de la loyauté de leurs soldats, on ne se défie que de leur sens commun, on les r(»garde comme des enfants; et comme un fusil est une machine délicate et trop compliquée pour être mise entre leurs mains, on le leur ôte; il en est
(4) Caleçon.
de même d«i nranitioiis qui, dans ni pays où la salpêtre est tonjoars lîqaeseent, exigent beaaeoap de soîn; e'est encore le lascar qai en a exclasi?e* ment la garde. Après nn exercice à fen, an certain nombre d^homnes par compagnie sont commandés pour nettoyer les armes sous la sarveillanoe d*ttn officier européen , après qnpi elles rentrent an magasin,
L*armée est an lieu de rendei»Toas où toa|es les classes de \% société peuvent se rencontrer et se mêler sans déroger : e*est le s^ul qui ait ce privilège. La profession des armes anoblissant, le paria peut y figurer è côté du brahmane de la plus haute classe; anssi le service miliuire est-il très-recherché : e*est une faveur que d*y être sdroiSt une punition d*en être renvoyé. Musulmans et Indous mêlés ensemble vivent pacifiquement ; la différence de religions, qui établit entre eux des barrières insurmontables, ne les divise par aucun sentiment de haine ; mais point de sociabilité : on ne les verra pas comme les soldats européens aller ensemble en quête du plaisir; point de fraternité d*armes même eptre les cipayes de même caste; point de jeux parmi eux pendant le jour pour en abréger la longue durée. Chaque homme se tieiit çhes soi, mange et fume splitaire; il ne sort guère que le matin et le soir
pour aller faire ses dévotions et ses ablations* Les officiers des troupes indigènes se vantent avec raison que leur armée est la mieux disciplinée dans le monde. Gela tient à plusieurs causes : c*est d'abord qu*on exige beaucoup moins du cipaye que du soldat européen, qu*il a infiniment plus de liberté, et que bors les moments de service il rentre dans les habitudes du peuple. « Et 1 puis il faut considérer que la plupart des infrac- » tiens quotidiennes de la discipline dans une 1 armée européenne, sont la conséquence de Ti- 9 vrognerie et de la gaieté étourdie des jeunes 1 soldats. Il n*y a d*ivrognerie dans Tlnde que > parmi les gens au-dessus ou au-dessous des pré- I jugés , les princes ou la classe la plus abjecte. » Ûarmée indienne boit de Teau , elle est grave » comme le reste de la nation (i). i
La table d^hdte ; le God tave the King; la place (Tinterprète. — Description de Bellary. — Le prisonnier d^État. ~ Les bazars ; les trois temples.
Le jour de mon arrivée au régiment se trou- Ci) JacquemoQt.
^it être un mercredi : c'était le fmblic day, c'està-dire le jour de la semaine spécialement consacré* à rhospîtalité. Un nombre considérable d'étrangers, tant militaires que civils, figuraient comme nos hôtes à la masse, c'est-à-diré à la table du cercle. On y remarquait le collecteur et le juge de la province, plusieurs jeunes subordonnés de ces deux magistrats, le ministre protestant, enfin de nombreux officiers des différents corps de la garnison. La table était mise pour soixante couverts. Je fus un peu étourdi de me trouver en si nombreuse et si nouvelle compagnie; tous les yeux se portaient naturellement sur moi comme nouveau venu et comme étranger. J'entendais glisser dans la foule ce terrible mot de foretguer^ Freneh" manty qui semblait élargir le cercle autour de moi et m^entourer d'une muraille de glace. Je dois cependant rendre cette justice aux officiers du 55*; cette froideur était plus remarquable chez leurs hôtes que parmi eux. Quelques-uns même se dévouèrent à encourir les meers de la majorité (expression amère d'un rire qu'on ne rencontre que chez les Anglais, rire de persiflage, de cruauté et de mépris), pour accueillir et encourager le pauvre exilé. Le plus jeune, le plus chevaleresque de tous est celui dont le souvenir se représente encore ici le premier : Henri Bayly, sous-lieute-
