L'iUDI ANGU18E
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que ma prière ebçrcbe encore au ciel parmi les saintes où elle a dû trouver place. Quant au digne Écossais, il poursuit encore dans Tlnde une carrière d^ bieniaits. Si jamais il parcourt ces lignes, pui^se-t-il y trouver Thommage d'un cœur reconnaissant!
Ce fut le 1*' juin que je rejoignis les drapeaux ; le régiment était rentré dans ses casernes depuis quelques jours en voyant défiler nos compagnies pour la parade du soir, je fus douloureusement affecté do la diminution des cadres : un quart des officiers présents au commencement de février, CQOt trente sous-officiers et soldats sur un faible bataillon de sept cents hommes, vingt femmes et uiie cinquantaine d*enfants avaient péri. Mais telle est Télasticit^ de Fesprit bumain, surtout dans le militaire, que Timpression morale fut bientôt effacée : le régiment reprit son allure ordinaire comipe une belle frégate après un combat ou une tempèto répar^ ses agrès, nettoie ses ponts, con* signe ses morts à Toubli des flots et poursuit sa route, belle, joyeuse et parée sur les cimes agi« tées de TOcéan,
Cependant la mortdu jeupe Campbell, les émotioni que nous avions tous partagées, notre petit nombre sous les drapeaux, car nous étions réduits par le choléra, les congés et le. départ des
invâtidêfit, à dne tinguîne d*offideri, et aussi h communauté fondameniala et obligée de notre existence, avaient amené un changement notable dans ma position. Au bout de dix-^huit mois fé pouvais compter parmi mes camaradea quelques amis sincères et pas un ennemi. Une me manquait plus que le baptême du feu pour effacer la tache originelle de Tétranger; je ne devais pas urder à Tobtenir, ainsi que le lecteur le verra à la suite de mon voyage à Pondichéry ; nous eûmes même à cette époque une première alerte qui fit palp^• ter tous nos cœurs de Joie et d*impatience. L'affaire n'eut cependant aucune suite, Téclair passa sans amener Torage ; mais, comme c'est une de ces crises périodiques qui se renouvellent à des intervalles plus ou moins longs, tantôt sur un point, tantôt sur un autre, dans le vaste empire de ta compagnie anglaise, et qui révèle le travail intérieur caché sous la surface, j'en dirai quelques mots en passant.
Au sud des provinces cédées s'étend le royaume actuel du Ma!ssore, réduit à de bien plus étroites limites qu'au temps de Hyder-Aly et de Tippoo, et replié en quelque sorte autour du siège de leur ancienne puissance. Mais le souvenir de la grandeur et de la gloire des deux héros est encore vivace dans ces contrées; il y règne toujours, et
snrlout il régntit dans les années 1833 et 1834 une fermentation sourde, un levain de haine toujours prêt à éclater contre les tyrans, ou, si Ton aime mieux , contre les protecteurs de Tesclave méprisé qui végète aujourd*hui sur le trône des sultans. Pour opposer une digue à cetle désaffection normale et maintenir ce peuple turbulent, la compagnie a choisi la seconde ville du royaume, Bangalore , admirablement assise dans un excellent climat sur, le plateau qui domine et prend à revers tous les défilés du pays, pour y concentrer ses moyens d'action. C'est Faire d'où die plane sur les fertiles plaines, les nombreux villages et les villes populeuses de cet empire; aussi est-ce le quartier général d'une de ses plus effectives divisions militaires, corps d'armée complet dans toutes ses parties, avec un noyau de plus de deux mille Européens, dont une troupe d'artillerie à cheval, un régiment de dragons ropux (le seul dans la présidence de Madras), une compagnie d'artillerie à pied et un régiment d'infanterie européenne. Autour de ce noyau se rangent une compagnie d'artillerie à cheval native , un régiment de cavalerie régulière noire et quatre régiments de cipayes.
Partout où il y a fermentation continue, la moindre cause détermine une éruption. En 1833, le mécontentement normal dé la population ren-
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contra d68 semeaces.de désaffectioD dans leé régiments de cipayes que le hasard avait réauis dans le corps d*armée de 3angalore. Ces deux principes hostiles 8*attirèrent réciproquement par leur affinité, et de leur contact naquit un complot qui dans tout pays homogène aurait certainement été fatal à la petite poignée de conquérants disséminés dans ce vaste empire. Mais ce qui fut possible à Caboul en 1841 ne Ta jamais été et ne le sera jamais dans rinde, où la population est une immense mosaïque. A Caboul tous les habitants du sol, le cultivateur comme le citadin, Thomme de guerre comme le prêtre, le prince comme le mendiant, appartenaient à une seule race , bien que divisée en dans et fractionnée sous différents chefs, mais avec une origine ^ des idées, une religion et une impulsion communes. Tous obéissaient à un sen* timent unique : la haine de Tenvahisseur étranger et de l'infidèle. Il n*en sera jamais de même dans rinde où Musulmans et Indous, Sounnies et Schiahs, Arabes et Rohellas, et toutes les variétés infinies de castes, échangent certainement entre elles une haine tout aussi invétérée que celle qu'elles portent individuellement aux Européens. C'est cette absence d'homogénéité qui fait la sécurité de l'empire Anglo-Indou ; ce fut elle qui fit avorter en 1853^ presque au mo-
ment de rexëcntion , la (antâtite de Bangâlore. Deux soobadart ( officiera de cipâyes du rti^ de cdpiuines) des 9* et S7* régiments qui, par une singulière coïncidence, portaient, si ma mémoire est exacte , les noms de Hyder-Âly et de Scheik tippoo , s'étaient mis à la tête du mouvement et avaient conçu le plan d'une insurrection qui de-^ vait commencer par une attaque de nuit sur les lignes de la cavalerie européenne. Il est nécessaire d'expliquer que les chevaux de la troupe dans l'armée indienne n'entrent jamais dans une écurie : ils passent Tannée entière en plein air, plus ou moins chaudement vêtus suivant la stison, qui n*est jamais assez rigoureuse pour causer parmi eux une grande morulité, mais invariablement at* tachés par le con soit à un arbre, soit à un poteau, et les deux pieds de derrière retenus par des cor* des attachées à des piquets fichés en terre suivant une ligne droite. C'est cette dernière circonstance qui a fait appeler ces campements : Ugnes de là cavalerie. Quelques palefreniers indigènes du régiment des dragons royaux devaient guider «ne bande de conjurés qui, au milieu de la nuit, auraient coupé simultanément toutes les cordes qui retenaient les chevaux, et les auraient lancés dans toutes les directions en les faisait partir à grands coups de lanièreé Ceux-ci, qui sont invariablement
des eniiefs, se sertieni prédpitét dans la aunpagne avec toaté la fougue de Téui saotage.
 mesure que les cavaliers earopéens seraient accOQms de leurs casernes pour s'enqaérir de leurs cheyaux , ils auraient été successivement massacrés. Le même sort attendait la portion européenne de rartiUerie à cheval. Ceux-ci détruits, les conjurés s'attendaient à avoir bon marché du régiment d'infanterie r<^le contre laquelle ils eussent réuni les quatre régiments de cipayes, la cavalerie et rartillerie noires : mais le côté fiiible de ce complot, c'est qu*il s'en fdlait de beaucoup que les corps indigènes, où se retrouvaient tontes les subdivisions de castes do la population, fussent ou pussent être unanimes dans ce mouvement; il avait même fallu en faire un secret aux quatre cin* quièmes dont la moitié, à tout événement, serait restée fidèle aux Anglais* Ainsi, en supposant que la conjuration n'eût pas été éventée, le succès en était encore fort douteux et ne pouvait être que momentané; mais ceux même qui Tavaient ourdie ne purent se garder la foi jurée. Les haines qui les séparaient se réveillèrent avant même d'avoir laissé poindre le jour de la liberté dont le bible cri fut étouffé au milieu de ces passions antina** tionales : ce fut à qui trahirait le premier ses complices. Le gouvernement averti mit aussitôt la
main sur les principaux chefs; on les fit attacher chacun à la bouche d*un canon; leurs membres disparurent dans un tourbillon de fumée, et les nuages qui s*amoncelaient sur l'horizon politique se dispersèrent au bruit de rexplosiou.
