‹ L'Inde Anglaise en 1843Chapitre 111 sur 268 · PREMIÈRE PARTIE. •—CHAPITRE XVHI · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. •—CHAPITRE XVHI

Cependant la mort du jeune Campbell, les émotions que nous avions tous partagées, notre petit nombre sous les drapeaux, car nous étions réduits parle choléra, les congés et le départ des invalides, à une vingtaine d'officiers, et aussi la communauté fondamentale et obligée de notre existence , avaient amené un changement notable dans ma position. Au bout de dix-huit mois je pouvais compter parmi mes camarades quelques amis sincères et pas un ennemi. Il ne me manquait plus que le baptême du feu pour effacer la tache originelle de l'étranger ; je ne devais pas tarder à l'obtenir ainsi que le lecteur le verra à la suite de mon voyage à Pondichéry ; nous eûmes même à cette époque une première aler;:e qui fit palpiter tous nos cœurs de joie et d'impatience. L'affaire n'eut cependant aucune suite, l'éclair passa sans amener l'orage; mais comme c'est une de ces crises périodiques qui se renouvellent à des intervaU les plus ou moins longs, tantôt sur un point, tantôt SOT un autre, dans le vaste empire de la Compagnie anglaise, et qui révèle le travail intérieur caché sous la surface, j'en dirai quelques mots en passant.

Au sud des Provinces cédées s'étend le royaume actuel du Maissore réduit à de bien plus étroites limites qu'au temps de Hyder-Aly et de Tippoo , et replié en quelque sorte autour du siège de leur anciemie puissance. Mais le souvenir de la grandeur et uela gloire des deux héros est encore vivace dans ces contrées; il y règne toujours et surtout il régnait dans les années 1 833 et i834 une fermentation sourde, "n levain de haine toujours prêt à éclater contre les

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tyrans, ou si l'on aime mieux contre les protecteurs de l'esclave méprisé qui végète aujourd'hui sur le Irooc des 5idtans« Pour opposer une digue à cette désaCEection normale et maintenir ce peuple turbulent la Coinpagniea choisi la seconde ville du royaume^ Banga* lore, admirablement assise dans un excellent climat sur le plateau qui domine et prend à revers tous les défilés du pays pour y concentrer ses moyens d'action. Cest l'aire d'où elle plane sur les fertiles plaines, les nombreux villages et les villes populeuses de cet empire; aussi est-ce le quartier*général d'une de ses plus effectives divisions militaires y corps d'armée complet dans toutes s^ parties, avec un noyau de phis de deux mille Européens, dont une troupe d'artillerie à cheval, un régiment de dragons royaux (le seul dans la présidence de Madras), une compagnie d'artillerie à pied et un régiment d'infanterie européenne. Autour de ce noyau se rangent une compagnie d'artillerie à cheval native , un régiment de cavalerie régidière noire, et quatre régi mens de cipayes.

Partout où il y a fermentation continue , la moin* dre cause dé^ermine une éruption. £n i833 le mé* contentement normal de la population rencontra des semences de désaffection dans les régimens de cipayes que le hasard avait réunis dans le corps d'armée de Bangalore. Ces deux principes hostile s'attirèrent réciproquement par leur affinité , et de heur contact naquit un complot qui dans tout pays homogène aurait certainement été fatal à la petite poignée de conquérans disséminés dans ce vaste empire. Mais ce qui (ut possible à Caboul en 184^ n®

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Ta jamais été et ne le sera jamais dans l'Inde , où la population est une immense mosaïque. A Caboul tous les habitans du sol , le cultivateur comme le citadin 9 l'homme de guerre comme le prêtre , le prince comme le mendiant appartenaient à une seule race bien que divisée en clans et fractionnée sous différens chefe, mais avec une origine, des idées , une religion et une impulsion communes. Tous obéissaient à un sentiment unique: la haine de l'envahisseur étranger et dfl r infidèle. Il n'en sera jamais de même dans rindeoùMusulmsmset Hindous, Sounnies et Schiahs, Arabes et Rohellas et toutes les variétés infinies de castes échangent certainement entre elles une haine tout aussi invétérée que celle qu'elles portent indivîduellement aux Européens. C'est cette absence d'homogénéité qui fait laséairité de l'empire Anglo-Hindou ; ce fut elle qui fit avorter en 1 833 presque au moment de l'exécution , la tentative de Bangalore.

Deux soubadars (officiers de cipayes du rang de capitaines) des g'^et 27* régimens qui par une singulière coïncidence portaient, si ma mémoire est exacte, les noms de Hyder-Aly et de Scheik Tippoo , s'étaient misa la tête du mouvement et avaient conçu le plan d'une insurrection qui devait commencer par une attaque de nuit sur les lignes de la cavalerie européenne. Il est nécessaire d'expliquer que les chevaux de la troupe dans Tarmée indienne n'entrent jamais dans une éciune : ils passent l'année entière en plein air plus ou moins chaudement vêtus suivant la saison qui n'est jamais assez rigoureuse pour causer parmi eux une grande mortalité , mais invariablement atta-

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chés par le cou soit à un arbre soit à im poteau et les deux pieds de derrière retenus par des cordes attachées à des piquets fichés en terre suivant une ligne droite. C'est cette dernière circonstance qui a fait appeler ces campemens lignes de la cavalerie» Quelques palefreniers indigènes du régiment des dragons royaux devaient guider une bande de conjurés qui au milieu de la nuit auraient coupé simultanément toutes les cordes qui retenaient les chevaux et les auraient lancés dans toutes les directions en les faisant partir à grands coups de lanières. Ceux-ci, qui sont invariablement des entiers j se seraient précipités dans la campagne.avec toute la fougue de Tétat sauvage. Â mesure que les cavaliers européens seraient accourus de leurs casernes pour s'enquérir de leurs chevaux ils auraient été successivement massacrés. T^e même sort attendait la portion européenne de l'artillerie à cheval. Ceux-ci détruits, les conjurés s'attendaient à avoir bon marché du régiment d'infanterie royale contre laquelle ils eussent réuni les quatre régimens de cipayes 9 la cavalerie et l'artillerie noires : mais le côté faible de ce complot c'est qu'il s'en fallait de beaucoup que les corps indigènes où se retrouvaient toutes les subdivisions de castes de la population fussent ou pussent être unanimes dans ce mouvement; il avait même fallu eu; faire un secret aux quatre cinquièmes dont la moitié à tout événement serait restée fidèle aux Anglais. Ainsi en supposant que la conjuration n'eût pas été éventée, le succès en était encore fort douteux et ne pouvait être que momentané; mais ceux même qui l'avaient ourdie ne purent se

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