MAI eomle méi» foi la prtmier qpà hnn Twigf pour me tendre une nmin awie, poiiir a*ass6Qir9 pour 8*attft€her à mes eàtis^ pour me sûotenîr durant cette journée si difficile. Parvenu enfin à surmonter ma timidité, je fus ébloui du apeeiade que f avais sons les yeux. G*était une pmnpe vraiment rople; une vaisselle et une argenterie massives et ciselées du plus beau travail , que Ton cliangeait à chaque instant, des ^stanx resplendissants, des candélabres et des lampes de la pins grande richesse , versaient on reflétaient la lu* mière. Des urnes à Tantique en or, en vermeil, en logent massif ; des triées de courses; des vases dignes de Benvenuto Gdlini remplis de fieurs, ornés de devises, de modèles de dievaux ou de cimieri en relief, jalonnaient la table d'une extrémité à .Vautre. A l'éclat des lumières ^ au nombre prodigieux des domestiques, à la richesse des uniformes, on aurait pu se croire à la table d*un ambassadeur ou d'un souverain. L'atmosphère et la Qonvenation étaient celles d'un salon, salon anglais bien entendu, rien qui rappelât la tabagie ou le corps de garde; les sujets trailés étaient la politique du jour, la chasse, les chevauxi quelque peu de médisance* On me força aussi d'y prendre ma part, et de donner quelques détails sur la station d'Hyderabad que je venais de quitter et
évLT le gonteni^ment du ûimù^ détâito qu^om parot éeoater iivec plus d'&UeâtiôD que dlndulgenee-
Après le pudding on eûlevft là tiappé d'étôfle damaMëé, et je vik se prolonger devant lâo!, entre deui longties lignes de eonvites, tine ubie d^aenjou massif de quarante pieds de longueur, polie eomme un miroir, et qu'on eUt «rue d*un seul morceau. Sur cette brillante surfkeè reparurent bientôt les fruits de la aalson, les vases d*or, les crîstàuï, les nus de Madère, d*Espagne ei de Franoe. il y eut un moment de silence et de recueillement général; toutes leè eonvertiaiions è*arrétèrent soudainement pour attendre le signal d*usage du président. Quand idUt fut ftymétrique»ment disposé selon les formes prescrites, tielui-ci se leva, remplit son verre, et s*adressam à rassemblée prononça d*utte voit grave t the king (& la santé du roi) (i). A cet appel les bouteilles circulèrent rapidement de main en main, et qtfànd tous les verres étincelèrent dWbre ou de rubis, toutes les voix se joignant à eelte du président répétèrent simultanément i tAe kiftff. Comme ce mot s*écbappait de nos lèvres et comme réeho tie la vaste salle prolongeait encore tes è(ma, la ma-
(1) Le souveraîn était alors Gaflkamé Vf.
sîque dtt régiment» placée dans une salle voisine, entonna avec une explosion de symphonie militaire Tair national, Ckxt save the ktng! Il est impossible de rien concevoir de plus noble, de plas touchant, de plus solennel qpe ce mouvement enthousiaste et simultané, cette libation à la fois calme, religieuse et énergique de tous ces hommes partout ailleurs si froids, mais ici profondément émus en appelant les bénédictions du ciel sur celui qui représente à leurs yeux la liberté. Tordre, le gouvernement , la patrie. C'est par son patriotisme que la race anglaise est la première du monde, qu'elle mérite notre admiration et nos hommages, qu'elle devient grande comme son ambition et son génie.
Le lendemain je commençai mes premiers exercices militaires sous la conduite du sergent instructeur. Dans mon enfance j'avais appris d'un vétéran d'Austerlitz le maniement du fusil selon la méthode française. La méthode anglaise est tout à fait différente : elle est plus longue à acquérir, mais elle donne un meilleur port au conscrit, le rend plus adroit, plus vigoureux, et elle est beaucoup plus rapide. L'infanterie anglaise tirera cinq coups contre nous quatre, et un tiers au moins des balles atteindra la cible à 100 mètres de distance. Elle n'aborde une infanterie ennemie qu'en
ligne et sar deux hommes de profondeur; elle perd par conséquent beaucoup moins de monde.
Elle ne se sert de la formation en colonnes serrées que pour se mouvoir plus rapidement d*un point à un autre ou en présence d'un corps de cavalerie; somme toute, Tinstruction de Tinfanterie anglaise est parfaite comme son armement et sa discipline.
