CHAPITRE XVIII
Le choléra.— Copspirattoii de Bangtloreen i69S. — MiflêioBBiiras proiMtans. — Ut loldato «I la« oip«TM«
Ptir une belle et molle Mirée de février 1 833 , à Té* poque de l'année où le soleil reprend toute sa pui»> sance , mais où la naissance et le déclin du jour ont encore une fraîcheur et un parfum de volupté » je ve* nais d'exécuter mon galop quotidien autour des ram« parts vers les premières pentes des Coppêr tpnm* iaims (montagnes de cuivre), et je rentrais comme à l'ordinaire par la chaussée ombragée d'arbres de la ville noire. La lune daps son plein versait ces floii de lumière qu'elle ne prodigue qu'aux tropiques | pas un souffle d'air n'agitait les plus petites branches des arbres dont les silhouettes se dessinaient en lignes noires et immobiles sur le ruban d'or de 1a chaussée. Pénétré du calme et de la beauté de ce moment , j'aK bis au pas dans une rêverie profonde , prêtant l'o* reilie à la marche cadencée de mon cheval et au bourdonnement des insectes, quand tout-à'*coup mon attention fut éveillée par des cris perçans qui partaient de la vérangue ouverte d'une boutique. Je connaissais le propriétaire: c'était un riche sonar
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(bijoutier) qai avait aouva^t travaillé pour moi. Un iqtéret iufitiuptif ma fit approcher et foroer le cercle épais qui s'était formé autour de la maison. À la lueur des torobesj j'aperçus un toharpaë , espèce de lit de sangla sur lequel up jeuue homme de 1 7 ans, fils upi** que du bijoutier^ se tordait, comme uu serpent coupé, dans des crampes épouvantables. I.ies yeux étaient déjà fixes y ternes et vitreux; quelquefois unecpnvuU sion galvanique soulevait le moribond ; il faisait des efforts pour vomir, puis retombait épuisé sur ses cous* sins. J'avma eu occasion de voir ce jeune homme la veille { hier encore il avait un embonpoint remarquar blcy aa couleur était dup noir d'ébène lustré et po}i ) Yingttquptre heures n'étaient poipt écoulées^ el cet «nbonpoist avait fgit place à ia plus affpeuse ^mu greur | ses jpues étaient creuses , sa peau avait singu* liàreni6i)t blanchi et perdu tout son luf toa , je pouvais à peine le Mocmnaitre) sa mère » qu'à son air de dér ovépitudfi on eût prisq pour une très vieille femme quoiqu'elle eut à pmne tnantatcîiiq ana pouasait dea cris déobiraps au pi^d du lit , s'arrachait les cheveux , se déchirait les seins et cherchait à se briser la tête oontre la muraille, Le père était plus oalipe t il ne )aia^ sait échapper aucun cri , mais l'expression de sa figure était effrayante. Il avait arraché son turban , aa tétai était rasée, à l'exception de la petit^ touffe qui couronnait le sommet du crâne | son corps était nq et ê» la tête aux pieds tout couvert de caidres. Il était assis les jambes ereiséee nuirmurant un récitatif de vep«> sets du ^ran interrompus par des gémissemens a\ regardant la fqule d'un air hagard , tandis qu* ^ P^*
tie supérieure de son corps se balançait en avant et en arrière avec l'oscillation du balancier d'une pendule. J'essayai de lui adresser la parole : « Mahomet Shah, Mahomet Shah , lui répétai-je plusieurs fois, ne puis-je rien faire pour votre fils, lui enverrai-je des médecines? » Il fut long-temps sans m' entendre. Me reconnaissant à la fin , il répondit d'une voix creuse : Meur jata saheb , kae jullab . puis, avec un effort, Allah kerim /(Il se meurt, monsieur, c'est le choléra.... Dieu est grand!)
Je rentrai chez moi le cœur attristé et avec un pressentiment de malheur. L'étudepour ce soir-là eût été impossible ; j'y renonçai, et rejoignis im rassemblement de mes camarades qui s'étaient réunis pour passer le temps dans une maison déjà occupée par trois de nos lieutenans. Un de ces commensaux était précisément ce jeune Campbell dont j'avais enlevé la place et qui continuait à faire les fonctions de sous^lieutenant à ses frais , dans le faible espoir d'être placé plus tard. Nous étions quinze ou vingt officiers tant mariés que célibataires, mais tons jeunes, pleins d'espoir, d'avenir et de gaité. Rangés autour d'une longue table , en plein air^ éclairés par la lune et savourant la brise du soir, nous faisions de profondes libations. Tandis que les serviteurs de nos hôtes nous versaient avec la profusion indienne le thé , le café, la bierre, le punch et le grog, une épaisse fumée s'élevait de nos cigares et des cris joyeux succédaient sur toutes les lèvres aux chansons tour4i-tour bachiques et anacréontiques. Les toasts ( cet usage essentiellement anglais) se suivaient à chaque instant , et