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rémeute populaire, mais qui n^aurait pu tenir un quart d'heure contre nos canons. Derrière ce château et faisantressortir la blancheurdeses murailles Jaforét sombre et épaisse garnissait toute la crête et décrivait une seconde courbe parallèle à la cité. Celle-ci avait plutôt Tair d'un bazar ou d'un grand cavaransérail que d'une capitale. Pas une demeure seigneuriale , pas une maison qui indiquât du luxe ou même de l'aisance. Il n'y avait eu ici évidemment qu'tm tyran et des esclaves , aucune classe moyenne. Des huttes, presque toujours des boutiques de la plus mince apparence j construites en lignes droites uniformément en terre ou en pisé, précédées d'une galerie couverte ou vérangue, appuyée sur des piliers de bois grossièrement façonnés et conservant souvent leur écorce; enfin une mosquée très simple et deux pagodes assez richement sculptées mais isolées et fort éloignées des habitations: toilà toute la ville. Quant au château, il se composait d'une enceinte bastionnée en terre-plein , circonscrivant un esp«ice rectangulaire où s'élevaient le palais avec ses dépendances et quelques belles casernes de nouvelle construction.
Sur la lisière de la forêt , à une des extrémités, du croissant et à environ une demi-lieue de la ville , on apercevait un grand bâtiment de construction européenne, ancienne résidence d'été du père du Rajah actuel , convertie par son successeur en une salle d'exposition pour ses trophées de chasse. Un iminense salon était exclusivement meublé de têtes d'éiéphans qu'il était censé avoir tués lui-même. Ces crânes monstrueux, admirablement dépouillés et par-
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faitement blancs , étaient rangés sur plusieurs lignes avec les défenses en regard : chacun était percé d'une balle presque au même endroit , vers le milieu du front j et rafïectation de cette symétrie excitait un sourire par la gasconnade dont elle était Texpreasion. Il fallait en conclure que le Rajah les attaquait toujours de front et ne manquait jamais son coup qui attei« gnait toujours la seule partie de la tète où ce coup pouvait être mortel. Une autre construction non encore terminée s'élevait plus près de la ville : c'était le nouveau palais que le Rajah faisait bâtir par un architecte européen. Un assez beau jardin à l'orientale était déjà tracé tout autour avec un nombre considérable de jets d'eau et de cyprès. Enfin, sur le mamelon opposé au vieux palais , nous découvrîmes plus tard une arène circulaire creusée dans la montagne pour les combats d'animanx et rappelant assez exactement les constructions romaines du même genre, celle de Trêves par exemple.
En traversant la ville pour la première fois je trouvai les rues presque désertes ; les trois quarts de la population avaient fui devant l'invasion étrangère, en abandonnant la plus grande partie de leur mobilier , les uns par attachement pour le prince i, le plus grand nombre par la crainte des excès de la soldat^esque. Je remarque presque à chaque maison le cadenas sur la porte ou , ce qui dépose à-4a«-fois de la pauvreté et de la probité des habitans, un simple «celle d'argile avec une empreinte encore firmcbe. Cette confiance dans la loyauté du peuple se trouve justifiée par l'événement: aucun de ces scctiés n'est
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brisé, bien que jo puisse apercevoir circulaflt furti* Tentent dans le^ carrefours ou accroupis soui les vé* rangues abandonnées y de pauvres diables évidemment an dernier degré de misère et de souffrance* La tunique romaine ou chemise à manches courtes, d'étoffe de laine grossière de couleur blanche ou brune*, qui constitue le vêtement national , est réduite à un tel état de haillons que sa forme primitive est toutà-fait méconnaissable : c est un lambeau déchiqueté sur le dos, attaché par une corde à quelques loques qui pendent sur la poitrine ou sur le ventre. Un langouti de toile est la seule partie de leur habillement non trouée, encore laisse-t-elle beaucoup à désirer à la pudeur. Je me demandais en contemplant ce tableau, si parmi nos populations plus civilisées et plus heureuses^ dans une ville abandonnée et en pré* sence du renversement de tous les pouvoirs, nous oserions compter sur le même respect pour la propriété. le crains que la comparaison, au point de vue moral, ne soit toute en faveur du pauvre Indien. Et ce n'est pas seulement sous le rapport du respect pour le bien tl'autrui qu'il faudrait reconnaître sa vertu supérieure. Voyez ces deux ou trois femmes qui se sont aventurées a rester dans leurs foyers pour soigner des parens infirmes ou de faibles enfans. Elles ont passé la quarantaine et sont d'âge à être arrière-grand'mères dans ce pays ; elles ont cru pouvoir demeurer impunément a l*abri de leur vieillesse ; mais leur décrépitude même ne les sauvera point des galanteries du soldat britannique, et dans l'intervalle de huit jours nous aurons le même nombre de cours martiales pour viols com-
mis sur ces malheureuses. Doit-on s'étonner, aprèsde pareils ^its, si le christianisme anglais £aût peu de prosélytes parmi les infidèles.
