‹ L'Inde Anglaise en 1843Chapitre 16 sur 268 · PREMIÈRE PARTIB.— CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIB.— CHAPITRE IT

fut si pur, il a jeté un rayon si mélancolique et si doux sur le reste de ma vie, que depuis ce Jour, chaque fois que fai revisité Pondichéry, mon cœur s*est gonflé de joie et de tendresse. Encore aujourd'hui ce petit coin du monde est pour moi une oasis dans le désert. Un noble cœur y bat encore sous une frêle et gracieuse enveloppe, une vaste et belle intelligence se dérobe sous le modeste front d'une femme. Ma sœur, ma bien aimée! depuis ce jour trois fois béni, ton souvenir ne m'a plus quitté, ta sainte image a veillé sur moi, élevant et purifiant mon âme !

Mais je crois que, même sans ces fortes attaches qui me lient à ces beaux rivages, Pondichéry devra toujours produire sur le voyageur qui s'y arrête une impression ineffaçable. Elle est unique parmi les villes de riude, par son heureuse union de l'Europe et de l'Asie. C'est une ville de France enchâssée dans les couleurs magiques, la riche végétation de l'Orient. La culture soignée , la fraîcheur des allées d'arbres, l'élégance des ponts jetés sur de nombreux canaux, la beauté des chemins souvent ornés de statues, les délicieuses habitations, semées dans la campagne font encore aujourd'hui un petit paradis de tout ce district. Nulle part le cocotier n'est si beau, le palmier éventail ne se penche avec plus de grâce, nulle part les rizières ne sont si fraîches, la population indigène plus dense, plus active, plus heureuse.

Il n'en est plus de même, malheureusement, de la population européenne. Pondichéry, qui, à l'époque de nos orgies révolutionnaires, s'était peuplé de l'élite de la société française, fuyant devant les écha-

fauds, avait gardé jusqu'en i83o, avec quelques restes de vieille noblesse, ce ton charmant, celte fleur de coiu'toisie , ces manières élégantes et chevaleresques dont nos pères se souvenaient encore, et dont nous n'avons plus que la tradition. Il ne faudrait pas les y chercher aujourd'hui: la population blanche s'éteint chaque jour; mais on y trouverait encore la simplicité , la bonhomie créole et la grâce française. Je regrette toujours que tant de gens de fortune médiocre avec des goûts élégans, qui traînent ici douloureusement une vie de privations entre les besoins de notre triste climat et les besoins factices, ne sachent pas quelle heureuse et douce existence ils pourraient mener dans ce petit Eldorado , dans ces petits nids de verdure tout autour de Poi?dichéry, qui tous les jours se dépeuplent, et où tout le nécessaire de la vie et le luxe d'un nombreux domestique sont si peu coûteux. Mais le Français est comme le lierre qu'on verra plutôt s'attacher aux ruines où le sort l'aura placé , que s'élancer hardiment au loin dans les espaces libres et fertiles qui l'environnent.

Il était passé midi comme j'entrais dans Pondichéry par le quartier du nord; la chaleur était étouffante, un lourd soleil brûlait les grandes dalles; pas une âme ne bougeait dans la ville européenne ; quelques Malabars seulement dormaient dans les vérandahs ouverts. Le bruyant cortège de mes porteurs , dont les cris joyeux redoublaient en apercevant le terme de leur voyage, semblait les seuls être animés dans ces rues désertes. Il y avait cependant un auti*e

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