‹ L'Inde Anglaise en 1843Chapitre 13 sur 268 · ÉREMIÈAE PARTIE. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

ÉREMIÈAE PARTIE. — CHAPITRE IV

Sadras, ou Sadraspatnam , à rembouchiire de la rivière de Palaur , était autrefois très peuplée et le centre d'un commerce très actif aujourd'hui étouffé par la concurrence des manufactures anglaises. Ce bourg a été dévasté durant la guerre du Carnatique, et actuellement des arbustes épineux y remplacent les superbes bosquets de palmiers, de cocotiers, de mûriers, dont on trouve à peine quelques traces. Mais à quelque distance, sur les bords de la mer, s'élèvent de nobles ruines que l'antiquaire et le dessinateur ont jusqu'ici trop peu visitées et dont les trésors sont encore presque tous enfouis. Cet endroit est connu du nautonnier sous le nom des sept pagodes : c'est avec une crainte superstitieuse qu'il s'arrête, en longeant la côte, pour sonder du regard la mer profonde dont les flots bleus recouvrent des palais et des temples magiques. Par un temps calme, on voit encore une mitre pyramidale s'incliner au-dessus de la surface commepleurantsessœurs,qu'elleva bientôt rejoindre. S'il faut en croire la tradition locale, c'est en effet la dernière pagode d'une cité engloutie, qui subsiste comme pour témoigner de tout ce que l'art a perdu. Un autre temple, vers la base de la montagne, est formé d'un seul bloc , taillé et sculpté à jour par la main de l'homme dans un rocher détaché. « La montagne elle-même, vue d'une certaine distance, offre l'aspect d'un édifice antique et majestueux : un escalier de granit conduit au sommet. En approchant du pied des rochers vers le nord , l'œil embrasse une si grande quantité de figures et d'ouvrages sculptés, que icur réunion fait naître l'idée d'une ville pétrifiée »

58 L'XNDE ANGUIISE £N 1843.

(Malte-Brun). Presque tous ces morceaux ont rapport à la mythologie hindoue : c'est une figure gigantesque de Vischnou endormi sur une espèce de lit; c'est un temple admirable qui renferme la statue colossale de Ganesa, dieu de la sagesse à tète d'éléphant; et cinq autres temples plus petits, remplis de sculptures remarquables i)ar la beauté et la délicatesse du travail ; enfin, c'est dans mille tableaux qu'il serait trop long d'énumérer, un mélange exquis du style simple et du style orné. On se demande combien il a fallu de trésors et do siècles pour les créer, ou si c'est la baguette des fées orienlales qui a évoqué du granit tant de phénomènes étonnans. Les environs deSadras, dans un rayon assez considérable, demanderaient une étude plus sérieuse et plus approfondie que je n'avais pas alors le loisir de leur consacrer : ils abondent en prodiges du génie et de la patience de l'homme, qui semble avoir une fois , à une époque dont nous avons perdu la tradition , dérobé le cachet de l'éternité pour laisser ici son empreinte. « Ainsi , à plus d'un quart de mille du rivage^ à Mahabalipourum, on voit des rochers couverts de curieuses sculptures, monumensd'un art tout-à-fait merveilleux et qui peut rivaliser avec les plus beaux temps du moyen âge. Le plus grand de ces rochers sculptés a de quatrevingt-dix à cent pieds de longueur sur environ trente de hauteur. Sa surface entière forme une vaste planche de bas-rehefs. Deux éléphans d'une exécution parfaite sont modelés dans cet étonnant tableau. Le plus grand a soixante-dix pieds deux pouces de longueur; l'autre, qui est une femelle, est un peu plus petit et

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