‹ L'Inde Anglaise en 1843Chapitre 141 sur 268 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE XXni · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE XXni

Fair ou le défaut de soins en enlève un au service, c*est une perte de a,5oo fr. pour le budget de l'Inde. II est inutile de chercher plus loin la raison de Tin* tendance et des équipages quelque peu à la Xerxès , de Tadministration militaire de la Compagnie.

Au jour nous arrivions sur le Cavery que nous devions traverser cinq fois dans un espace de (rois lieues. Ce fleuve qui prend sa source dans ces montagnes est extrêmement sinueux à son origine : il traverse en* suite le Maïssore, le Coimbatour, le Carnatique et se décharge par plusieurs embouchures dans la mer du Bengale. C'est la plus sacrée de toutes les rivières du Dekhan ; les adorateurs de Yischnou l'honorent à l'égal du Gange et célèbrent tous les ans le mariage d'un de leurs dieux avec la déesse qui habite ses eaux. Nos troupes indigènes la saluèrent avec de grands cris. Du moment qu'on a franchi cette rivière, on se sent au milieu d'une nature plus grande, dans une région plus noble que le plateau monotone que Ton vient de quitter. Toute la végétation présente im caractère de vigueur extraordinaire. C'est une terre vierge conservant encore la robe éclatante que le créateur lui a donnée. Sur le flanc, sur la crête de ces niontagnes une verdure éternelle , un port sublime, des tiges plus élancées , des ombrages plus étendus . distinguent les grands arbres de ces climats , auprès desquels les rois de nos forets ne paraîtraient que d'humbles vassaux. L'arbre de teck qui surpasse le chêne par ses qualités impérissables comme par sa beauté et qui le remplace aujourd'hui pour les con- ^ructions navales, remplit de vastes forets primiti-

a L^INDE ANOLAISB EN 184S.

ves. A ses côtés s'élèvent avec magnificence Tarbre à bois d'aigle et celui de santal blanc qui parfume tous les palais de l'Orient, le sycomore, le figuier d'Inde , le bois de fer. Les bambous réunis en gerbes colossales s'élancent à une hauteur démesurée. Au pied de ces géans du règne végétal , les arbrisseaux et les plantes herbacées présentent dans leurs fleurs et dans leurs fruits les figures les plus variées et les plus singulières y les couleurs les plus vives, la saveur et l'odeur les plus exquises. Le gingembre, le cardamome , le poivre-long, le bélel grimpent, s'enroulent le long des jeunes plantes ou s'épanouissent à l'ombre des rameaux séculaires. Cest ici que les lianes triomphent dans toute leur gloire : nulle part on ne les trouve si aventureuses , si hardies , si gigantesques. C'est surtout dans les forets de la cote malabar que Ton trouve en abondance l'arbrisseau sarmenteux que décrit Jacquemont et qu'il appelle Bauhinia racemosa : « Ses tiges, semblables à des « câbles flexibles , s'élancent sur les arbres , se pro- « jettent de Tun à l'autre, s'enlacent autour de leurs « rameaux, et donnent souvent k une souche pourrie « l'apparence de la vie et de la fraîcheur. Sur la lisière « des bois, on la voit pendre partout en festons ad- « mirables. » A chaque instant il faut s'écrier avec le Musulman : jâllah akbar! jillah akhar! Dieu est grand ! Dieu est grand !

La rivière à cette époque de Tannée était peu profonde; cependant il avait fallu plusieurs fois &irc déchausser nos hommes pour la traverser à gué. Cette opération se fit sans confusion et sans opposition de

