PREMIÈRE PARTIE. —CHAPITRE XXVI
les lignes délicates des corniches. De cette hauteur, le vieux cénobite nous indiqua avec assez de clarté la position des alliés durant le siège dont il prétendait avoir été témoin oculaire; il nous fit suivre d'après les localités les phases du dernier combat et s'offrit en redescendant à nous montrer, près d'une petite poterne à gauche donnant sur les retranchemens extérieurs, l'endroit même où l'on avait retrouvé le corps de Tippoo. La place où reposait sa tête est effectivement indiquée par une dalle grise de granit dans laquelle on a enchâssé un anneau de fer.
D'après l'explication du derviche, il paraîtrait que Tippoo , fatigué d'avoir dirigé le feu en personne durant toute la matinée sur les réduits où les Anglais étaient logés, reposait dans ses appartemens, lorsqu'on vint l'avertir que l'ennemi avait profilé de la plus grande chaleur du jour pour surprendre et enlever la brèche en peu de minutes , et que déjà il s'élançait dans la place. Après un premier moment d'incrédulité , il sortit précipitamment pour reconnaître lui-même l'état désespéré de ses affaires. Voyant bientôt que tout était perdu , il se mit à la tête d'une troupe dévouée, et voulut tenter une sortie pour s'échapper par la petite poterne dont je viens de parler. Mais comme il s'y présentait , le i a' régiment de l'armée royale anglaise , qui avait fait le tour du rempart, y arrivait par l'extérieur. Le carnage devint effroyable , Tippoo fut blessé un des premiers et tout son monde se fit tuer autour de lui. U était tombé tout sanglant sur le pavé de la poterne quand un soldat du la' régiment voulut lui arracher le collier de diamans
qu'il portait au COU. Cet outrage ranima le sultan qui, se relevant à moitié par un dernier effort, blessa grièvement ce s&Idat d'un coup de sabre à la tète. L'Anglais à son tour, exaspéré par sa blessure, l'acheva avec sa baïonnette sans savoir à qui il avait affaire.
Quand plus tard il fut question de partager le butin , ce collier de diamans ne se retrouva plus. On raconte que le soldat anglais qui s'en était emparé, -le prenant pour un collier de verre , le vendit au chirurgien de son régiment pour une bouteille d'eau-devie , et que celui-ci se retira immédiatement du service pour réaliser une superbe fortune.
La catastrophe de la mort de Tippoo ne fut pas immédiatement connue : le ^général Baird qui commandait l'assaut avait pris de vaines informations auprès des fils du sultan qui ignoraient ce que leur père avait pu devenir, et s'il avait réussi à s'échapper. I^ rumeur publique disait cependant qu'on Favail vu blessé et se traînant à peine auprès de la petite poterne en question ; mais celle-ci était littéralement bloquée par les cadavres: comme ta nuit approchait, il fallut allumer des torches pour éclairer la fin de cette journée de carnage ; et après mille recherches parmi tous ces corps déjà dépouillés et nageant dans le sang, celui de Tippoo fut difficilement reconnue enlevé aussitôt avec tous les témoignages possibles de respect il fut transporté le lendemain en grande pompe au mausolée de son père.
Ce mausolée devait être le principal but de notre pèlerinage ; le vieux derviche de la mosquée voulut efacore nous y conduire. Je ne doute pas qu'il ne