‹ L'Inde Anglaise en 1843Chapitre 153 sur 268 · PREMIÈ&K PARTIE. — CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

PREMIÈ&K PARTIE. — CHAPITRE XXV

semaines ; c'en était fait alors de toute Tarmée d'invasion : la mousson seule nous aurait détruits et nos osseraens blanchiraient aujourd'hui les ravins et les vallées de Coorg. Mais le bonheur qui a toujours piésidé aux destinées du gouvernement anglais ne l'abandonna pas dans ce moment de crise. La nouvelle de ces deux victoires, au lieu d'augmenter la confiance et le courage du rajah comme on aurait du s'y attendre, le frappa d'épouvante. Une panique, un abattement inexplicable s'emparèrent lui. Il apprit en même temps qu'un de ses chefs s'était laissé corrompre par l'argent du chargé d'affaires de la Compagnie et avait livré le passage d'un défilé assez important à la colonne du brigadier Lindsay. Ce malheur était bien facile à réparer puisque le succès qu'il avait obtenu sur deUx points mettait de nouvelles troupes à sa disposition. Mais cédant à son mauvais génie ou k sa lâcheté , il se hâta d'expédier des messagers au quartier général pour offrir de se soumettre aux conditions qu'on voudrait bien lui faire, pourvu qu'on lui laissât la vie et la couronne,

£11 attendant une réponse et pour mieux apaiser le ressentiment des Anglais, il enjoignit à ses sujets de cesser toute opposition et de nous ouvrir les passages ; il va sans dire qu'on en profita sans rien promettre. Ainsi, quatre jours après notre désastre nous occupions sans tirer un coup de fusil cette même position (le Bakh contre laquelle nous nous étions brisés, et iVoù Couiigol-Naig frémissant de rage avait été contraint de se retirer par l'ordre de son protecteur qu'il avait si babilemenl et si courageusement servi.

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Eu nous engageant pour la seconde fois dans œ terrible défilé, les impressions les plus tristes venaient nous assaillir : c'était comme le souvenir des fourches caudines. N'étant plus inquiétés par le feu de l'ennemi nous pouvions étudier toute la position , et ce fui seulement alors que l'on découvrit qu'il existait au pied de la montagne im sentier qui tournait toutes ces redoutes et par lequel nous eussions pu les enlever sans combat. Cette découverte ajoutait encore à nos regrets, à notre amertume contre le chef qui avait si mal dirigé nos généreux efforts. L'air était chargé de miasmes pestilentiels qui s'exhalaient des cadavres gisant encore sur le sol où ils étaient tombés. IVIais hélas ! nous ne pouvions plus reconnaître les victimes. La main d'un ennemi barbare et fanatique avait passé sur ces ruines ; toutes les têtes avaient disparu, et la circoncision avait été imposée à ces corps dépouillés, devenus le jouet de sa gaité féroce. A chaque ps nous faisions fuir des nuées de vautours (l'horrible vautour du Malabar , avec son cou galeux et sa physionomie ignoble!) auxquels nous venions disputerj les restes de leur festin . Presque au sommet de la montagne, à quelques pas du sentier, sous un dais de bara- j bous, nous reconnûmes une forme athlétique : il n'y avait pas moyen de méconnaître les larges épaules, la poitrine couverte de cicatrices et la fatale blessure de notre brave colonel. Mais où étaient ces traits que nous avions tant aimés, ce front noble, ce sourire si spirituel qui illuminait quelquefois comme un rayon de lumière cette physionomie calme et mélancolique. Cette tête vénérable avait sans doute été

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