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la part de l'ennemi. Reformég tur Tautre me, nom plongeâmes à-la-fois sous les voûtes de la foret éternelle. Jamais je n'oublierai mes sensations de ce moment où cette carrière tant désirée d'aventures militaires s'ouvrait enfin devant moi, présentant à mes yeux dans un rapide tableau la gloire, la fortune, l'avancement. Je sentais une joie si folio, si délirante, qu'il fallait tous les efforts de ma raison pour la contenir, et je me rappelle encore la fervente prière que j'adressais au ciel pour que l'ennemi acceptât le combat et tournât ses principales forces contre nous. Un enthousiasme si léger me possédait que je ne marchais plus, j'effleurais la terre, je dansais , je riais , j'aurais jeté des cris de bonheur, si je n'avais craint le ridicule. Tout ancien militaire pourra sourire de cette extravagance de jeune homme , mais il la comprendra. Il est vrai que j'étais admirablement placé pour jouir des beautés sauvages autour àt moi : je ne faisais point partie de l'avant^-garde; mais comme on y avait détaché nos voltigeurs, la 7'' compagnie du SS^ régiment que je commandais formait la tête de la colonne de marche. L'étroit sentier nous obligeait presque toujours d'avancer* à la file: je me trouvais alors le premier combattant du corps d'armée, l'œil et l'oreille également attentifs, palpitant de curiosité et d'iptérét. Outre les embûches (le l'homme, nous avions à craindre tous les hôtes <le la forêt , et en première ligne le tigre et l'éléphant qui s'en disputent la souveraineté. A chaque pas le brait de notre approche faisait lever devant nous des <]aims, des paons, des coqs del^ruyère; un sanglier

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énorme traversait le sentier et plongeait avec fracas dans les broussailles. Des bandes nombreuses de singes nous accompagnaient et nous devançaient, sautant de branche en branche avec une agilité comparable à celle des oiseaux, grimaçant et babillant. Plus d'un fusil retenu par la discipline s'abaissa involontairement pour nous venger de leurs outrages ; plusieurs fois aussi leur nombre , le bruit et Tagitation de leurs ébats nous fit croire à la présence de l'ennemi. La création animale se multipliant autour de nous d'une manière fantastique, on eût pu se croire, sans un trop grand effort d'imagination, au paradis terrestre ou à la sortie de TArche : toute cette grande nature sublime et vierge autour de nous pouvait prêter à l'illusion. Parfois de vieux tecks complètement blanchis par rage, déracinés et arrêtés à moitié dans leur chute par d'autres arbres, témoignaient que la hache n'avait jamais pénétré dans ces lieux sauvages. Ail* leurs, c'était à peine si nous pouvions avancer entre les gerbes serrées des bambous et les broussailles qui accrochaient et déchiraient nos uniformes.

Quand à de longs intervalles se présentait une clai" rière*ou le bassin défriché d'un torrent, nous traversions généralement un misérable village entouré d'une palissade, ou plus souvent encore une collection de huttes établies sur les arbres mêmes parmi le feuillage, d'où les habitans veillaient à la sûreté de leurs champs et défendaient plus facilement leurs moissons contre les ravages des bêtes féroces. Tout cela était en ce moment abandonné, et nous commencions à douter que le pays contînt des habitans ^ quand sou-

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dainement quelques coups de feu clairs et secs se firent entendre à Tavant-garde, suivis immédiatement par la voix sonore du canon. Nous débouchions au même instant sur une clairière à l'extrémité de la* quelle on apercevait un village. L'adjudant de service, le lieutenant Heriot, du 55% arriva au même instant au galop pour me communiquer, de la part du général, Tordre de me porter en avant avec ma compagnie au pas de course et de tourner le village par notre gauche. Nous nous élançâmes comme une meute et arrivâmes juste à temps pour tirer quelques coups de fiosil inutiles à l'ennemi qui s'enfuyait.

Nous avions été réjoints dans la matinée par le contingent de cavalerie du rajah de Maïssore qui devait &ire la campagne avec nous: c'était le seul corps de cette arme avec la colonne. Us reçurent Tordre de charger dans le moment le plus favorable et le capi* taine intendant militaire Le Hardy se mit à leur tête pour les entraîner. On le suivit quelques pas, mais en caracolant, sans gagner de terrain, de sorte qu'il se trouva bientôt seul au milieu de l'ennemi, et fut obligé de s'en revenir auprès de ces braves indigènes qu'il accabla d'injures. Un d'eux cependant eut son cheval grièvement blessé : c'était sa propre lance dont il lui avait traversé la tête dans sa détresse. Le bri* gadier général, indigné, renvoya toute cette canaille garder les bagages, à Kensuma-Ooscottah , mesure dont la politique était encore fort douteuse en raison de leur probité. Le résultat de cette première escarmouche qui ne coûta qu'un seul homme au 55*, fut quelques soldats et quelques chevaux légèrement

