‹ L'Inde Anglaise en 1843Chapitre 130 sur 268 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE X3LII. 4a i · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE X3LII. 4a i

part du temps au sentier déjà préféré par leur boyhis (porteurs) ou les habitans de la campagne. Ici c'est im casse-cou perpétuel et je voyais les voitures à bœufs du pays , quelque petites et quelque peu chargées qu'elles fussent, rouler constamment à chaque descente, entraînant leurs attelages et leurs conducteurs dont les efforts réunis à l'arrière ne pouvaient en régler la vélocité. On est étonné que tout cela ne soit pas brisé et écrasé; du reste ce chemin est fort pittoresque et praticable pour un cavaHer seul : on pourrait se croire dans une gorge de la Suisse. On se trouve à chaque instant resserré entre une section verticale de la montagne et un précipice presque également perpendiculaire. Une épaisse et sombre forêt couvre toutes les pentes et ajoute à la majesté du tableau. Ar* rivé au sommet du défilé, au point où il débouche sur le plateau du Maïssore , on découvre à gauche un charmant amphithéâtre de montagnes boisées, au pied desquelles le hameau de Nackenairy se mire dans le cristal bleu d'un petit lac artificiel. I^a scène a cessé d'être sublime, mais elle a une grâce simple et touchante , c'est une vue des Vosges.

La solitude de cette petite vallée se trouvait momentanément envahie; de longues rangées de tentes s'étendaient en lignes blanches et parallèles sur les bords du lac, à quelque distance du hameau. Une vingtaine d'éléphans, trois ou quatre cents chameaux dormaient ou ruminaient au clair de la lime; des bœufs, deschevaux, des bétes desomrae innombrables hennissaient, beuglaient, agitaient leurs sonnettes; des milliers de feux étincelaient de tous cotés; on voyait

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passer devant la flamme ou accroupis dans la fumée des figures noires et presque nues ; des voix joyeuses et bruyantes s'échappaient de ces derniers groupes : c'était un régiment européen et son bazar; l'ordre el la régularité d'une caserne à côté d'un camp de Bohémiens. C'était le 67* régiment de l'armée royale, commandé par le colonel Allan se rendant à Bangalore pour former la réserve de l'armée expéditionnaire. Au pied du défilé, j'avais déjà passé devant les tentes du a7* régiment d'infanterie indigène qui avait la même destination.

A souper ce même soir avec les officiel^ du 57*, j'appris des nouvelles qui me décidèrent à doubler encore la rapidité de ma marche. L'approche de la mousson rendait urgent de terminer au plus vite les hostilités , de manière qu'on attendait les premiers coups de fusil pour le commencement d'avril. Nous étions au 2 1 ma rs et j'avais encore cent lieues à faire: c'était dix lieues par jour à franc étrier et avec les deux mêmes chevaux ; mais j'avais bon courage , tous ces jeunes gens m'enviaient le bonheur de faire partie de l'expédition.

En sortant de la tente du colonel Allan pour regagner le bongalo exclusivement réservé aux voyageurs, il me fallut repasser par le quartier du troupeau. U y avait à peine vingt-quatre heures que le camp était établi , et déjà des miasmes pestilentiels s'exhalaient du parc des bctes de somme. C'est l'incotivénient du chameau: cet animal semble affligé depuis le mo* ment de sa naissance jusqu'à sa mort d'une espèce de dys^^iteiie continuelle qu'on appelle le Miilit, qui

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souille tous les lieux où il s'arrête et suffirait avec quelques jours de pluie pour amener la peste dans un campement. On sait comment la structure de l'estomac du chameau divisé en loges lui permet d'y conserver de Teau dans saplusgrande limpidité. Ce qu'on sait moins généralement c'est que l'excroissance qu'il porte sur réchine et qu'on est tenté d'abord de ne prendre que pour une difformité monstrueuse , est un phénomène dont la nature l'a doué par une sage prévoyance et qui le distingue de tous les êtres de la classe des ruminans. Quand le chameau se trouve privé de nourriture, la graisse de sa bosse lui fournit par absorption une substance nutritive qui peut le soutenir pendant plusieui*s jours sans nuire aucunement à 6a force ni à son embonpoint. La bosse seule se fond graduellement, mais elle se reproduit dès que l'animal reprend de la nourriture (i). Une autre particularité du chameau^ c'est que quand il glisse dans un terrain humide , sa chute est mortelle , car il s'écartèle eh tombant , et la dislocation de ses membres est telle qu'il est impossible de le relever. On le tue «lorfe pour avoir son cdir et même sa chair dont certaines tribus arabes sont très friandes.

Malgré une certaine analogie avee le mouton , cet animal n'en a pas la douceur. Le chameau est extrême^ ment vindicatif ; mais une singularité de sa vengeance c'est qtiMl semble la proportionner à l'offense qu'il a redtie et qu'il oublie dès qu'elle lui parait suffisam^ ment expiée. Ainsi j'ai vu un chameau maltraité pour son sarwan (tibnducteur), courir après lui pour le

(i) Oriental Annuàl, iradaclioD d^Augustè Urbain.

sente enfin à moitié de la distance et je me promets d'attendre sous son ombre mes gens dont la lenteur me désole. Son aspect est extraordinaire : c est le tchattah ou arbre parasol; ce nom lui vieut de h forme qu'il prend le plus souvent dans sa croissance. et qui représente tout-à-fait un parasol fixé a l'exlri'mité d'un tronc droit presque nu* « Dans quelques sujets cette forme affecte des proportions si parfaites qu'il semble que la nature se soit plue à circonscrire la végétation de l'arbre dans les limites d'un dessein régulier. Xa tête de cet arbre est com)7osée de branches garnies d'épines si touffues et si serrées qu'elles forment Une sorte de toiture impénétrable aux rayons du soleil. Tout l'espace qu'elle couvre est toujours jonché d'une telle quantité de piquans, quV vant de s'y asseoir on est obligé de balayer la place, et encore à la moindre agitation du feuillage on est exposé à une pluie d'épines (i).

Cependant à de grandes distances, au milieu de cette désolation, on trouve de beaux étangs, la culture ef la population se sont réfugiées sur leurs rives. Lrs villes d'un aspect tout particulier, ceintes de fortifications de terre sèche qui révèlent l'esprit inquiet des générations écoulées, sont toujours bâties sur le bord de ces réservoirs qui remplacent ici les rivières. U en est ainsi de Ck)lar , grande ville fort peuplée et entrepôt d'un commerce considérable. Elle a aibsi son fort de terre sèche assez bien conservé et pouvant contenir une garnison de deux ou trois mille hommes.

(i; OHmtai Ànnuêi.

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