‹ L'Inde Anglaise en 1843Chapitre 172 sur 268 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE XXVII

cette hésitation ralentit V essor, lui enlève toute son impétuosité, toute sa force. L'infanterie peut du moins compter sur l'exacte symétrie de ses mouvemens , la régularité inflexible de sa manœuvre; tous sont forcés d'avancer sur la même ligne; le second rang, surveillé par des officiers qui le pressent et le maintiennent, ne peut échapper à la nécessité d'emboîter sur lepremier. Dans nne charge de cavalerie au contraire chacun est laissé à-peu-près à son inspiration : les plus braves sont bientôt en avants et s'il y a des timides, ils se trouveront bientôt isolés. Or les indigènes se connaissent et s'apprécient parfaitement; ils se jugent plus sévèrement que leurs officiers européens ne veulent l'avouer : de là une excessive prudence qui paralyse leur élan même au moment le plus décisif.

Je dois cependant excepter de cette description peu flatteuse les corps de cavalerie irrégulière connus ^onsle nom de skinner's horse j d'après leur intrépide fondateur le colonel Skinner. On connaît la répugnance des Asiatiques pour la discipline. Le colonel Skinner pensa qu'en se relâchant d'une sévérité et d'une régularité qui n'étaient pas indispensables pour Tefficacité de la cavalerie, en leur laissant un costume suivant leurs mœurs et leurs préjugés, en élevant leur solde et en leur donnant pour chefs des hommes de naissance, de caste et de considération distinguée parmi les natifs, on ouvrirait des cadres où les hautes classes que la conquête avait appauvries, tant parmi les Musulmans que parmi les tribus chevaleresques desRajpouts, s'empresseraient d'accou-

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rir. Il ne s'était pas trompé; la composition de ces rissalahs (escadrons irréguliers) est excellente. Dans toutes les guerres contre les Mahrattes ^ les Pindaris, et dernièrement contre les AiTghans , ils ont fait des prodiges de valeur, surtout de valeur individuelle. Contre des Asiatiques , des Cosaques et même (pour la guerre de tirailleurs) contre des troupes européennes , ils sont infiniment supérieurs à la cavalerie anglaise. Si pourtant on me demandait quelle serait Tissue d'une charge entre un rissalah et un escadron anglais de même force ou même de force inférieure, la réponse n'est pas douteuse : le rissalah serait écrasé. Mais divisez le faisceau et opposez-les homme à homme, le suwar (cavalier irrégulier) triomphera certainement de l'Européen, le tuera ou le désarmera. D'où vient donc cette infériorité collective? Cestle secret de la discipline, de l'ensemble. C'est que dans la charge en escadron le suwar agit comme s'il était isolé; il ne s'attache qu'a un adversaire et n'a confiance qu'en lui-même, tandis que l'Européen a foi dans son camarade.

Les régimens de cavalerie régulière dans l'Inde sout admirablement montés. Les chevaux qui sont fournis par le gouvernement sortent presque exclusivement des haras de la Compagnie. C'est une jolie race croisée, entre l'anglais, le cheval du cap de Bonne- Espérance et l'arabe. Je remarque pourtant que le cavalier européen est presque toujours trop lourd pour sa monture. Quelques mois d'une campagne un peu active suffiraient pour démonter les dragons, tandis que les chevaux des natifs n'auraient pas souffert.

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