Le tableau que j'ai essayé de donner de Bellary, comme un chef-lieu politique important, civil et miliuire, de la présidence de Madras, ne serait pas complet si j'oubliais de parler de la société des missionrmres protestants pour lapropagation de la foi, qui a ici un établissement et une chapelle. Ce corps ne relève point de l'Église anglicane et professe des nuances d'opinions religieuses tout à fait distinctes. C'est un saint-simonisine rieligieux mitigé, une communauté prédicante et commerçante, gouvernée par certains chefs élus dans la société mère qui siégo à Londres. Chaque individu qui y est admis renonce, en prenant les ordres , à sa liberté et à toute propriété individuelle ; sa personne comme sa fortune appartiennent à la communauté : c'est la société qui lui donne une compagne choisie dans la famille d'un de ses membres, qui le remarie s'il devient veuf, qui trouve des maris pour ses filles quand il est père ou pour sa veuve s'il vient à mourir. Il ne peut rien posséder en propre et il doit compte à la Société de tout ce qu'il gagne comme prêtre ,
eomme banquier, comme iodostriel ; mais en retour elle assure son existence; on ne lui laissera jamais manquer du nécessaire, rarement même d*un élégant confortable. Enfin , pour exciter et développer ses moyens, on lui fait une existence proportionnée à son utilité. Mais que suit-il de tout cela? Ce n'est plus un prêtre. Son amour conjugal et paternel le porte naturellement à désirer d'améliorer la position matérielle qu'il doit partager avec sa famille, et pour y parvenir, à s'efforcer avant tout de bien mériter de la société et de ses cbefs en avançant leurs intérêts. Il est peut-être venu dans l'Inde avecTbonnête intention de prêcher l'Évangile; mais séduit par ses affections, occupé d'études spéciales que ses chefs lui ont imposées, absorbé par ses transactions de banque ou ses spéculations commerciales, il tient des registres, dirige une correspondance, professe la chimie, fait du papier, imprime , relie, bâtit des maisons et oublie son métier de missionnaire. C'est une fourmi ouvrière, patiente et laborieuse, qui augmentera le capital, étendra l'influence et les relations commerciales de la république industrielle à laquelle elle appartient, mais qui, s'il faut en juger par le passé, ajoutera peu au domaine du christianisme sur les bords du Crishnah et du Gange,
On a là bonhomie de croire chez nonset on |*1magine faire acte dlffipartiatîté en répétant que la religion protestante est plus tolérante que la nôtre* Il n*en est rien : je n*ai rencontré chez les protestants anglais que la plus excessive intolérance pour toute forme de religion étrangère à la leur , sur^ tout pour les autres sectes chrétiennes ; intolérance qui de nos jours ne va pas jusqu'à la persécution , parce que la politique et les intérêts matériels font contre-poids à la malveillance re^ ligieuse , mais qui va au moins jusqu*au mépris dans ce monde et à la condamnation éternelle dans Tautre. C*est un fanatisme sec, sans enthousiasme et sans tendresse d*âme dans la manifestation de sa dévotion; une stricte observance des convenances, voilà tout ce que j*y ai trouvé.
Avant de terminer ce chapitre, il me reste encore à noter une autre remarque que j^eus Toccàsion de faire , tant à Bellary que durant toute la période de mon service dans llnde : c^est le peu de fusion que le service militaire , sous un même gouvernement et sous des officiers homogènes, a amené entre les soldats européens et les cipayes. Ils vivent, s^exercent se promènent ou s*amusent aussi séparés, aussi distincts, en échangeant aussi peu de sympaihie qu'aux premiers jours de la conquête. Ce n'est point faute d'entendre le même
UQgage; car le soldai en quête du plaisir acquiert bieu vite une langue que dédaigne son officier» qui ae conteute d*ache(er les voluptés que dérobe son subalterne. Un grand nombre de nos sousofficiers et de nos soldats se faisaient très-bien comprendre en indou, télougou, canari, quel que fût le dialecte de la province où nous étions cantonnés. Et cependant^ de même que les eaux du Rhône traversent le lac de Genève sans se confondre, le régiment européen poursuit aussi une eiistense isolée dans tout un corps d*armée de cipayes; les autorités ne chercbent même pas à produire cette fusion par le rapprochement, car le contact développerait et multiplierait les antipathies, Au contraire, dans toutes les stations militaires, les soldats natifs et européens ne peuvent sortir des limites de leurs lignes respectives sans une permission spéciale. Cette restriction est commandée par rhumeur bruyante et trop joyeuse des soldats anglais, quand ils ont bu pour une paice (A centimes) d'arak. Cette joie, parfaitement caractérisée par l'expression anglaise, c animal spmts^ » si nous la traduisons par la gaieté d*un animal , dégénère malheureusement toujours en grossièreté et en brutalité. Le plaisir de la basse classe en Europe, mais principalement en Angleterre, est par-dessus tout le sentiment etrexercice de la
force physique; il s'ensuit que les épanchemenis de la cordialité soldatesque des Européens ne sont pas moins redoutés des Indiens que leur humeur querelleuse, parce que cette familiarité est toujours brutale. Un soldat rencontrera près d'un puits un cipaye tirant de Teau , c il lui donnera^ 1 comme à un camarade, une bonne claque sur 1 Fépaule le plus amicalement du iponde, par 1 forme de salut et de plaisanterie. Cela déses- 1 père un pauvre diable d*Indou , parce que, tra- 1 duite en indoustani, cette plaisanterie est un 1 affront et une souillure. Il grogne un peu, mais D ne se fâche pas sérieusement, parce qu'il con- 1 naît rintention cordiale de la chose (i), > peutêtre et plus souvent aussi parce qu'il sait que le gigantesque Européen le briserait comme un verre.
Si quelquefois de jeunes cipayes sans expérience et tout fraîchement recrutés de la campagne, se laissent entraîner par des Européens en goguettes à se joindre à quelque partie de plaisir, leur histoire est invariablement celle du pot de terre et du pot de fer. Ils sont sûrs de s'en revenir froissés, meurtris, humiliés et emportant au fond du cœur les premiers germes de cette haine
(1) Jaeqaemont*
que la force inspire toujours à la faiblesse. Il est d*anlres causes morales d'éloignement entre les deux races, plus graves et plus profondes; ce sont Tivrognerie, les passions terribles et la bestiale incontinence du soldat anglais. Ses excès en ce dernier genre se sont si souvent renouvelés, qu*aujoard*hui une pauvre femme vieille et laide, qui ne songe pas à se couvrir quand des natifs passent devant elle, s'arrête et tourne le dos du plus loin qu'elle aperçoit un Européen. Un jeune conscrit que les veillées du corps de garde n'ont pas encore corrompu, s'il traverse en école buissonnière le cantonnement des cipayes, rencontrera une jeune femme : il lui sourira, ou lui dira bonjour galamment, comme il le ferait pour une jeune fille de sa classe en Angleterre, et passera outre sans plus y songer. Mais il a froissé les sentiments les plus irritables, la corde la plus sensible du peuple auquel il s'est mêlé. Soit au moral, soit au physique, le contact, la caresse même de l'Européen laisse toujours à l'indigène une flétrissure. Le cipaye admet pourtant une immense distinction entre le soldat et les officiers. Il méprise le premier comme de basse classe et d'une caste impure ; il distingue les autres par le nom collectif de sahiblog, la caste des gentilshommes.
% L'iNOE AIVGLilSE. 10
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Lq Qoavel an,— Maîtres el serviteurs.— La passion du mariag» ehes les indigènes. — Voyage dt Bellary à Pondiehéry.
