‹ L'Inde Anglaise en 1843Chapitre 145 sur 268 · PREMIÈRE PARTIE. —CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. —CHAPITRE XXIV

yeux, mais qui du moment de sa mort ne reparut plus.

Les officiers commandant les deux sections de iWnt-garde se hâtèrent d'entraîner leurs hommes dans la forét^ à droite et à gauche, cherchant en queU que sorte à tâtons l'extrémité de l'obstacle , et espé* rant toujours en trouver la fin. Mais arrêtés de toutes parts par l'épaisseur du fourré , il fallut bientôt re^ wnir sur ses pas et se contenter d'engager un feu de tirailleurs avec la face principale de la redoute , tandis qu'on était soi-même pris en flanc par une fcce latérale invisible. Voyant que la manœuvre indiquée était impraticable par le sommet de la montagne, l'officier commandant l'avant-garde envoya demander au général la permission de battre en Retraite et de chercher à tourner la montagne par la base. Le brigadier répondit par une fanfaronnade fie rien ne devait être impossible quand on avait l^honneur de commander des troupes anglaises, et lui ttpédia pour renfort la compagnie de voltigeurs du *5« et les huit cents hommes du 9" indigène qui restaient encore avec la colonne. Quant à l'artillerie, il n'y avait pas à songer à l'avancer d'un seul pas sous le feu de l'ennemi, dans l'état actuel de la route, de «orte que le général la conserva près de lui et s'amusa M' employer à tirer à mitraille sur des ennemis isolés «nibusqnés parmi les arbres.

Pour bien faire comprendre les difficultés de l'assaut , je dirai d'abord quelques mots de la redoute. C'était une chaîne de fortifications construites dans le plus épais de la foret et admirablement masquées dans

toute leur étendue, s' élevant depuis la base jusquà la crête de la montagne de Bakh, parallèlement à la route qui conduisait au sommet, et là^la coupant à angle droit, de manière à la couvrir d'un feu croisé et d'enfilade dans toutes ses parties. Pour mieux nous attirer jusqu'au fond du piège, l'ennemi avait réservé le feu qu'il aurait pu ouvrir depuis long-temps à portéede pistolet sur le flanc de l'avant-garde jusqu'à ce quelle eût atteint la barrière supérieure. Cette barrière se composait d'une palissade dont presque tous les pieui avaient leurs racines dans le sol. C'étaient généralement les arbres mêmes de la forêt qu'on avait simplement dépouillés de leurs branches supérieures et enlacés avec des lianes et des écorces flexibles, de manière à faire \\n treillage que le canon même n'aurait pu entamer. Ce treillage était transparent pour les défenseurs et parfaitement obscur pour les assaillans; la route elle* même qu'on avait dépouillée de toutes les broussailles à portée de la barrière, en s'élevant vers la palissade, lui formait un glacis naturel derrière lequel venaient une tranchée servant de chemin couvert, une escarpe' en pierres, enfin deux maisons crénelées qui douiiuaient tout le reste.

A quelques pas de la colonne le renfort du 9' indigène et des voltigeurs du 55' fut rejoint par quatre officiers européens du 3 1 ' natif; je rapporte ce &it, parce qu'il aura des résultats importans. MM. Brett , Brigg^v Gordon et Martin s'étaient dérobés du corps d'armée sans la permission du général, poussés par une bravoure chevaleresque et un esprit de corps des plusadmirablesy pour rejoindre le détachement de soixante

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cipayes de leur régiment qui faisait partie de Tavantgarde. Appréciant parfaitement la nature des indigènes, ils savaient qu'on ne pouvait compter sur leurbravoure qu immédiatement sousToeilde l'officier qui les connaissait individuellement. Déterminés à sauver avant tout l'honneur de leur service et de leur corps, ils se proposaient d'entraîner eux-mêmes leurs cipayes par leur présence et par leur exemple. Nous verrons plus tard qu'ils réussirent. Il n'en sera pas de même du 9' régiment de la même armée. Le plus ancien et le plus brave officier au corps, le capitaine Longworth, se trouvait malheureusement de service à l'arrière-garde; les autres étaient ou de jeunes enseignes nouvellement débarqués dans le pays et ne sachant pas la langue , ou des officiers dont toute la vie s'était écoulée dans les états-majors , rendus momentanément à leur bataillon et ne connaissant pas un soldat par son nom. La conséquence était immanquable et ne se fit pas attendre. Dès les premiers coups de fusil qui accueillirent le renfort au pied même de la montagne, les cipayes commencèrent à tomber par douzaines; chaque balle qui sifflait innocemment au-dessus de leurs têtes abattait des sections entières. En vain leurs officiers s'agitaient avec désespoir, en vain les braves lieutenans du 3 1* leur adressaient les appels et les remontrances les plus énergiques, tout fut inutile et il fallut les abandonner à leur lâcheté. Les voltigeurs européens leur passaient sur le corps avec un hourrah de mépris, les saluant quelquefois d'un coup de pied en passant, et l'arme au bras continuaient à gravir la montagne. Au moment même où ils rejoignaient l'a-

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vanl«gardd en face de la barrière i les fanfares du général, à une demi-lieue de distance sonnaient Tordre de cesser le feu et de charger. On conçoit l'indignation excitée par un pareil commandement^ quand on se trouvait séparé de Fennemi par un obstacle matériel infranchissable.

