‹ L'Inde Anglaise en 1843Chapitre 118 sur 268 · PEEMI&RE PARTIE. — CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

PEEMI&RE PARTIE. — CHAPITRE XIX

sent 9 si nues qu'elles soient, dans les derniers degrés delà misère et du dénuement , le mari marche invariablement silencieux devant, la femme le suit à quelques pas en arrière, portant un enfant en bas âge à cheval sur la hanche du côté gauche. S'ils possèdent quelques meubles, c'est encore elle qui en est chargée. Je l'ai vue quelquefois pliant sous un poids énorme, sans que son époux qui ne porte que son bâton de voyage, songe à la soulager même de son enfant. La femme est ici une vraie béte de somme qui suit son maître sans murmurer, sans chercher à attirer son attention. Quelquefois il y a deux femmes pour partager la servitude et les dédains d'un même homme : elles marchent l'une derrière l'autre , la favorite la première , chacune portant ses propres enfans et partageant entre elles le bagage. J'ai suivi quelquefois» de ces tristes caravanes l'espace de plusieurs lieues , sans les voir se joindre ou se dire un mot. Quand plusieurs familles voyagent en commun , tous les hommes marchent ensemble , les femmes réunies viennent après eux à une distance respectueuse. Si une cavalcade étrangère , surtout si un Européen vient à croiser ce dernier groupe , la plupart des femmes s'arrêtent et tournent le dos , ou bien se couvrent le visage pourpasser.Elless'éloignentmomes et muetteSj comme si elles suivaient un enterrement. Il est impossible de croire à quelque sentiment de bonheur dans leur existence.

Au village, elles ne vont nulle part qu'au marché et à la rivière, pour £aiire leurs emplettesoii leurs ablutions; mais pour leurs plaisirs, pour leur amosement, jamais

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elles lie sorterit. Elles ne participent à aucune récréation des hommes^ et leur commerce avec leurs époux n'admet aucuue familiarité; même à la maison ceutci causent rarement et ne mangent jamais avec elles; elles prennent leur nourriture quand le maître a fini.

1 9 janvier. A Tchelamacour, village du même genre que le précédent (quatre lieues). — Voyant une cha^ rue arrêtée près du chemin , je m'en approchai pour l'examiner : c'est tout simplement un bâton crochu qui ne fait que gratter la terre. Deux bœufs sont ^attelés à ce misérable instrument de labour, et des femmes qui suivent le laboureur brisent à la main les mottes qu'il soulève sans les diviser. Ces bœufs sont asseï; petits ^ généralement d'un brun noir; ils ont tous une loupe de graisse sotis le garrot. On n'emploie point leur fumier pour engraisser les terres; le champ le plus voisin reçoit la litière, tandis que la fiente elle-même remplace le combustible qui est très rare dans cette partie de l'Inde. « Quelques familles, dit ce Jacquemonti se chargent de la manufacturer. On la et pétrit avec de la paille hachée, puis on la divise en «larges gâteaux qu'on fait sécher au soleil; il n'y a a que les femmes qui se livrent à ce dégoûtant tra¥aiL ic Ces malheureuses se tiennent le matin auprès des tt bœufs, et j'en ai vu se quereller et se battre pour ence lever leur fiente. » Dans tous les villages que je tra* verse sur cette route , les murs de chaque maison sont couverts de ces gâteaux : c'est la provision de com*bustible de chaque famille; on n'y attache aucune idée de malpropreté , tout au contraire.

La fin de janvier n'est pas eu général l^époque

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de la culture ni encore celle des récoltes : la terre dan^ ce climat favorisé en rapporte deux chaque année y une de riz ^ qui occupe le sol depuis le mots de juin jusqu'à celui <?e novembre; l'autre de blé, de plantes légtimineuses ou oléifères qui ne demandent pas à être inondées et mûrissent leurs graines pen* da»t les chaleurs. Dans ce moment, les terrains cultivés autour de moi présentent surtout du blé, du colza, du lin, et plus souvent encore le cotonnier à demi sauvage, à laine courte et grossière.

Le ao, à Appiapelly (cinq lieues). — Ce village n'a de remarquable qu'une pagode richement sculptée^ mais avec des bas-reliefs abominables i ce sont des allégories obscènes sur la création, où le Litigam joue le principal rôle.

Le sii ^ à Cuddapah (cinq lieues )i — La route, tou^ jours plus sablonneuse, traversée par plusieurs tor^ mis à sM k cette époque de l'année , s'avahce vend une rangée de montagnes qui la coupent à angles droits* Ces montagnes paraissent d'abord toutes bleues^ puis prennent iine couleur cuivrée aux premiers rayons du soleil : c'est la chaîne orientale des Ohattes qui court du nord au raidi, parallèletnent à la côte. La iwtie qile l'on aperçoit d'ici est chauve et désdlée^ Presque à ses pieds , mais encore dans la plaine ^ M trouve la petite ville de Cuddapah , station civile et militaire ^ à laquelle sa position au débouché de plusieurs défilés dè^ montagnes donne uiie certaine importance politique. Une lettre d'Introduction dohi fêtais porteur pour un officier de la gôrttlsoii m'y «Murëit la plus gracieux hospitalité.

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La ville de Cuddapah, autant que j'en pus jager par sa surface et son mouvement, me parut contenir de huit h dix mille âmes; ce sont principalement des Pathâns ou descendans d'Arabes par des femmes indiennes : ils ont tout le fanatisme et toute la turbulence de leurs pères. Quelques mois avant mon passage, cette ville avait été le théâtre d'un mouvement insurrectionnel contre le gouvernement de la Compagnie, mouvement qui était une ramification de la conspiration de Bangalore et devait avoir lieu simultanément; mais les chefs craignant d'être trahis, avaient précipité l'explosion, en faisant jeter la nuit un cochon mort dans la grande mosquée , persuadant en même temps au peuple que cette profanation était l'ouvrage des Européens. Ce fut en vain que le collecteur, M. Macdonald , jeune homme du plus grand mérite, essaya do désabuser la multitude irritée, il fut impitoyablement massacré avec son escorte. Mais ce moment d'effervescence n'enfanta aucune organisation révolutionnaire : un instant d'énei^e mal dirigée fut immédiatement suivi d'une prostration complète. Les troupes envoyées pour étouffer l'insurrection ne rencontrèrent aucune résistance; on leur livra même les coupables, et la mort du collecteur fut suivie d'une punition exemplaire qui servit encore à consolider l'influence britannique.

L'établissement civil dans cette localité se compose d'un collecteur, im sous-collecteur et un premier assistant chargés, comme nous l'avons déjà dit, de la haute administration desimpôts et delà justicede paix; d'un juge ou président d'un tribunal civil et criminel

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