Toutefois le despotisme païen a aussi son mauvais côté: par exemple, sur le très petit nombre d'hommes que je rencontre dans les rues , je suis étonné d'en remarquer à chaque instant auxquels il manque le nez, une oreille, quelquefois l'un et l'autre, quelquefois les deux oreilles. J'appris plus tard que c'était le mode de supplice préféré par le Rajah et qu'il appliquait à sa fantaisie aux plus minces délits. Tavais remarqué quelques faits du même genre , quoiqu'ils s'y présentassent plus rarement, dans les états du Nizam ; mais je ne m'attendais point que ce roitelet put avoir les mêmes prétentions de cruauté que notre ami le Soubadar de Dekhan ou son ministre. Ces petits souverains qu'on laisse indépendans par respect pour les traités usent généralement fort mal de leur pouvoir. Il n'est pas rare que de pauvres gens, mutilés par ordre d'un gouvernement indigène , viennent se plaindre au Résident de la cruauté de ses ministres: mais celui-ci ne peut qu'exprimer son indignation; il n'a aucun moyen d'y mettre un terme pour l'avenir; son interposition n'est même pas toujours utile au plaignant. Quelquefois pour empêcher les plaintes de se renouveler on emploie des supplices plus cruels encore, par exemple celui des oubliettes : c'est-à-dire qu'on fera murer un individu dans une cellule étroite où on le laissera mourir de faim. Cette dernière méthode est fort en usage à Hyderabad.
Si je trouvai les habitans peu nombreux, ilsétaient
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du moins momentanément remplacés par des légions de singes perchés sur tous les toits, à toutes les hauteursy qui me regardaient tranquillement passer ou sautaient de muraille en muraille avec une agilité surprenante. En temps ordinaire et pour un voyageur isolée il serait excessivement dangereux d'en tuer un, beaucoup plus que de tuer un homme. Cet animal est sacré pour deux raisons : d'abord le singe est une des incarnations de Vischnou, et puis dans la guerre de Ceylan contre l'Inde les singes se mirent du côté des Indiens.
A mon arrivée au château, je trouvai le 'ig" règlement de l'armée royale anglaise installé dans la caserne destinée aux gardes du prince , et le brigadier Lindsay commandant de l'armée expéditionnaire établi dans le principal salon du palais déjeûnant avec leRajahtetle plénipotentiaire. L'appartement, une grande salle carrée, était meublé à l'européenne avec des sofas et des fauteuils en bois doré ; des glaces dans tous les panneaux et des pendules françaises sur toutes le^ consoles entre des fenêtres à l'italienne ; deux tableaux, l'un un grand portrait à l'huile du marquis Wellesley, l'autre une mauvaise gravure coloriée de Napoléon étaient à moitié recouverts par des draperies; enfin plusieurs couples de chiens anglais , de l'espèce d'épagneuls qu'on appelle kiny charles^ hreed se promenaient en liberté dans l'appartement et paraissaient en grande faveur auprès du prince. Quant à celui-ci , le Maha Rajah Yira-jundra-Woudiaur que ses sujets n'invoquaient que sous le titre de Maha Samy (grand Dieu , représentant de la Divi Qité)| c'était un petit jeune homme d'environ vingt-
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huit ans, court et trapu, de fort mauvaise mine; ime figure et une barbe de Juif, un nez de perroquet, des yeux d'oiseau de proie , quelque chose de iéroce et d'ignoble produisaient dès le premier abord Vimpression la plus désagréable. N ayant jamais subi le moindre frein ni senti le besoin de la dissimulation, toutes ses émotions, toutes ses pensées se peignaient sur sa mobile physionomie : elles étaient celles d un assassin qui n'aurait pas le courage de frapper, on y lisait la haine luttant avec la crainte. Il était perché, les jambes croisées comme un tailleur, sur son fauteuil où il paraissait fort mal à son aise et interrogeait du regard avec inquiétude chaque nouvelle figure qui se présentait. J'étais préparé à voir son infortune avec pitié ; je quittai sa présence avec dégoût.
Le brigadier Lindsay me parut un bon vivant, très libéral de son vin de Bordeaux qu'il savourait en connaisseur; tout boursouflé de son importance, articulnnt lentement ses paroles et préludant à chaque phrase par un ah! ah ! des plus sonores qui lui fit bientôt donner par nos soldats le sobriquet de général Ah! Ah! Le plénipotentiaire colonel Fraser (aujourd'hui major-général et résident politique à la coin* du Nizam d'Hyderabad) avait été pendant près de vingt ans le chargé d'affaires du gouvernement britannique près des établissemens français dans l'Inde. Sa mémoire est encore vénérée k Pondichéry où il ne s'est fait connaître que par des bienfaits ; malheureusement il eut la faiblesse de s'en exiler pour toujours dans un moment d'indignation, parce qu'il y avait trouvé quelques ingrats , comme si l'ingratitude n'était pas une plante toute aussi vivace chez sescompa-