PREMIÈRE PARTIE. -.CHAPITRE XXU
suffoque presque , et attend que son tour revienne.
Le 39 à Chinroypatam (neuf lieues), ville autre» fois importante , aujourd'hui réduite à cinq cents maisons où l'on élève une quantité considérable de vers à soie des deux espèces : l'espèce italienne et une autre dont le papillon couleur feuille -morte est énorme. La soie est aussi plus forte mais plus gros* sière et se débite principalement dans le pays ; on en fait des mouchoirs du Bengale et surtout des mous* tiqiiaires et toute espèce de filets.
Le 3o au soir, à Hassan ( i o lieues )• — Le cotwal de Chinroypatam s'étant refusé à me fournir des porteurs pour mon bagage , il m'a fallu continuer ma route avec les mêmes begaries qui m'ont accompagné depuis Ballour. Les pauvres gens étaient exténués et demandaient grâce. Depuis un mois ils n'ont pas cessé de faire le métier de bêtes de somme, à raison du passage des différens détachemens qui se rendent à l'armée. Leurs pieds sont cruellement lacérés, et chaque pas devrait, il me semble, leur arracher un gémisseoient; et cependant ils ne murmurent que rarement; je parviens encore à les faire sourire en leur promettant un bukra, c'est-à*dire un mouton pour leur souper en arrivant Si je m'arrête durant le jour, ils s'étendent à côté de leurs fardeaux et s'en* dorment à l'instant. Cervantes fait dire au bonhomme Sancho : béni soit celui qui inventa le sommeil ; la Providence dans sa miséricorde a accordé à l'Indien la faculté de se livi^r à cette jouissance aussi souvent et presque aussi loug-temps qu'il le veut. Je crois qu il pourrait dormir dix-huit heures sur vingt^juatre. Si la
vie n'est qu'une série de sensations^ elle est bien torpide chez ces pauvres gens, er je ne m'étonne plus s'ils meurent mieux que nous, paisiblement et sans terreur. C'est qu'il y a bien près de la vie chétive et monotone d'un pauvre Indien au sommeil du mort dans la tombe: il n'y a que le travail en plus. Ses jouissances sont toutes physiques et la misère en réduit tellement le nombre que l'oubli et le repos sont pour lui les biens suprêmes. Il espère trouver l'un et l'autre dans l'anéantissement de la mort. Il en est encore de même dans la classe la plus riche; les jouissances sont toujours de la même nature , mais alors c'est l'abus qui les limite et finit souvent par en tarir la source. Arrivé à ce point, que reste-t-il à désirer? Le sommeil et l'oubli.
Mon dernier cheval arrive à Hassan tellement épuise et malade, que je suis obligé de le laisser ici avec ma suite et mes bagages. 3'aî encore huit lieues devant mcM pour atteindre le corps d'armée dont je dois faire partie et les opérations commencent après-demain, 1* avril; mais pai un cheval, pas qn mulet, pas même un tattôo du pays h acheter oti à louer, les trotipes ont tout enlevé sur leur passage. A défaut de tout nioyen de transport et trop l^bimé de fatigue pour faire la route à pied, j'imagine de jrae faire construire une litière avec des bambous. Le foi^eron du village y travaille toute la nuit; guidé par mes instructions il construit une espèce de cage à poulet, dans laqlielle, parla promesse d'ime récompense eôn sidérable, j'engage une vingtaine de paysans à nie porter jusqu'au quartier*gétiéraL Effectivement, le3i