Nous sommes arrives au i** Janvier 4834. Bien que ce ne soit pas le premier jour de Tannée pour les natifs, soit musulmans soit Indous, ils se trouvent trop heureux de saisir Toccasion d*un jour de fête. En me réveillant le matin, je trouve deux ' énormes bananiers plantés sur le seuil de mou domicile ; des guirlandes de fleurs sont suspendues en festons à toutes les fenêtres, autour des cadres sur la muraille, à la poignée de mon sabre, au plumet de mon shako, partout o4 il y a une frise ou un clou pour servir de point d*appui. Le plancher de toQtes les chambres est semé de pétales de fleurs roses et blanches comme nos rues autrefois en un jour de procession; des bouquets de jasmin et de mougri disposés sur tous les meubles embaument et empoisonnent Tatmosphère.
Dès que je mets le nez à la porte de ma chambre à coucher, tous les domestiques rangés en ligne et guettant ce moment me jettent chacun au cou un
collier de fleord blanches que je suis condamné à porter jusqu'à Theure du déjeuner pour ne pas blesser ces pauvres gens. Sur ma table je trouve une espèce de gâteau appelé baba» cadeau de mon maître d*bôtel qui me Toffire en portant jusqu*à son front un pan de ma robe de chambre; des mithaies (sucreries de différentes espèces) sont présentées par les autres serviteurs. Il n'y a pas jusqu'à mon jpetit groom âgé de douze ans qui n'offre un citron de la valeur de quatre centimes, en priant le ciel que mon ombre lui soit toujours fevorable et que e lui tienne lieu de père et de mère.
Me voilà donc assis, paré comme le boedf gras, assez embarrassé de ma tournure et humant patiemment ma tasse de thé, quand tout d'un coup la vérangue ouverte où je déjeune est envahie par une foule de gens, marchands et industriels de tontes espèces de professions du bazar, venant offrir à monseigneur l'interprète les cadeaux et les sotthaiu du nouvel an. Chacun est accompagné d'un valet portant sur sa tète un petit plateau couvert de cornets en nattes ou en feuilles de bananier, contenant des raisins de caisse, des amiMddes ou des bonbons. Un gros épicier me présente une corbeille massive en sucre candi que l'on prendrait pour du cristal ; chacun donne en proportion de sa fortune ou des services qu'il peut attendre de
moi* La majorité se eoniente d'offrir un ciiron ou limon qu'il accompagne de ses profonds sal^ms, Cei usage n'est plus qu'un reflet, une parodie in« nocente et quelquefois burlesque de la corruption qui régnait sous les gouvernements indigènes et dans les premiers temps du régime de la compagnie. 11 est aujourd'hui défendu à tout employé civil ou militaire du gouvernement britannique de recevoir aucun cadeau en numéraire ou en marchandises; mais il n'y a pas bien longtemps en* core, pas plus loin qu'en 1820 » qu'un natif ne recevait ou ne rendait jamais la visite d'un Européen, sans reconnaître cet honneur par des présents ruineux. Les officiers qui escortaient un résident chez un prince, chez le nizam d'Hyderabad par exemple, recevaient chacun pour 4 ou 5,000 francs de châles de cachemire. Cet heureux temps n'est plus : aujourd'hui si un natif vous fait une visité de cérémonie, il se contente de vous offrir en s'inciinant profondément un des petits citrons du pays, comme une espèce de carte de visite; et si vous êtes chez lui, un domestique vouç remettra au moment du départ deux petits flacons d'essence de rose ou d'huile de sandal. Hais les salams, les hommages et les compliments les plus hyperboliques sont toujours de mode. Si un boulanger , par exemple, voulait obtenir une
recoBUkiandation pour la pratique du régiment, il adressait ainsi sa pétition : c Au dispensateur des faveurs, au juste par excellence, au protecteur du pauvre, au clairvoyant, au sage, au généreux lieutenant de Warren ! puisse son ombre ne jamais diminuer , et Tarbre de sa fortune toujours grandir ! i ou c'était quelque autre préambule du même genre.
J'avais congédié toute cette cohue, quand un bruit de tam-tams et de guitares se fit entendre dans Favenue de mon jardin, mêlé à des voix de femmes , et immédiatement des bayadères commencèrent à exécuter leurs danses sur ma pelouse.^ C'étaient des demoiselles qui désiraient obtenir ma protection pour exercer leur industrie dans le cantonnement européen. Nouveau Joseph , je m'enfuis dans les appartements intérieurs, en ordonnant à mes gens de renvoyer au plus tôt ces sirènes.
c Les Européens, dans les villes de l'Inde, dit » lacquemont^ n'aperçoivent presque rien de la » vie des natifs qui les servent. 11 n'y a peut-être 1 pas un employé civil ou militaire qui sache où I demeurent ses domestiques, s'ils sont mariés, ^» s'ils ont des enfants, ce qu'ils font de leurs 1 épargnes. » Cela tient bien uiî peu aux habir tudes singulières des natifs, mais plus encore au
déAmt de bonhomie ei de sympflttiie chet lei Ao« gliis. C*eit oertdifiemeiit uneohoie étrange et piN ticolière à la nation anglaise, que eette distante à laquelle elle eat ai jalonse de tenir les étrangers avec lesquels elle est mêlée! Le sertieedôniMiqne dans rinde esteomme aillears le senriœ militaire; il dare ponr ehaqoe homme quelques heures ds jour ; hors de là il se trouve libre, et vous ne sates absolument rien de la fonne d*existence de Findividu qui vous sert depuis des années, qui assiste à vos repas et à votre toilette, qui circule comme le chat de la maison dans tous vos appartements, et qui comme cet animal, après avoir rempli du» rant le jour une fonction spéciale quelconquci dis* parait la nuit. De toute votre suite nombreuse. Il n*y a que le petit groom, enfant de deuie à treize ans, qui dort dans la vérangue ouverte pour répondre à votre appel durant les heures de repos; mais bien heureux 8*il vous entend, car sa pa«* pière est oppressée sous les doubles pavots de son âge et de son dimat. Vous pouvei cependant obtenir de quelqu*un de vos gens, de votre maître d*hdtel, par exemple, de s'établir non sous votre toit, mais dans votre enclos; c'est à une condition : il faut que vous lui laissies toute liberté d'élever sa hutte avec sa double enceinte de nattes et d'argile dans la partie la plus reculée et la plus om«>
bngéa dti jardin. Quand là tndie sert prête, par Qoe fliiil obscure, il y amènera, dans une toitore fermée, font son essaim, ses femmes et ses enfants; mais alors il fant sempaleosement éviter tonte occasion d'éveiller sa jalousie toujours inquiète. Le mattre qui essayerait de soulever le perdah, le rideau du gynécée, se verrait justement puni par un coup de poignard ou une dose de poison. La plupart des domestiques d*un régiment, quand ils se résignent i suivre la carrière nomade de leurs maîtres et n'ont pas le moyen de transporter leurs femmes avec les précautions et la vigilance nécessaires pour les dérober à tous les yeui, les laissent dans leur province, sous la sauvegarde de leur famille* Chacun fait alors à la sienne une pension mensuelle réglée sur la quotité de ses gages : la moindre est d'une roupie (S fr. KO cent.) ; c'est ee que donne le plus pauvre, celui qui n^a que quatre roupies (10 francs) par mois pour se nourrir et se Tétir. Mais quelle que soit sa pauvreté, cbacun veut se marier, avec une femme à lui, qni soit sa chose, sa propriété. Il n'a pas de vêtements pour couvrir sa peau nue pendant l*fai* ver, il n'est pas sûr du pain du lendemain ; pour supporter cette pauvre créature qu'il associe à sa misère il devra souvent se refuser à lui-même les premiers aliments... mais il serrera son eummer*
bund (sa oeialore) sur ses flancs amaigris» et se rappellera en souriant qu'il a sa petite femme dans son Village près de laquelle l'attendent des jours meilleurs» sa janie, son nourmàhl, sa vie, la lumière de son foyer.
Et ce n'est pourunt pas par amour qu'il l'a épousée» puisqu'elle a peut:étrehuit ans; car c'est à cet âge chez les Indous que les parents concluent entre eux , dans chaque castes» les mariages de leurs enfants. D'ailleurs il ne l'avait jamais vue avant les fiançailles; elle a été choisie par la famille. Chez les musulmans, les arrangements sont encore à peu près les mêmes» seulement ils ne se marient qu'à l'âge de consommer le mariage; mais le jeune époux ne connaît l'épousée qu'en enlevant son voile le soir du jour de noces. Une dernière observation» et qui est vraie pour les natifs de tout âge» de toute croyance et de toute condition, c'est qu'ils parlent avec la même indifférence» presque avec dégoût» de femmes qui ont à peine cessé d'être enfants. Ija nature dans ces climats est aussi plus précoce et plus destructive : la femme sera mère à douze ans et décrépite à trente.
