‹ L'Inde Anglaise en 1843Chapitre 128 sur 268 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE XXI. 4i · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE XXI. 4i

gulière ne satisfait à ce besoin : il s'ensuit qu'il y a souvent disette, suHout le long de la route que je viens de parcourir depuis Bellary, parGhouty et Cuddapah. Les seuls arbres que l'on rencontre sont des arbres fruitiers : aussi est-on réduit dans la plupart des localités à employer pour combustible la fiente des bœufs pétrie en une espèce de mottes qui séchées au soleil brûlent bien et donnent une chaleur très vive.

Près du village de Teindevaiium, non loin du bongalo des voyageurs, est une délicieuse villa, séjour de fantaisie du général Doveton, qu'on appelle aussi sa folie (Dovelon's fo/ly). Au milieu d'un beau jardin au bord d'un pelit lac, dans le fond d'une vallée plantée comme un parc d'Angleterre, elle élève su légère colonnade, ses kiosques chinois et projette autour d'elle à Torientale ses vérangues de boie sculpté. C'est un mélange de tous les genres, une composition mixte, entre le rangmahl hindou , le cottage anglais et le voluptueux harem. Cest un vrai conte de Schehera- ^de, un petit paradis en un mot où le vieux guerrier vient encore rêver à ses combats et à ses houris d'autrefois.

Le 4 à Valdaour, sept lieues. — Tout autour de ce village, on retrouve des traces d'une action volcanique aujourd'hui dormante et dont la date doit être très reculée. Cette action s'étend sur tout le midi de la péninsule et présente à quelques milles d'ici près du hameau de Trevikarey, un phénomène minéralogique fort remarquable. C'est au fond d'un bassin circulaire, gisant à quelques pieds do profondeur, souvent

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à fleur de sol, toute une forêt d'arbres énormes, principalement tamarins, banians, palmiers et dattiers, complètement pétrifiés et conservant sous cette nouvelle forme l'ordre, la symétrie et jusqu'à la couleur de toutes leurs fibres. Quelques-uns de ces troncs d'arbre ont jusqu'à six et huit pieds de circonférence. On peut reconnaître que quelques parties ont été soumises à l'action du feu, surtout près des racines dont une portion est généralement carbonisée; on enlève journellement des fragmens de ces pétrifications qui reçoivent un très beau poli et deviennent un objet de commerce. On en fait surtout de la bijouterie , des colliers et des bracelets de toute beauté.

Le 5 aux premières lueurs du jour, je courais encore une fois sous les beaux ombrages, je traversais la triple zone de figuiers, de mimoses et de palmiers qui forment la riante ceinture de Pondichéry. A ces nobles voûtes de verdure, à ces majestueuses avenues on se croirait aux approches d'une capitale. Ne dirait-on pas Vei'sailles transporté sur les bords du Coromandel? Mais non, ces fugitives nuées de corneilles, de perroquets et de maînas qui font entendre leurs cris rauques ou aigus dans la feuillée ; ces formes fragiles des cocotiers qui se penchent pour vous présenter leurs fruits; ce murmure lointain d^ vagues, cette brise de mer qui vous fait frissonner de plaisir, Téclat de toutes ces couleurs au ciel, dans l'eau et sur la terre çt cette joie qui inonde mon âme, tout me dit que c'est Pondichéry. Pondichéry la belle, la gracieuse , la verte émeraude enchâssée dans un

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double azur» l'azur du ciel, l'azur de l'eau. Je n'aur^^ œpendant pas l'cgoïsme de retenir une ^conde fois le l^teur dans une localité qui malgré son iniportance réelle pour la France, malgré ces héroïques sou* venirs des Suffren, de^ Labourdoqnaye, des Dupleix éveillerait aujourd'hui peu d'intérêt et de sympathie* li est malheureusement trop évident qu'à la première guerre avec ses voisins , la France devra perdre et pour toujours ce dernier bijou sur le sein de la riche Asie; mais sa langue, ses mœurs, sa bonhomie, Tamour de ses institutions et de son peuple survivront ici comme à l'ile Maurice, comme à Sainte- Lucie, comme au Canada et à la Louisiane ; c'est une maxime fort à la mode aujourd'hui, que les Français sont incapables de fonder des colonies. Il est vrai que leurs essais dans cette carrière ont été souvent malheureux ; qu'on peut les accuser avec justice de manquer de suite et de constance; que leur enthousiasme s'échauffe pour se refroidir presque aussitôt ; qu'ils se découragent facilement; que leur caractère national est léger.... Et pourtant, la semence de la France est féconde : partout où les vents l'ont portée elle a germé avec vigueur et ténacité. Elle a retenu la langue , la religion , les goûts , la gaité , l'intrépidité de sa mère. Puisse-t-il en être ainsi sur le sol brûlant de l'Afrique. Puissions-nous y voir de nos jours la paix, la religion , la civilisation et le bonheur s'étendre sur ses rives classiques, à l'ombre du drapeau de la France; et vienne ensuite même une guerre malheureuse, quand la France devrait voir sa colonie passer pour un temps en d'autres mains, elle

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lui reviendrait toujours : la force du sang et une répugnance instinctive pour le contact glacial des ennemis de sa mère, la ramèneraient toujours dans ses bras. Qu'elle ne se lasse donc pas, que la persévérance soit sa devise ; plantez, semez toujours, vous recueillerez tôt ou tard.

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