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blessés. L'ennemi n'apparut plus de la journée et après nous être avancés d'environ quatre lieues, nous nous établîmes pour la nuit dans un espace ouvert près du hameau d'Ellumgôd.

a avril. Je tne trouvais le jour suivant de service à l'avant-^garde avec mon ami de Havilland et k a' compagnie du 55'. Pour éviter les surprises, les deux flancs étaient protégés par la Compagnie de carabiniers d'élite du ^4' indigène. Ces derniers étaient des soldats éprouvés^ dont une longue habi* tude de la guerre de montagne avait trempé le courage et tout-4«*fait consommés dans leur métier. Ils avançaieht comme des serpens souvent sur leurs genoux ou k plat ventre, en rampant à travers les ti* ges. Quoique incapables comme tous les Indiens, d'un conflit personnel ou corps à corps ils avaient du sang-froid et supportaient parfaitement le feu. Leur conduite en ce jour et dans toutes les occasions fut admirable* )e ne puis pas en dire autant du reste de notre petite trempe. Vers sept heures du matin, un premier coup de fusil tiré sur la têm de la colonne produisit une telle confusion dans la partie indigène de l'avant-garde qu'ils se mirent à exécuter sans aucun ordre un feu raulant à droite et à gauthe siir nos propres éclaireurs. Ce fut avee une peine ektréme qUe nous parvînmes à faire cesser cette fusillade > véritable disgrAce poUr les cipayes qui dans leur terreur, tiraient sur le fourré devant eux> sans apercevoir aucun objet.

Ce petit incident et la certitude d'une rencontre avec l'ennemi firent changer tous nos arrangemens.

PREMltKE PARTIB.-^GHAPinUE XXIII. «9

La compagnie des carabiniers qui avait oependatit montré du calme fut renvoyée pour protéger le con«« voi qui commençait ù être vivement attaqué. Je fus détaché sur le flanc gauche avec quinze sous^ofûciers el soldats du 55% et l'on m'adjoignit le capitaine Long^ wm*th avec une demi-cotnpagnie du g" nati&. Une disposition symétrique se faisait à l'autre flanc et l'on renforça l'avan^garde d'une compagnie du 55' déta* chée de la colonne. On remarquera toujours que dès qu'il s'agit véritablement de combattre , on diminue le nombre des indigènes pour doubler celui des Européens, même quand ces derniers ne oomposent oomme ici qu'un faible noyau de trois cent quatre-vingts hommes. On observera encore qu'une certaine proportion d'Européens est indispensable avec chaque tête de colonne pour entraîner les natifs.

Quand tout le corps d'armée fut rassemblé et l'ordrerétablip nous nous remimes en route vers midi, ^n gardant les mêmes dispositions que le matin. Un espion venait d'informer le général que nous n'étions plus qu à une petite distance d'une barrière élevée par rennemî pour intercepter le passage du défilé de ^s8an*Âly. Les ordres que je reçus en conséquence de i'adjudant-général Derville furent de m' avancer diagonalement vers la gauche en gagnant les hauteurs^ de manière à me replier sur le défilé en arrière de la ^oute. Le détachement de droite devait faire de son c^té un mouvement analogue, tandis que le reste de lavant-garde et le corps d'armée attaqueraient de iront par la route. Mais il est bon d'observer que

ao L'INDE ANGLAISE EN 1843.

FétaMnajor n'avait aucune carte un peu détaillée de cette partie du pays, qu'on ne connaissait nullement la direction et le tracé de la route et que le général n'avait pas même jugé à propos de faire une reconnaissance des localités avant de nous communiquer son plan d'action. Il avait lu quelque part qu'il fallait à la guerre tourner les obstacles, mais il supposait qu'il était toujours temps de le faire, en présence même de la difficulté, sous l'inspiration du moment et sans aucune étude préalable. Toutes les pertes de ce jour et du lendemain furent la conséquence de cette pré* somptueuse imprévoyance.