En arrivant au corps j'appris que la place d'interprète îndou pour le régiment, la seule place d'état-major offerte, à la concurrence, aux officiers de l'armée royale, était vacante, bepuis trois ans que le régiment était dans l'Inde, aucun de nos officiers n'avait encore pu atteindre une connaissance suffisante de la langue indoustanie pour satisfaire à l'examen demandé. Dans un corps de cinquante officiers , pas un n'avait encore eu assez' de curiosité ou d'énergie pour s'affranchir du cicéronage de son domestique, sans lequel il n'eût pu faire un seul pas hors de la caserne ou du champ de manœuvre. C'est une chose incroyable que la difficulté pour l'organisation britannique de conquérir un idiome étranger, et en même temps l'insolente ineptie avec laquelle les mêmes individus raillent la moindre faute d'expression on d'accent chez l'étranger qui parle leur langue. Ce n'est pas seulement chez l'officier de l'armée royale 3. l'indb anglaise. 6
q«*il «81 élotuuMit de irM?er cène incipMÎlé m celle iasenciaMe pe«r «ae Itwfia q«*il deii en* teadre |^etil«4tre vingl «tts de sa ?ie; mais ce ^ esl i^Im exUaerdiiuiire, eW de k reMODtrer |Âtô grande encore-, Vil ett foaaible, dies Toffieier de la cof&pignîe qvà doU passer sa vie estiÀre datts le pays. Je ponnrais oîler» jpar excMple^ les r^ments indigènes qui formaient à cette dpeqae la ganisoB de BeUary, Ily atait^ev la leudiié de tes trois corps, quatre etteiers qm f mkni v a s*«xpn* ner oMyenableaMiit el deox serieMenl ^i eue* sent Mbi l'eianen.
Et iMMKant ils a*ont pas d'^case : k sociëeé lenr offre pe« de distraclMHi, pei dejewiesgaK Ottt roeoasioft d*«ne visite à laire , et dans «ne miUitttde de stations imirteofes Us softt absehi* ment rédiks à eainnénies. Leur vie se ooBswMe dans «ne assoounante aeaolonîe, qui les possse, comvie nevs ravoas v«, pour demi» passe-teaips, à ksensMliléetaigrog. D*4» autre e6té, il n'y a pas de service ai asonde qii doive eausîter panm ces officiers autant de lèle, {misqne l*aaeîemieai seule avance au grade; mais ce n*est jasuûs Je grade , c'«stâ*eiap]oi , résultat de k eapaciié, «qui est eitréaienent payé» Les i^aees les plus honorables et les plus tacralives sont celles de véoi« dents petili^pies pris tes tcours voinnes ou éditées
de la eompagRie. On les voit cooatammeDi eoftfé^ ré«s à des effieiers du rang de eapîtaîne et même de Heatenant , faote de Ironrer dans les rangs supérieurs les eonditions d^aptitode nécessaires. La première de ces ccndilions est évidemment la connaissance du persan et de llndonstani; et c*est nne chose vraiment étrange que le petit nombre d'Anglais qui la possèdent.
Les causes de cet engonrdissement sont faciles à trouver : c^^est premièrement Tabsence de toute concurrence pour les places d*état-major on tonte antre carrière lucrative avec les oflBciers de Tarmée royale, qui en sont eichis de fondation, et ensnite la multiplicité de ces emplois par rapport au petit nombre d*oiBciers de la compagnie ; cette multiplicité est telle qu'il faut être dépourvu de toute espèce de [ffotection, ou totalement încapa^ ble, pour ne pas trouver quelque charge ou quelque sinécure où ensevelir sa médiocrité. Chez Fofficier de Tarmée royale, au contraire, les capacités sont en pore perte: elles ne font que rendre sa vie malheureuse; son activité enchaînée le dévore : le maigre emploi d'interprète du régiment est la dernière limite que son ambition puisse atteindre. La raison de Cette indigne jalousie est, s'il faut entendre les employés de la compagnie, que les commandants en chef des armées de l'Inde étant
toujours des officiers de Tarmée royale , ils seraienl naturellement disposés à favoriser eel!e-cî, et que si les carrières lucratives lui étaient ouvertes elle les accaparerait complètement.
