PREMIÈRE PARTIE. - CHAPITRE XXVII
tiemcn, de sorte qu'il n'est nullement sévère ou exigeant. Au bout de six mois ou un an le novice est affranchi de son contrôle et se contente d'en savoir juste assez pour ne pas tomber de cheval durant la manoeuvre. Souvent un officier permute de l'infanterie dans la cavalerie à vingt-cinq ou trente ans : le résultat est nécessairement plus médiocre encore. Autant que fai pu en juger par les régimens de cavalerie anglaise que j'ai eu l'occasion de rencontrer dans l'Inde, îl m'a paru qu'un tiers généralement des officiel:^ montaient parfaitement à cheval (ils appartenaient presque tous à l'aristocratie), le reste était de vrais sacs. Si je voulais citer, je pourrais commencer par le lieutenant-colonel B**, un parfait gentilhomme, charmant en société , et distingué pour sa bravoure dans les guerres d'Espagne comme officier d'infanterie , mais qui passé dans la cavalerie à la moitié de sa carrière se trouvait obligé de s'absenter sous prétexte de maladie toutes les fois qu'il y avait une manœuvre un peu active. Il était notoire qu'il ne pouvait charger , même sur un gazon uni comme un tapis , sans vider les arçons.
Pour los soldats , les conditions sont encore moins favorables. Ils sont recrutés à l'embauchage parmi les mêmes hommes et de la même manière que Tinfanterie , parmi la populace des villes , les mauvais sujets des ateliers de toutes professions. Pas un fils (le fermier un peu aisé qui aura pu monter les chevaux de son père en allant à la charrue ne se trouvera dans les rangs, quelques valets d'écurie tout au plus. Si l'on excepte les enfans de troupe , dont le
loS L'INDE ANCr^ISË EN 1843.
nombre est extrêmement limité (huit ou dix enrôlemens annuels par régiment) , il y a à peine un soldat de cavalerie sur vingt qui ait monté a cheval avant d'entrer au service. En fait d'équitation , une instruction tardive n'est jamais efficace. La conséquence inévitable de son système de recrutement est donc que la cavalerie anglaise (à l'exception de deux ou trois régimens que l'on garde pour la montre et qui ne sortent jamais d'Angleterre), malgré Tincontestable supériorité des chevaux , la beauté des honh mes, leur force et leur intrépidité nationales, est condamnée à une médiocrité réelle : elle ne décidera jamais des destinées d'une bataille.
Les Anglais ont le droit d'cîre fiers de leur infanterie : mais leur cavalerie ne petit prétendre quan deuxième ou troisième rang. Comparée même avec la cavalerie indigène de la Compagnie^ on doit reconnaître l'immense supériorité de celle-ci sons le rapport de l'équitation. Les Indiens sont de vrais centaures ; il semblent ne former qu'un seul être avec leurs montures : mais, hélas! l'éloge doit s'arrêter là. S'il me fallait choisir entre l'infanterie dont on a vu que je n'étais pas admirateur, ou la cavalerie régulière indigène , je préférerais encore sans hésiter l'infanterie. C'est l'élan , c'est l'énergie, c'est surtout la confiance réciproque qui sont les qualités essentielles pour toute cavalerie. Pour qu'une chat^ soit vigoureuse , il faut que chacun compte sur son voisin comme sur lui-même , le chef de file sur ceui qui le suivent ; si Ton ci^aint d'être abandonné à soimême, le moindre obstacle fait regarder en arrière: