PREMIÈRE PARTIE. «-CHAPITRB XIX
jeûner pour ne pa» blesser ces pauvres gens. Sur ma table je trouve une espèce de gâteau appelé baba y cadeau de mon maître*d'hôtel qui me l'offre en portant jusqu'à son front un pan de ma robe de cham«> bre; des mi thaïes (sucreries de différentes espèces) sont présentées par les autres serviteurs. Il n'y a pas jusqu'à mon petit groom âgé de douze ans qui ne m offre un citron de la valeur de quatre centimes, en priant le ciel que mon ombre lui soir toujours favo^ rable et que je lui tienne lieu de père et de mère* Me voilà donc assis , paré comme le bœuf gras ^as^ sez embarrassé de ma tournure et humant patiemment ma tasse de thé. Quand tout d'un coup la vérangue ouverte où je déjeune est envahie par une foule da gens ^ marchands et industriels de toutes les professiens du bazar, venant offrir à monseigneur l'in* terprète les cadeaux et les souhaits du nouvel an. Cimcun est accompagné d'un valet portant sur sa tête un petit plateau couvert de cornets en nattes ou en feuilles de bananier , contenant des raisins de caisse ^ des amandes ou des bonbons. Un gros épicier me pré* sente une corbeille massive en sucre candi que l'on prendrait pour du cristal ; chacun donne en propor» tion de sa fortune ou des services qu'il peut attendre de moi. I^ majorité se contente d'offrir un citron ou limon qu'il accompagne de ses profonds salams. Cet usage n'est plus qu'un reflet, une parodie innocente et quelquefois burlesque de la corruption qui régnait sous les gotivememens indigènes et dans les premiers temps du régime de la Compagnie. Il est aujourd'hui défendu à tout employé civil ou militaire du gouver*
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nement britannique de recevoir aucun cadeau en nii« méraire ou en marchandises ; mais il n'y a pas bien long*temps encore , pas plus loin qu'en 18210, quiin natif ne œcevait ou ne rendait jamais la visite d'un Européen, sans reconnaître cet honneur par des présens ruineux. Les officiers qui escortaient un Résident chez un prince, chez le ^izam d'Hyderabad par exemple, recevaient chacun pour 4 on 5,000 francs de châles de Cachemire. Cet heureux temps n'est plus : aujourd'hui si un natif vous fait une visitede cérémonie, il se contente de vous offrir en s' inclinant profondément un des petits citrons du pays , comme une espèce de carte de visite; et si vous êtes chez lui un domestique vous remettra au moment du départ deux petits flacons d'essence de roses ou d'huile de sandal. Mais les salams, les hommages et les complimens les plus hyperboliques sont toujours de mode. Si un boulanger, par exemple, voulait obtenir une recommandation pour la pratique du régiment, il adressait ainsi sa pétition : au dispensateur des faveurs , au juste par excellence , « au protecteur du pauvre, au clairvoyant, au sage, au généreux lieutenant de Warren , puisse son ombre ne jamais diminuer, et l'arbre de sa fortune toujours grandir; » ou c était quelque autre préambule du même genre* J'avais congédié toute cette cohue, quand un bruit de tamtams et de guitares se fit entendre dans l'avenue de mon jardin mêlé à des voix de femmes , et immédiatement des bayadères commencèrent à exécuter leurs danses sur ma pelouse. C'étaient des demoiselles qui désiraient obtenir ma protection pour exercer leur