Le nombre de mois était enfin révolu qui m'autorisait à prendre un trimestre de congé. Il me tardait de revoir Pondichéry , sa plage dorée» sa
mer harmonieuse, et la sœar tant aimée qui m*attendait sur ses bords. J'étais las aussi de cette in-^ sipide garnison, de ce triste rocher qui avait déjà accumulé surma tôte tant de souvenirs de deuil. Et il faut enfin Tavouer, je sentais comme un maU aise Tappétit de cette vie nomade dont les charmes nous recherchent toujours une fois qu'on les a goûtés. Quel est donc l'attrait de cette existence vagabonde? N'est-ce pas qu'elle est semée d'une foule de petits incidents imprévus , offrant à la volonté une multitude d'objets qui sollicitent son exercice. Il faut à chaque instant délibérer , vouloir et agir sur une échelle minime à la vérité , mais enfin on a voulu et agi. c On a goûté par là % un plaisir naturel, d'autant plus vif qu'il est plus » rare dans le système habituel de notre exis« n tence. i Quoi qu'il en soit, je me rappellerai toujours le frémissement de plaisir avec lequel je sautai en selle, \ei^ janvier 4834, vers six heures du soir, immédiatement après un joyeux dîner avec mes camarades à la table d'hôte ; j'échangeai encore de nombreuses poignées de main, puis, cédant à la fougue de mon bel arabe, je lui donnai carrière. Ai-je encore des contemporains à Bellary ou à Hyderabad ? Dans ces sociétés éphémères qui brillent un instant au soleil de l'Inde pour disparaître aussitôt, est-il quelqu'un qui se rappelle le Duc,
ié ptiùtê Ah coursiers arabe» , qui ait pn le coti* nahre et Toublier ? (Tétait l*âdmiratiûA da régi« ment; le plus petit enfant de troupe Taaraitre^ connn dans on escadron. Je erois voir encore sa tête mignonne, son profil d*anti1ope, ses jambes fines et grêles, son poitrail vigodreux, ses hanches fermes et arrondies comme celles d^nne jolie femme. QuWtn de? enn , mon pauvre Duc ? Tes membres gracient sont-ils defcnus la proie dn chacal et da vautour, ou tratnes-tu encore une triste vieillesse, en pensant aux espaces que nous avons dévorés ensemble!
Mes gens m'avaient devancé de deux petites marches; je les rejoignis à Cuddigol, le second village à sept lieues sud^est de Bellary. Pour voyager plus lestement , je ne me suis embarrassé ni de tentes ni de voitures à bœufs ; ma suite se compose seulement de mon Valet de chambre qui (kit aussi les fonctions de cuisinier; il est monté sur tttttattoo; viennent ensuite deux palefreniers et deux herbaires pour mes deux chevaux ; enfin deux cowry-coulys portant quatre paniers en rotins contenant toute ma garde-robe, mes provisions et mes ustensiles de voyage. Ma petite caravane, ainsi réduite à la plus simple expression, se com^ pose encore de huit personnes et trois bêtes (j'entends par ce mot les quadrupèdes).
Le 15» une course de cinq Uene« jusqu'au viU lage 4e Gounucol, sur une plaine onduleuse et médiocrement cnlÛTéet alternativement prairies et terres noires.
Le lif à Berracherrou (cinq lieues). — Le pays devient plus accidenté : on aperçoit quelques monticules, puis une rangée de collines qui se dirigent vers Test : ce sont les premiers contre-forts des Gbattes. En revanche , la route ou plutôt le sentier devient détestable, se perd i chaque insunt et demande absolument un guide. Où sont donc ces belles routes dont Montgommery-Martin parle avec tant d'emphase et qui font tantd*honneuràla compagnie? Je n'en ai vu nulle part. Mçus voici sur une des grandes lignes militaires et commerciales, sur une des principales voies de commuuication de la présidence de Madras, et la direc* tien k suivre n'est pas même indiquée. Partout où vous trouvez une route, c'est un prince du pays qui en a fait les frais; si la campagne est semée d'arbres, vous êtes sur que ce sont des indigènes qui les ont plantés»
La route jusqu'à Ghouty n'offre d'autre particu^ larité que quelques filets de sable mouvant assez dangereux, qui traversent les terres noires en se dirigeant vers la mer*
15 janvier.— Ghouty, surnommé le Gibralur
da Cal*natiqoe, se compose comme Bellary de deux foris et d*one citadelle superposés Tun à Tautre sur le penchant et au sommet d*une montagne coniqne. C'était autrefois le quartier général du corps d'armée cantonné ^ans les provinces cédées : comme forteresse, elle est infiniment supérieure à celle de Bellary , et comme position militaire elle est au moins aussi bonne, mais la malaria s'y est attachée avec une telle intensité qu'il a fallu l'abandonner. C'est une chose remarquable que les variations auxquelles sont sujettes diverses localités de l'Inde. Des lieux célèbres autrefois pour la pureté de l'air et la salubrité du climat, exhalent aujourd'hui des miasmes pestilentiels et sont littéralement inhabitables; on dirait que, comme au temps de Sodome et de Gomorrhe, h terre s'ouvre pour laisser échapper des gaz qui dévorent la population. Tel a été le sort de Ghouty, tel sera celui de Bellary. Ce qui est encore plus extraordinaire, c'est que ce changement a eu lieu généralement en raison inverse des causes qui auraient dû purifier ces localités : il a suivi la substitution de la propreté et de la ventilation d'un cantonnement européen à l'entassement et à la saleté de la population native. Ainsi tant que les forts de Ghouty, l^undidroug, Gingi, Seringapatam, présentaient chacun une foormi-
Hère humaine entassée dans des hottes fétides , le choléra et les fièvres typhoïdes étaient des maladies inconnues. On ne trouve aujourd'hui dans ces mêmes lieux que des casernes abandonnées et des ruines; tout y est d*une propreté exquise, et cependant une seule nuit passée dans une de ces casernes est généralement suffisante pour développer le germe d^une maladie, sinon mortelle , au moins destructive du tempérament. Observons encore que trois d'entre elles sont sur des montagnes à une grande élévation au-dessus des plaines environnantes, éloignées de tout marécage et presque absolument privées d'eau.
Le fort supérieur de la place de Ghouty, comme la citadelle de Bellary , est une geôle pour les prisonniers d'État. À l'époque de ma visite , ces malheureux étaient au nombre de quatre le plus : remarquable était un ancien ministre d'un rajah de Vîzianagor, qui avait perdu une jambe en combatlant pour son maître. Le prince et le serviteur étaient enfermés depuis nombre d'années, mais le rajah venait de mourir. Deux autres étaient des polygars ou chefs militaires de certains fiefs dans le Kimedy ( circars du nord ) , et le quatrième était le rajah de Tinevilly , tout récemment arrivé.
