‹ L'Inde Anglaise en 1843Chapitre 166 sur 268 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE XXVI. gS · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE XXVI. gS

fut poussé au moins autant par ce besoin inné chez les Indiens, d'entendre ou de raconter des légendes que par un motif plus intéressé. Après quelques discussions nous finîmes par accepter ses services. Sortant de la ville par le lâl derwazeh ( la porte rouge) , nous traversâmes l'île du Cavery dans toute sa longueur. A moitié chemin du tombeau, notre guide nous persuada de nous détourner pour visiter les restes d'une maison de plaisance deTippoo, remarquable par l'élégance de sa construction et la richesse de ses sculptures. Cette charmante habitation , que le sultan avait fait bâtir sur un plan conçu par lui et où il aimait à se reposer des tempêtes de la vie , sert aujourd'hui de bongalo aux voyageurs européens. Sa forme esit celle d'un beau pavillon carré, précédé sur ses quatre faces d'une large galerie et d'un péristyle de plusieurs marches; les pilastres de la galerie, les fenêtres et les portes intérieures sont d'un style mauresque très gracieux. Les sculptures sur bois sont admirables et ce qui est étonnant pour ce pays fort bien conservées. Au premier étage on peut admirer une fort jolie salle de réception , communiquant avec des boudoirs placés aux angles de Védifice, et d'où l'on monte à une superbe terrasse. Le paysagp que l'on découvre est magnifique, mais les jardins abandonnés à la nature retournent à l'état de jungle ; les bassins sont taris, Jes jets d'eau ne marchent plus. Après le sac de Seringapatam, cette délicieuse demeure servit quelque temps de quartier général au colonel du 33* régiment , maintenant duc de Wellington , alors commandant de la place

yfy L'IXDE ANOLVTSE EN 1848.

et gouverneur du Maïssore. Aujourd'hui les démons de la malaria s'en sont emparés : malheur au voyageur qui s'endort sous ce toit perfide, qui séjourne sous ces pernicieux ombrages ! C'est un de ces caprices de la nature que nous avons déjà observés ailleurs. On dirait qu'un ange au glaive de feu , l'esprit de Hyder ou de Tippoo, se tient sur toutes les ruines et à toutes les issues de Seringapatam, pour dire aux Anglais: Arrière, maudits! le ciel a entendu notre plainte, vous êtes exclus de ce paradis terrestre, n'entrez pas sous peine de mort! La forteresse presque imprenable, la capitale historique du Maïssore, le théâtre de leurs exploits, la fertile vallée du Cavery et ses jardins d'Armide ont dû être abandonnés par les conquérans et pour toujours. Il n'y reste d'eux que des tombeaux. L'immense cimetière , où s'élève une foret de magnifiques mausolées , témoigne combien la lutte a été obstinée ; mais il a fallu reculer enfin devant l'ange exterminateur.

En quittant le pavillon, la route mène d'abord à Ganjam : c'est le nom de l'ancien quartier du commerce, détaché de la forteresse, dont jai déjà parlé plus haut. Après l'avoir traversé , on arrive à la pointe sud de Tile. C'est ici que se trouve le iâl bagh (jardin des roses), au milieu duquel s'élève le mausolée des princes. Un arc de triomphe simple mais de bon goût annonce dignement l'entrée; une large avenue de cyprès conduit ensuite directement par une pente douce et insensible au monument de Hyder-Aly ef de Tippoo. Ce temple est de forme ronde, surmonté du dôme ou bonnet musulman et

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