PREMIÈRE PARTIE— CHAPITRE XVH. Sny
6xés et perçus immédiatement par le collecteur européen sont modérés : il s'ensuit que le rayot entrevoit un avenir et laisse quelque patrimoine à ses enfans; le bien-être s'accroît dans les villages, la population augmente « et les jungles qui menaçaient de tout envahir reculent devant la charrue,
Bellary, le chef-lieu de cette belle province, est une triple forteresse dont les trois enceintes superposées entourent et couronnent un rocher conique qui s'élève subitement au milieu d'une vaste plaine, premier mamelon d'une crête qui va rejoindre par Ghouty et Cuddapah la grande chaîne dès Ghattes orientaux. Le fort inférieur est une enceinte bastionnée avec fossés et glacis, décrivant un demi-cercle assez étroit au pied de la pente accessible de la montagne; l'autre versant est en précipice, et défendu latéralement par une épaisse muraille qui remonte ses anfractuosités jusqu'au fort «upérieur , à trois cents pieds au-dessus de la plaine. Des degrés taillés dans le roc en rampes alternativement saillantes et rentrantes, mais commandés dans tout leur développement par de nombreuses embra« sures, conduisent à ce plateau dont les remparts élevés sur une fondation de roches primitives sont dressés sur le bord même de l'escarpement et si bien raccordés qu'on ne saurait dire où commence l'œuvre de l'homme. A l'extrémité nord-ouest de cette seconde forteresse s'élève encore une nouvelle masse de granit d'un seul bloc ohauve et luisant sans aucune trace déterre ou de végétation : c'est ici qu'on a taillé une citadelle qu'une poignée d'hommes pourrait défendre contre des légions, mais qu'il serait facile de réduire par
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la soif, car elle n' est abreuvée que par quelques citernes et quelques ravins creusés dans la lave de manière à conserver les eaux de pluie. Nonobstant son apparence formidable , un blocus de quelques jours amènerait donc nécessairement sa capitulation. Le fort inférieur est le seul qui ne soit point sujet à cet inconvénient: il renferme des puits nombreux et intarissables , mais sa construction est défectueuse et ne pourrait opposer qu'une faible résistance.
L'espace contenu entre la base de la montagne et les forti6cations n'est point suffisant pour abriter la garnison; les Européens seuls peuvent y trouver place. Deux mauvaises casernes reçoivent environ quatre cents hommes chacune, et sont réservées pour le régiment de l'armée royale; un troisième bâtiment est attribué à la compagnie d'artillerie européenne de cent cinquante hommes; l'arsenal, les magasins , la poudrière et le messhouse (le cercle), ces deux derniers l'un à côté de l'autre envahissent le reste de l'enceinte. Quelques mauvaises masures perchées parmi les rochers qui à différentes époques ont roulé du flanc de la montagne servent de demeure aux deux tiers des officiers royaux ; le reste^ ainsi que toutes les troupes indigènes, les hôpitaux etl'état-major, sont cantonnés dans la plaine environnante, entremêlés avec la population noire; enfin les autorités civiles et miUtaires occupent à de grandes distances de la place de charmantes villas éparpillées dans la campagne avec une irrégularité et une insouciance que n'admettent guère nos idées de la discipline et de la vigilance d'une place forte. Si un mouvement insur-