17 janvier. Tadpotrie (cinq lieues et demie).—
â. l'iNDI AUGUISB. il
Pmî dfia b^ur^ft %nm le jour 9 je wo irouve m lever d« ftoleil dans ou pay9 qai 91 çompléteu^eut cbaogé de face. La roote n'est pas faiie , mm elle çM nu moinn tracée par une avenue de beaux arbre» aur uu sable fiu et déliée daus lequel bétea et geua eufouceut à cbaque pas» Si ce u'é(aît quelques fermes de la végétation t de distance au diatauce uu arbre des tropiques, ou pourrait se croire en Europe; vos d'un peu plus loi^t les fermes et les villages > qui ont ici un certain air de propreté et de régularité » ne détruiraient pas nilusion; mais cette illusion cesse du moment qu'on I entre, et Ton se demande si ces habita^ tiens doivent servir à une race lillipotieune, Dans la plupart de ces bnties, le toit est si bas que les habitants ne sauraient s'y tenir debout. Ce qui serait pour nous un supplice n'est pas même une privation pour eux, par l'habitude qu'il ont de s'accroupir sur leurs talons dés qu'ils le peuvent : c'est leur manière de s'asseoir, c'est ainsi qu'ils se reposent le miens; et les natifs n'entrent chev eux qne pour se reposer ou s'asseoir; tous leur» exercices et les travaux de leur industrie se font au dehors,
i$ janvier, ■« AShetti-Warripilly, belle bourgade d^environ deux cents maisons en bois etimrre glaise. C'^t une course d'environ huit lieues. A
tdêsnfe qoe J*âvattce vers la fttâtiofi, ta Mngée de ttontagnÊS ^ai È*6ikli éloigAée itpniê Ghouty nt rapproche insensiblement et jette ici un mameldn à travers la route. Je me sais àmosé depuis qneU qnès jours à étadier les diflërents groupes snr le obemin, ei je reste convaineo que le christianisme est le seul code de législation morale favorable ant femmes. Nulle part leur condition ne m'a paru ai misérable qtte dans les basses classes chez les Indons qni semblent reproduire letir espèce k peu près comme les animaux « sans une idée même oonftese d*amour. Les hommes semblent les considérer comme des créatures tellemetti impures, qu*on est étonné que le dégoût ne réprîme pas le penchant naturel. Je rencontre grand nombre de pauvres familles en voyage4 Si affamées qu'elles paraissent» si nues qn^elles soient, dans les der^ niers degrés da la misère et du dénAment, le mari marche invariablement silencieux devant, la femme le suit à quelques pas en arrière, porunt un enfant en baa Ige à chevsi sur la hanche du côté gauche. S'ils possèdent quelques meubles, c'est enoore elle qni en est chargée. Je l'ai vue quelquefois pliant aous un poids énorme, sans que son époux, qni ne porte que son bftton de ^yHie, songe à la soulager mèmtf de son enfant. La femme est ici une vraie béte de somme qui
soU son matire sans marmurer, sang chercher à attirer son attention. Quelquefois il y a deux femmes pour partager la servitude et les dédains d*un seul homme : eUes marchent Tune derrière l'autre, la favorite la première» diacune portant ses propres enfants et partageant entre elles le bagage. J*ai suivi quelquefois de ces tristes caravanes Tespace de plusieurs lieues, sans les voir se joindre ou se dire un mot. Quand plusieurs familles voyagent en commun, tous les hommes marchent ensemble , les femmes réunies viennent après eux à une dii^nce respectueuse. Si une cavalcade étrangère , surtout si un Européen vient à croiser ce dernier groupe, la plupart des femmes s'arrêtent et tournent le dos, on bien se couvrent le visage pour passer. Elles s'éloignent mornes et muette^, comme si elles suivaient un enterrement. Il est impossible de croire à quelque sentiment de bonheur dans leur aûstence.
Au village, elles ne vont nulle part qu'au marché et à la rivière, pour faire leurs emplettes ou leurs ablutions ; mais pour leurs plaisirs , pour leur amusement, jamais elles ne sortent. Elles ne participent à aucune récréation des hommes, et leur commerce avec leurs époux n'admet aucune familiarité; même à la maison, ceux-ci causent rarement et ne mangent jamais avec elles; elles
prennent leur nourriture quand le mattre a fini.
d9 janvier. A Tchelamacdur» village du même genre que le précédent (quatre lieues). -^ Voyant une charrue arrêtée près du chemin, je m'en approchai pour Texaminer : c*est tout simplement un bàion crochu qui ne fait que gratter la terre. Deux bœufs sont attelés à ce misérable instrument de labour, et des femmes qui suivent le laboureur brisent à la main les mottes qu'il iumlève sans les diviser. Ces bœufs sont assez petits, généralement d'un brun noir ; ils ont tous une loupe de graisse sous le garrot. On n'emploie point leur fumier pour engraisser les terres; le champ le plus voisin . reçoit la litière, tandis que la fiente elle-même remplace le combustible qui est très-rare dans cette partie de l'Inde, c Quelques familles , dit
> Jacquemont, se diargent de la manufacturer. 9 On la pétrit avec de la paille hachée, puis on la
> divise en larges gâteaux qu'on fait sécher au t soleil; il n'y a que les femmes qui se livrent à
> ce dégoûtant travail. Ces malheureuses se tien- % nent le matin auprès des bœufs, et j'en ai vu se
> quereller et se battre pour enlever leur fiente, i Dans tous les villages que je traverse sur cette route , les murs de chaque maison sont couverts de ces j^teaux : c'est la provision de combustible
de ehâqoe hmilto ; On n'y atuche aiteiineMéa d« malpropreté, tout au contraire.
ûk fin de janvier n'eit pas en général rdpOfue de la ooltnre m eneore oelle des récolte» s h terre dans ce climat fkvorisé en rapporte deni chaque année : une de riz^ qui ocoope le sol de^ puis le mois de juin jusqu'à celui de novembrer Fautre de blé» de plantes légumineuses on olél» fères qui ne demandent pas à être inondées et mArissent leurs graines pendant les c^leurs. Dans ce moment» les terrains cultivés autour de moi présentent surtout du blé» du colsa, du lin» et plus souvent eneore le cotonnier à demi sauvage» à laine courte et ipfossière,
Le 30» à Appiapellj (cinq lieues). ^ Ce yiU lage n*a de remiirquabîe qu'une pagode richement sculpté^» mais avec des bas-reliefs abominables: ce sont detsUégories obscènes sur la création» où le Ungam joue le principal rôle.
Le il» à Guddapah (cinq lieuet). ^ La route»
toujours plus sablonnensf» traversée par plusieurs torrents à sec à cette époque de Tannée» s'avance vers une rangée de montagnes qui la coupent à angles droits. Ces montagnes paraissent d'abord toutes bleues» puis prennent une couleur cuivréf aux premiers rayons du soleil : c'est la chatne orientale des Chattes qui court du nord au midi»
piraUèiemaDt à là eAt«« Im panie que Von apeN çoii d'id esl duinve al désolée. Presque à sm piedsi mais encore dans la plaine, se ironte là petite Tille de Gnddapah , station civile et aaili*taire, à laquelle sa position an déboadié de pltt» siears défilés des montagnes donne «ne certaine importance politique. Une lettre d*introdaotion dont j'étais porteur ponr an officier de la garnison m*y assnrait la plus gracieuse hospiulité*
La ville de Guddapah» autant que j*en pas juger par sa surfaœ el son mouveosent, me parut contenir de huit à dix mille âmes; ee sont pri»> dpalement des Patbâns ou descendants d'Arabes par des femmes indiennes: ils ont tout le hnâ^ tisme et toute la turbulence de leurs pères. Quel* ques mois avant mon passsge, cette ville avait été le tbéiitre d*un mouvement insurrectionnel contre le gouvernement de la compagnie, mouv»> ment qui éuit une ramification de la conspiration de Bangalore et devait avoir lieu simultanément; mais les diefs craignant d*étre trabis, avaient précipité rexplosion, en faisant jeter la nuit uli cochon mort dans la grande mosquée, persuadmit en même temps au peuple que cette pro&natien était Touvrage des Européens. Ce (ai en vain que le collecieur, M. Macdouald, jeune homme du plus grand mérite essaya de désabuser la multi«
ludé irritée, il fui impitoyablemftnt massacré avec son escorte. Mais ce moment d'effervescence n'en* fânta aucune organisation révolutionnaire : un instant d'énergie mal dirigée fut immédiatem^t suivi d'une prostration complète. Les troupes envoyées pour étouffer l'insurrection ne rencontrèrent aucune résistance; on leur livra même les coupables, et la mort.du collecteur fut suivie d'une punition exemplaire qui servit encore à consolider l'influence britannique. "^
L'établissement civil dans cette localité se corn* pose d'un collecteur, un sous-collecteur et un premier assistant chargés, comme nous l'avons déjà dit, de la hs^ute administration des impôts et de la justice de paix; d'un juge ou président d'un tribunal civil et criminel de première instance, assisté d'un greffier. Dans le cantonnement militaire, je ne trouvai que l'état-major et cinq compagnies d'un bataillon d*infanterie indigène: deux autres compagnies étaient détachées à Ghouty« dont elles formaient toute la garnison, et où je les avais aperçues montant la garde auprès des prisonniers d'État ; enfin les deux dernières étaient en marche pour escorter un convoi du trésor que l'on envoyait de la présidence à Bellary. Ces détails peuvent donner une idée de la manière dont 1 es régiments indigènes de la compagnie sont dis-
perses dans Tlnde, et suffit pour démontrer qo*!! ii*y a pas de laxe dans le chiffre de Tarmée active, puisque ici, dans une province notoirement mal disposée et tout récemment en insurrection , le gouvernement local ne laisse habituellement qu'une garnison de sept cents hommes et quelquefois moins. Effectivement, à Texception de quelques positions centrales, à de grandes distances les unes des autres, où Ton. peut trouver un noyau de corps d*armée placé en observation, les régiments sont éparpillés par compagnies, on pourrait dire en éclaireurs, et la force militaire est rarement suffisante sur aucun point pour faire respecter Tautorité dans les premiers moments d*une insurrection. Cette autorité ne peut alors qlie rester sur la défensive jusqu'à ce que ses dépêches, concernant le mouvement, parviennent au plus prochain quartier général, qui lui expédie des renforts. C'est sur les troupes natives que tombât toutes les corvées, les ennuis et les fa*tignes routinières du service : ce sont les manœuvres de Tarmée, tandis que les troupes européennes sont réservées exclusivement pour la guerre. Selon l'expression de Jacquemont, ces derniers sont comme de coqs de combat que l'on nourrit oisifs toute une année pour un jour de bataille. En marche, on est obligé d'adjôihdre un
ddcichemetit dé trodpéi indigènes aux fégittems étirôpéeni pour lei garder» pour ivotr soin d'eiuc, c*6ftt à là leure; cantonnés, e*€st h mène chose. Gomme il est admis que le froid de l*hiver, la ehs* leur dn pHntemps et les j^uies de rantomne sont également fànestes anx Enropéens, les soldats anglais ne montent guère de garde qn'au dedans de lenrs casernes : ce sont les cipayes qui veillent antonr d*enx.