Suivis de nos petites bandes réunies qui pouvaient se monter ensemble à une soixantaine d'hommes, nous plongeâmes le capitaine Longworth et moi tête baissée dans toutes les difficultés du terrain , en stricte conformité des ordres que nous avions reçus. Ce fut une longue lutte avec la nature; pendant deux heures nous avançâmes péniblement, un à un, taillant notre route à coups de sabre et à coups de hache, recevant» chaque instant des coups de fiisil de huttes placées dans les arbres à quarante pieds au-dessus du sol, n'ayant point de loisir d'y répondre et tellement exposés que des tirailleurs un peu adroits auraient dû nous exterminer. Heureusement nous avions aSaire à un ennemi peu intelligent. Épuisés , hors d'baleine , nous commencions à ne pouvoir plus nous orienter dans cet interminable dédale de tecks et à^ bambous, et nous nous serions infailliblement perdus si le bruit du canon et d'une vive fusillade ne fût venu soudainement nous guider. Ranimés par ce son élec'

PREMIÈaE PARTIE.-* CHAPITRE XXHI. ai

trique nous nous dirigeâmes vers les combattans en conservant y à ce qu'ils nous semblait, la gauche de notre ligne de marche. JMais, débouchant tout d'un coup de l'épais fourré , nous nous trouvâmes sur la même route que nous avions cru laisser à droite, sur les talons del'avant-garde, au pied même du défilé et en face de l'obstacle, f^e détachement sur l'autre flanc n'avait pas été plus heureux que nous et n'était pas encore arrivé. Il ne restait donc plus d'autre alternative que de reculer momentanément si l'on voulait tourner la difficulté, ou de l'aborder franchement et sans hésitation pour l'enlever par un coup de main.

La position de Tennemi était un retranchement assez simple , consistant en un glacis avec parapet et chemin couvert, jetés d'une crête à l'autre perpendiculairement au défilé. Le parapet , très élevé dans la partie accessible de la route , était de plus défendu par deux pièces d'artillerie, mais il diminuait d'escarpement en remontant les deux flancs des montagnes. Le glacis, dans presque toute sa largeur, était miné; de distance en distance on y avait creusé des fosses profondes, recouvertes de branchages et de gazon, de manière à tromper parfaitement la vue.

Je voudrais expliquer aussi simplement que possible l'état des choses au moment de mon arrivée. Notre brigadier le colonel Waugh , très confiant dans les savantes manœuvres dont il nous avait donné la recette, était bien loin avec le convoi, ne s'inquiétant de rien. L'officier supérieur de service à l'a van tgarde, parvenu à ce grade par la simple ancienneté, sans aucun mérite et parfaitement incapable , laissait

aa L'mDB ANGLAISE EN 1848.

nos gens sous le £bu el s'y exposait luUmeme sans donner aucun ordre et sans pouvoir prendre une résolution. En jetant les yeux autour de nioi| je vis le capitaine (aujourd'hui lieutenant^colonel) Warren du 55% avec la 5* compagnie du régiment déployée en tirailleurs, danjsle taillis à droite de la route. Nos grenadiers, à genoux en face de la redoute, engageaient une fusillade tout*à-fait inutile et perdaient beaucoup de monde; enfin, dans les broussailles, sur la gauche, le capitaine Mac Léan, du 55' , avec une trentaine d'Européens, prolongeaient la ligne de feu. Je cherchai des cipayes, je n'en vis nulle part tandis que notre poignée d*Européensétait partout. Oùétaient*ilsdoDC? Pas bien loin sans doute, car ils reparaîtront après l'af&ire. J'oubliais cependant : oui, il y en avait deux derrière nous qui ne nous avaient pas quittés depub I le matin; comme deux chiens fidèles ils s'attachaient aux pas de leur brave officier, le capitaine Longwortb, mais il était aisé de voir que ce n'était pas par bravoure: c'était dévoùment, attachement personnel, et j rien de plus.

