PREMIÈRE PARTIE.— CHAPITRE XIX
de première instance , assisté d'un greffier. Dans le cantonnement militaire, je ne trouvai que Tétat-major et cinq compagnies d'un bataillon d'infanterie indigène; deux autres compagnies étaient détachées k Ghouty, dont elles formaient toute la garnison, et oii je les avais aperçues montant lagardeauprès des prisonniers d état; enfin les deux dernières étaient en marche pour escorter un convoi du trésor que l'on envoyait de la présidence à Bellary . Ces détails peuvent donner une idée de la manière dont les régimens indigènes de la Compagnie sont dispersés dans l'Inde, et suffit pour démontrer qu'il n'y a pas de luxe dans le chiffre de Tarmée active, puisque ici, dans une province notoirement mal disposée et tout récemment en insurrection, le gouvernement local ne laisse habi-» tuellement qu'une garnison de sept cents hommes et quelquefois moins. Effectivement, à l'exception de quelques positions centrales, à de grandes distances les unes des autres, où Ton peut trouver un noyau de corps d'armée placé en observation , les régimens sont éparpillés par compagnies, on pourrait dire en éclaireurs , et la force militais est rarement suffisante sur aucun point pour faire respecter l'autorité dans les premiers momens d'une insurrection. Cette autorité ne peut alors que rester sur la défensive jusqu'à ce que ses dépêches, concernant le mouvement, parviennent au plus prochain quartier général, qui lui expédie des renforts. C'est sur les troupes natives que tombent toutes les corvées , les ennuis et les fatiguer routinières du service : ce sont les manœuvres dç Tarmée, tandis que les troupes européennes sont
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réservées exclusivement pour la guerre. Selon Tet* pression dé Jacquemont^ ces derniers sont comme des coqs de combat que Ton nourrit oisifs toute une année pour un jour de bataille. £n marche , on est obligé d'adjoindre un détachement de troupes indigènes aux régimetis européens pour les garder, pour avoir soin d'eux, c'est à la lettre; cantonnés, c'est la même chose. Comme il est admis que le froid de l'hiver, la chaleur du printemps et les pluies de l'automne sont également funestes aux Européens, les soldats anglais ne montent guère de garde qu'au-^ledans de leurs casernes : ce sont les cipayes qui veillent autour d'euXtf
a 3 janvier! -^ Parti de Cuddapah à cinq heure» du matin ^ j'allai déjeûner à Bonkrapett, couvetit hindou Aitué à trois lieues sur les premières pentes Aeê Chattes et pi^cisément à l'entrée du formidable défilé qui les traverse. La route ombragée d'arbres que j'avais suivie depuis Ghouty se termine soudainement à Cuddapah, et à une lieue au-delà de cette Tille ce n'est plus qu'un détestable sentier qui serpente péniblement entre un chaos de rochers. La seitle construction remarquable du village est la pagode qui, quoique assea pauvre d'architecture, possède un assez nombreux troupeau dé bayadères. Je suppose qtie c'est le voisinage dé Cuddapah^ dont la population pàthâne et musulmane est éminemment corrompue, qui soutient cet établissement. Elles fournissent, diton, un revenu cotisidérable aux Brahmanes qui les exploitent, les élevant dès leur enfance il la prosfitu* tion et en recueillant etix-^mémes presque tous les pro-
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fits Ce que je n'ai pu encore comprendre^ c'est qu'avec les idées d'impureté que leurs dogmes attachent à tout ce qui n'est pas Brahmane, au point que le sim^ pie contact d'un Européen , d'un Musulman ou d'iiti Hindou de caste inférieure est une souillure, les chefs de ces établissemens ne se font pas le moindre scru^^ pule et s'empressent même d'offrir au voyageur, quel quil soit, pour de l'argent, le choix dti troupeau, leur maîtresse de la veille, peut erre celle du lendemain. Ces pauvres créatures n'ont pas la moindre Idée de commettre un péché dans l'exercice de leur pro»* fession t elles croient accomplir un rite ou un sacrifice agréable k l'idole dont elles desservent l'autel et devant lequel elles viennent danser tour-à-tour ; aussi ne se trouvent-elles point malheureuses et ne sontelles point méprisées. Les Hindous, même des meilleures castes, voueront quelquefois dans des momens ^épreuve une fille à l'idole et livreront la petite oblate aux Brahmanes^ à l'âge de trois ou quatre ans ) plus généralement elles sont choisies dans une certaine caste spécialement vouée k Kali, la Vénus indiénnei
Vers cinq heures après midl^ le même jour, je corn* raençais à gravir à pied le premier contre-fort de la chaîne des Chattes, par un sentier si rocailleux et si glissant qu'il serait dangereux de s'y aventurer à cheval. Il s'engage presque à l'origine dans une gorge triste et aride où la végétation a complètement dis« pani. On atteint une première crête, pour t*edescendre dans une nouvelle vallée de rochers et arriver encore à luie crête plus élevée. On dirait une mer qui s'est pétrifiée au plus fort d'une tempête. Mais c^
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sont des rochersi toujours des rochers et rien que des rochers. Cest le plus fatigant de tous les tableaux, celui du désert : aucune individualité ; dans les détails et dans IVnsemble, ni grâce, ni grandeur, ni originalité: c'est la première fois que je me sens désillusionne des voyages, et en me jetant le soir sur mon lit de camp au petit hameau de Contadarpett, à 1 extrémité orientale du défilé, je pense à la fable des deux pigeons et aux douceurs de la vie tranquille.
a4 janvier,àRoyachetty (cinq lieues), village d'une centaine de huttes.
Même paysage que la veille. Il y a ici un bongalo de la Compagnie, mais tellement délabré et menacé d'une ruine si prochaine, que je préfère chercher un abri dans le caravansérail. On appelle ainsi un petit quartier fermé au milieu d'une ville ouverte ou un enclos près d'un village, où s'arrêtent tous les voyageurs natifs. Chacun paie pour son abri et la sûreté de son bétail ou de son bidet, o,o4 c. par personne et par béte. On demande 4 anas, o,64 c. à ceux qui voyagent avec deux ou trois domestiques. Un gardien y veille au bon ordre et plusieurs domestiques à la propreté.
C'est un tableau d'une tristesse accablante que l'aspect de la population qui fréquente ces caravansérails: elle se compose surtout de pèlerins^ de petits marchands porte-balles dont une petite rosse affamée porte toute la fortune, ou de plus misérables encore, des oumeidwars (hommes d'espérance), pauvres diables qui voyagent en quête de quelques moyens d'existence. Beaucoup de femmes, d'en&ns en bas