à5 Janvier. «^ Parti de Gnddapah à einq heures dn matin, fallai déjeuner è Bonkrapett, couvent indott situé à trois lieues sur les premières pentes des Chattes et précisément à rentrée du formi*dable défilé qui les traverse. La route ombragée d'arbres que j'avais suivie depuis Ghouty se ter» mine soudainement à Gnddapah» et à une lieue au delà de cette ville ce n'est plus qu*un détesuble sentier qui serpente péniblement entre un ehaos de rochers. La seule construction remarquable dit village est la pagode quii quoique assez pauvre d'architecture possède un asseï nembreuft trou^ peau de bayadères. le suppose que c*e8t le voi-' sinage de Cuddapdk, dont la population pathâie et musulmane est éminemment corrompue» qui soutient cet établissements Elles fournissent» dit* on, un revenu considérable aux brahmanes qui les ei^oitent» les élevant dès leur enftnce à la
promilalioD e% m recueillant eux-mime» presque tous les pr<^fi(Sf Ce que je n'ai pu eocofe eooipreii» dre» c'est q^'avee les idées d^impureié que leurs degnies ettad^ent & tout ce qui n'est pas l>rali* mauet au poiut que le simple eofttaot d'un Eure» p4en» d'un wusubnan eu d'un Indeu de caste inférieure est une souiUuret les ehefs de ces éta* Miseemei^ neie font pas le moindre scrupule et s*enipresseat même d'oirir au voyageur» quel qu'il «oitt pour de l'argentt le ebeii i% troupeau, leur mattresse de la veillot peut*étre celle du len*demsin. Ces pauvres créaiurei a'eot pas la moiu* dre id4e de commettre un ticH dans l'exercice de leur profession : elles croient accomplir un rit ou un sacrifice agréable à l'idole dont elles des* serrent Teutel et devant laquelle elles viennent danser tonr k tour; aus« m se irouvent^lles point melheurenses et ne souilles point méprî* sées. Le» Indous, même des meilleures castOit voueront quelquefois d^esdes mi^epts d'épreuve une fille à Fidole et livreront la petite oblate aux hrahmaueSf à l'Age de trois ou quatre ans; plus généralment elles sont cboisies dans une cmrtaine caste spécialement vouée à lUlit le Vénus indienne,
Verecinq Imwes après midit le mime jour, je coflwen«ais à gravir à pied le premier ^Plre^fiori
de h chaîne des Ghaties , par un sentier si rocailleux et si glissant qu'il serait dangereux de s'y aventurer à che?aL II s'engage presque à l'origine dans une gorge triste et aride où la végétation a eomplétement disparu. On atteint une première eréte, pour redescendre dans une nouvelle vallée de rochers et arriver encore à une crête plus élevée. On dirait une mer qui s'est pétrifiée au plus fort d'une tempête. Mais ce sont des rochers, toujours des rochers et rien que des rochers. C'est le plus fatigant de tous les tableaux, celui du désert : aucune individualité ; dans les détails et dans l'en* semble, ni grâce, ni grandeur, ni originalité : c'est la première fois que je me sens désillusionné des voyages, et en me jetant le soir sur mon lit de de camp au petit ha^ieau de Gontadarpett, à l'ex* trémité orientale du défilé , je pense à la fable des deux pigeons et aux douceurs de la vie tranquille.
24 janvier, à Royachetty ( cinq lieues), village d*ttne -centaine de huttes.
Même paysage que la veille. Il y a ici un bungalo de la compagnie, mais tellement délabré et menacé d'une ruine si prochaine, que je préfère chercher un abri dans le caravansérai. On appelle ainsi un petit quartier fermé an milieu d'une ville ouverte ou un enclos près d'un village, où s'arrê*
tent tous les voyageurs natifs. Chacun paye pour son abri et la sûreté de son bétail ou de son bidet, 4 centimes par personne et par béte. On demande 4 anas , 63 c, à ceux qui voyagent avec deux ou trois domestiques. Un gardien y veille an bon ordre , et plusieurs domestiques à la propreté.