Cependant 9 pour obéir autant que possible , avec cette discipline aveugle qui est le triomphe de rarmée anglaise et lui assure peut-être le premier rang parmi les armées du monde , les deux compagnies du 55', précédées par les pionniers et soutenues par les soixante cipayes du 3i% s'élancent aux palissades dans le faible espoir de faire une trouée. Quelques pieux sont coupés à coup de hache , le treillage commence à céder , l'intrépide Heriot du 55' , l'héroïque Brett et quelques autres» saisissant de leurs mains les tiges déjà coupées par le bas^ font des efforts surnaturels pour arracher ce fiital réseau ; mais en ce moment l'enneioi redouble son feu : huit ou dix pionniers , une trentaine de soldats et de cipayes sont foudroyés en quelques instans ; Heriot tombe frappé de deux balles au genou } un lieutenant du 3 j* est tué et les plus braves reculent sous cette grêle de balles. On ne songe plus qu'à enlever les blessés; mais cette opération double le chiffre des pertes. Officiers et soldats, tous veulent se surpasser dans cette œuvre de dévoûment.

Le détachement du 3i% noblement conduit, accomplit noblement sa tâche. Sur soixante cipayes dii trouvèrent la mort au champ d'honneur, une trentaine étaient blessés; mais ils avaient avec eux six officiers d'un mérite extraordinaire, dont un fut tué et

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deux grièvement blessés. On voit à quelles conditions on parvient à les mener au feu.

Un autre détachement d'indigènes, les pionniers, laissèrent six cadavres sur vingt combattans; mais c est une arme k part et une race d'hommes tout-à-fait dif# férente du mélange qui constitue Tarmée; choisis dans la caste des pariahs et généralement parmi les domestiques des soldats européens, plus généralement en • core parmi lesenfans nés du commerce de ces mêmes soldats avec les femmes du pays, élevés dans les casernes, recevant la même nourriture substantielle , habitués aux mêmes exercices gymnastiques , imbus des mêmes idées d'honneur militaire et possédant une force physique à*peu»près égale, ils marchent en prè^ mière ligne après les Européens et leur cèdent à peine en courage. Mais on conçoit qu'un choix de cette nature est extrêmement hmité^ à peine suffisant pour remplir les cadres du génie.

Le premier assaut ayant échoué devant la nature indestructible de Tobstacley le major Bird qui corn-* mandait l'avant-garde, envoya de nouveau plusieurs officiers blessés pour exposer les pertes qu'il avait déjà ^uyées et renouveler la demande de se retirer. Dans le cas où cette mesure ne sei'ait pas approuvée, il sup* pliait qu'on lui expédiât au moins des échelles, des pionniarset des renforts pour tenter une escalade. Ces différens messagers, à leur retour vers la colonne ^ ^^aientà passer en quelque sorte sous les verges ^ c'est-à-dire , à subir tout le long de la descente , uîi feu croisé qui enfilait toute la route, l'inondant d'une pluie de mitraille, mai^ démasquant en niémi? (emp?

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toute la position de l'ennemi. Ce ne fut donc point la connaissance des localités qui manqua au général, bien qu'il n'eût pas la curiosité d'y aller voir; mais la vanité d'un petit esprit était compromise: il n en voulut point profiter et demeura inébranlable dam son premier système. Apprenant en même temps, par le colonel Perry , du 9* indigènes , qu'il était impossible de faire avan<:er ce régiment qui s'était couché comme des bétes de somme à l'entrée du défilé et que le commandant qualifiait lui-même ouverte* menl de lâches et de misérables, il se décida à n'employer cette fois que des Européens. Il commanda donc im nouveau détachement de cent hommes du 55*, sous les ordres du capitaine Warren, pour escorter les échelles et renforcer l'avant-garde. Ces cenl hommes était tout ce qui restait du bataillon déduction faite des malades et des blessés de la veille (il i C'était donc véritablement tout risquer sur une seule chance; et bien qu'il n'eût pas expressément ordonné î au colonel Mill de se porter de sa personne à l'assaut, il ne pouvait supposer de bonne foi que le vétéran serait resté avec les invalides au quartier général quand toute sa troupe était sous le feu. Ceci répond à une accusation peu loyale que le général essaya de jeter plus tard sur la mémoire de ce brave officier; il ne craignit pas de dire qu'il avait compromisse succès de l'expédition en entraînant sans son ordre tons les Européens au combat. Le faites t que le colonel Millf

(i) Od se rappeUera qu^il n^y avait avec la colonne qu'un demi-batailloii da $$• comptant trois cent cinquante combattans.

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