En ce moment le capitaine Warren, convaincu de l'incapacité complète de l'officier supérieur, se saisit | du commandement. Voyant la faiblesse du détachement de gauche, il m'ordonna de le renforcer et s'y porta lui-même pour reconnaître. Comme je vaélançais en avant des miens je mis le pied sur le faux gazon qui cachait une des fosses du glacis et qui s'sbima sous moi. Le fond était tout hérissé de fers de lances et de chevaux de frise qui devaient m'en' clouer les pieds , ou au moins ^me blesser griève-

PREMlÈaB PAETIB. *t- CHAPITIIB XXIII. aS

ment. Je fus heureusement retenu par le capitaine

Warren qui me saisit par le bras, et avec l'aide des

deux cipayes parvint à me retirer. Au même instant

un de ces derniers fut mortellement blessé d'un ginjal

(boulet de trois) qui lui déchira le bastventre. Cette

mort valut un long panégyrique au 9° d'indigènes, qui

durent être bien étonnés en apprenant le lendemain '

leurs exploits. De la clairière sur la gauche la position

se dessinait parfaitement , et le mouvement à faire

pour l'enlever était clairement indiqué. Effectivement,

le capitaine Warren donna l'ordre d'attaquer les deux

crêtes simultanément, là où le parapet était moins

élevé et où le glacis n'existait plus. Nous accueillîmes

iCel ordre avec le hourrah britannique, et nous élan<»

iCant au pas de course , sautâmes sur le parapet le

^re à la main et la baïonnette au bout du fusil. Les

irenadiers aiîglais ne voulant pas être en arrière, se

précipitèrent aux embrasures et y pénétrèrent en

grimpant à la bouche du canon. Le mouvement déci*

^if qui termina cette affaire ne nous coûta pas un

homme. L'ennemi qui avait fait bonne contenance

sous le feu de nos canons disparut devant notre choc.

Cestune chose inconcevable que l'effet magique d'une

ligne d'Européens qui s'avancent, leurs yeui^ étinoep

lans , leur pas mesuré faisant vibrer le sol ; les plus

braves Asiatiques n'ont jamais pu , depuis les temps

d'Alexandre jusqu'à nos jours, et il est écrit qu'ils ne

pourront jamais le supporter. C'est la fascination que

le serpent exerce sur l'oiseau, leurs coeurs se gjacent,

leurs genoux fléchissent , ils fuiraient même dans \ep

bras de la mort. Un seul canonnier se fit tuer auprès 4^

!i4 L'INDE ANGLAISE EN 1843.

sa pièce. Le 55' ])erdit à l'attaque de la barrière un lieu* tenant et dix-huit hommes, presque tous grièvement blessés; la seule perte parmi les indigènes fut le cipaye dont nous avons déjà parlé.

Après avoir détruit les deux pièces d'artillerie de l'ennemi et rasé la barrière nous avançâmes encore une lieue pour camper dans une rizière, aux environs du hameau de Kassan-Âly.

Vers la fin de la journée, une section de nos éclaireurs avait ramené une couple de prisonniers qu'on avait surpris rôdant dans les broussailles. Ils portaient le costume caractéristique des habitans de la montagne. Cet habillement consiste en une sorte de robe de chambre qui descend à peine au-dessous du genou, à longues manches, serrée autour des reins le plus souvent par une ceinture de mousseline blanche. Cette robe ou plutôt cette tunique est faite d'étoffe du pays, généralement bleue ou brime; elle est doublée d'une autre étofFe de couleur claire unie et chaudement ouatée. Ils portent dessous des pantalons larges d'en haut, serrés d'en bas. I^es turbans sont de toutes couleurs. Les hommes dans ce pays portent presque tous au bras sur Li peau , une amulette : c'est un chiffon de papier ou une feuille de palmier éventail sur lequel les prêtres ont écrit quelques mots en sanscrit, et qui est soigneusement enfermé dans une petite boîte de bois ou de corne. I^a même coutume règne dans la plaine où les brahmanes comme de raison ont le monopole de ces talismans. Quant à leurs armes, Fun portait un fusil à mèche de près de six pieds de longueur; le canon de celte arme est assez petit, mais

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