G*est un tableau d'une tristesse accablante, que l'aspect de la population qui fréquente ces caravansérais : elle se compose surtout de pèlerins, de petits marchands porteballes dont une petite rosse affamée porte toute la fortune , ou de plus misérables encore, des oumeidwars (hommes d^espérance ) , pauvres diables qui voyagent en quête de quelques moyens d'existence. Beaucoup de femmes, d'enfants en bas âge, de vieillards décrépits qui n'ont pas la force de poursuivre leur route, s'arrêtent là pour se reposer quelques jours et sécher les plates de leurs pieds écorchés. Les ruines de ce village semblent arrangées de manière à présenter une série de désolation en harmonie dans toutes ses parties, bien que la destruction soit inégale : les maisons sont à moitié désertes; livrées aux influences destructives des saisons, elles tombent successivement, mais plus lentement qu'on ne le croirait en considérant les matériaux. Le toit s'affisiisse d'abord , les murs restent debout ; ce sont les plantes parasites qui les achè-
â. l'uVDE AlfGUlSE. 12
YÇfll efl y eofai^ça^it Ifi^r^ Tacites. Ce (^^\ rçate de population f^iffouit le peu 4e prç.yi^Jons qu'elle peut aYOÎ^ et sur le$c|uelles ^lle doit su^Siis^e^ jusqu'à \^ récolte. li'argeut même n'eu peut r^en obtenir, de sprte que mes g^ns soi^t affamés, ftxdant enfiu pat^eoce;^ je me remets en route yers quatre heures de Taprès-midi avec Tintention de ga^er Mahal pi{^ j'espère rei\ouveler mes muni^ tiens, de voja^e. tes paysans que je questionne sur la disM^nçe à parcourir m'assurent qu'il i^'y a que cinq çoss. Malheui^eusement cette mesure est très-<a|)tricieus.e si^^ivant les locs^lités. : dans te territoire de Isi compagnie elle vaut généralenient c^eu:^ mi^es anglais, trois quarts de Heuf^ : c'est le reschmicoss;. Mais il y, a le suUaniçoss qui vaut upç lieuç et demie et quelquefois dei^x lieues. Çt puis chacun ici mesure le cçss à l'efficacité de s,es jantes : si vous demandez ^ ^n vieillard \à distance d'ui^ point à un autre, il you$ dira qu'il j a tant de coss; interrogez son fils, il n*en voudra reconnaître que la u^oitié. Prévoyant donc une course d'à peu près quatre Ijeues , qui était plus que suffisante avec celle du q^^tin, je me mis obstinément çn route ^ quoique déjà passablement fatigué. le remarquerai en passant qu'il n'y a rien qui tue comme cette allure longtempis prolongée d\i cheval q^i marche au |j)^s : qv^ gs^ne si jpeu de
tè&^in; Hil objet ^pém de IM isëiiible i'iH\m^ si léttteâiëht! El (itii^ le {làys eéi fti mottotbtië, ëi tidé dlhtërêt; oh ë^endoi^inirait mv s^l iséllë ëi Ton n'étàii àioiilu. Il e%i aisé de Voir qUé hoos ëbUittiës sortis d'iin coUectôrat { (itOTÎnce àdmiâifttrëé )[>ài^ un collecteur européen ) pour ëtttrëlr ûim Un jàghœr , fiëf d*tin zemindàr ou fermier héréditaire de la ébtiipàgnië; Nous sommëd dâtis le diâtrict du nuinrab de Màhal ; au lieu des ëhatnps âli^néd, des nombreux quinéoncës d'arbres fruitiers, des milliers de rigoles , des iriëbes cultures, des riants villages et de la population pres(}ue dviliséë que vous rencontriez entre Adony et Gliddapah, vous ne tHuvez pltis c[ue deë înarâis ou des landes; de i^âstës est)ëèés ëôtlVeHs de johcs; ou des tefrës sëëhes, dltérééë, piërreused qui supportent quelqueis biruyères àfihméés; de Idiil en loin^ des niches de terre sèche oâ des éti'es màliugrëd et ptésqtie nils disputent leur ëtistënceà la vermine; des foatifs presque sauvages qui s*enfilient à votre v^ë i itop ëtipudes oti trdp maussades pbtxt tépmd)te â vtis questions et tous indiquer la toiltë i c*est le comble de là misère. En voyant lé déëëH antëttl!' de ëoi où se demàbde ëomiiient^ë libiirHsisent ce^ pauvres gens , à moins que ëe ne ëbit du tait de bestiaux , puisqu'ils n*en mangent point là chair. Quant au bétail, qui ile se compose ëti^
tonte eette route que de bœufs et de buffles» il est pourtant assez nombreux et son existence est un nouveau problème. Il passe le jour dans des terres en fricbe où pas une berbe ne verdit, et s*y tient patiemment ruminant, je ne devine pas quoi, résigné comme ses gardiens.
Après quatre heures de marche, je rejoins enfin un cipaye qui voyage dans la même direction que moi, et j'apprends de lui qu'il me reste encore six coss à faire pour atteindre Mafaal, c'est-à-dire plus qu'au départ; apparemment sa mesure n'était pas celle de la province. Après avoir cheminé encore environ deux heures, j'arrivai épuisé de fatigue à une petite ferme appelée Kurkurra. Ce n'était point le but q^e je m'étais proposé ; mais il était nuit noire; tous mes gens, même les palefreniers, étaient loin derrière moi : la course depuis le lever du soleil était au moins de onze lieues; il devenait urgent de m'arrêter. Je descendis donc de cheval, et le prenant par la bride j'allai de porte en porte mendier pour moi et ma monture une hospitalité que j'aurais été trop heureux de payer. Pour la seule fois dans toutes mes excursions je ne trouvai pas une créature qui comprit l'ourdou, qui sert de lingua franca dans toute la péninsule. J'étais déjà dans le cercle du Tamul ( Malabar), de. sorte que la seule chose que je pus
obtenir par gestes fat une botte de foin pour mon cbeyal et pour moi une mauvaise galette, qu*on appellerait en Lorraine un gâteau de plomb. Ô*est une pâte à peine cuite, de farine d*orge ou de blé mêlée à quelques graines légumineuses ; le son n*en est pas séparé; c'est ce que le peuple appelle ici son rôti, c'est sa seule nourriture, et elle n'est pas de nature à le fortifier.
Ne voyant aucun abri dont je pusse disposer, j'attacbai mon patient arabe à un palmier au pied duquel j'étendis le petit tapis que je portais toujours sous ma selle, et quand il eut fini son maigre repas, je roulai les rênes autour de mon bras et cherchai à m'endormir à côté de lui. Jamais je n'avais éprouvé si vivement le sentiment de l'isolement : c'était la première fois que je bivaquais ainsi tout seul sans un être avec lequel je pusse échanger, sinon une pensée, du moins un ordre et une obéissance. Je voyais à quelques pas circuler dans l'ombre des figures noires, hideuses et muettes, tandis que d'autres gisaient devant leurs portes enveloppées dans leurs écharpes de mousseline blanche comme dans des linceuls. Une hyène glapissait dans le lointain, tandis que le chacal rôdait et piétinait auprès de moi ; je pouvais entendre dans les buissons le bruissement de la couleuvre , la terrible covra-capelle qui cher-
chàlt (Jttëiqtte Màedtt ëddormi pmt en Mfé éà {ii'oie. Ces dcjmbréd téàMiéê cdnju^ieht de plëS sombres images dans iiiOttcétteati et baititiisëàiêiil le èomméil. Poar derrière ressourcé, je me toûM SQf lé dos et ttie inis à petiset attx étoileé. Oriott étàil à mofi iéûMh tfVéè SOti bàodrier iiiût(Am\ je rayais tu à la même place db tàki de moii HàyiH quand j'étais un pauyre mOnssë à bdrd de VAUrorâi Je téfléchis âVec recbhnaissancë combien ma position s'était améliorée depuis èèttë ëpoqtië ; et tandis que je remerciais ud 0ieu de bontés la frafcbeut* dé la nuit engont'dissait mes filcùUës, et je tombai dans iin demi-sommeil. Je n'en thé tiré que par rarrivée de mes (jalëf^'eniers dont la vue fit lever mon thevàl en éni*saiit et pà^ contrecoup tUè èommuhi^ua un cbdë qtii m'érëiltii; j'étais transi ; là tOsée, trfis-épaisse le long de la cote, avait tratersé mes vêtements, et je grelottais. UÉe tassé de thé me remit bientôt et je poussai après déjeune^ jùs(tu'a Mahal ( ein^ quarts de tiëue ), avec l'iiitention de m'y féposet^.
Contiimation de ntinéraire. — Zeriiindéri éé lahal» — Frane-maçoimerie des Thogsi
2S jaonAer. ^*^ Comme |6 faisais tâoû entrée dans ce petit chef-lieu^ je rencentrâi une nombreuse caralcadé précédée dii naèbnfe : on appelle ainsi une espèce de tam-tam qa*an cymbdUer bat en BoesQre dérant le snwârri (on cortège) d'une altesse Bahader; Il faat être de sang royale prince « ministre on grand dignitaire pour jouir de ee privilège. C'était le nuwab en personne qui s'aVan^ çait escorté de quelques caTaliers ricbemènt têtus et paséablelnent moittéSy et précédé de seë gardes du corps qui couraient en ayant y pieds nus y jambes nues, miris aroliés jusqu'au! dents d'une yariété infinie de pièces t c'étaient des hallebardes, des bkeih à mèche, des piqués, des lances4 des pistolets^ des fusils de diasse angkis à deux eoups; tous avaient, en oiitre^ sabre # beuclior et poignard; chaque boiiiitie était uit arsenal ambulant; ses bras, ses maiiis, sa ceinture éuitnt tellement encombrés qu'il tût été à la
merci d*aii adversaire un peo agile, mani d*an bâton pour toute arme offensive. S*ils se chargent ainsi d*armes qu'ils ne sauraient manier à la fois» c'est pour se donner à^ eux-mêmes du courage et pour écarter une opposition qu'ils seraient incapables d'aborder franchement. Ce sont de vrais comparses de théâtre» de misérables créatures également faibles de corps et d'âme.
