‹ L'Inde Anglaise en 1843Chapitre 144 sur 268 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRB XXIV · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRB XXIV

montre dans des proportions colossales : la grandeur imposante des arbres, la majesté de leur port dépassent les bornes deFiniagination* Pour ne citer qu'une seule espèce , les tecks , sans paraître dominer leurs rivaux , varient de cent cinquante à deux cents pieds de hau* teur, ce qui fait trois fois la taille du chêne de nos pays. Il devint bientôt évident que c'était la scie et la hache à la main qu'il faudrait tailler notre route pour arriver à l'ennemi ; l'étroit sentier était partout encombré et étoufFé par les corps prosternés des Pois delà forêt, qu'il avait abattus et jetés en travers, pour ralentir notre marche et rendre une retraite impossible. Le général avait donc encore une fois une occasion admirable d'une halte forcée d'au moins deux heures pour étudier une position formidable qu'il savait être à une demi-lieue. Mais, en dépit d'une discussion des plus vives et des railleries amères du colonel Mill qui offrait de se porter luimême en avant pour reconnaître , il persista jusqu'au bout dans son fatal système d'avancer les yeux fermés. Notre vieux commandant, impatienté se jeta sur le gazon où il s'endormit profondément tandis que les officiers profitaient du délai ainsi accordé pour déjeûner. Les tristes idées de la veille avaient entièrement disparu ; jamais notre gaité n'avait été plus franche, plus bruyante que durant ce petit repas de chasseurs au pied d'un arbre. Comment effectivement penser à la mort quand le soleil est si beau , l'ombre si délicieuse, que le sang circule si rapidement dans les veines.

A onze heures et demie l'avant-^garde put se remet-

n L'INDE AUGLAIiE EN 184t.

en route* L'officier supérieur qui la commandait avait pour instruclions , dès qu'il serait à portée de Tobstacle, de fractionner sa troupe en deux détachemens qui se porteraient à droite et à gauche , sur les flancs ou sur les derrières de la redoute. Il devait en même temps en donner avis au corps d'armée qui s'avancerait avec l'artillerie pour attaquer de front. Quant au moment décisif pour cette manœuvre, il devait s'en rapporter à ses guides dont la vie répondait de leur fidélité. Ce qu'on aurait pu facilement prévoir arriva. A un mille de la barrière d'après le rapport des pri* sonniers l' avant-garde se partagea effectivement en deux détachemens de force égale qui suivirent les deux guides dans le labyrinthe de la forêt dans des directions en apparence opposées , mais qui, après de nombreux détours , les ramenèrent presque simultanément dans une espèce d'impasse découverte et i pente rapide, encombrée de fragmens de rochers > conduisant à l'entrée la mieux fortifiée de la redoute, flanquée et enfilée à droite et à gauche par des ouvrages en saillie. Au moment même où les deux détachemens se retrouvaient ainsi en présence, les guides plongèrent soudainement dans les broussailles et disparurent, tandis qu'une effroyable décharge de mousqueterie et de mitraille jeta la confusion dans nos rangs. Ce premier coup nous fut doublement fatal, car sans compter quelques braves soldats, il coûta la vie à l'officier européen qui commandait les soixante cipayes du ge indigène et nous fit par conséquent perdre les services de cette compagnie^ quises^ait peut-être bien battue sous ses

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