Quoi qu*il en soit, on a déjà vu que j*avais acquis chez mon beau-frère les premiers rudiments de la langue. Me trouvant froidement accueilli par mes camarades, prévoyant que je ne parviendrais à me caser dans cette société glaciale que lentement et péniblement, je résolus de combattre la tristesse de Tisolement par Tétude, et j*y parvins. Treize mois s*écoulèrent rapidement dans un travail sans relâche. En attendant Tamitié de mes frères d*armes, je voulais conquérir leur estime. Un examen brillant fut le fruit de mes efforts; je fus nommé définitivement interprète. Les appointements de cet emploi ajoutant près de 5,000 fr. à mon revenu, je pus afficher un certain luxe absolument nécessaire pour obtenir le respect d'une société qui pèse le mérite et la bourse dans le même côté de la balance. Ma:position s'améliora de jour en jour; mais durant ce long intervalle d'autres circonstances avaient aussi puissamment contribué à la changer : de graves événements avaient pesé sur le régiment et me forceront à revenir en arrière.
Theceded districts (les provinces cédées) sont
un trop beau fleuron dans la couronne de la compagnie anglaise, et j*y ai fait an trop long séjour, pour ne pas leur consacrer quelques lignes dans ces mémoires: leur richesse, leur fertilité, leur importance politique les placent en première ligne parmi fes possessions de Madras, et pourtant c*est à peine si leur nom et leurs limites géographiques sont connus non-seulement de mes lecteurs, mais même en Angleterre. Le territoire compris sous cette dénomination est borné au nord par la Toombuddra ou Toongabuddra ; à l'ouest par la Werda, qni le sépare du district de Belgaum, appartenant à la province de Bombay; au sud par le Maîssore; à Test par la chaîne orientale des Chattes, qui le sépare des coUectorats deGuntour, Ongole et Nellore. Il comprend ce qu'on appellerait en France les départements de Bellary, Adony, Ctiddapah et Hund-y-Anantapour. Il a pour cheflieu Bellary et pour Tilles principales Guddapah et Adony. Récemment on y a ajouté le petit royaume et la forteresse de Keurnoul, dont le Nuwab a été détrôné en 1859. Ce district est peutêtre le mieux administré sous le régime de la compagnie des Indes, et c'est aussi le plus fertile et le plus productif dans le Dekhan. Il se compose principalement de terres noires, et friables, trèssolubles à la pluie, demandant un premier travail
de défricbement atsas considérable peur le» débanneser d^uea racine extrêmement tenace, le cotonnier aauvage» qui lei envahit, maii récom^ penaant ensuite ce travail par des moissons abondantes et ne demandant jamais ni engrais ni jachères. Les blés, le coton, le tabac, le salpêtre sont les principaux produits du sol ; ceux de Findustrie sont des tapis, des eamlies (étoffe de laine et de poil de chèvre dont les natifs font leurs man^ leaux), de l'arack, du jagherri (espèce de oassonnade tirée du palmier), du sucre candi, du fer. Tout le monde travaille : les droits fixés et perçus immédiatement par le collecteur européen lont modérés : il s'ensuit que le rayot entrevoit un avenir et laisse quelque patrimoine à ses enfants; le bien*4tre s'acoroit dans les villages, la population siugmente, et les Jungles qui menaçaient de tout envahir reculent devant la charme.
Bellary, le chef-^lieit de cette belle province, est une triple forter^se dont les trois enceintes superposées entourent et couronnent un rocher co^ niqoe qui s'élève subitement an milieu d'une vaste plaine, premier mamelon d'une créle qui va rejoindre par Ghouty et Guddapah la grande chaîne des Ghattes orientaux. Le fort inférieur est une enceinte bastionnée avec fossés et glacis, décrivant un demi-cercle assez étroit au pied de la
peote tcoassiUa it la moBUgne; Tanlre versant est en précipice, et défendu latéralement par une épaiifo muraille qui remonte tes anfraotoesités jusqu'au fprt supérieur, à trois cents pieds audessus de la plaine. Des degrés taillés dans le roo en rampes alternatiftment saillantes et rentrantes, mais eommandéa dans tout leur développement par do nombreuses embrasures» condui* sent à ne plateau dont les remparts élevés sur une fondation de roches primitives loni drossés sur le bord mémo de reçearpemont et M bien raocordés qu*on no saurait dire oft oommoDco rouvre do rhomme. A Textrémité nord-ouest de cette soconde forterosso s*élève eneofo oqo noitvolle masso de granit d'un seql bloo ehauve ei luisant, sans aneuBO traeo de torro on i$ végétation i o*est Àfà qu*pn a taill^ uno citadoUo qu'une poipée d'hommes pourrait défendre eontro des légions, mais qu^il serait fadle de réduire par la soif, car elle n'est abreuvée que par quelques citernes et quelques ravins creusés dans la lave de manière a eoBserver les esux de pluie. Nonobstant son apparence formidable, un blocus de quelques jours amènerait donc nécessairement sa capitulation. Le fort inférieur est le seul qui ne soit point sujet à cet ineoovénient : il renferme des puits nombreux et intarissables, mais sa construction
est défectueuse et ne pourrait opposer qu*une faible résistance.