Le nuwab était cependant une belle figure dans le groupe qui s'approchait; il gouvàmait avec aisance un superbe cheval arabe. 11 était vêtu d'une très-longue redingote d'étoffe d'or et de soie serrée sur la poitrine par de riches brandebourgs, portail un turban rose clair et une ceinture verte; au bas de sa selle, de couleur éclatante, pendaient les larges étriers turcs en ai|;ent massif. Deux palefreniers, dont l'un tenait la queue du cheval et l'autre marchait à côté , chassaient les mouches sous le ventre de l'animal avec de longs époussetoirs de crin. Le cheval blauc, presque fleur de pécher, couleur favorite chez les Indiens, avait l'extrémité de sa longue queue peinte en rouge clair et une annelure plus claire encore un peu au*dessus. Une chaîne* d'argent lui servait de martingale et semblait seule le contenir. Le tout ensemble produisait un effet très-noble, très-distingué, à côté duquel mon maigre costume européen.
moii chapeau de paille, ma veste blanche et mon pantalon jadis blanc, deraient singulièrement disparaître.
En passant devant le cortège je m'inclinai et fis au nuwab avec la main le salam asiatique qu'il me rendit fort gracieusement, et aussitôt après m'envoya un de ses cavaliers pour me prier de descendre dans son palais. Je m'y refusai autant que possible, craignant d'être retenu plus longtemps que je ne voudrais et parce qu'il me répugnait de recevoir des politesses que je n'avais aucun moyen de rendre. Mais un message suivit un autre , et les instances devinrent si pressantes que je dus céder, et, rebroussant chemin, j'accompagnai le nuwab jusque chez lui. La demeure du chef offrait le type ordinaire d'une maison indienne : des passages étroits et tortueux conduisant à une espèce de cloître autour d'une petite cour carrée remplie de fleurs, sur laquelle s'ouvrent les appartements de quatre corps de logis opposés; nu dedans, comme toujours, luxe et misère. Cependant mon hôte voulut absolument régaler toute ma suite, bêtes et gens. Mes chevaux furent bourrés d'orge, et mes domestiques, de riz et de beurre fondu (ghee). Quant à moi, le nuwab me fit servir un immense pillaê, c'est-à-dire une poule bouillie et ensevelie dans une pyramide de
tli tàît à Tisau , âsàaisonni^e de toutes «âpèees d'ingriédiettls et d'épioes. A côté de be plat de Gàr* gantua figuraient des careys et des kobabs plus brûlants et plus pimentés les uns que léd àuti^s. Il me fit même Thouneur de manger dans mou assiette, oà nés doigts qui nous serraieUi de cuitlerë et de fourchettes se rencontraient dans la sauce. Après une longue Tariëtë de plats de la même famille , qui semblaient fails pour Testomac d'uUe salamandre, la table fut couverte des plus béâUt fruits: oranges, pamplemousses, ananas, bàhanes, et même des pommes grosses comme des noii et de peu dé saveur , mais appréciées poiir leur rareté. Le repas fini et les ablutions terminées (cérémonie indispensable après la nianièire primitive dont UoUs venions de manger, et qui est pouriàùt ëhcore un usage ordinaire même chez les plus grâflds seigneurs) , on nous apporta les hoUkahs , et là plus graudé pahie de là journée se passa éu (Causeries et â fumer. Le nuwab se livrait à ce dernier plaisir en épicurien; t'est-â-dire qù^ou changeait â chaque instant le chillum où la charge du houkah. Il en aspirait ciuq ou sit bdttf-> fôés tout âtt plus, tant que la ftimée conâërvait Sdii arôme frais et sans ftÉélangë d*huile oU d^amertume. Au moindre changement dàus le bouquet, il remettait aussitôt le tube au domestique qui se
tenait (lerrière lui mq é?entail à la maio. le m'aperçus bienti^t qu'il entrait de Topiapu dans le gpdaqk, c'est-à-dire le ul)ac qu'on no^s ^vait prép^r^. h demandai au nuwab s'il faisait venir ce narcotique de Malwa oq de Bénarès,. Il me répon* dit , en me montrant les parterres de son js^rdin tout rempli de pavots de diverses couleurs, <}u'il le faisait lui-même^ et in'expliqua la manière ordinaire de le récolter.
En causant avec le npw^^ i nous nous adressions la parole y^^ ^ l'autre par la n^éme (brmule de civilité générale, à la troisième per^nne : c'est exactement la manière italienne ; j'y substituais de ^emps en te^ips son titre , nuwab alijah (illustra), politesse qn!\\ reconnaissait toujours en me donnant en échange le titre de majesté. J'appris de lui qu'il était premier cousin de Tippoa, le dernier sultan du Maïssore, et par conséquent de sang royal; que son père ^'étant rallié aux Anglais à la chute du trône de Serin^apata^n , on Iqi avait conservé son jagheer^ et il se loua beaucoup de la bonne foi du gouvernement à Sion égard.
Effectivement toutes ces petites principautés indépendantes quant à l'administration civile, ces jagheers et ces zemindaris qui existent encore au milieu des États de la compagnie , sont u^e preqvé de la stricte éi^ui^é qui présidait jus^'en ces
derniers temps à la politiqde de son gouverne* ment. Cette loyauté avait eu sa récompense : elle avait été le principe de la grandeur anglaise. Les peuples de ces contrées admiraient une fidélité aux engagements dont leurs princes musulmans et indous ne leur avaient donné aucun exemple. La confiance qu'elle leur inspirait leur faisait accepter sans arrière-pensée des traités peu avantageux, mais sur lesquels ils savaient pouvoir compter. En serait-il de même aujourd'hui? De* puis répoque dont je parle, sous les deux derniers administrateurs, le gouvernement angloindien 8*est écarté de ces voies honorables : qu'il y prenne garde, cette politique lui a déjà mal réussi en Afghanistan; elle pourrait tourner plus mal encore.
â6 janvier. — Je me sépare de mon hôte, comblé de ses bontés, et, traversant ses domaines dans la moitié de leur largeur, j'arrive à Golloor (neuf lieues), hameau d'une douzaine de feux , le premier sur le territoire de la compagnie, dans le collectoral de Chittoor.
27 janvier. — Pour arriver à Damulchenor, la station suivante (quatre lieues) , il faut pénétrer dans une goi|;e des plus formidables. J'étais ar^ rivé à moitié chemin , quand des oiseaux de proie qui planaient au-dessus de ma tête en poussant
ded cris aigus, toornoyànt, pais 8*abaltaiii avec rapidité sar qaelqae chose de noir à côlé de la roate, me firent décoayrir an cadavre. 11 était toat coavert de sang et la tète presque séparée da corps. Les chairs étaient k peine refroidies et Tassassinat avait dû précéder mon arrivée de quelques heures seulement : les meurtriers étaient sans doute encore dans le voisinage. Mon palefrenier, qui me suivait en conduisant mon cheval par la bride, tomba sur ses genoux en sanglotant de frayeur. Il reconnut dans la victime le cipaje que j*avais questionné sur la route quelques jours auparavant. La même catastrophe se reproduit chaque année pour un grand nombre de soldats indigènes se rendant chez eux en congé. On sait qu*ils ne s*éloignent jamais de leurs corps pour a1« 1er dans leurs familles sans emporter quelque argent, leurs économies ou au moins leurs frais de route ; et s*i!s ne sont pas surchargés de monnaie, il y a toujours le Iota, vase à boire en cuivre, meuble indispensable de tout natif en voyage, valant à peu près trois francs, qui vaut la peine d*étrè volé. Les voleurs se donnent |>rès d*eux sur la route pour d'anciens cîpayes : une amitié s'établit; on marche en commun, et quand le lieu, rheure et toutes les cirqpnstances lui sont favorables , le compagnon saisit le vêtement du soldat