PREMIÈRE PARTIR.— CHAPITRE XIX
je les rejoignis à Cnddigol , le second village à sept lieues sud- est dcBellary. Pour voyager pluslestenoent^ je ne me suis embarrassé ni de tentes ni de voitures à bœufs; ma suite se compose seulement de mon valet de chambre qui fait aussi les fonctions de cuisinier ; il est monté sur un tattoo ; viennent ensuite deux ]>alefreniers et deux herbaires pour mes deux che« vaux; enfin deux cowry-coulys portant quatre paniers en rotins contenant toute ma garderobe j mes provisions et mes ustensiles de voyage. Ma petite caravane, ainsi réduite à la plus simple expression, se com|>ose encore de huit personnes et trois betes (j'entends par ce mot les quadrupèdes).
Le i3, une course de cinq lieues jusqu'au village de Gountacoly sur une plaine onduleuse et médiocrement cultivée, alternativement prairies et terres noires.
Le 14^ à Berracherrou (cinq lieues). — Le pays devient plus accidenté : on aperçoit quelques monti'» cules , puis une rangée de collines qui se dirigent vers Test : ce sont les premiers contre-forts dès Ghattes. £n revanche, la route ou plutôt le sentier devient détestable, se perd à chaque instant et demande absolument un guide. Où sont donc ces belles routes dont Montgommery-Martin parle avec tant d'emphase et qui font tant d'honneur à la Compagnie. Je n'en ai vu nulle part. Nous voici sur une des grandes lignes militaires et commerciales , sur une des principales voies de communication de la présidence de Madras, et la direction à suivre n'est pas même indiquée. Partout où vous trouvez une route , c'est un prince du pays qui en a fait les frais ; si la camj^agne est semée d'arbres, vous
ê\e% çûr que ce spnt des indigènes qui les ont plaAt€«.
T^ route jusqu'^ Goutby n'offre d' nuire particularité que quelques filets de sable mouvant assez dlin* gereuxi qui traversent les terres noires en se d;rige$^t vers la mer.
1 5 janvier. — Ghouty , surnommé le Gibraltar du Carnatique se compose oomiue Bellary de deui^ forts et d'une citadelle superpo3ésrun à Tautre sur le peuchant et au commet d'une montagne conique. C'était autrefois le qufirtier général du corps d'armée caniQnné dans les Provinces cédées : comme forteresse elle est infiniment supérieure à celle de Pellaiy, et comme position militaire elle estau moins au9^| bonne, mais la malaria s'y est attachée avec une telle intensité qu'il a fallu l'abandonner. Cest une chose remar* quable que les variations auxquelles sont sujettes di< v^*ses localités de l'Inde. Des lieux célèbres autrefois pour la pureté de l'air et la salubrité du climat exhalent aujourd'hui des miasmes pestilentiels et sont littéralement inhabitables; on dirait que comme au temps de Sodôme et de Oomorrhe la terre s'ouvre pour laisser échapper des gaz qui dévorent la popubtion. Tel a été le sort de Ghouty^ tel sera eelui de Bellary* Ce qui est encore plus extraordinaire c'est que ce changement a eu lieu généralement en raison inverse des causes qui auraient dû puriBer ces localités : il a suivi la substitution de la propreté et delà ventilation d'un cantonnement européen à l'entassement et à la saleté de la population native. Ainsi tant que les forts de Ghouty, Nundidroug, Gingi, Seringapatam, présentaient chacun une fourmilière humaine entassée dans
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des huttes fétides, le choléra et les fièvres typhoïdes étaient des maladies inconnues. On ne trouve aujour* d'bui dans ces mêmes lieux que des casernes abandon-* nées et desruines ; tout y est d'une propreté exquise et. cependant une seule nuit passée dans une de ces caseï^ nés est généralement suffisante pour dévelop^^er le germe d'une maladie sinon mortelle au moins destructive du tempérament. Observons encore que trois d'en^ tre elles sont sur des montagnes à une grande élévation au-dessus des plaines environnantes, éloignées de tout marécage et presque absolument privées d^eau.
Le fort supérieur de la place de Ghouty, comme la citadelle de Bellary , est une geôle pour les prisonniers d'état. A Tépoque de ma visite ces malheureux étaient au nombrede quatre : le plus remarquable était un ancien ministre d'un rajah de Viztanagor, qui avait perdu une jambe en combattant pour son maître. lie prince et le serviteur étaient enfiçrmés depuis nombre d'années , mais le rajah venait de mourir. Deux autres étaient des polygars ou chefs militaires de certains fiefs dans le Kimedy (circars du nord) , et le quatriè* me était le rajah de Tinevilly, tout récemment arrivé,
1 7 janvier. Tadpotrie (cinq lieues et demie). — Parti deux heures avant le jour, je me trouve au lever du soleil dans un pays qui a complètement changé de face. I^ route n'est pas faite y mais elle est au moins tracée par une avenue de beaux arbres sur un sable fin et délié , dan:) lequel bétes et gens enfoncent à chaque pas. Si ce n'était quelques formes de la végé^ tation, de distance en distance un arbre des tropi» ques, on pourrait se croire en Europe s vus d'un peu
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s?» L'INDE ANGLAISE EH 1843.
loin f les fermes et les villages • qui ont ici un certain air de propreté et de régularité j ne détruiraient pas l'illusion; mais cette illusion cesse du moment qu'on y entre et l'on se demande si ces habitations doivent servir à une race lilliputienne. Dans la plupart de ces huttes le toit est si bas que les habitans ne sauraient se tenir debout. Ce qui serait pour nous un supplice n'est pas même une privation pour eux , par l'habitude qu'ils ont de s'accroupir sur leurs talons dès qu'ils le peuvent : c'est leur manière de s asseoir , c'est ainsi qu'ils se reposent le mieux ; et les natifs n'entrent chez eux que pour se reposer ou s'asseoir; tous leurs exercices et les travaux de leur industrie se font au-dehors. i8 janvier. — A Shelti-Warripilly, belle bourgade d'environ deux cents maisons en bois et terre glaise. C'est une course d'environ huit lieues. À mesure que j'avance vers la station , la rangée de montagnes qui s'était éloignée depuis Ghouty se rapproche insensiblement et jette ici un mamelon à travers la route. Je me suis amusé depuis quelques jours à étudier les différens groupes sur le chemin , et je reste convaincu que le christianisme est le seul code de législation morale favorable aux femmes. Nulle part leur condition ne m'a paru si misérable que dans les basses classes chet les Hindous qui semblent reproduire leur espèce à-peu-près comme les animaux , sans ime idée même confuse d'amour. Les hommes semblent les considérer comme des créatures tellement impures qu'on est étonné que le dégoût ne réprime pas le penchant naturel. Je rencontre grand nombre de pauvi^es familles en voyage. Si affamées qu'elles parais-