PREMIÈRE PARTIE.— CHAPITRE XXVI
« patam trouve un silence de mort dans son enceinte a dévastée; la ville actuelle est si déserte que sa po- « piilation , réfugiée à son centre autour d'un uié- « chant bazar, ne dépasse point huit cents habitans; « tous ses autres quartiers qui pouvaient en faire une « cité de quarante mille âmes sont entièrement sac- « cages et bouleversés (i). » Au milieu de ce chaos ^ quelques vieux arbres, héritiers solitaires de jardins abandonnés, élèvent çà et là leur végétation vigoureuse et jettent leur manteau de feuillage sur les décombres. Le palais du sultan est dans l'état le plus pitoyable; en le parcourant en tous sens, on peut cependant reconnaître une grande salle basse, surmontée d'une large tribune où siégeait Tippoo lorsqu'il donnait des audiences solennelles. On retrouve aussi la distribution de ses appartemens intérieurs , des logemens de ses femmes, des salles de ses gardes. Sur la muraille d'un des cabinets, on aperçoit même quelques peintures à fresque , fort mal dessinées par un artiste européen et représentant des batailles du sultan, ainsi que son entrevue avec lord (îornwallis. Les cours sont occupées par de longues rangées de canons en fer de tout calibre ^ m ais démontés et hors de combat, qui autrefois garnissaient les remparts.
En sortant du palais on se dirige naturellement vers la magnifique mosquée située sur la même place , dont les minarets caractérisent tout le paysage et fascinent les regards dès les premiers pas qu'on fait dans la vallée. Leur hauteur n'est que de cent quatorze
[x] 3IODlholon de Sémonvillc , Revue dti Deux-Motidet.
gi L'INDE ANGLAISK £N 1843.
pieds sur six de diamètre, mais leur forme prismatique les fait paraître encore plus effilés. L'architecture gothique n'a jamais atteint selon moi la grâce parfaite de son prototype oriental : en dépit de ses aiguilles y de ses flèches les plus hardies , de sa dentelle la mieux ouvrée , je préfère encore le simple minarel del'islamisme. L'une conserve toujours la pesanteuret la tristesse frileuse de son ciel gris, se plaît à imiter les cristallisations de nos frimas; ce sont toujours des stalactites ou des stalagmites; je n'y vois que la fantaisie laborieuse d'un esprit bizarre et mélancolique. Au contraire l'architecture orientale se détache sur son ciel d'azur comme le cyprès de ses jardins, comme une fleur sur sa tige; elle se pare de vives couleurs, étincelle au soleil, s'épanouit à l'air, à la lumière, légère, gracieuse, élancée, en formes rondes, chaudes et voluptueuses : c'est un cantique de joie et d'espérance qui semble chanter dans la nue : Gloire à Dieu au plus haut des cieux! Voilà l'impression que j'ai éprouvée au pied de la délicieuse mosquée de Seringapatam , que jai sentie plus vivement encore en contemplant de la pointe la plus élevée de ses minarets le magnifique panorama qui se développait à nos pieds. Le vieux derviche qui la desservait avait voulunous accompagner dans cette fatigante ascension pour jouir un peu plus long-temps du rôle de cicérone qu'il n'a que peu d'occasions d'exercer. Tandis qu'il nous guidait, des milliers de pigeons ramiers s'envolaient au bruit de nos pas des nombreuses ouvertures qu'on avait pratiquées dans la maçonnerie pour leur servir d'asile et venaient s'abattre en roucoulant sur