‹ L'Inde Anglaise en 1843Chapitre 163 sur 268 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE XX.VI · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE XX.VI

tait autrefois le satellite, le corollaire commercial et uidustriel de la cité royale et guerrière. Elle contient encore quelques boutiques où Ton retrouve quelquesuns de ces tissus qui faisaient autrefois la gloire et la richesse de l'Inde, mais que la concurrence anglaise a détruites presque partout. La Compagnie y a établi un dépôt d'invalides indigènes et de grands magasins. Avant d'arriver à la ville du côté du nord-ouest, il faut passer par un autre faubourg presque désert, et traverser plusieurs ponts jetés sur le Cavery, entre autres, un pont canal qui sert à*la-fois de chaussée et d'aqueduc. Ce dernier ouvrage est évidemment de construction anglaise, de l'époque où Seringapatam était le quartier-général d'une division militaire. En suivant son tracé par une magnifique avenue de figuiers d'Inde, de manguiers et de mimoses, qui longe le canal et conduit jusqu'à la forteresse, ou découvre les points de vue les plus pittoresques. Ici ce sont les vérangues des maisons que l'on voit de profil, descendant par des escaliers de granit jusqu'au niveau de la rivière, dans le genre des ghats de Bena- )'ès ; la scène est animée par les baigneurs qui viennent faire leurs ablutions dans ses eaux sacrées. Plus loin c'est un massif de ruines inabordables couronnées du magnifique feuillage du pipol ; la base est enterrée dans des débris parmi lesquels se détache en vert sombre le milk bush funéraire, tout chargé de poussière et de malaria. T..es pluies d'été ont depuis long-temps pourri les charpentes, les toits se sont écroulés, les murs s'affaissent; quelques pluies nouvelles auront bientôt mis ce qui reste au niveau du sol

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et la trace du séjour de l'homme sera effacée pour jamais. Quelques monumens dispersés ça et là semblent seuls, malgré leur délicatesse, persister quand tout s'écroule et vouloir survivre à la destruction générale : ce sont des tombes mogoles à forme élégante et légère, à treillage ouvragé et fragile, à couleurs éclatantes et à dômes dorés. — Au moment de franchir le premier pont-levis nous nous détournons pour côtoyer les remparts, pour considérer à loisir les célèbres fortifications qui n'ont pu sauver cette ville héroïque. Les voilà bien telles que le canon les a laissées il y a trente-cinq ans: l'ingénieur n'a rien réparé, mais le temps a glissé légèrement sur ces masses. Deux obusiers mutilés marquent encore la place où la colonne d'attaque , sous les ordres du général sir David Baird , déboucha de la tranchée pour s'élancer à la brèche. L'assaut eut lieu en plein midi, le 2 mai 1799. Après une lutte acharnée, les armées combinées des Anglais sous le général Harris et du Nizam sous Meer-Alum emportèrent Seringapatam qui demeura en leur pouvoir. Tippoo périt dans la mêlée et avec lui finit un grand empire qui devait entraîner dans sa chute tous les autres trônes de la vaste presqu'île. La singulière étoile des Anglais marqua son influence dans cette occasion comme à toutes les époques de crise; seulement, trois jours pl"S tard une forte inondation du Cavery qui débonla inopinément eût forcé les assiégeans à la retraite, sauvé le sultan et changé peut-être toutes les destinées de l'Inde.

Le voyageur qui entre aujourd'hui dans Seringa-

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