L^espace contenu entre la base de la montagne et les fortifications n'est point suffisant pour abriter la garnison; les Européens seuls peuvent y trouver place. Deux mauvaises casernes reçoivent environ quatre cents bommes chacune, et sont réservées pour le régiment de Tarmée royale ; un troisième bâtiment est attribué à la compagnie d'artillerie européenne de cent cinquante bommes; l'arsenal, les magasins, la poudrière et le inesshouse (le cercle), ces deux derniers l'un à côté de l'autre, envahissent le reste de l'enceinte. Quelques mauvaises masures perchées parmi les rodbers qui à différentes époques ont roulé du flanc de la montagne, servent de demeure aux deux tiers des officiers royaux; le reste, ainsi que toutes les troupes indigènes, les hôpitaux et rétat-major, sont cantonnés dans la plaine environnante, entremêlés avec la population noire; enfin les autorités civiles et militaires occupent à de grandes distances de la place de charmantes villas éparpillées dans la campagne avec une irrégularité et une insouciance que n'admettent guère nos idées de la discipline et de la vigilance d'une place forte. Si un mouvement insurrectionnel comme celui de Yellore venait à éclater subite-
ment, la garnison perdrait d*an seul eoup tons ses chefs.
La ville noire se réduit aux bazars qui sont larges, animés et plantés de beaux arbres; il s'y fait un commerce très«actif; leur fraîcheur, leur vie et leur gaieté, contrastent avec la blancheur sépulcrale, la morne tristesse et l'atmosphère embrasée du fort. On ne peut se faire une idée de la chaleur attirée et reflétée par Fénorme pile de granit unie et luisante à laquelle il est adossé. Toute une nuit de rosée ne suiBt pas pour la refroidir; le sommeil n'a plus de bienfait sous une telle influence; ce vaste rideau intercepte la brise; Tair raréfié se décompose, les émanations des broussailles et des ruines engendrent la malaria ; ce fluide subtil rampe le long des murs, déborde et pénètre partout. C'est là le foyer et le berceau du choléra qui reviendra chaque année se nourrir et se perpétuer de victime en victime. C'est l'arbre de la fable qui répand une ombre empoisonnée : la vie humaine se flétrit et s'étiole sous son rnyonnement fatal.
Ce qui a fait élire cette funeste localité pour le quartier général d'un corps d'armée assez imposant, c'est sa situation centrale au milieu du Balaghaut, c'est-à-dire le plateau supérieur qui s'étend entre les deux chaînes des Chattes; cette situa-
îim eu Aiil mm poshîon imKtaire sdjEmnUe pour tomber à volonté à la moindre alarme, soit sur les Marranes da cété de Sattarah, les Polygars dans le CaDara, les mnsalnans dv Haîssore, mî sor les sujets ttrlnilents da iiizam. C^est aussi qu^elle se troirre placée au centre d*nn pays ricfte en four* rages et e» céréales , où Tentretien de la troupe est moins onéreux, et oè la population, se trouyant heureuse ef eomparMirement riche sous une adminislratiott paternelle et éclairée, improTtsera à Hnstant tous les moyens de transport et fournira les légions de camp follawers ( serrîteurs d*armée ) , indispensables à toute expédition anglaise :
Le corps d^armée dont nous parlons est composé ^t distribué ainsi qu*il suit :
ABELUkRY.
un ttÀT-VATOUttni tTlT-IIAJOR
conpotéde
1 général de dlY.
Ijrfdcidecsaiii., 1 adjudant^n. .
1 ctiirnr.enâier.
lliiita.ai«flie& 1 payeur.
1 colonel comm.
1 Intendant mlUt.
A cuddapah .
A«lit«t]r • •
Irévlm.d'inf.roy.
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